‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 91 sur 236 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

toujours nouvelles et toujours parfumées ! Que de fois le nom de Grésfoire de Nazianze est venu distraire son esprit, dérider son front, se placer sous sa plume au milieu de ses écrits ! et toujours Jérôme mettait à l'appeler son maître une complaisance ' qui prouve que si le précepteur était aimable , le disciple savait se montrer reconnaissant ^

A Rome, sous Donat, notre saint avait appris à admirer et à commenter les auteurs païens : à Gonstantinople, avec Grégoire , il étudiait les saintes Ecritures. Tous deux y trouvaient matière à d'interminables causeries où le temps s'écoulait, où les heures s'envolaient à comparer les textes, à choisir entre deux ou trois versions, à pénétrer les différents sens, à discuter les interprétations diverses, et plus tard, expliquant le verset 32 du chapitre V de l'Epître aux Ephésiens, Jérôme rappelait avec une religieuse admiration pour la science et l'autorité de saint Grégoire le commentaire qu'il avait recueilli de la bouche même de son maître *.

A Rome, sous Victorinus, il s'était fait initier aux secrets de la rhétorique ; il en avait appris les règles , médité les artifices dans la lecture des écrits d'Aristote, de Cicéron , de Quintilien : à Gonstantinople , sous Grégoire, il étudiait la véritable éloquence, il s'essayait au grand art de la parole , art tyrannique , à qui , suivant la belle expression de Marmontel \ la religion a élevé, non pas une tribune, mais un trône, et ce trône est la chaire. Fénélon a dit ^ : « A Athènes, tout

' Devins illust., CXVIl. Id., p. 126.

* Apol. adv. Rufmum, id., lib. 1, p. 363, 385.

^ Comment, in Epist. ad Ephesios, lib. 111, cap. v, v. 33, t. IV, pars I p. 393.

* Marmontel, Éléments de Uttérat. Chaire. " FÉNELON, Lettre à l'Académie. Hhétorique.

« dépendait du peuple, et le peuple de la parole, » et il exprimait dans une phrase immortelle la puissance politique que les grands orateurs ne cessèrent jamais d'exercer sur le peuple athénien. Marmontel atteste avec autant de vérité et de précision la puissance morale que l'éloquence a toujours obtenue dans l'Eglise. Mais à certaines époques, ce pouvoir s'est manifesté d'une façon plus énergique; soit à raison des circonstances où il se montrait, soit à cause des hommes qui l'exerçaient, il a éclaté parfois avec un immense retentissement dont la postérité n'a point étouffé les échos. Jérôme vint à l'un de ces siècles privilégiés : Athanase, Basile, Grégoire , Chrysostome , Hilaire , Ambroise , Augustin , étaient alors les représentants merveilleusement doués de cette éloquence chrétienne. Ils apparaissaient en outre comme les défenseurs des droits de l'humanité opprimée par la violence et la tyrannie; aussi les fidèles accouraient-ils avec un saint empressement entendre la parole aimée et vénérée qui les consolait et les soutenait. La chaire où les orateurs chrétiens parlaient était vraiment le trône d'où ils gouvernaient les peuples, et cette action sur les consciences était mille fois plus puissante que celle des Césars, qui ne peuvent en définitive contraindre que les corps, sans jamais violenter l'âme, la volonté. Ce pouvoir mystérieux a trouvé son expression la plus grave, la plus solennelle dans ce passage de saint Jérôme, qui sied mieux aux Chrysostome, aux Ambroise, qu'à Démoslhène ou à Cicéron' : « On les « regardait comme des rois ; leurs préceptes n'étaient « plus les ordres d'un mortel, ils s'imposaient comme les

' Comment. inJonam., cap. m, v. 6 et suiv. — « Qui velut regcs liabenlur hominum, et prœcepta eorum non ut pra^ccpta mortalium, sed quasi oracula accipiuntur deorum. »

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