‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 81 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

peut-être pas un évêque gouvernant aujourd'hui l'Église, qui n'ait été consacré par les Pères de ce concile ; comment donc seraient-ils allés contre leurs décrets, eux qui pour les défendre et les soutenir n'ont pas craint de se laisser traîner en exil? »

Ces pages sont si belles, la croyance qui les a dictées est si profonde, le sentiment qui les anime est si vif, que l'émotion a gagné notre âme; nous nous sommes oublié à les admirer et à les répéter ; nous n'avons pas eu le courage de les dénaturer, en les résumant dans quelques lignes sèches et froides comme un sommaire.

Historien, nous suivons encore avec intérêt le rapide exposé que ce dialogue nous offre des démêlés survenus entre saint Etienne et saint Cyprien*. Celui-ci avait voulu, longtemps avant les lucifériens, rejeter le baptême des hérétiques; il mit tout en œuvre pour faire accepter son opinion : il écrivit à Rome et convoqua en concile les évêques de la province d'Afrique. Ses efforts furent inutiles. Les évêques qui avaient partagé son sentiment et décidé qu'il fallait rebaptiser les hérétiques, ne tardèrent pas à revenir à l'ancien usage, et, d'un commun accord, ils portèrent un nouveau décret^ pour conserver la tradition et condamner les innovations de saint Cyprien. « Car, dit saint Jérôme, ce que nous « faisons, nos pères l'ont fait avant nous, et ils le le- « naient eux-mêmes de leurs ancêtres. » Il y avait à peine cent ans depuis que l'Église était sortie triomphante des catacombes où les empereurs avaient en vain tenté de l'ensevelir, et nous apprenons que la

' Dial. adv. Lucif., p. 303.

- Saint Jérôme est le seul écrivain de l'antiquité chrétienne qui nous parlé de ce décret porté pour revenir aux ancienes traditions touchant le baptême nous n'en avons trouvé ailleurs aucune trace^ aucun souvenir.

]t)4 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔME.

tradilion était déjà la grande loi du catholicisme, l'inébranlable fondement de ses croyances et de sa doctrine. « Quand même l'autorité des saints Livres ferait défaut, « le consentement de l'univers entier aurait force de « précepte. Il y a, en effet, beaucoup de choses que l'on « observe par tradition, et qui ont acquis l'autorité de « lois écrites ^ »

Pour constater les variations des Églises réformées, Bossuet n'invoquait pas avec plus de force et de confiance le témoignage de la tradition, car elle offre, en tous lieux et en tous temps, aux défenseurs de la vérité catholique, des arguments dont l'immuable puissance confond les sophismes de l'erreur, de la même manière que les premiers rayons du soleil dissipent et font évanouir les ombres de la nuit. Pascal disait ^ : « Toute la « suite des hommes, pendant le cours des siècles, doit « être considérée comme un même homme qui subsiste « toujours et qui apprend continuellement. » Cette belle pensée n'a-telle pas reçu son parfait accomplissement, et ne nous apparaît- elle pas comme la magnifique expression de la tradition catholique qui retentit d'âge en âge, sublime harmonie produite par l'accord d'un nombre infini de voix que le temps ne peut fatiguer, que la mort ne saurait éteindre? Elles se succèdent à travers les temps, à travers les espaces, survivant au silence du tombeau, pour enseigner les peuples, pour relier dans une admirable unité les races futures et les générations passées. Des voix discordantes s'élèvent bien par intervalles au milieu de ce merveilleux concert; saint Jérôme a pris soin de nous en signaler quelques-unes. 11 nous fait connaître les premiers hérétiques qui ont afiligé

' Dial. adv. Lucif., p. 29i.

' Pensées de Pascal, éd. Havet, in-8, p. 436.

Page 1