‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 97 sur 236 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

événements politiques, religieux et littéraires de la vie des nations, une sorte de course au clocher à travers les peuples anciens. Sans doute, avec sa forme décousue, elle a un air de calendrier qui la ferait prendre pour l'ouvrage d'un annaliste attardé, comme Granius Licinianus, dont la science a récemment découvert les récits historiques secs et décharnés. En lisant la Chronique, on se rappelle les planchettes où le grand prêtre inscrivait à Rome, jour par jour, année par année, les grandes choses accomplies par le peuple-roi ; on dirait voir les feuilles perdues de Fabius Pictor ou les Origines retrouvées de Caton l'Ancien. Cependant si on l'étudié, on ne peut s'empêcher de songer à Bossuet, représentant distinctement, mais en raccourci, toute la suite des siècles* , « et cette manière d'histoire universelle est, dit-il, « à l'égard des histoires de chaque pays, ce qu'est une <' carte générale à l'égard d'une carie particulière. » Il est vrai, cette Chronique ne nous met encore sous les yeux qu'un squelette, il faudra la voix puissante de l'évêque de Meaux pour ressusciter ces ossements arides, son souffle pour les animer, son génie pour les recouvrir de chairs, en leur communiquant par son style le mouvement et la vie. Prenons garde que l'idée d'une perfection si haute nous fasse injustes en nous rendant trop sévères : parmi les ouvrages qui nous ont transmis les souvenirs de l'antiquité, il n'en est aucun qui puisse être comparé pour l'étendue, l'excellence et l'utilité au travail de saint Jérôme. Sans doute, en interrogeant ce monument de tous les siècles passés, nous n'apprenons que le nom des peuples qui se sont succédé sur la terre, nous n'entendons que le bruit des guerres qui ont amené leur

Discours sur l'histoire univ., Avant-Projws.

avènement, leur grandeur et leur ruine, nous retenons à peine la longue chaîne des noms illustres sur qui la nuit des temps ne saurait étendre ses voiles : d'un côté, l'honneur, le devoir, la vertu, le courage étalent leurs prodiges dont la gloire resplendit aux annales des nations, comme l'éclat des étoiles au firmament; de l'autre, nos oreilles sont attristées par les discordes civiles, les divisions particulières, les trahisons, les lâchetés, les infamies de tous les âges. Mais nous voudrions en vain trouver dans ces traits épars, dans ces rumeurs vagues et lointaines, la connaissance nette et précise d'un peuple de l'antiquité ; le secret de sa vie intime nous échappe, sa politique demeure pour nous lettre close ; il nous serait difficile de nous prononcer sur ses mœurs, son caractère. Et pourtant, sans ces tables chronologiques de saint Jérôme, la plus grande partie de l'histoire sacrée et de la profane serait ensevelie dans le silence de l'oubli, puisque le texte d'Eusèbe est presque entièrement perdu; du moins, serions-nous bien empêchés de rétablir l'ordre au milieu de tant de noms, tant de faits, tant de dates. Écoutons* : « Ici commencent les années du monde, le « règne des différents princes qui ont gouverné les peu- « pies, en quels pays, à quelle époque, combien de K temps ils ont régné ; quels événements mémorables se « sont accomplis dans la suite des siècles, des familles," K des royaumes, des principautés diverses sous la domi- « nation des Juges, des rois de Juda et des autres qui, K sans être de cette tribu, ont porté la couronne, sous « l'empire des Assyriens et des autres nations, sous le « gouvernement des dictateurs et des consuls, enfin sous « le sceptre des empereurs et des Césars. Remonter à

* Exordium lihrî.

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