‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 93 sur 236 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

u grossière que resplendissant des atours empruntés « d'une courtisane; « car nous l'entendons lui-même s'écrier avec amertume^ : « Voilà ce que l'on cherche « mainfenant à l'église : on néglige la simplicité et la « clarté du langage apostolique ; on a l'air de se rendre « à l'Athénée ou à un exercice de déclamation. On veut « surtout exciteu les applaudissements de l'assemblée , <( il faut que le discours, paré de tous les artifices de la « rhétorique, se présente au public comme une courti- « sane, moins pour instruire l'auditoire, que pour men- « dier sa faveur; il faut que la parole résonne avec la « douce harmonie du psaltérion ou de la flûte, afin de « charmer les oreilles de l'assistance. »

Pour achever de peindre cette fausse éloquence, qu'on nous permette d'ajouter quelques traits : « Il y a, dit « Balzac % une faiseuse de bouquets et une tour- « neuse de périodes, je ne l'ose nommer éloquence, qui « est toute peinte, toute dorée ; qui semble toujours « sortir d'une boîte ; qui n'a soin que de s'ajuster et ne « songe qu'à faire la belle; qui, par conséquent, est plus « propre pour les fêtes que pour les combats, et plaît <( davantage qu'elle ne veut.... ne se soutenant que d'ap- « parence et n'étant animée que de couleur. » On le voit, ce tableau est parfait : Jérôme s'était contenté de tracer l'esquisse, Balzac a pris soin d'y joindre l'ombre et la couleur.

Tels sont les enseignements que notre saint recevait de Grégoire; tous deux s'accordent bien à célébrer cette noble simplicité qui est loin d'exclure la science, vertu principale, j'allais dire nécessaire, de l'orateur chrétien. Hors la simplicité, point de salut dans la chaire, serions-

• Comment, m Ef. ad Galat., lib. III, Prolog., t. IV, pars I, p. 287.

* Hai.zao, OEurres complètes, Dr la grande éloquence, dise. VI.

nous tenté de dire après eux, en rappelant à notre mémoire les magnifiques paroles de Bossuet à l'éternelle louange de cette humble qualité* : « Le discours de l'a- « pôtre est simple : mais ses pensées sont toutes divines. « S'il ignore la rhétorique, s'il méprise la philosophie, « Jésus-Christ lui tient lieu de tout ; et son nom qu'il a « toujours à la bouche, ses mystères qu'il traite si divi- « nement, rendront sa simplicité toute-puissante. Il ira, « cet ignorant dans l'art de bien dire, avec cette locution « rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, il ira en « cette Grèce polie, la mère des philosophes et des ora- <( teurs ; et malgré la résistance du monde, il y établira ^ plus d'Églises que Platon n'y a gagné de disciples « par cette éloquence qu'on a crue divine. »

Ce commerce familier, ces relations intimes avaient resserré les liens de l'amitié entre Grégoire et Jérôme : leurs goûts étaient les mêmes, et cette sympathie déjà si vive prenait de nouvelles forces dans une admiration commune des beautés de l'antiquité païenne. Nous avons sur ce point les confessions de saint Jérôme, et nous n'ignorons pas le culte qu'il se surprenait à rendre aux écrivains de Rome et d'Athènes : n'avait-il pas trouvé un merveilleux écho dans ce rêveur mélancolique ^ qui, pour chanter ce qu'il appelle la monodie de l'âme, empruntait à la Grèce idolâtre les images qu'elle a mêlées à la peinture des douleurs du foyer domestique ? N'availil pas rencontré un digne émule dans le poëte qui transportait à des sujets religieux les formes de l'ancien idiome parlé par les muses, pour composer une tragédie, et retracer la passion du Christ dans descenlons d'Euripide?

* Bossuet, Panégyrique de saint Paul. Premier point.

* ViLLEMAjN, Tableau de l'éloquence c/j?-e(. — Saint Grégoire de Nazianze.

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