‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 79 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« qu'un nie que le Fils de Dieu est semblable au Père, « au sens des divines Écritures, qu'il soit analhème. » Et tous répondirent : « Qu'il soit anathème. — Si quel- « qu'un dit que le Fils de Dieu n'est pa sélernel comme u son Père, qu'il soit analhème. » Et tous répondirent : « Qu'il soit analhème. — Si quelqu'un dit que le Fils de K Dieu est une créature comme les autres créatures, « quil soit analhème. -» Et tous répondirent : « Qu'il « soit anathème. — Si quelqu'un dit que le Fils n'a au- « cun principe et qu'il n'est pas du Père, qu'il soit ana- (; thème. » Et tous répondirent : « Qu'il soit anathème. « — Si quelqu'un dit qu'il y a eu un temps où le Fils « n'était pas, qu'il soit anathème. » El tous répondirent : « Qu'il soit analhème. » A ce moment, les applaudissements des évêques elles cris de joie du peuple assemblé, couvrirent la voix de Valens. « Si l'on regardait cela, « dit saint Jérôme \ comme une fable de ma façon, on « peut consulter les archives que chaque Église con- « serve avec grand soin comme son plus précieux Iré- « sor. D'ailleurs, la mémoire du fait est encore toute rô- H cenlc, ceux qui assistaient à celle assemblée ne sont « pas tous morts; et puis, une preuve incontestable de « la vérité de ce récit, c'est que les Ariens n'ont jamais « songé à le démentir. ■»

Tous célébraient à l'envi les louanges de Valens, et chacun se reprochait avec repenlance les soupçons auxquels on regrettait d'avoir si facilement ouvert son esprit. Alors Glaudius, dont la lecture avait été interrompue , reprit la parole et dit : « Quelques autres « propositions ont échappé h nolro frère Ynlens. Si vous

' Dial. adv. Lucif., p. 300. — « Qiioii s (;ui.s a m. dis iictiim putat, sciinia puljlica scrutelur. PleQjc sunt cerle Kcclesiaium arcœ, et recens adhuc rei memoria est, »

« le voulez, pour bannir tout scrupule, nous allons les « condamner ensemble. — Si quelqu'un dit que le Fils « de Dieu était vraiment avant tous les siècles, mais non « avant tous les temps, et s'il admet que quelque chose « lui est antérieur, qu'il soit anathème. » Claudius énonça les autres propositions qui paraissaient mal sonnantes, et Valens les condamna toutes sans restriction ' : « Ceux qui voudraient de plus amples détails, « ajoute saint Jérôme, les trouveraient dans les actes « du concile de Rimini : nous en avons extrait ces « lignes. »

L'assemblée se dispersa, chacun s'en retourna joyeux de ce qui avait été fait : l'empereur et les honnêtes gens voyaient avec bonheur la concorde rétablie, l'Orient et l'Occident rattachés par les liens d'une même communion. Tout semblait assurer la paix et le bon ordre dans l'Eglise; mais les crimes ne sauraient demeurer longtemps cachés, et la cicatrice mal fermée ne tarde pas à redevenir une plaie béante. Valens, Ursace et les partisans de leur fourberie, ces illustres prêtres du Christ, comme les appelle Jérôme avec une amère ironie, s'empressèrent de soutenir, en levant les mains au ciel, qu'ils n'avaient jamais dit que le Fils de Dieu ne fût pas une créature, seulement ils soutenaient qu'il était différent des autres créatures. Alors, ils firent prononcer la déchéance officielle du mot oùcri'a, et l'on condamna solennellement la foi du concile de Nicée. Un long cri de douleur retentit dans tout l'univers, et le monde s'étonna

* Dial. adv. Lucif., p. 300. — Quae si quis plenius discere cupit, in Riminensis synodi actis reperiet, undè et nos ista libavimus.

* Consulter dans le magnifique ouvrage, l'Église et l'Empire romain, le chapitre iv, consacré par M. de Broglie au concile de Nicée, où, pour la première fois, la discussion s'engagea sur ces questions délicates.

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