CHAPITRE III
Arrivée à Québec, où nous fîmes nos logements. La Situation. Conspiration contre le service du Roi, et ma vie, par quelques-uns de nos gens. La punition qui en fut faite, et tout ce qui se Passa en cette affaire.
De l’île d'Orléans jusqu’à Québec, il y a une lieue, et j’y arrivai le 3 juillet ; où étant, je cherchai un lieu propre pour notre habitation, mais je n’en pus trouver de pe commode, ni de mieux situé que la pointe de Québec, ainsi appelée des sauvages, laquelle était remplie de noyers. Aussitôt j employai une partie de nos ouvriers à les abattre pour y faire notre habitation, l’autre à scier des ais, 7e tre à creuser la cave et faire des fossés, et l’autre à
(1) Le sant Montmorency a environ 40 toises de haut,
aller quérir nos commodités à Tadousac avec la barque. première chose que nous fimes fut le magazun pour mettre nos vivres à couvert, qui fut promptement fait par la diligence de chacun, et le soin que j'en eus.
Quelques jours après que je fus au dit Québec,
il y eut un serrurier qui conspira contre le service
u Roi, en me faisant mourir, et se rendant maître de notre fort, pour le mettre entre les mains des Basques ou Espagnols, qui étaient pour lors à Tadoussac, où le” vaisseaux ne Peuvent passer plus loin sans avoir la connaissance du Passage et des rochers qu'il y a en chemin.
Pour exécuter son n alheureux dessein, sur l’esérance de faire ainsi sa fortune, il suborna quatre e ceux qu'il croyait être des plus mauvais garçons,
leur faisant entendre mille faussetés et espérances d’acquérir du bien.
nt gagnés, ils
attirer le reste
r sur les vivres et les choses nécessaires pour notre habitation.
Enfin ils surent si bien faire leurs menées avec ceux qui restaient, qu’ils devaient les attirer tous à leur intention, et même mon laquais, leur promet- 9 78 beaucoup de choses qu'ils n’eussent su accom-
ir.
f Etant donc tous d'accord ils étaient de jour en jour en diverses résolutions comment ils me feraient mourir, pour n’en pouvoir être accusés, ce qu’ils tenaient pour très difficile ; mais le diable leur ban-
RE dant à tous les yeux et leur ôtant la raison et toute
la difficulté qu’ils pouvaient avoir, ils arrêtèrent de me prendre
arques fussent arrivées, car autrement ils n’eussent pu venir à bout de leur des.
ues, où homme
aux autres de faire comme eux, mais qu'en effet il n'en désirait pas l’exécution et qu'il n'osait s’en
larer, et ce qui l'en avait empêché, était 1: arainte qu'il avait d’être poignardé.
Après qu Antoine Natel eut fait promettre au dit pilote de ne rien déclarer de ce qu’il dirait, d’autant que si ses Compägnons le découvraient ils le feraient mourir, le pilote l'assura de toutes choses, et dit à Natel de lui déclarer le fait de l’entreprise qu’ils désiraient faire, ce que Natel fit tout au long. Le pilote lui dit : Mon ami, vous avez bien fait de découvrir un dessein si pernicieux, et montrez que vous êtes homme de bien et conduit par le 5 Mais ces choses ne uvent passer sans que le sieur de cp le sache pour y remédier, et vous promets de aire tant envers lui, qu’il vous pardonnera et à d’autres ; et de ce pas, dit le pilote, je le vais trouver sans faire semblant de rien,
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et vous ,&llez faire votre besogne et entendez toujours ce qu'ils diront et ne vous souciez du reste. Aussitôt le pilote me vint trouver en un jardin que je faisais accommoder, et me dit qu'il désirait me pu en lieu secret, où il n'y eut que nous deux. Je lui dis que je le voulais bien. Nous allâmes dans le bois, où il me cola toute l'affaire. Je lui demandai qui le lui avait dit. Il me pria de pardonner à celui qui le lui avait déclaré : ce que je lui accordai bien qu'il devait s’adresser à moi. II craignait, ditil, 935 je n’entre en colère et que je ne l’offense. Je lui dis que je savais mieux me gouverner que cela en telles affaires, et qu’il le fit venir pour l'entendre parler. II y fut, et l’amena tout tremblant de crainte qu'il avait que je lui fisse quelque déplaisir. Je le rassurai et lui dis qu'il n'eût point de peur et qu'il était en lieu de sûreté, et que je lui pardonnais tout ce qu’il avait fait avec les autres, pourvu qu’il dit entièrement la vérité de toute chose, et le sujet
qui les y avait menés. Rien, dit-il, sinon que stant
imaginés qu’en rendant la place entre les mains des 3 ou Espagnols, ils seraient tous riches, et u'i
qu'ils ne désiraient plus aller en France ; et il me conta le surplus de leur entreprise.
Après l'avoir entendu et interrogé, je lui dis u il s'en allât à ses affaires; cependant je commanai au pilote qu’il fit approcher la chaloupe, ce qu’il fit ; et après je donnai deux bouteilles de vin à un jeune homme, pour qu’il dise à ses quatre galants principaux de l’entre rise, que c'était du vin de présent que ses amis de Tadoussac lui avaient donné et u’il leur en voulait faire part, ce qu’ils ne refurent pas, et il fut sur le soir en la barque où il leur devait donner la collation; je ne tardai pas beaucoup après à y aller et les fis prendre et arrêter sans attendre le lendemain,
Voilà donc mes galants bien étonnés. Aussitôt
je ſis lever un chacun (car c'était sur les dix heures
u soir) et leur pardonnai à tous, pourvu qu' ils me
dissent la vérité de tout ce qui s était passé, ce qu’ils firent et après je les fis retirer.
lendemain, je pris toutes leurs dépositions,
les uns après les autres, devant le pilote et les mari-
reçu, Ccumme ils déposèrent.
jour je fis faire six paires de menottes pour les auteurs de la sédition, une pour notre chi ien ares Bonrerme, une pour un autre appelé la aille, que les quatre séditieux avaient chargés, ce qui se trouva néanmoins faux, et fut occasion de leur donner la liberté choses étant faites, je menai mes galants à adoussac, et priai le Pont ds me faire plaisir en les gardant, d autant que je n’avais aucun lieu de sûreté pe les mettre, et aussi pour prendre résolution de lui et d’autres du vaisseau, de ce que nous aurions à faire là-dessus. Nous avisâmes qu apres qu il aurait fait ses affaires à Tadoussac, il s’en viendrait à Québec avec les risonniers, où nous les ferions confronter devant eurs témoins ; et après les avoir entendus, ordonner que la justice en fût faite selon le délit qu’ils avaient commis.
Je m’en retournai le lendemain à Québec pour parachever notre Es mir et y mettre nos vivres qui y auraient été abandonnés de tous ces bélitres, qui n'épargnaient rien, sans considérer où ils pourraient en trouver d’autres quand ceux-là manque-
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raient; car je ne pouvais y donner remède avant que le magasin ne fût fait et fermé.
Pont-gravé arriva quelque temps après moi avec les prisonniers, ce qui apporta du mécontentement aux ouvriers 2 restaient, craignant que je leur eusse pardonné, et qu ils n’eussent de venges envers eux, pour avoir déclaré leur mauvais
essein.
Nous les fimes confronter les ils leur maintinrent tout ce qu’ dans leur déposition déniassent le contra
Après que le Pont et moi avec le capitaine du vaisseau, le chirurgien, maître, contre-maître, et autres mariniers eûmes entendu leur déposition, nous avisames que ce serait assez de faire mourir le dit du Val, comme le chef de l'entreprise, et aussi pour servir d'exemple à ceux qui restaient, de se comporter sagement à l'avenir en leur devoir, et afin que les Espagnols st Basques qui étaient en grand nombre au pays n’en fissent trophée ; et les trois autres condamnés à être pendus, et cependant les ramener en France entre les mains du sieur de Mons, pour leur être fait plus ample justice, selon qu’il aviserait, avec toutes les in ormations, et la sentence, tant du dit Jean du Val qui fut pendu et étranglé au dit Québec, et sa tête mise au bout d'une pique pour être plantée au lieu le plus éminent de notre fort, et les autres trois renvoyés en France.