‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 39 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Retour à Québec, et depuis continuation avec les sauvages jusqu'au fond de la rivière des îroquois.

Le lendemain (22 de juin), nous partîmes tous ensemble pour aller à notre habitation, où ils se réjouirent 5 à 6 jours, qui se passèrent en danses et festins, pour le désir qu'ils avaient que nous fussions à la guerre.

Le Pont vint aussitôt de Tadoussac avec 2 petites barques pleines d'hommes, suivant une lettre où je le priais de venir le plus promptement qui lui serait possible.

Les sauvages le voyant arriver se réjouirent encore plus que devant, d'autant que je leur dis qu'il me donnait de ses gens pour les assister, et que peut-être nous irions ensemble.

Le 28 du mois de juin, nous équipâmes des barques pour assister ces sauvages ; le Pont se mit dans l'une et moi dans l'autre et partîmes tous ensemble. Le 1er juillet nous arrivâmes à Ste-Croix, distant de Québec de 15 lieues, où étant, nous arrêtâmes ensemble, le Pont et moi, que pour certaines considérations je m'en irais avec les sauvages, et lui à notre habitation et à Tadoussac. La résolution étant prise, j'embarquai dans ma chaloupe tout ce qui était nécessaire avec 9 hommes, des Marais,la Route notre pilote et moi .

Je partis de Ste-Croix, le 3 juillet avec tous les sauvages, et passâmes par les 3 rivières, qui est un fort beau pays. A l'entrée de 3 rivières il y a 6 lies. 3 petites et les autres de 15 à 1,600 pas de long. Ce lieu est par la hauteur de 46 degrés quelques minutes moins de latitude. Les sauvages nous dirent qu'à quelques journées il y a un lac par où passe la rivière, qui a dix journées, et puis on passe quelques sauts, et après encore 3 ou 4 autres lacs de 5 ou 6 journées et étant parvenus au haut ils font 4 ou 5 lieues par terre, et entrent de rechef dans un autre lac, où le Saguenay prend la meilleure part de sa source. Les sauvages viennent du dit lac à Tadoussac. Les 3 rivières vont 40 journées des sauvages • et disent qu'au bout de cette rivière il y a des peuples qui sont grands chasseurs, sans demeure arrêtée, et qu'ils voient la mer du Nord en moins de six journées. Ce peu de terre que j'ai vu est sablonneuse, assez élevée en coteaux, chargée de quantité de pins et sapins, mais entrant dans la terre les bois y sont très beaux et clairs, et le pays uni.

Continuant notre route jusqu'à l'entrée du lac St-Pierre, qui est un pays fort plaisant, et traversant le lac à 2, 3 et 4 brasses d'eau, lequel peut avoir 8 lieues de long et 4 de large, du côté du nord nous vîmes une rivière fort agréable d'environ 20 lieues de long et l'ai nommé rivière Ste-Suzanne (maintenant rivière du loup) et du côté du sud, il y en a 2, l'une appelée la rivière du Pont (rivière de Nicolet) et l'autre de Gennes (rivière d'Yamaska) qui sont très belles et en bon pays. L'eau est presque dormante dans le lac qui est fort poissonneux. Ayant traversé le lac, nous passâmes un grand nombre d'îles qui sont de plusieurs grandeurs, et de belles prairies avec beaucoup de gibier et animaux sauvages qui vont de la grande terre aux dites îles.

De ces îles nous fûmes à l'entrée de la rivière des Iroquois, où nous séjournâmes 2 jours et nous raffraîchîmes de bons oiseaux et poissons que nous donnaient les sauvages et oii il y eut entre eux quelque différend sur le sujet de la guerre, qui fut qu'une partie vint avec moi et l'autre s'en retournèrent en leur pays.

Partant de cette rivière nous arrivâmes à un lieu qui est à 22 ou 23 lieues des 3 rivières.

Toute cette rivière est environnée de bois. Il y a 9 ou 10 belles îles jusqu'au 1er saut des Iroquois, remplies de chênes et noyers. L'entrée du saut est une manière de lac (bassin de Chambly) où l'eau descend, qui contient environ 3 lieues de circuit, et il y a quelques prairies où il n'y habite aucun sauvage, pour le sujet des guerres. Il y a fort peu d'eau au saut qui court d'une grande vitesse, et quantité de rochers et cailloux, qui font que les sauvages ne les peuvent remonter par eau ; mais les descendent fort bien. Aucun chrétien n'était encore parvenu jusqu'en ce dit lieu, que nous, qui eûmes assez de peine de monter la rivière à la rame.

Aussitôt que nous fûmes arrivés au saut, des Marais, la Route et moi et 5 hommes fûmes à terre, voir si nous pourrions passer ce lieu. Le saut peut contenir 600 pas de large. Et voyant qu'il était impossible de couper les bois et faire un chemin avec si peu d'hommes que j'avais, je résolus de faire autre chose que ce que nous nous étions promis. Nous retournâmes à notre chaloupe où j'avais laissé quelques hommes pour la garder et donner à entendre aux sauvages quand ils seraient arrivés, que nous étions allés découvrir le long du dit saut.

Voyant le peu d'apparence qu'il y avait de passer le saut avec notre chaloupe, cela m'affligea ae m'en retourner sans avoir vu un grandissime lac.

rempli de belles îles, et quantité de beaux pays, qui bornent le lac, où habitent leurs ennemis, comme ils me l'avaient assuré. Après avoir bien pensé en moi-même je résolus d'y aller pour accomplir ma promesse et m'embarquai avec les sauvages dans leurs canots et pris avec moi 2 hommes de bonne volonté. Après avoir proposé mon dessein à des Marais et autres de la chaloupe, je priai des Marais de s'en retourner à notre habitation avec le reste de nos gens sous l'espérance que bientôt avec la grâce de Dieu je les reverrais.

Aussitôt je parlai aux capitaines des sauvages et leur donnai à entendre comme ils nous avaient dit le contraire de ce que j'avais vu au saut, savoir qu'il était de notre impuissance d'y pouvoir passer avec la chaloupe ; toutefois que cela ne m'empêcherait pas de les assister comme je leur avais promis.

Cette nouvelle les attrista fort et voulurent prendre une autre résolution ; mais je leur dis de continuer leur premier dessein, et que je m'en irais à la guerre avec eux dans leurs canots et aussi deux de mes hommes.

Ils furent fort contents de ce que je leur dis, et d'entendre la résolution que j'avais et me promettant toujours de me faire voir de belles choses.

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