CHAPITRE XII
Dé'part de Port Royal 'pour retourner en France. — Rencontre de Ralleau au cap Sable, qui fit rebrousser chemin.
Le 17 du mois, selon la résolution que nous avions prise, nous partîmes de l'embouchure de Port Royal avec 2 barques pour le cap Breton et vînmes mouiller l'ancre au détroit de l'île Longue, où la nuit notre cable rompit et courûmes risque de nous perdre, mais par diligence de tous on en sortit heureusement.
Le 21 du mois il vint un grand coup de vent qui rompit les ferrures de notre gouvernail entre l'île Longue et le cap Fourchu, et nous ne pouvions accoster la terre, de façon que nous résolûmes plutôt mourir à la mer. Comme chacun pensait à part soi à ce qui devait se faire, Champdoré, qu'on avait de nouveau emmenotté, dit qu'il trouverait un moyen de faire gouverner notre barque, le Pont accepta. Il fut donc démenotté pour la deuxième fois, et coupant un cable il en accommoda le gouvernail qui allait aussi bien que si rien n'était arrivé; et par ce moyen répara les fautes qu'il avait commises à la première barque et fut libéré de ce dont il était accusé.
Le 23 nous fûmes proche du cap Sable.
Le 24 nous aperçûmes une chaloupe près de l'île aux Cormorans et approchant nous vîmes que c'était Rolleau, secrétaire du sieur de Mons, qui nous dit qu'on nous envoyait un vaisseau commandé par le sieur de Poitrincourt, et qui venait comme lieutenant général, habiter le Canada avece 50 hommes et qu'il avait mis pied à terre à Canso, d'où le
dit vaisseau avait pris la pleine mer, pour voir s'il nous découvrirait et que lui s'en venait le long de la côte pour nous rencontrer au cas que nous fussions en chemin. Toutes ces nouvelles nous firent rebrousser chemin et arrivâmes à Port Royal le 31 juillet, où nous trouvâmes le sieur de Poitrincourt. Il nous dit que ce qui avait causé son retardement était un accident qui était survenu au vaisseau, au sortir de la Rochelle.
Le sieur de Poitrincourt résolut de rester à Port Royal pour cette année et envoya quelques gens de travail au labourage des terres : fit semer du blé, du seigle, du chanvre, etc.
Le 22 août on vit une petite barque. C'était des Antons de St-Malo, qui venait de Canso, où était son vaisseau, pour nous donner avis qu'il y avait quelques vaisseaux autour du cap Breton qui traitaient de pelleteries et que si on voulait envoyer notre navire, il les prendrait en s'en retournant en France, ce qui fut résolu après qu'il serait déchargé des commodités qui étaient dedans.
Ceci fait, Pont-gravé s'embarqua avec le reste de ses compagnons qui avaient demeuré l'hiver avec lui au Port Royal, hormis quelques-uns, qui fut Champdoré et Foulgeré de Vitré. J'y demeurai aussi avec le sieur de Poitrincourt, pour finir la carte des côtes que j'avais commencée. Toutes choses mises en ordre en l'habitation, le sieur de Poitrincourt fit charger des vivres pour notre voyage aux côtes de la Floride.
Le 29 d'août partîmes de Port Royal en même temps que Pont-gravé et des Antons qui allaient au cap Breton pour saisir les vaisseaux qui faisaient la traite. Etant à la mer, nous fûmes contraints de relâcher au port à cause du mauvais temps. Le grand vaisseau tint sa route et bientôt le perdîmes de vue.