CHAPITRE II
De la rivière du Saguenay, et des sauvages qui nous y vinrent aborder. De l'ile d'Orléans, et de tout ce que nous y avons remarqué de singulier.
Après cet accord fait, je fis mettre des ee tiers à accommoder une petite barque du port de 12 à 14 tonneaux, pour porter tout ce qui nous serait nécessaire pour notre habitation, qui ne put être plus tôt prête qu’au dernier de juin.
Cependant j’eus moyen de visiter quelques endroits de la rivière du Saguenay, qui est une belle rivière, et d’une profondeur incroyable, comme 150 et 200 brasses. quelque cinquante lieues del’entree du port, il y a un grand saut d’eau, qui descend d’un lieu fort haut et d’une grande impétuosité. Il y a quelques îles dans cette rivière qui sont fort désertes, n’étant que rochers, couvertes de sapins et bruyères. Elle est large d’une demi-lieue en des endroits, et d’un quart en son entrée où il y a un courant si grand qu’il est trois quarts de marée couru dans la rivière. Toute la terre que j'y ai vue n’est que montagnes et promontoires de rochers, la plupart couverts de sapins et bouleaux, terre fort mal plaisante, tant d’un côté que de l’autre ; enfin ce sont de vrais déserts inhabités d’animaux et d'oiseaux ; car allant chasser par les lieux les plus plaisants, je ne trouvais que de petits oiselets, comme hirondelles, et quelques oiseaux de rivière, qui y viennent en été ; autrement il n’y en a point, pour l’excessive froidure qu’il y fait.
Les sauvages m'ont fait rapport qu’ayant passé le premier saut ils en passent huit auf res, puis vont une journée sans en trouver, et de rechef en passent
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nées, lieues
vent de chasse vont porter leurs mar-
nos vaisseaux. Ces pe
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Je partis de Tad à Québec
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mons, à Cause que nous en primes. Côtoyant la côte Nord nous fûmes à une pointe qui avance à la mer, et 1 nous avons nommée le cap Dauphin, distant de la rivière aux Saumons de 3 lieues. De là nous fûmes à un autre cap que nous nommâmes le cap à l’Aigle, distant du Dauphin de 8 lieues. Du cap à l’Aigle nous allâmes à l’île aux Coudres qui en est distante d'une bonne lieue. Elle est quelque peu unie, diminuant par les deux bouts : à celui de l'ouest il y a des prairies et pointes de rochers et au sud-ouest il y a des battures assez agréables, à cause des bois qui l’environnent, distantes de la terre du Nord d’environ une demi-lieue, où il y a une petite rivière qui entre assez avant dans les terres, et l’avons nommée la rivière du Gouffre, d' autant que la marée y court merveilleusement et est toujours fort agitée y ayant une grande profondeur ; mais il y a force rochers en son entrée et autour de celle-ci.
De l’île aux Coudres nous fûmes à un cap que nous avons nommé le cap Tourmente, que nous avons ainsi nommé parce que peer 15 qu'il fasse du vent la
mer y effleure. En ce lieu l'eau commence à être douce. De 1à nous fûmes à l’île d' Orléans, od il y a deux lieues, en laquelle du côté du sud il y a nombre d'îles, qui sont basses, couvertes d'arbres, fort agréables, remplies de prairies, et force gibier. Autour de celles-ci ,il y a beaucoup de rochers fort dangereux à passer, qui sont éloignés de quelques deux lieues de la grande terre du Sud. Toute cette côte, tant du nord que du sud, depuis Tadoussac jusqu’à l’île d Orléans, est terre montueuse et fort mauvaise, où il n'y a que sapins et bouleaux, et des rochers ou on ne saurait aller en la plupart des endroits.
Or nous rangeâmes l’île d'Orléans du côté du sud, distante de la grande terre d’une lieue et de-
mie ; et du côté du nord une demi-lieue, oontenont de long 6 lieues, et de large une lieue environ. Du côté du nord elle est fort plaisante pour la quantité du bois et prairies qu’il y a; mais i y fait fort dangereux d'y passer pour la quantité de pointes et rochers qui sont entre la terre et l’île. Ce lieu est le commencement du beau et bon pays de la grande rivière. Au bout de l’île il y a un torrent d’eau du côté du Nord, qui vient d’un lac qui est quelque dix lieues dedans les terres, et descend de dessus une côte qui a près de 25 toises (1) de haut, au-dessus de laquelle la terre est unie et ee e à voir, bien que
dans le pays on a ive de hautes montagnes, qui paraissent — de 15 à 20 lieues.