‹ Les voyages de Samuel de Champlain au Canada de 1603 à 1618 [microforme]Chapitre 43 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Départ de Québec pour aller assister nos sauvages alliés à la guerre contre Les Iroquois, leurs ennemis, et tout ce qui se passa jusqu'à notre retour en notre habitation.

Je 2 de Québec le 14 de juin pour aller

trouver les Montagnais, Algoumequins et Ochate-

Le qui se devaient trouver à l'entrée de la rivière es Iroquois.

Quand je fus à huit lieues de Québec, je rencontrai un canc:, où il 8 deux sauvages, l’un Algoumeguin et l’autre ontagnais, qui me venaient Prier de m’avancer le plus vite qu'il me serait possible, et que les Algoumequins et Ochateguins seraient dans deux jours au rendez-vous au nombre de 200 et 200 autres qui devaient venir un peu après, avec Yroquet un de leurs chefs ; et me demandèrent si j'étais content de la venue de ces sauvages ; je leur dis que je n’en pouvais être fâché, puisqu'ils avaient tenu leur promesse. Ils se mirent dans ma barque, où je leur fis fort bonne chère. Peu de 3 après avoir devisé avec eux de plusieurs choses touchant leur guerre, le sauv Algoumequin, qui était un de leurs chefs, tira ds sac une pièce de cuivre de la longueur d’un pied, qu’il me donna, lequel était fort 1 et bien franc, me donnant à

entendre qu’il y en avait en quantité là où il l’avait pris, qui était sur le bord d’une rivière proche d’un rand lac, et qu’ils le prenaient par morceaux et le aisant fondre, le mettaient en ames, et avec des pierres le rendaient uni. Je fus fort aise de ce présent, encore qu'il fût de peu de valeur.

Arrivant aux 3 rivières, je trouvai tous les

— —— ͤ wEä —

Montagnais qui m'attendaient, et quatre barques qui étaient allées pour traiter avec eux.

sauv furent réjouis de me voir. Ils me prièrent, qu’allant à la guerre je ne m'embarquasse Point, ni mes compagnons aussi, en d’autres canots que les leurs; et qu'ils étaient nos anciens amis ; ce que je leur promis, leur disant que je voulais partir tout à l’heure, d’autant que le vent était bon, et que ma barque n’était point si aisée que leurs canots, et que pour cela je voulais prendre l'avant. Ils me prièrent d’attendre au lendemain matin, que nous irions tous ensemble, et qu'ils ne feraient pas plus de chemin que moi. Enfin pour les contenter je leur promis, et ils furent très joyeux.

Le jour suivant nous partimes tous ensemble et le lendemain matin 19 nous arrivâmes à une île devant la rivière des Iroquois, en attendant les Algoumequins qui devaient venir ce mêmejour.

Comme les Montagnais coupaient des arbres pour faire place pour danser ei se mettre en ordre à l’arrivée des dits Algoumequins, voici un canot Algoumequin À sims aperçut venir en diligence avertir que les Algoumequins avaient fait rencontre des Iro-

uois, étaient au nombre de cent, et u' ils taient fort bien barricadés et qu'il serait malaisé e les emporter, s'ils ne venaient promptement, et les Matigoches avec eux (ainsi nous appellent-ils).

Aussitôt l’alarme commença parmi eux, et chaaun se mit en son canot avec ses armes. Ils furent Promptement en état, mais avec confusion : car ils se précipitaien, si fort qu au lieu d'avancer ils se retardaient. Ils vinrent à notre barque et aux autres, me priant d' aller avec eux dans leurs canots, et mes compagnons aussi, et me Des si fort ge je m'y embarquai moi cinquième. Je priai la

ute, qui était notre pilote, de demeurer en la bar-

que, et m'envoyer encore quelque 4 ou 5 de mes compagnons, si les autres barques 1 quelques chaloupes aveo hommes Pour nous donner secours ; car aucune des barques n y voulut aller avec les sauvages, hormis le Ce so Thibaut qui vint avec moi, qui avait là une barque. Les sauvages criaient

ceux qui restaient a avaient des cœurs de femmes, et ne savaient faire autre chose que la guerre à leurs pelleteries.

Cependant après avoir fait une demi-lieue en traversant la rivière, tous les sauvages mirent pied à terre, et abandonnant leurs canots, eg leurs boucliers, arcs, flèches, massues et „ qu'ils (enmanchent) ajustent au bout de grands bâtons, et commencent à prendre leur course dans les bois, de telle façon que nous les eûmes bientôt perdus de vue et nous iaissèrent cinq que nous étions sans guides. Cela nous apporta du déplaisir ; néanmoins voyant toujours leurs brisées nous les suivions : mais souvent nous nous abusions. Quand nous eûmes fait environ une demi-lieue par les bois, dans les marécages, toujours l’eau jusqu aux genoux, armés chacun d’une pique qui nous importunait beaucoup, et aussi les moustiques, qui étaient si nombreux qu’ils ne nous permettaient presque point de reprendre notre haleine, tant ils nous ae et si cruellement que c’était chose étrange, nous ne savions plus où nous étions sans deux sauv que nous 1 traversant le bois, lesquels nous ap lâmes et leur dimes qu'il était nécessaire qu ils

furent avec nous Pour nous guider et conduire où étaient les Iroquois, et qu’autrement nous n'y pourrions aller, et que nous nous égarerions dans les bois. Ils demeurèrent Pour nous conduire. Ayant fait un peu de chemin, nous aperçûmes un sauv

qui venait nous chercher pour nous faire avancer le

+ pe

plus promptement qu’il serait possible, lequel me fit entendre que les Algoumequins et ontaqne is avaient voulu forcer la barricade des Iroquois et qu'ils avaient été repoussés, et qu'il y avait eu des meilleurs hommes Montagnais tués, et plusieurs autres blessés, et qu'ils s'étaient retirés en nous attendant, et que leur espérance était toute en nous. Nous n’eûmes pas fait un quart de lieue avec ce sauvage qui était capitaine Algoumequin, que nous entendions les hurlements et cris des uns et des autres, qui s’entredisaient des injures, escarmouchant toujours légèrement en nous attendant Aussitôt que les sauvages nous aperçurent ils commencèrent à s’écrier de telle façon qu'on n’eût pas entendu tonner. Je donnai ordre à mes compagnons Je me suivre toujours, et ne point s’écarter de moi. Je m'approchai de la barricade des ennemis pour la reconnaître. Elle était faite de puissants arbres, arrangés les uns sur les autres en rond, qui est la forme ordinaire de leurs forteresses. Tous les Montagnais et Algoumequins s’approchèrent aussi de la barricade. Lors nous commençâmes à tirer force coups d’arquebuse à travers le feuillage, d' autant que nous ne pouvions les voir, ni eux nous. Je fus blessé en tirant le premier coup sur le bord de leur barricade, d’un 0 de flèche qui me fendit le bout de l'oreille et entra dans le col. Je pris Je Aèche qui me tenait encore au col et l’arrachai ; elle était ferrée par le bout d’une pierre bien aiguë. Un autre de mes compagnons en même temps fut aussi blessé au bras d’une autre flèche que je lui arrachai. Néanmoins ma blessure ne m ps de faire mon devoir ; et nos sauvages aussi de leur part, et pareillement les ennemis, tellement qu'on voyait voler les flèches de part et d' autre, menu comme grêle. Les Iroquois s’étonnaient da bruit de nos arquebuses, et

Page 1