‹ Les voyages du marquis de NointelChapitre 27 sur 50 · I. \ DlSilUACI': IS · texte numérisé non relu

I. \ DlSilUACI': IS

lions lie lui demandions, et posant du mémo coup ses conditions, il nous adressa à brùlo-ponrpoini une proposition d'accord formel : le Gi'and Seigneur attaquerait iuimédiatemenl et jiuissamment l'Autriclie. mais le Roi signerait un acte par Ic- (|uel il s'engagerait à ne point faire la paix sans l'assenliment de la Turquie (1).

Cette avance déconcertante, cette hiusque mi •e en demeure ne faisaient nullement le compte de notre poliliiue et de ses pudiques réserves. Louis XIV craignit le cri de sa conscience; il craignit encore plus les clameurs de lEurojje, qui l'eût accusé, s'il signait un pacte l'associant ;i l'Inlidèlc et dont le bruit se fut promptemcnt répandu, de liirbaiiiser la France (2). La proposition d'alliance, remise à La Croi.x et portée jiar lui à Versailles, fut laissée sans réponse; la méfiance du vizir s'en accrut, et les suggestions de notre ambassadeur ne furent plus écoutées (jne dune oreille prévenue. La di'marche de Kupruly devait d'ailleurs faire tradition et règle pour ses successeurs. Désormais, pendant près d'un siècle, à toutes nos demandes de concours, ils répondront en réclamant une alliance positive, un traité en boime forme, et nos liésitations en face de cette exigence vicndi'out toujours empécber ou retarder la diversion ottomane (3).

Kupruly fit pourtant la paix avec la Pologne, mais Xointel n'\ eut aucune part. Le traité fut conclu à Juravno. en KiTIJ, à des conditions modérées, et la France n'en i-ecueillit point les résultats attendus. En Pologne, .Marie d'Arquien s'était brouillée avec son pays d'origine par dépit de vanité blessée, parce que le Roi refusait le titre de duc à son père. D'ailleurs, Sobieski ne sentait pas encore le péril allemand et se préoccupait du péril turc ; il craignait, en frappant r.VutricIic, d'affaiblir la résistance européenne aux irruptions ninsidmanes et de manquer à sa \ o-

(tl .\oinlel à l'ompoane. 27 janvier KiOC. Cf. le Journal île [m Croix.

(i) La France turbanisée. i-'esl le litre d'un pamphlet qui lui répandu à prol'usion quelques années plus tard en Kui'Ope.

(3) Voyez nos ouvrages : Lu mission iltt iiiinjitis '''■ Vill'ii"in-,', p 201-2IJT. et Louis XV et Elisabeth île rtiissic, p iM 1-210.

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cation de grand soldat chrétien (1). Les agents de l'Empereur en profitèrent fjour le circonvenir, pour l'éloigner de nous, et lui arrachèrent le traité qui devait l'amener en 1083 au secours de Vienne.

De son côté, la Turquie, tout en accordant aux Hongrois de menues faveurs, ne se déclara pas immédiatement contre l'Autriche : un autre adversaire s'était désigné à elle. La paix de Juravno avait partagé l'L'kraine occidentale et la suzeraineté sur les Cosaques de cette région entre la Porte et la Pologne; repoussant deux dominations également ennemies de leur culte, les Cosaques se placèrent spontanément sous une autre. Résignés à la perte de leur indépendance, ils voulurent au moins sauver leur foi ; plusieurs de leurs chefs se tournèrent vers Moscou, se donnèrent au tsar orthodoxe, Alexis Mikha'ilovitch, déjà suzerain de l'Ukraine orientale, et provoquèrent son intervention : une guerre s'ensuivit entre les Moscovites et la Porte. Au lieu de se reporter vers l'Europe centrale, vers les contrées où nous voulions l'amener, la puissance ottomane ohHqua vers l'Est, s'y enfonça, parut un instant s'y perdre.

Sur cette guerre au bout du monde, Nointel ne se trouvait pas de prise : il ne pouvait faire agréer ni même proposer ses bons offices aux deux parties, car la France n'entretenait pas avec Moscou de relations suivies. Au moins voulut-il se tenir au courant des opérations, observer de loin les événements : il se procura au camp ottoman des intelligences, des correspondants, et son zèle informateur lui permit de faire passer au Roi quelques notions sur l'obscure et brumeuse Russie. Ce qui frappe dans ces renseignements, c'est que les Turcs, quoiqu'ils eussent remporte quelques avantages, s'étaient sentis en face d'un adversaire d'autant plus redoutable qu'il leur opposait leurs qualités propres, endurance, ténacité, opiniâtre vertu de résistance. En plusieurs rencontres, ils s'étaient heurtés à un mur d'hommes, hérissé tle longues piques ; on j)Ouvail entailler ce mur à coups

(1) Vovez W.VLtszEWSKi, p. 299-:500

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