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utilité (1). C'est donc ;i l'artiste et au (liploniatc du dix-sejitièiiic siècle que notre époque à dû de mener à bien son œuvre de restitution intégrale et précise. Ne leur disputons pas une part de notre reconnaissance, quand, parvenus au sommet de l'Acropole, en face des ruines du teni})l('. nous goûtons la piu'e jouissance de recomposer en esprit l'ensemble du monument et d'éxoquer, dans une nette et sublime vision, ce tvpe d'inimitable ordonnance, d'élégance roi)usle et de perfection, où revit tout le génie d'Athènes.
Dans le reste do la ville. Noinlel s'était mis. suiv;mt sa coulumc, en quête de sculplures, de stèles, de bas-reliefs. Il v a\ait jjeaucoup à récidler, car partout lantiquc Athènes perçait encore sous la grande bourgade (|ui lui avait succédé. .\ chaque pas, autour des principales ruines, c'était un tronçon de statue gisant à terre dans une poussière de marbre; dans les rues, à chaque pas, un fût de coloime au.\ moulures délicates, un chapiteau finement sculpté, un débris de temple, encastrés dans d'iiifor/nes bâtisses! Nointel convoitait toutes ces [iroies cl Iniilail de s'en emparer. Pour l'aider dans sa tache de ravisseur, il n'avait plus, à la vérité, son au.xiliaire habituel : après le séjour en Palestine, (lalland lui avait faussé compagnie et était retourné directement en France, voulant peut-être \ rap|iorler le fruit de ses premières découvertes; il ne re\iendiait en ( (rient ([iie plus tard. Mais Nointel n'en contiimait pas moins à glaner, à l)atincr, et daus les vestiges d'Athènes tout ce (|ui pou\ait être détaché, emporté, lui semblait de bonne prise. Entre autrrs objets, il s'appropria une longue table de marbre décou\ erte dans le tlallage d'une église; elle porte gravés les noms des guerriers athéniens de la tribu Erechtéide qui périrent à la guerre en l'an i'ifi.
(1) Voyez nolamment Ueci.k, l'Aci-opole: .Michaki.is. Der Piirllicnon : Coi.Licxox, Wistoiic lie la sculpture [jrerque. Rien n'est plus inslruclif et probant que l'étude approfondie de M CoIlii;non, laite d'ai)rés les dernières données de la science française et allemande : à chaque instant, notamment aux p. 6. 7, 10. 19, :M. 34, 35. ;!8. il, iS, 38 et 04, t. I", le savant auteur recourt, pour expliquer et reconi; oser la décoration, aux dessins exécutes par ordre de Nointel.
170 LES VdYAGES DU ^lAROlIS DK NOIMEL
Cette inscription est restée à la France et a commencé notre collection de textes épigraphiques.
Ce qu'il ne pouvait emporter, notre ambassadeur le faisait dessiner. Son peintre était toujours là, prêt à saisir, d'un crajon rapide, le fragment remarqué, le motif de décoration qui avait plu. Parfois, on reproduisait un édifice entier. On prit aussi des vues dAthènes, différents aspects de la ville. Ce fut à l'aide de ces esquisses, de ces matériaux, que Nointel put faire exécuter, après son retour à Constantinople, une grande peinture d'ensemble.
Lui-même paraît au premier plan et se distingue tout d'abord, en costume mi-parti européen, mi-parti oriental : pelisse de drap rouge s'ouvrant sur la poitrine, robe verte à ceinture ornementée; a\ec cela, le feutre à larges l)ords, l'ample perruque sans poudre ondoyant sur les épaules et encadrant le visage, où se dessine le trait fin de la moustache : une tête de Français du dix-septième siècle sur un corps de paclia. Le bras droit déployé, la main appuyée sur une canne, il s'avance d'un pas fierel semble marcher à la coïKjuéte des trésors de l'Orient.
A sa droite, des gens du pays à figure de magots pratiquent des fouilles et exhument de vagues débris : c'est une façon de rappeler et de glorifier les entreprises artistiques de l'ambassadeur. Autour de lui, sous le grêle feuillage des oliviers, une suite nombreuse s'empresse : de superbes eslafiers, en costume militaire français; le consul en sa robe fourrée d'hermine, insigne de sa charge; les compagnons du voyage, parmi lesquels on peut reconnaître, avec- quelque bonne volonté'. Cornelio Magni ; des robes brunes et des têtes rasées de Capucins. A quelques pas en arrière, les janissaires d'escorte figurent à pied ou à cheval; non loin d'eux, le tchcioach de la Porte se signale par son haut bâton et sa ('oiffure caractéristique. Un groupe de femmes indigènes, voilées jusqu'aux yeux, re|)résenle le public admirateur de cette scène.
Au second plan, Athènes di'ploie sur la hauteur l'entassement de ses maisons rouges, cerné de remparts anguleux, et