CHAPITRE III
Départ pour découvrir la mer du Nord, sur le rapport qui m'en avait été fait. Description de rivières, lacs, Îles, du saut de la Chaudière et autres sauts.
Or, n’ayant que deux canots, je ne ai mener avec moi que quatre hommes, entre esquels était un nommé Nicolas de Vignau, le plus impudent menteur qui se soit vu de ongtemps, comme la
suite de ce discours le fera voir, lequel autrefois avait hiverné avec
mer; qu'il avait vu le bris et fracas d’un vaiseau anglais qui s' était perdu à la côte, où il y avait 80 hommes qui s'étaient sauvés à terre, que les sauvages tuèrent
re, i it la corde au cou, aussi ue si la i it vraie, il se pouvait assurer ‘être bien récompensé; il me l’assura encore avec
pour mieux
2 J'avais en lui, la
et les autres seigneurs de la Cour, lesquels me dirent qu'il me fallait voir les choses en
8 Cela fut cause que je 3 le sieur rges, marchand de la Rochelle, lui donner Kant ff 2 son vaisseau, ce +: fit volontiers, où t 1 interrogea uoi il faisait ce .
il lui demanda s’il astra uelque salaire, —# fit ré que non, et qu’il n'en prétendait d’autre que du Roi, et qu’il n’entreprenait le age que me montrer la mer du Nord qu’il avait vue, et en fit à la Rochelle une déclaration par devant 8 congé de tous les chefs le comme je prenais tous 8 jour de la Pentocéte (26 mai) aux prières Je me recommandais et de tous en al, je lui dis en leur présence, que si ce qu’il avait dit n’était vrai, il ne me donnât pas la peine d en le ge ve lequel il fallait courir plusieurs H assura encore tout ce qu’il avait dit au péril de sa vie.
Ainsi nos canots chargés de quelques vivres, de nos armes et marchandises pour faire 3 aux sauvages, je pen le lundi 27 mai de l’île Ste- Hélène avec 4 rançais et un sauvage, et me fut un adieu avec quelques coups de petites pièces, et ne fümes ce jour qu au saut St-Louis, à cause du mauvais temps.
pif dogme sur nos 2 ce qui n’est te Pour ceux qui n’y sont accoutu- — nous entrâmes dans un lac (le lac St- Louis), où se déchargent 3 rivières : l’une venant de l’ouest (le St-Laurent) du côté des Ochateguins, éloignés du grand saut de 150 à 200 lieues ; l’autre ( Chateauguay) venant du sud, pays des Iroquois; et l’autre (rivière des Outaouais) vers le nord, qui vient des Algoumequins, et Nébicerini (ou
— — Nipissirini). Cette rivière du Nord, suivant le rapport des sauvages, vient de loin et passe par des peu-
Le qui leur sont inconnus, distant environ de 800 ieues deux.
„ aussi biea ue le poisson. Le ays qui l’environne est rempli des forêts. Nous fümes coucher à l’entrée
du ait 8 fimes des ee à cause et uois qui rôdent par ces lieux pour rendre leurs ennemis; êt — —
Le lendemain sur les trois eures du soir, nous entrâmes dans la rivière qui vient du Nord, et pas- — — Par terre pour soulager nos canots et i dant le jour.
Le dernier mai, nous Passâmes par un autre lac (lac des 2 montagnes). Le pays d’alentour est fort uni, hormis en elques endroits i
d'avirons , c qui ne se fait sans suer, et grande
adresse pour éviter les bouillons et bri ts qui les
. ras ‘ © pour quoi les sauvages sont très its.
Le samedi, 1er juin, nous Passâmes encore deux autres sauts : le premier contenant une % lieue et le second une lieue, où nous eûmes bien de la peine, car la rapidité du courant est fort grande. Ce saut est parsemé de rochers et quelques îles q i sont ça
ot là, couvertes de pins et cèdres blancs. Ce fut 1à où nous eûmes de la peine, car ne pouvant nos canots par terre à cause de l'épaisseur du bois, il nous les fallait tirer dans l’eau avec des cordes, et en tirant le mien, je me pensai perdu, à cause qu’il traversa dans un des bouillons, et si je ne fusse tombé favorablement entre 2 rochers, le canot mentraînait ; d’autant que je ne pus défaire assez À temps la corde qui était entortillée à l’entour de ma main, qui me l’offensa fort, et pensa me la couper.
En ce danger je m’écriai à Dieu et tirai mon canot qui me fut renvoyé par le remous de l’eau, et lors je louai Dieu, le priant nous protéger et préserver. Notre sauvage vint après pour me sucourir, mais j'étais hors du danger, et mon canot sauvé 5 car 8 il eût été perdu, j aurais dû attendre = quel- . sauvages passassent par là. Pour nos Françai
eurent aussi beaucoup de peine, et plusieurs fois se pensèrent perdus, mais la divine bonté nous préserva tous.
Le lendemain, nous rencontrâmes 15 canots de sauvages appelés Quenonguebin (de la nation de-“
nquins) dans une rivière, ayant passé un petit lac, lesquels avaient été avertis de ma venue pes ceux qui avaient passé au saut St-Louis venant
e la guerre des Iroquois ; je fus fort aise de leur rencontre et eux aussi, qui s’étonnaient de me voir avec si peu de gens en os pays, et avec un seul sauvage. Ainsi après nous être salués à la mode du pays, je les priai d'écouter ma volonté, ce qu’ils
t, et fûmes cabaner dans une ile.
Le lendemain je leur fis entendre que j'étais allé en leur pays pour les voir et pour m'acquitter de la promesse que je leur avais faite, et que s ils étaient résolus d'aller à la guerre, cela m ps fort, d' autant que j'avais amené des gens à cette inten-
nn
tion, de quoi i's furent fort satisfaits; et leur ayant dit que je vouiai passer outre — avertir les autres peuples, ils voulurent men étourner, disan qu’il y avait un méchant chemin; et pour ce je les 9 . leurs gens pour nous gui- 5 ils — firent “dt rs et j° es s un présent, et leur donnai un rançais, e renvoyai au saut avec une feuille de tablette Jans sais savoir de mes nouvelles
De qui vient d’une es : Ouescha-
autre rivière qui uples appelés — le grand fleuve St-Laurent
qui fait que les sauvages s’y arrêtent ; les Iroquois y viennent aussi quelquefois les surprendre au P
Nous passâmes un saut à une lieue de là, qui
reel
P te chute d tel bruit qu’on l'entend de 2 lieues. Nous eûmes beaucoup de peine de monter r à foros de rames, pour parvenir au pied du dit saut où
de fort belles îles en ns ort es remplies de : et autres arbres. Le — e e et 8 trouve une racine qui teint en couleur cramoisie,
laquelle les sauvages se peignent et s’affistolent le
lendemain, 5 de juin, nous continuâmes jusqu’à un grand saut que nous passâmes tant à l’aviron que par terre, en portant nos canots et armes par le dit saut.
Poursuivant notre route, nous passâmes deux autres sauts puis entrâmes dans un lac (lac des Chats) ,où se déch une rivière venant du sud, où, à 5 journées du A ses il y a des 3 qui y habitent, appelés Matou-oüescarini. y a quelques îles, dans l'une desquelles nous reposâmes et vimes plusieurs beaux cyprès rouges, les premiers que je vis dans ce pays, uels je ſis une croix, que je plantai à un bout de l’île, en lieu éminent et en vue, avec les armes de France, comme j'ai fait aux autres lieux. Je nommai cette île: l’île Ste-Croix.
— es
cd 8 où 0 Re, mm de tte fl .
ou „ nous un sau 4 grandeurs.
rame et quantité d'îles ke différentes Ici nos sauvages laissèrent leurs sacs et leurs vivres pour être plus légers pour aller par terre et éviter Plusieurs sauts qu'il fallait passer.
me dégoûter de l'entreprise, comme il a confessé 3 Nous traversâmes donc à l'ouest de la ri
de peine à f
men ar les moustiques. A avoir cheminé 2 lieues 4, nous étions tant fatigués qu’il nous était impossible de passer outre, à cause qu'il y avait près de 24 heures que nous n’avions mangé qu’un peu de pu rôti. Ainsi, nous nous reposâmes sur le rd d’un étang, fimes du feu ur chasser les moustiques et nous tendimes nos ets pour prendre .. poissons.
lendemain nous passâmes cet étang et nous cheminâmes 3 qe des pays difficiles et nous arrinmes à un iac (lac du Rat- usqué) tort abon ant en poisson. Près de ce lac il y a une habitati
lequel nous vint voir avec sa troupe, émerveillé comment nous avions pu passer les sauts et mauvais chemins. Et après nous avoir présenté du
A Ananda anten pauvreté de cette terre Je ou demendai comment ils s'amusaient à
ver un si mauvais vu qu'il y en avait de beau coup meilleurs qu’ils l t et
nés, comme le saut St-Louis. Ils me répondiren qu'ils en étaient contraints, — se mettre en sûreté, et que l’âpreté des lieux
oontra leurs
ennemis ; q aire une habitation de Fr au saut St-Louis, comme j'avais promis, qu’ quitteraient leurs
que cette nous ferions les préparatifs de bois et pierres pour l’année suivante faire un fort, et labourer cette terre: ce qu'ayant entendu ils a plaudirent. Je priai tous les chefs et principaux d entre eux de le lendemain en la grande terre, en la cabane de Tessouät, lequel me voulait faire . et que Jà je leur dirais mes intentions, ce qu ils me promirent; et dès lors envoyèrent convier leurs voisins pour s’y trouver.
Le lendemain tous les conviés vinrent avec chacun son écuelle de bois et sa cuillère, lesquels sans
Par terre dans Cabane de Tessouät, - leur distribua une bouillie, faite de maïs écrasé, i pés par petits morceaux, le tout cuit ensemble et
charbons, et du poisson bouilli à pes qu’il distribua aussi. Et pour mon regard, d’ voulais point de leur bouillie, à cause qu’ils cui-
onnèrent. Nous avions pour le boire de la belle eau claire. Tessouät qui faisait la tabagie nous entretenait sans manger suivant leur coutume.
La tabagie faite, les jeunes hommes qui n assistent pas aux harangues et conseils sortirent et puis chacun de oeux qui rames arr son pétunoir, (pipe ou calumet) et men présentèrent les uns et les autres ; après une demi-heure employée à cet exercice, sans dire un seul mot, je leur fis entendre par mon truchement (interprète) que le sujet de mon voyage n'était autre que de les assurer de mon affection. Que ce qui m'avait empêché l’année dernière de venir, ainsi que je leur avais promis, était que le Roi m' avait occupé en d’autres guerres, mais que maintenant il m'avait commandé de les visiter et les assurer de ces choses, et pour cet enet j'avais nombre d' hommes au saut St-Louis; et que je désirais voir une nation distante de 6 journées d’eux, uommée Nebicerini, pour les convier aussi à la guerre; et pour ce je les priai de me donner 4 canots avec 8 sauvages pour me conduire. Et d' autant que les Algoumequins ne sont pas grands amis des Nebi. cerini, ils semblaient m’écouter avec plus grande attention.
Mon discours achevé, ils commencèrent de rechef à pétuner et à parler tout bas ensemble touchant mes propositions ; Fe Tessouät pour tous prit la parole et dit: Qu’il m'avait toujours connu
lus affectionné en leur endroit, qu'aucun autre rançais qu’ils eussent vu; que les preuves qu’ils en avaient eues dans le passé, leur facilitaient la créance en l’avenir; 18 montrais être bien leur ami, ur passer tant de dangers pour les venir voir, et es assister en leurs guerres, et que toutes ces choses les obligeaient à me vouloir du bien, comme à leurs enfants propres. Que toutefois l’année dernière je leur avais manqué de promesse, et que 2,000 sauvages étaient venus au saut en intention de me trouver, pour aller à la guerre, et me faire des présents, et ne m'ayant trouvé furent fort attristés, croyant
S ĩðé ĩͤ vv bbb
que je fusse mort, comme quelques-uns leur avait it : à
furent mal traités par eux, de sorte qu’ils avaient résolu entre eux de ne plus venir au saut, et que n'espérant plus me voir d aller à la guerre seuls, et de fait que 1,200 des leurs J étaient allés. Et d' autant que la plupart des guerriers étaient absents, ils me priaient de remettre la partie à l’année suivante, et qu'ils feraient savoir cela à tous ceux de la contrée. Pour les 4 canots ils me les accordèrent mais avec grande difficulté, disant qu’il leur déplaisait fort de telle entreprise pour les peines que 17 endurerais; que ces peuples étaient sorciers et qu'ils avaient fait mourir beaucoup de leurs gens par sort ou empoisonnement, et que pour cela ils n'étaient amis; au surplus que pour la Er je n’avais pas
in deux, d'autant qu ils étaient de petit cœur, me voulant détourner avec ces Propos sur ce sujet.
Moi, d’autre part, qui n’avait d’autre désir que de voir ces 3 et faire amitié avec eux, pour voir la mer du Nord, faciliter leurs difficultés, leur disant qu’il n’y avait pas loin jusqu’en leur pays ; et que pour leurs sorti que mon Dieu m'en préserverait, que je les voulais rendre ensemble ad amis, et leur ferais des pus Pour cet effet. Avec ces raisons ils m’accordèrent les 4 canots, de quoi 1 fus fort joyeux, sur l'espérance que j'avais à + voir cette mer tant désirée.
Cette nouvelle m’affligea fort, et j’allai les trouver et leur dis que je les avais toujours estimés hommes et que maintenant ils se montraient enfants et menteurs, toutefois que s ils se sentaient incommodés de 4 canots qu ils m'en baillassent 2 et 4 sauvages seulement.
Ils me dirent que o était par crainte de me perdre qu' ils me faisaient ce refus.
e leur fis réponse que j'étais fâché de ce qu'ils se montraient si peu mes amis, et que je ne l’eusse jamais cru; que j'avais un garçon (leur montrant
mon imposteur) qui avait été dans leur pays et n'avait trouvé ces peuples si mauvais qu’ils disaient. Alors ils commencèrent à se regarder, et spécialement Tessouät, vieux capitaine, avec lequel il avait hiverné, et l’appelant par son nom, lui dit en son langage: Nicolas, est-il vrai que tu as dit avoir été aux Nebicerini ! Il fut longtemps sans répondre, 2 il dit: Oui, j'y ai été. Aussitôt ils le regar-
èrent de travers, et se jetant sur lui, comme s’ils l'eussent voulu manger ou déchirer, firent de grands cris, et Tessouät lui dit: Tu es un menteur, tu sais bien que tous les soirs tu couchais à mes côtés avec mes enfants et que tous les matins tu t’y levais; si tu as été vers ces peuples, ç’a été en dormant; comment as-tu été si impudent d’avoir donné à entendre à ton chef des mensonges, et si méchant de vouloir hasarder sa vie? tu es un homme perdu, il te devrait faire mourir plus cruellement que nous ne faisons de nos ennemis; je ne m'étonne pas s’il nous importunait tant sur l'assurance de tes paroles. Alors je lui dis
u' il eût à répondre à ces pes: et puisqu'il avait dé en ces terres qu'il en donnât des renseignements pour me le faire croire, et me tirer de la peine où il m'avait mise, mais il demeura muet et tout éperdu.
Je le tirai à l'écart des sauvages, et le conjurai
de me déclarer la vérité, que s’il avait vu cette mer que je lui ferais donner la récompense que je lui avais promise, et s’il ne l’avait vue qu’il eût à me le dire sans me donner davantage de peine. De rechef avec jurements il assermenta tout ce qu'il avait dit, et qu’il me le ferait voir si ces sauvages voulaient bailler des canots.
sauv.
aux Nebicerini, pour les avertir de mon arrivée. Et lors pour me servir de l’occasion, je fus trouver les sauvages, pour leur dire que j’avais songé cette nuit qu'ils voulaient
i p menteur, qui me voulait à tant de braves capitaines qui
étaient mes amis; je leur répliquai que mon homme avait été en ces contrées avec un des parents de Tessouät et avait vu la mer, le bris et fracas d’un vaisseau anglais, ensemble 80 têtes que les sauv avaient, et un jeune garçon anglais qu’ils tenaient prisonnier, de quoi ils me voulaient faire présent.
Ils s’écrièrent plus qu avant qu’il était un menteur, qu’il le fallait faire mourir, ou qu’il dit celui avec qui il y avait été, et qu’il dise les acs, les rivières par lesquels il avait passé ; à quoi je leur fis réponse en leur montrant la carte des particularités du pays qu’il m’avait baillé. Les sauv l’inter-
rent sur la carte décrite, à quoi il ne $t réponse, ainsi son silence manifesta sa méchanceté.
mme
s'était passé; mais que si * Passais plus avant, je le ferais pendre et trangler sans lui faire Après avoir songé, il se jeta à terre et me demanda re disant que tout ce qu’il avait dit, tant en
rance qu’en ce pays était faux : qu’il ne l’avait amais vu, et qu’il n'avait pas été plus avant que e village de Tessouät, et qu il avait dit ces choses Pour retourner en Canada. Je le fis retirer donnant Charge à Thomas de s’enquérir de tout.
Peu de temps après je fus avertir les sauvages,
à mon grand regret, de la malice de ce menteur, et
u'il m'avait confessé la vérité, de quoi ils furent ort joyeux et me dirent qu’il fallait faire mourir ce malicieux menteur. Ne vois-tu pas qu'il a voulu te faire mourir ? Donne-le hous et nous te promettons qu'il ne mentira plus. Je leur défendis de lui faire aucun mal d’autant plus que je le voulais ramener au saut pour le faire voir à ces messieurs, auxquels il devait porter de l'eau salée, et que là j'aviserais ce que j en ferais.
Mon voyage étant achevé par cette voie, je con-
viai les sauvages de venir au saut St-Louis, où il y avait 4 vaisseaux fournis de toutes sortes de marchandises. Et avant de partir, je fis une croix de cèdre blanc, laquelle je plantai sur le bord du lac en un lieu éminent, avec les armes de France, et priai les sauvages de la conserver, comme aussi celles qu ils trouveraient du long des chemins où nous avions passé; et que s'ils les rompaient, que mal leur arriverait; et les conservant, ils ne seraient assaillis de leurs ennemis. Ils me promirent de faire ainsi, et que je les retrouverais quand je retournerais chez eux.
étonnés. Après que j’eusse appris de notre Frandais la cause de cet émoi, tout se passa en risée.
En continuant notre chemin, nous parvinmes au saut de la Chaudière, où les sauvages firent la cérémonie accoutumée comme celle-ci : Ils portent leurs canots au bas du saut, ils s’assemblent en un lieu, où un d’entre eux avec un plat de bois va faire la quête, et chacun met dans ce plat un morceau de petun; la quête faite, le pes est mis au milieu de la troupe, et tous dansent à l’entour, en chantant à leur mode; puis un des capitaines fait une harangue, remontrant qu'ils ont la coutume de faire cette offrande, et par ce moyen ils sont garantis de leurs ennemis, qu autrement malheur leur arriverait ainsi que le persuade le diable. Cela fait, le harangueur prend un plat, et va jeter le petun au milieu de la Chaudière, et font un grand cri tous ensemble. Ces
Pauvres gens sont si superstitieux, qu’ils ne croiraient pas faire bon voyage, s ils ne faisaient pas cette cérémonie en ce lieu.
Le 17 re nous arrivâmes au saut St-Louis où
je trouvai l’Ange qui était venu au devant de moi ans un canot, pour m'avertir que le sieur de Maisonneuve de St-Malo avait apporté un passeport de Monseigneur le prince pour trois vaissearx. En attendant que je l'eusse vu, je fis assembler tous les sauvages pour leur faire défense de traiter aucune marchandise avant que je ne leur eusse dit. Ainsi, poursuivant notre chemin, nous arrivâmes aux bar. ques. Ayant mis pied à terre, Maisonneuve me vint trouver avec le passeport; et aussitôt que je l’eusse vu, je le laissai jouir et les siens, du bénéfice de celui-ci comme nous autres, et fis dire aux sauvages qu’ils pouvaient traiter le lendemain.
Ayant vu tous les chefs et déduit les particularités de mon voyage, et la malice de notre menteur,
3 ils furent fort étonnés, je les priai de s’as-
, afin qu’en leur présence, des sauv et de ses compagnons, il déslardt sa méchanceté: ce firen
dire cela ; et les priai de lui p , confessant avoir grandement failli; mais que si je le voulais laisser au pays, 3 ferait tant par son labeur qu'il réparerait sa faute, et verrait cette mer, et en rapporterait certaines nouvelles l’année suivante. Je lui pardonnai à cette condition.
Je m'enquis alors de ce qu'ils avaient fait pendant mon absence, et de la chasse, où ils avaient fait tant de progrès, que le plus souvent ils apportaient six cerfs. Une fois le sieur du Parc y étant allé avec deux autres, en tua 9. La pêche aussi avait été très abondante.
Le 22 juin, vers 8 heures du soir, les sauvages nous donnèrent une alarme pensant voir les Iroquois.
Chacun prit les armes, mais ayant vu que c'était une erreur on rentra laissant la garde ordinaire. Cela les assura fort, et furent bien contents de voir les Français prêts à les secourir.
Après que les sauvages eurent traités leurs marchandises, et qu ils eurent résolus de s’en retourner, je les priai de mener avec eux deux jeunes hommes pour les entretenir en amitié, leur faire voir le pays et me les ramener. Je leur dis = c’étaient deux gens de bien et ils acceptèrent. Pour notre menteur aucun de ces sauvages n’en voulut et nous le laissâmes à la garde de Dieu.
2 n'avoir plus rien à faire en ce pays, je me résolus de passer 1 vaisseau qui eur
retournerait en France. lequel + ve Passage, accep-
les autres vaisseaux, qui
à la guerre
de retour et arrivâmes à Tadoussac le 6
Le 8, le temps se trouva Propice et nous par-
ö 8 nous sortimes de Gaspé. Le 28 nous and banc, où se fait la pêche de poison en prit tant que l’on voulut.
Le 26 août arrivâmes à:St-Malo, où je vis les marchands auxquels je remontrai combien il était facile de faire une bonne association pour l’avenir, à quoi ils se sont résolus comme ont fait ceux de Rouen et de la Rochelle après qu'ils eurent reconnu ce règlement nécessaire.
ieu, par sa grâce, fasse prospérer cette entre-
prise à son honneur, à sa gloire, à la conversion de
Pauvres aveugles, et au bien et bonneur de la rance.
Se VOYAGE du sieur de CHAMPLAIN