‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 90 sur 236 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que un enfant de la Grèce, qui aurait été tière de sa naissance : un bourg de la Cappadoce, dont le nom échappe ainsi à l'oubli, Azianze, eut l'honneur de lui donner le jour, mais Athènes eut la gloire de former son esprit et son cœur. Il y vint avec saint Basile, et Julien que l'on surnomma plus tard l'Apostat. Sur cette terre desdévoùments patriotiques et des merveilles littéraires, son âme s'ouvrit aux souvenirs immortels de la Grèce républicaine, son intelligence se développa au commerce de ces grands hommes toujours vivants dans leurs chefs-d'œuvre; il grandit à l'ombre du Parthénon, en face de l'Agora, entre Colone et Péanée, entre le Lycée et l'Académie, aux lieux où l'éloquence semblait être un don du ciel, un fruit du terroir ; et dans la suite, en entendant parler le brillant orateur, les païens durent se dire que les muses avaient sans doute souri sur son berceau, ou bien que les abeilles de l'Hymetle avaient suspendu aux lèvres du jeune Grégoire, comme autrefois à celles de Platon, un rayon de leur miel le plus doux. L'ami de saint Basile, le condisciple de Julien l'Apostat, comptait en effet parmi les gloires de la chaire. La parole de saint Jean Chrysostome est plus ardente, il tient du tribun ; celle de saint Basile a plus d'élégance, il est écrivain ; saint Grégoire est plus ému, c'est un poëte. Son âme tendre et contemplative n'ignore aucun des accents qui font éclater le pathétique vrai, profond ; cependant sa sensibilité mélancolique n'exclut ni l'énergie, ni la véhémence, et le souffle qui inspira les Philippiques ou les Catilinaires a passé dans les invectives contre Julien. Grégoire sait toutes les grâces, toutes les délicalesses du langage, mais il n'échappe pas toujours au luxe, à l'affectation : sa pensée est nette, claire, précise, pourtant il se laisse quelquefois emporter à la fougue de son

imagination : c'est l'esprit oriental mêlé au génie grec, l'embonpoint des Asiatiques relevé par les charmes de l'alticisme.

Jérôme trouva Grégoire à la tête de l'Église d'Anastasie ; l'ancien évêque de Sasime venait de ressusciter dans Gonstantinople le culte catholique opprimé par les Ariens, qui, forts de la faveur impériale, avaient successivement envahi toutes les Églises '. La douceur et la sagesse dont il faisait preuve dans son administration, lui conciliaient le respect de ses ennemis, tandis que son éloquence, en captivant cette foule qui sentait dans ses veines courir le sang des Grecs de Périclès, pénétrait les âmes, gagnait les cœurs et chaque jour augmentait le petit troupeau des fidèles.

G'est sous la direction de ce maître que Jérôme s'adonna tout entier à l'étude des sciences sacrées, dont la connaissance approfondie avait valu à Grégoire le magnifique surnom de Théologien ^. Ses entretiens , ses leçons S ses explications, ses catéchismes* embellis par cette poésie qu'il mettait à tout, animés par l'éloquence dont il avait le secret, faisaient les déiices de notre saint, qui, pour les écouter, retrouvait la simplicité curieuse et attentive de ses premières années. La mémoire de ces moments heureux demeura profondément gravée dans son cœur : que de fois dans la suite, à Rome, à Bethléem, à Alexandrie, sur les bords du Tibre, àl'ombre de la montagne des Oliviers, au pied des Pyramides, le surprit-on rêvant au ciel de Bysance, aux leçons de Grégoire, effeuillant sans se lasser ces doux souvenirs, roses

' SocRATE, Hist. Ecoles., lib. V, cap. vu.

• Ep. XXXII, ad Domnionem. SancU Hier. Opéra, t. IV, pars 11, p. 267. ^ Adv. Jovinianum, id., lib, I, p. 157.

* Ep. XXXIl, ad Domnionem, loc. cit.

Page 1