G I.KS VOYAGES DU MARQUIS DE NOIM'EL
Cos (livertissenients, par leiu' nouveauté dans le pays, excitaient une curiosité universelle; les Européens y venaient parce qu'ils en étaient sevrés depuis longtemps, les Orientaux parce qu'ils n'en avaient jamais joui. En carnaval, on donnait des représentations extraordinaires. Nointel multipliait alors les invitations et constatait chez les personnages qualifiés un empressement presque général à en profiter : ceux-là mêmes ijui eussent dû s'abstenir se laissaient ébranler. Parmi les ministres des puissances en guerre avec le Roi, ce fut all'aire d'I^tat (jue de savoir si l'on pouvait décemment venir à la comédie chez l'ambassadeur de France. Le Hollandais se sentait une furieuse démangeaison d'y aller : son collègue autrichien ne l'en détourna qu'en le menaçant de dénoncer son crime aux Etats généraux et à la cour de Vienne : on ne put empêcher sa femme, sa famille, les marchands hollandais, de se risquer en pays ennemi, pour rire aux pièces de Molière et s'émouvoir du pathétique de Corneille (1). Il leur faHut entendre « le juste récit d'une partie des grandes qualités de Sa Majesté, contenu dans le Prologue des Fâcheux... ».
Nointel était satisfait, mais rêvait de faire mieux encore et plus grand. Ses fêtes ne s'étaient adressées jusqu'alors (|u';i un pul)lic restreint, à une élite : il songeait maintenant à d'étonnantes représentations en plein air, offertes à tout le monde, grands et peuple. Le soleil d'Orientles illuminerait de sa splendeur, et les échappées de vue sur le Bosphore, sur la mei% sur Stamboul et ses mosquées, formeraient le décor, un décor inconiparal)le et tout posé. La mode était alors aux carrousels, à ces triomphants spectacles qui tenaient à la fois du tournoi et du ballet. Le carrousel donné par Louis XIV en lG(i:2. devant le château des Tuileries, avait fait événement en Europe : la j)einture et la gravure en avaient poj)ularisé les scènes. Nointel jugea (ju'on ne lui saurait.pas mauvais gré de donner à l'Orient, toutes proportions gardé'es, une idée des divertissements où se plaisait un monarque
(1) .Noiiilel à l'omponiie. 20 janvier t(>77.