CHAPITRE IV
« l'origine des historiographes pour descendre le fleuve « des âges en suivant l'ordre de leur succession ; repro- « duire, d'après ces auteurs, l'enchaînennent des années, « l'ordre des faits accomplis chez les Hébreux, les Grecs, « les Romains, les Barbares ; dire ce que chaque histo- « rien raconte de la naissance des dieux et de leur pos- (( térité ; faire concorder la manière habituelle de sup- « puter les années avec les olympiades, qui ont pris « naissance aux premiers jeux célébrés par les Grecs au « pied du mont Olympe ; lixer l'époque de la Passion de « Jésus-Christ; donner les noms des évoques de Rome, « de Jérusalem, d'Antioche et d'Alexandrie, le nombre « de leurs suffragants, la durée de leur épiscopat; re- « tracer les différents genres de mort de ceux qui ont « souffert pour la foi ; rappeler les persécutions, les hé- « résies qui ont désolé l'Église : voilà l'objet multiple et « divers de cette Chronique, où les rois de Macédoine et « d'Alexandrie auront aussi leur place, Alexandre sur- « tout, pour déterminer en quelle année, à quelle olym- « piade, sous quels consuls il faut fixer la date de ses « rapports avec le peuple juif. »
Cet exposé général, ce plan de l'ouvrage est suivi de quelques observations sur les temps primitifs, et aussitôt saint Jérôme commence à ordonner les tables de sa Chronique: il place tout d'abord en regard les Assyriens sous Ninus, les Hébreux et Abraham, les Sicyoniens avec Egyalée, les Égyptiens sous la xvr dynastie des rois pasleurs. L'ouvrage suit alors la marche des temps et le cours des siècles, chaque peuple vient prendre sa place dans le cadre, au milieu des autres, au moment où il apparaît sur la scène du monde.
Telle full'œuvre d'Eusèbe : Jérôme ne craignit point de l'embrasser dans son ensemble, et d'en saisir tous les
détails ; il se sentit de force à partager les difficultés de l'entreprise S et plus tard, sans fléchir, il en supporta lui-même tout le poids, puisqu'il continua, jusqu'au sixième consulat de Valens, la chronique de ce qui dans l'empire romain peut intéresser la politique, la religion et la littérature.
Pour remplir celte tâche, Jérôme dut se livrer à de longues et pénibles recherches à travers les tablettes, les papyrus et les parchemins qui composaient les bibliothèques manuscrites de cette époque. Un travail trop assidu, une application trop continue ne tardèrent pas à porter de graves atteintes à sa santé déjà fort compromise. Sa vue s'altéra profondément, et telle était alors la faiblesse de ses yeux, qu'il ne pouvait écrire de sa propre main et qu'il se voyait contraint de dicter à un copiste ^ Cependant il ne prenait aucun repos, ne s'accordait aucune distraction ; mille incidents venaient à tout moment le déranger, et tout en traduisant sa Chronique, il s'occupait encore de choses étrangères à l'histoire et à son travail.
Un des hommes les plus remarquables par leur érudition, Scaliger, d'habitude assez peu favorable à notresaint docteur, assure qu'aucun écrivain n'a rendu de plus éminents services que Jérôme à l'histoire ecclésiastique, en ce qui concerne les origines sacrées, en ce qui tient à l'interprétation des livres saints^ Il était juste que notre saint fût le premier à recueillir les fruits d'une science historique acquise au prix de tant de sueurs. Désormais il peut y puiser en toute occurrence : c'est un arsenal
• Prœfatio, ad fmem.
■ Prefat. ad Chronicon.
* Muratori a souvent eu recours à celte Chronique pour la rédaction de ses Annali d'Ilalia, t. I et H.