CHAPITRE I
une bourgade de peu d'importance, qui pouvait appartenir indifféremment à l'une ou à l'autre de ces provinces.
L'Illyrie maritime, au rapport de Pomponius Mêla* et de quelques autres géographes, vit bientôt son nom tomber en désuétude ; elle reçut une nouvelle dénomination et s'appela Dalmalie. Elle comprenait dans son étendue la Liburnie dont l'extrémité occidentale touchait à la pointe septentrionale de la Pannonie. Nous croyons voir sur ces limites , à l'entrée même de l'Istrie, la place occupée jadis par la ville de Slridon. Cette situation donne le sens net et précis de la phrase de saint Jérôme, qui se trouve être ainsi tout à la fois et Pannonien et Dalmate, voire même Italien -, puisque, dès le temps d'Auguste et de Tibère, l'Istrie avait été annexée au gouvernement d'Italie.
Là s'élève aujourd'hui une petite bourgade du nom de Sdrigna, dont les habitants montrent avec orgueil un tombeau qui porte une épilaphe en mémoire d'Eusébius, père de notre saint. Cette similitude de nom avec Stridon, cette vieille tradition, religieusement conservée parmi le peuple, n'auraient pas grande valeur, et ne fixeraient pas notre attention, si nous ne les trouvions pas précisément sur les limites de la Pannonie et de la Dalmatie, et, ce qui est plus important, si elles ne nous amenaient pas dans un lieu situé entre JEmona et Aquilée. La patrie de saint Jérôme devait probablement se trouver entre ces deux villes; plusieurs événements de sa vie, plusieurs voyages , maintes relations, différents passages de ses écrits et surtout de ses lettres, ne sauraient autrement s'expliquer d'une manière plausible. Ainsi ,
^ PoMPONius Mêla, De situ orbis, lib. II, cap. iv.
' Vai.larsii et Maffei, Yita Sancti Hieronymi, cap. i
Aquilée était la patrie des prêtres Chromatius, Eusébius et Jovinus, à qui saint Jérôme recommandait sa sœur, dépourvue de bons maîtres dans sa ville natale'. La pauvre enfant, un moment égarée par l'attrait du plaisir, s'était réveillée au fond du précipice meurtrie et déchirée. Ces tristes nouvelles vinrent affliger Jérôme dans sa solitude de Syrie; il écrivit à ses amis d'Aquilée, parmi lesquels se trouvait aussi le diacre Julien, pour les supplier de venir en aide à celte chère pénitente. Il leur disait encore de demander à Valérius , évêque d'Aquilée, des lettres pour la consoler et l'encourager dans son repentir. Si Slridon n'avait pas été si proche d'Aquilée, saint Jérôme eût-il prié ses amis d'écrire fréquemment à sa sœur, à une époque où il fallait encore un courrier pour chaque lettre? Le diacre Julien eût-il pu l'aider à se relever, la diriger par ses conseils, l'affermir dans la voie de la vertu où elle venait de rentrer^, si le voisinage de Stridon et d'Aquilée n'avait point facilité ces relations multipliées ?
D'un autre côté, écrivant aux vierges d'^Emona % et au moine Antonius% qui demeurait aussi dans cette ville, il parle comme si sa patrie se trouvait dans les environs ; il se plaint d'être calomnié dans iEmonapar un homme qui ne l'épargnait pas davantage dans Aquilée. Un espace de cinquante stades sépare ces deux villes, et Stridon devait se trouver dans cet intervalle, c'est-à-dire au pied du mont Ocra, dans les Alpes Juliennes, sur les contins de la Pannonie et de laDalmatie.
En quelle année Stridon vit-elle apparaître celle
' Epist. VII, ad Chromât., Jovin. et Euseb. Ib., p. i'«.
* Ep. VI, ad. Julianum. Ib., p. 12.
^ Ep. XII, ad Virgincs iEmonenses. Ib., p. 17.
* Ep. XI, ad Antonium. Ib., p. 17.