‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 31 sur 54 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Habitation abandonnée. — Retour en France du sieur de Poitrincourt et de tous ses gens.

Le 11 d'août nous partîmes de notre habitation pour le cap de la Hève et reconnûmes la côte jusqu'à Canso.

Partant du cap de la Hève jusqu'à une île appelée Sesambre par quelques Malouins nous trouvâmes

quantités d'îles que nous nommâmes Martyres pour y avoir eu des Français autrefois tués par les sauvages.

De Sésambre nous passâmes une baie fort saine (Baie d'Halifax) continuant? ou 8 lieues et fûmes ■à un port distant de Sésambre de 8 lieues. En son entrée il y a une île et nous avons nommé ce lieu Port Ste-Hélène.

De ce lieu nous fûmes à une baie appelée de toutes îles, lieu fort dangereux à cause des bancs qui s'y trouvent. Le pays est très mauvais et rempli de mauvais bois.

De là nous passâmes proche d'une rivière qui s'appelle la rivière de l'île verte. Ce peu de chemin que nous fîmes est rempli de quantité de rochers qui jettent près d'une lieue en la mer.

De là nous fûmes à un lieu où il y a 3 îles et un assez beau port. Nous passâmes par plusieurs îles rangées les unes près des autres et les nommâmes Iles Rangées et fûmes jusqu'à un lieu où nous trouvâmes un vaisseau qui faisait la pêche et nommâmes ce lieu port de Savalette, nom du maître du vaisseau qui faisait la pêche et qui était Basque, lequel nous reçut fort bien et fut très aise de nous voir.

Partant de ce lieu, nous arrivâmes à Canso le 27 du dit mois, où nous trouvâmes les 3 barques arrivées. Champdoré et L'Escarbot vinrent au devant de nous pour nous recevoir et trouvâmes le vaisseau prêt à faire voile qui avait fait la pêche et n'attendait plus que le temps pour s'en retourner.

Toutes les côtes que nous rangeâmes sont mauvaises pour les vaisseaux. Néanmoins il y a de bons ports.

Le port de Canso est un lieu entre des îles qui est de fort mauvais abord, pour les rochers et les brisants qui sont autour.

De ce lieu jusqu'au cap Breton, il y a une grande baie qui fait passage entre l'île du cap Breton et la grande terre qui va en la grande baie St- Laurent, par où on va à Gaspé. Ce passage de l'île du cap Breton est fort étroit. Les grands vaisseaux n'y passent point.

Cette île du cap Breton est en forme triangulaire, qui a quelque 80 lieues de circuit et est montagneuse. Au milieu il y a une manière de lac où la mer entre par le côté du nord quart de nord-ouest et il y a quantité d'îles remplies de grand nombre de gibiers. En ce lieu il y a 2 ports, où l'on fait pêche de poisson: savoir le Port aux Anglais (Louisbourg), distant du cap Breton de 2 à 3 lieues et l'autre Niganis. Les Portugais autrefois voulurent habiter cette île, et y passèrent un hiver; mais la rigueur du temps et les froidures leur firent abandonner leur habitation.

Le 3 septembre nous partîmes de Canso.

Le 4 nous étions au travers de l'île de Sable.

Le 6 nous arrivâmes au grand Banc.

Le 26 nous fûmes proche des côtes de Bretagne et d'Angleterre.

Et le 28 relâchâmes à Roscou en basse Bretagne, où nous fûmes contrariés du mauvais temps jusqu'au dernier de septembre, que le vent venant favorable nous nous mîmes à la mer pour achever notre route jusqu'à St-Malo, qui fut la fin de ces voyages, où Dieu nous conduisit sans naufrage ni péril.

SECOND LIVKE

2e Voyage du Sieur de Champlain

Fait en la Nouvelle-France depuis l'année 1 608 jusque en 1612

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