‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 80 sur 236 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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de se trouver Arien*. C'est pourquoi les uns demeurèrent dans la même communion, les autres écrivirent aux confesseurs exilés d'Egypte en Syrie, parce qu'ils les savaient dévoués à la cause de saint Athanase. Ceux-ci désespérés regrettaient les avantages d'une alliance si tôt brisée, ceux-là (ce que c'est que la faiblesse humaine ! dit tristement Jérôme), ceux-là, en petit nombre, il est vrai, prirent de propos délibéré la défense de l'erreur. La barque des Apôlres courait un danger imminent, les vents soufflaient avec violence, les flots battaient avec furie les flancs du vaisseau sacré, la dernière lueur d'espérance s'était évanouie : soudain le Seigneur se réveille, il commande à l'orage, la bêle meurt ^ et la tranquillité renaît. « Je parlerai plus clairement, poursuit notre historien ; tous les évêques jadis arrachés de leurs sièges furent ramenés dans leurs Églises par la bienveillance du nouvel empereur. Alors l'Egypte reçut son triomphateur Athanase*: alors l'Église des Gaules acclama saint Hilaire revenant du combat*: alors, au retour d'Eusèbe, l'Italie dépouilla ses sombres vêtements de deuil. » On voyait accourir les évêques qui s'étaient laissé tromper à Rimini, ils prenaient à témoin le corps du Sauveur et ce qu'il y a de plus sacré dans l'Église, que leur foi n'avait pas reçu la plus légère atteinte « Nous avons cru, disaient-ils, que le sens allait aux « paroles; comment soupçonner que dans l'Église de « Dieu, où doivent régner la sincérité, la simplicité,

* « Tune Nicuena; fldei damnatio conclamata est. Ingemuit totus orbis, et Arianum se esse miratusest. »

- Id., p. 301. — « Doniinus excitatur, impeiat lempestati, beslia raoritur, tranquillitas redit. »

» Id. — « Tune triumphatorem suum Athanasium ^Egyptus cxcepit. »

* Id. — « Tune Hilarium de praelio revertentem Galliarum Ecclesia cornplcxa est. »

« autre chose fût dans le cœur, autre chose sur les lèu vres? Nous avons eu trop bonne opinion des mé- « chants, nous avons été trompés. Nous ne pouvions « penser que les prêtres de Jésus-Christ combattaient « contre lui. ■» Pour abréger, dit notre saint, je passe sous silence mille autres excuses qu'ils alléguaient en pleurant, tout prêts à condamner cette malheureuse profession de foi, et avec elle les blasphèmes de l'hérésie arienne. En présence de cette bonne foi, en face de ce repentir, Jérôme prend à partie les lucifériens eux-mêmes, et les pressant avec l'impétuosité qui le distingue, il réduit à néant les orgueilleuses prétentions de l'hérésie naissante *. « Ici, dit-il, je le demande à ces chrétiens si zélés, que fallait-il faire à ces confesseurs? Les déposer? En ordonner d'autres? On l'a essayé. Mais, quels sont ceux qui, forts de leur innocence, auraient néanmoins consenti si facilement à leur déposition , surtout quand les peuples , attachés à leurs anciens pasteurs, en venaient presque à lapider et à tuer ceux qui voulaient leur enlever ces évoques? — Chacun d'eux, dit-on, serait demeuré dans sa communion. — C'est-à-dire que celte sévérité absurde eût bientôt livré le monde au démon. Pourquoi condamner ceux qui n'étaient pas ariens? Pourquoi déchirer l'Église unie dans les liens d'une même foi? Pourquoi par une semblable rigueur exposer des catholiques à passer dans le camp de l'hérésie? Au concile de Nicée assemblé pour condamner l'arianisme, huit évêques ariens^ abjurèrent, et ils furent maintenus dans leurs fonctions : il n'y a

* Dial. adv. Lucif., p. 301.

* Parmi les évêques entachés d'hérésie qui furent ainsi maintenus sur leurs Biéges après la rétractation de leurs erreurs, se trouvaient Eusèbe de Nicomédie, Théognis de Nicée et Eusèbe de Césarée. — Saint Jerohe, Dial. adv. Lucif. Id., p. 301. — A. DE Broglik, l'Église et l'Empire romain, loc. cit.

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