‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 84 sur 236 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

le Sainl-Espril aux fidèles, d'une manière loutcfois moins parfaite que l'évoque dans la confirmation; de plus, il leur attribue le pouvoir radical d'administrer ce sacrement; car si ce droit a été réservé aux évêques, c'est ad honorem potîus sacerdotii quam ad legem necessitatis . Dès lors, notre saint a pu dire ailleurs* : Quid facit, excepta ordinatione, episcopiis, quod presbyter non faciat? el présenter l'ordination comme le signe distinctif de l'ôvêque et du prêtre. En effet, aux premiers siècles de l'Eglise, episcopus et presbyter pouvaient avoir souvent une môme signification et s'employer indifféremment l'un pour l'aulre. Ces deux expressions désignaient le sacerdoce, non par ses propriétés essentielles, mais par des accidents; celui qui joignait à la plénitude du sacerdoce la surveillance ordinaire et plus complète d'une Eglise, reçut le titre modeste à' episcopus ; ceux qui occupaient les rangs inférieurs s'appelaient du nom de presbyter, à cause de leur âge, de leur gravité. Mais une chose distingua toujours le sacerdoce en sa plénitude du sacerdoce inférieur, celui qui porte le titre (ïepiscopus de celui qui se nomme presbyter, c'est la fécondité pour la communication des pouvoirs qu'il tient entre ses mains, et cet acte merveilleux s'accomplit, comme le dit notre saint docteur, par l'évoque seul dans l'ordination.

Certaines coutumes rapportées dans le dialogue sont maintenant négligées ^ : ainsi l'on plongeait trois fois la lete du cathécumène dans le baptistère, on faisait goûter au néophyte un mélange de lait et de miel en signe de candeur enfantine. Au temps de la Pentecôte et le dimanche, on ne priait point à genoux et l'on s'abstenait de jeûner; ce privilège existe encore de nos jours pour

' Ep. Cl, ad Evungclum, t. IV, pars II, p. 803. ■ Vial adr. Lvcif., p. 2!)'(.

tous les dimanches du carême. « Beaucoup d'autres « choses, qui ne sont pas écrites, se sont pourtant éta- « blies par une raisonnable observance, » dit saint Jérôme : sages paroles, dont l'intelligence semble avoir échappé à ceux qui condamnent brusquement toutes les pratiques d'un pays, sans avoir auparavant mûrement examiné les motifs qui les avaient fait introduire.

Après l'histoire et la théologie, la critique littéraire ne saurait demeurer indifférente à l'étude de la première composition sérieuse de saint Jérôme. Il a conservé à la discussion la forme du dialogue, imitateur en cela des anciens, qui aimaient fort cette manière de dire. Cicéron a constaté ce goût et nous en a donné la raison au commencement de son Lœlius ' : « Genus hoc sermonum posi- « tiiîn in hominum veterum mictoritate, et eorum Uluslrium^ « pliiSy nescio quo pacto, videtur hahere gravitatis. » Nous n'avons pas seulement le témoignage de l'Orateur romain ; Platon n'a-t-il pas écrit de celle façon ces pages immortelles où il fait revivre son vieux maître? Par une métempsychose dont les grands hommes de la littérature ont seuls le secret, l'âme de Socrate a passé dans ces feuilles légères ; il est là, il vil, il nous apparaît entouré de ses amis, en présence de ses ennemis, confondant ceux-ci, éclairant ceux-là ; l'ironie est toujours son arme favorite, elle n'a rien perdu de sa pointe, ni de son tranchant ; à ces traits, il est facile de reconnaître l'accoucheur d'esprits , surnom qu'il s'était donné en faisant allusion au métier que sa mère exerçait dans Athènes. Les Dialogues de Platon sont des chefs-d'œuvre, la Grèce eut encore ici l'honneur de l'invention et le mérite de la perfection. Cicéron était trop jaloux delà grandeur romaine pour n'avoir pas tenté de faire partager à sa patrie,

* LiELius, in De amicitia, ch. i, 5.

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