CHAPITRE IV. iéi
Le Clerc : nous n'avons pas à rendre compte de leurs savantes dissertations. A ce sujet, nous ne serions pas éloignés de croire, avec le vénérable Bède, que saint Jérôme n'a point voulu parler d'une métrique rigoureuse, mais désigner seulement le rhythme, c'est-à-dire une certaine cadence qui résulte, non pas des règles de la mesure, mais du nombre et de la disposition des syllabes dont l'oreille est frappée *.
Celte explication semble s'accorder pleinement avec le passage suivant que nous avons extrait de la préface de notre saint au livre de Job ^ : « Dans le texte hébreu (v le commencement est en prose. Depuis les paroles de « Job : Périsse le jour où je suis né... jusqu'à ces mots : tt Ainsi je me condamne moi-même, ce sont des hexa- « mètres composés de dactyles et de spondées ; à cause <; du génie de la langue, ces pieds sont fréquemment « remplacés par d'autres de syllabes différentes, mais de « même mesure. De temps en temps le rhythme doux et « harmonieux se débarrasse des règles de la quantité ; « ceux qui sont accoutumés à la mesure s'en aperçoi- « vent mieux que les simples lecteurs... Si quelqu'un « refuse de croire que les Hébreux ont une métrique, « que le Psautier, les Lamentations de Jérémie et presque « tous les cantiques ressemblent aux poésies d'Horace, « de Pindare, d'Alcée, de Sapho, qu'il consulte Philon,
' Voici les paroles du vénérable Bède, rapportées avec éloge par Scaliger lui-même : « Metris consimilis verborum modulata compositio, non metrica « ratlone, sed numéro syllabarum ad judicium aurlum examinata. •>
* Prœf. in. lih. Job. « A principio voluminis ad verba Job, apud Hcbrtcos prosa oiatio est. Porro a verbis Job : Pereat dies... usque ad eum locum : Idcirco ipse me repnhcndo...., hexametri versus sunt, dactylo, spondœoque currcntes, et propter lingua? idioma, crcbro rccipiendos et alios pedes, non carumdcm syllabarum, sed corumdem temporum. Intcrdum quoque rhythmus ipse dulcis et linnulus fertur nunieris lege metri solutis j quod metrici magis quam simplex Icctor intelligunt. »
« Josèphe, Origène, Eusèbe de Césarée * , leur téinoi- « gnage confirmera la vérité de ce que j'enseigne. »
Après avoir fait à l'avance l'apologie de sa conduite et défendu fermement sa manière de tiaduire, Jérôme nous apprend les moyens artificiels qu'il avait imaginés dans l'exécution matérielle de son œuvre. Pour diriger plus sûrement l'intelligence de ses lecteurs au milieu de ce dédale de faits et de noms propres, il a disposé sa Chronique en tables diversement coloriées : dès lors, il est facile, au premier coup d'œil, de reconnaître à la couleur de l'encre les dates et les événements qui se rattachent à l'histoire de chaque peuple. Puis il termine sa préface par cette profession de foi^ : « Qu'on le sache « bien, je suis à la fois interprète et écrivain. Depuis c( Ninus et Abraham jusqu'à la prise de Troie , j'ai « donné la traduction fidèle du texte grec. Depuis la « prise de Troie jusqu'à la vingtième année du règne « de Constantin, j'ai ajouté de nombreux détails, prin- « cipalement à l'histoire du peuple romain: je prenais « ces extraits dans Tranquillus et les meilleurs auteurs, u Depuis la vingtième année du règne de Constantin « jusqu'au sixième consulat de Valens et au second de « Valentinien, le travail tout entier est mien. »
Cette Chronique offre l'esquisse rapide d'une histoire universelle, c'est une simple énumération des principaux
' A ces noms l'on peut ajouter ceux de saint Ambroise, de Théodoret, de saint Isidore de Séville; Bossuet cite encore Clément d'Alexandrie, qui, dans le livre IV des Stromates, dit en pariant des Psaumes de David : « Eos potissimum ad gravitatem dorici cantus fuisse composites, qui et antiquissimus fuerit, et spondœis stabilis, et ad celebrandam Dei majestatem numcrosis illis sonorisque vocibus, ac deinde consecutis gravissimis motibus aptissinius. 0 Dissert, in Psalmos, 33. —Voir sur cette question la savante dissertation de Martianay, Opéra sancH Hieron., Proleg. IV in divinam bibliotheeam, t. I, p. 4 et suiv.
* Prefat. in Chronicon., loc. cit.