CHAPITRE III
Toute l'hérésie luciférienne se résume en deux points : aussi sont-ils le fondement de la discussion rapportée par notre saint docteur. Helladius s'efforce de les établir, tandis que le catholique, défenseur de l'orthodoxie, les attaque en invoquant tour à tour l'Écriture, la raison et la tradition. Or, ces nouvelles doctrines étaient opposées au sentiment commun des Pères, et elles avaient été formellement condamnées au concile d'Alexandrie. De plus, était-il juste de punir si rigoureusement des évoques, attachés d'esprit et de cœur à la vérité catholique, qui avaient seulement eu le malheur de se laisser surprendre à Rimini par l'insigne fourberie des Ariens? L'intérêt historique du dialogue va croissant, lorsque Jérôme nous révèle les insidieuses paroles des hérétiques à celte assemblée de Rimini : celte page est écrite avec une vivacité de couleurs, une énergie d'expressions, une finesse de traits qui rappellent les pinceaux des grands historiens. Les détails sont d'autant plus curieux que Jérôme déclare les avoir lui-même puisés dans les actes, aujourd'hui perdus, de ce conciliabule.
Sous l'empereur Constance et sous le consulat d'Eusébius et d'HypaliusS au moment où l'hérésie, déguisant sa défection sous les apparences de l'orthodoxie et sous les semblants de l'unité, mellail. les fidèles en grand embarras de savoir où était la vérité, il parut en Occident une profession de foi destinée à faire connaître les vrais croyants et à assurer la tranquillité des esprits. C'était un chef-d'œuvre d'hypocrisie, où les mots, étudiés avec une subtilité infernale, se pouvaient prêter à une interprétation criminelle, bien que l'oreille la plus pieuse n'y eût distingué aucune ex-
Dial. adv, Lucif., p. 2J)9.
pression sonnant l'hérésie. On avait seulement laissé de côté le mot essence, ohai<x, sous prétexte qu'il n'était pas dans la sainte Écriture, et que sa nouveauté devenait pour plusieurs un sujet de scandale. Le sens paraissait, d'ailleurs, si clair, si net, si sûr : les évêques ne tinrent pas à un mot. Cependant le bruit ne tarda pas à se répandre dans le peuple que cette profession de foi pouvait bien ne pas être exempte d'artifice. Aussitôt, Valens, évêque de Mursa, qui en était l'auteur, s'empressa, devant le préfet du prétoire Taurus, chargé par l'empereur d'assister au synode, de déclarer qu'il détestait les Ariens et qu'il avait leurs blasphèmes en horreur. Cette protestation faite en secret ne changea rien à l'opinion publique. C'est pourquoi les évoques et le peuple s'étant rassemblés dans l'église de Riniini, Muzonius, évêque de la Bysacène, choisi pour son grand âge comme président du synode, prit la parole en ces termes* : « Geru laines propositions accréditées auprès des fidèles sont « arrivées à notre connaissance, nous avons ordonné à « l'un de nous d'en donner lecture, afin que d'une com- « mune voix nous condamnions ce qui est mauvais, ce « que notre cœur ne saurait approuver, ce que nos < oreilles ne pourraient entendre. »
Tous les évoques partagèrent son avis, et sur leur ordre, Claudius, évêque du Picénum, lut les blasphèmes que l'on attribuait à Valens. La lecture était à peine commencée, que celui-ci se leva, nia tout ce qu'on lui imputait et s'écria : « Si quelqu'un ne croit pas que « Notre-Seigneiir Jésus-Christ, Fils de Dieu, a été en- « gendre du Père avant les siècles, qu'il soit analhème. » Et tous répondirent : « Qu'il soit anathème. — Si quel-
* DiaL adv. Lucif., p. 300.