‹ Les voyages du marquis de NointelChapitre 33 sur 50 · S l.KS VOVAiiKS l»l MAliul IS \)K NulNTKL · texte numérisé non relu

S l.KS VOVAiiKS l»l MAliul IS \)K NulNTKL

lioniKur et force île la marine néerlandaise. Pour associer liilée (le (T Irépas à celle de notre multiple exploit, Nointel risque elfVontéiiienl un calembour, un calembour en latin, (ju'il ajoute à la première des peintures : « La première, écrit-il, qui marquait un combat naval avec l'embrasement de plusieurs vaisscau.x ou galères, sous les murs et le canon d'une ville (1), aurait paru ne repi'ésenter qu une victoire au lieu de trois et eut été insuffisante ;i marquer la perte d'un des plus grands bonunes (|ui aient commamb'' sur mer depuis plusieurs siècles, si deux mots latins n eussent été ses interprètes : « Riiil ter. »

(La puissance ennemie s'écroule trois fois — et Ruvter.j Non moins digne de figurer en symi)ole, un exploit personnel de Louis XI Y, la prise sous ses yeux de Boucbain, défendu par l'armée du prince d'Orange. Ici. la tache était plus facile: l'action trion]plianti' du soleil sur l'orange, quelle admirable matière à mettre en peinture et en vers! « La peinture explique ces pens(''es par une place dont les remparts sont pleins d'orangers, et |)ar une armt'c qui semble prête à la dt'lendrc, en\iroimée de ces mêmes arbi'cs tellement rcuijilis de leurs fruils (|ue les soldats auroi(Mit pu s'en servir poui' battre leurs emiemis et leur empêcher la prise de la ville, si les rayons du soleil, pénétrant leui's cd'urs, ne les eussent amollis. Ces allusions au Roi par le soleil et à lui prince par son nom sont contenues dans ces deux lignes :

« Bourhdin à cohjis (forKiiiio aurait pu se di'fcndn', Mais l'ardcar dn soleil les a mit atnoUies (2). »

Sur une autre face cU" la pyramide, la victoire se montrait dans son attitude ordinaire, assise sur des trophées : près d'elle, des lanriei's, des captifs enchaînés et tournant le dos au public, des (le\i.scsà ra\enanl: mais cet enscndilc lui peu lianal «''lait ndcNé' par une [ihrase rappelani qu'il s'agissait d'une \ict()ire sans

(I ) Svnieii.si' ou l'alcriniv

{i} Annexe il lit lettre précitéo du '.> se|itonilii'c lG7fi.

LA DISIIUACI': :iO!)

égralc et maîtrisaiil toutes les autres, par cette effroyaljle reili)n- (lancc :

Vicloriarum vktoria victrix.

Et un soleil, avec la devise : AVr jtinrilins impur, doiniiiait le tout, surmontant le i^IoIk- du monde et resplendissant au sommet de la pyramide.

Le jour choisi pour étaler ces merveilles fut la Saint-Louis, cest-à-dire le 23 août de lan 107(j. Comme il convenait, la l"(He fut sanctifiée d'abord par des cérémonies religieuses. Pour la circonstance, l'église servant de chapelle à l'ambassade avait été tendue do tapisseries et d'étoiles. Une foule de toute race la remplissait. Nointel vint y trôner en lien érninent, « comme avant riioimcur de représenter le plus grand monarque de la terre (1) » ; à ses côtés prit place le baile de \'enisc, le seigneur Morosini, (|ui"\"oulait l)ien pour toute la journée lui servir de premier assistant ; les gentilshommes d liomieur. secrétaires, drogmans, jeunes de langue, les colonies eni-opt-emies se groupèrent autour des deux Excellences et formèrent leur cour. Un maître des cérémonies conduisait chacun ii sa place, et toutes les mesures avaient été si bien prises qu'aucun désordre ne résultait de cet entassement de monde.

Le matin, il y eut messe soleimelle, chantée par l'évèque de Calamine, vicaire patriarcal, assisté du haut clergé latin. Le début de laprès-dîner fut réservé à l'éloquence sacrée, fort en honneur à cette époque : on se retrouva dans l'église pour entendre un Père jésuite associer à l'éloge de saint Louis celui de Louis le Grand : parmi les qualités insignes (|u'il proclama chez le souverain actuel des Français, chez le roi sans pareil, figurait le discernemeid. qui l'avait conduit à reconnaître les mérites du marquis de Nointel et à le mettre en si liant rang.

Comme cette péroraison \eiiait de transporter rauditoirc, un subit éclat de fanfares retentit, et l'on vit s'avancer dans l'église,

(1) Nointel k Pomponne, .5 septciiiltri' lii"(i. Toutes les citations qui suivent jusiiu';! In p. iV-i inclusivement sont tirées Je cette lettre.

marchant au pas, deux compajinies (riiommes superbement costumés et armés, destinées à figurer dans le carrousel en manière de double quadrille. Ces deux cohortes symbolisaient l'Europe et l'Asie, chacune avec ses attributs caractéristiques. Deux chefs ou capitaines les conduisaient; le premier était vêtu en Romain d'opéra, avec casque, cuirasse, cnémitles, « le tout relevé de plumes, broderies et pierreries » : le second était habillé en guerrier turc: ils avaient l'un et l'autre leurs estafiers. portant leurs couleurs et tenant des cierges allumés; sur les boucliers de leurs hommes se voyaient des peintures « représentant pour la plupart des matières en l'honneur de Sa Majesté, à l'exception de quelques-unes qui concernaient son ambassadeur : les devises les expliquaient assez nettement et avec esprit ».

Arrivés devant la balustrade qui fermait le chœur, les capitaines et leurs suivants plièrent le genou ; baissant jusqu'à terre la pointe de leur épée, ils rendirent hommage au Très-Haut; après quoi, ayant salué les ambassadeurs, ils se rangèrent en bel ordre, et debout, l'é^pée haute, assistèrent au chant du 7V Deum.

Cette entrée était une façon de préluder au carrousel. Pour le voir, on s'en revint au palais, et Nointel, dans son récit au ministre, ne manque pas d'abord à « situer » la scène, comme l'on dirait aujourd'hui, à décrire les aspects pleins de couleur et de vie qui s'étageaient autour de la lice et devaient servir de cadre au spectacle : « Le palais de France, oîi nous retournâmes, n'avait point encore paru si digne du nom qu'il porte : ses places, ses terrasses, ses galeries, ses balcons et ses fenêtres en si grand nombre et à différents étages contenaient des milliers de spectateurs de toute nation : l'on en voyait d'autres dans les jardins du voisinage, sur les arbres, sur les montagnes, sur les toits. Plusieurs pavillons régnaient sur des cminences, où des dames et des princes étaient à l'ombre, et un des sérails du Grand Seigneur ser\ait à cet usage si universel : c'est la perspective dont l'on jouissait de la galerie principale au milieu de laquelle nous étant placés sur des chaises de velours et appuyés sur un tapis de

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Perse, inonsiour li' l);ulc el moi, el ayant à nos cùlés et derrière nous révèque île Calamine, le gardien de Jérusalem, la noblesse, tous les religieux et toutes les nations chrétiennes qui sont ici, nous découvrions facilement toute l'étendue de la place à laquelle ce que je viens de décrire servait d'ampiiithéàlre. »

Les quadrilles entrèrent alors dans la lice, à cheval cette fois, et, faisant au pas le tour de l'enceinte, vinrent défder devant les ambassadeurs. L" « Europe » chevauchait la priMuièrc, on costume mi-parti romain, mi-parti féodal, et tous les accessoires ordinaires d'un carrousel s'avançaient avec elle, « les grands panaches, les aigrettes, les dragons volants, les mufles de lion, les têtes d'Hercule, les pierreries, les fleurs de lys, les corselets, les lambrequins, les lances et les boucliers ornés de devises contribuant à une pompe aussi martiale que galante ». L'Asie suivait, ses champions portant des cottes de mailles traversées d'écharpes multicolores; ils avaient des armes damasquinées, des aigrettes endiamantées, des turbans : « La couleur de celui du chef se rapportant à celle du laurier semblait le couronner par avance. » Sauf « les lances et les écus usurpés sur les modes européennes », tout était oriental chez ces paladins, et rien ne frappait autant que cette opposition de deux aj)parcils guerriers, évoqués l'un et l'autre des profondeurs du ]jassé : il semblait que les compagnons de Saladin revinssent combattre à armes courtoises la chevalerie européenne, ressuscitéc en ses plus brillants atours.

Les exercices commencèrent. On vit des marclios el contremarches, « des passades, caracoles », et autres prouesses d'équitation; les deux quadrilles se mêlant tour à tour et se séparant; des figures correctement exécutées, se succédant sans interruption ni saccade ; une cadence de mouvements justes, harmonieux, bien ordonnés : un carrousel réglé comme un menuet. Il y eut aussi des jeux de force et d'adresse, course de lances, course de bagues, course de tètes, où il s'agissait, sur un cheval lanc('' au triple galop, d'enlever à la pointe de l'épée ou de la

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lance une léte de 31écluse, posée près de terre. Et le son des trompettes, s'élevant pai' intervalles, annonçait le passage d'un exercice à l'autre.

A la fin, le ja^elot à la tiirqne ou iljcriil se mil de la partie. Les deux quadrilles s'élant rangés face à face, armés du long javelot, sans fer, le chef des Asiatiques s'en vint, reconnaître et défier l'Europe ; il caracolait autour d'elle, mancBuvrait ('légamment son cheval, dont il faisait valoir l'adresse et la heatité. Comme il s'en retournait vers les siens, le chef de l'Europe partit au galop à sa poursuite et lui lança fort dextrement le dard; un Asiatique riposta ; « sa civilité ne manqua pas d'être réciproquée par un Européen », et les deux partis peu à peu s'aniiiiant,s'échaulfant, ce ne fut plus ([iiune confusion ravissante de couleurs et de mouvements, des envoli'es d'étoiles soyeuses, un clif|uelis d'armures, un tourhillonnement de cirevaux; au-dessus, les traits peints « en vert ou en rose chair » volaient, et lancés, évités, saisis, renvoyés avec une piesligieuse vitesse, sillonnaient l'espace comme des éclairs colorés.

Quand l'ardeur des honmies et des hétes fut à son comble, la lutte se prolongea en une folle fantasia, où l'on vit d'extraordinaires tours d'adresse, où des cavaliers, pour esquiver le trait, u rcnversoient le corps entièrement hors du cheval, mais sans quitter l'étrier ni la course ». Et Xointel gravait dans sa mémoire toutes ces particularilt^s. alin d'en orner son récit; il notait les moindres dt'tails, les incidents et les accidents. Le jaxelot s'égarait parfois : « une feniiiii' qui regardoit en fut toucliée si vivement qu'elle s'en évaiuuiit, quoique attaquée par un endroit à causer plutôt la vie (jne la mort ou son image. D'autres intermèdes de deux têtières et turbans par terre, et d'un cheval qui, faisant ses ligures à sa mode, vouloit encore franchir une harrière pour montrer qu'il étoit maître de son homme, ont servi comme les ombres à la peinture à relever davantage l'adresse des autres cavaliers, et n'ont pas contrii)ué médiocrement à la risée du jiuldic, Il rioil d'imc même manière, encoreque ses langues fussent aussi iliverses (pic la (irècc, la TiiiMpiie, la Perse,

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rAiiiii'iiie. rArabie, la 'rurcoiiiaiiif cl l'Ili'hraïsmc produisent d'idioincs différents. »

Le tournoi dura autant (|ue le jour. Quand la nuit fut tombée, rassemblée d'élite (|uisiéi;eait dans la galerie se réjiandil à l'intérieur du jialais, et chacun d'admirer la spiendide métamorphose de cette demeure, dont ce jour marquait l'inauguration solennelle. Un régal fut offert aux iin ités de Son Excellence, répai'tis entre (|uatre tables abondamment servies et parées de tubéreuses. L'ambassadeur présidait la plus élevée, et s'épanouissant dans sa gloire, majestueux, olympien, il jouissait de \oir an-dessous de lui plus de soixante convives festoyer. Quand l'assistance se fut lentement retirée, il se décerna dans sa relation les plus flatteurs témoignages ; il constatait i[ue la foule s'était dissipée « avec une satisfaction singulière de curiosité- », ([ue sa fête réussie de tous points avait obtenu « une approbation fort universelle », qu'elle avait produit « un éclat très avantageux », et il se sentait encore une fois heureux : il avait joué au souvel'ain et s'était oH'ert le luxe d'un di\ertissement quasi royal: pour mieux célébrer son maitre, il lavait imité, au ris(|uc de h' parodier.

I> H K JI I K H s r. M lî AURAS.

Ce beau jour eut un cruel lendemain. Depuis six ans, Nointel dépensait sans compter, voyageant, collectionnant, dormant des fêtes, mangeant son fonds et dissipant ses appointements avec une égale facilité; il jouissait du pi'ésent, sans sorrci de l'averrir ; pour se tirer d'embarras, il comptait sur l'une de ces chances qui sont le suprême espoir des prodigues, sur un miracle de la munificence royale. Or, ce secours désiré, attendu, provoqui'. n'arrivait point, et dans le terrrps (jrre la \ille s'entretenait encore

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des merveilles admirées au palais de France, le marquis se découvrait à bout de ressources, hors d'état de faire face à des obligations de plus en plus onéreuses et pressantes.

On se demandera peut-être comment il avait osé, sans permission du Roi, entrer dans de tels engagements. Il faut considérer qu'à cette époque nos ambassadeurs prenaient en quelque manière leur charge à forfait : moyennant le salaire qui leur était octroyé, ils devaient subvenir à tous les frais d'une mission diplomatique, représentation, déplacements, largesses officielles et cadeaux secrets; sui\ant que leur gestion ('tait économe ou imprévoyante, ils en recueillaient les bénéhces ou en portaient la peine, se ruinaient ou faisaient fortune. Assurément, en cas de nécessités extraordinaires, il ne leur était pas interdit d'aspirer à des gratifications supplémentaires, conférées à titre bénévole; mais encore fallait-il que leurs dépenses fussent reconnues d'un avantage évident pour le bien du service; en un mot, ils n'avaient pas à faire autoriser ces dépenses, mais ils n'en étaient couverts qu'à condition de les justifier. Or, pouvait-on attribuer un caractère d'utilité publique aux dernières et ruineuses entreprises de Nointel? Sa visite au.x Echelles, quelque soin qu'il eût pris pour la rendre profitable au commerce, avait toujours été considérée à la cour comme voyage d'agrément. D'autre part, il eût difficilement pron\é que l'un des attributs de sa charge était de monter un tlicàtre français à Constantinople, de donner des carrousels et de mettre toute la population sur pied pour admirer ces divertissements équestres. On ne s'étonnera donc pas que Louis XIV, sourd à ses raisons, ail laissé sans réponse ses demandes de remboursement.

Toutefois, si M. de Nointel avait dépassé les limilcsde l'inconséquence et de la prodigalité, il faut convenir que certaines de ses réclamations étaient fondées, et que les habitudes financières de la monarcliif hii infligèrenl il'injustes mécomptes. Réduit à ses appoiiiteiiients. au moins eùt-il dû les louclier exactement. Mais le trésor royal, obligé de pourvoir à des dépenses chaque jour croissantes, se montrait débiteur singulièrement inattentif;

LA DISCKACK Mo

SOUS le plus fastueux des monarques, nos ambassadeurs n'étaient payés qu'à dates fort incertaines.

Faut-il croire qu'à ces causes générales de retard s'ajouta pour Nointel une cause particulière, qu'il fui \ icliine d'une inimitié toute-puissante ? Entre Colbert et lui il y aurait eu brouille, causée par une passion commune. Fort avide lui-même d'objets d'art, Colbert avait dans le Levant ses agents personnels, qu'il lançait à la recherche des manuscrits anciens, des médailles, surtout des pierres gravées, ce genre de curiosité faisant alors le fonds de tout bon cabinet d'amateur. Un de ces agents lui aurait signalé l'existence à Chypre d'un camée fort précieux et lui en aurait envoyé l'empreinte. A cette vue, le ministre juge la pii'ce de toute beauté, s'en éprend et mande au consul de lui en ménager l'achat. Sur ces entrefaites, Nointel, passant lui-même à Chvpre au cours de son voyage, s'amourache à son tour du délicat profil et se le fait céder d'autoi-ité pour l'envoyer à M. de Pomponne, ministre des affaires étrangères, son supérieur direct. Outré de cette préférence, Colbert aurait \oué un amer ressentiment à (pii lui avait subtilisé sajjroie. etconimeles haines de collectionneurs sont féroces, le vindicatif surintendant des finances eût fait en sorte que tout envoi de fonds à l'ambassadeur fût désormais suspendu (i). Quoi qu'il en soit de cet incident, dont les correspondances diploiualif|ues et consulaires n'ont gardé nulle trace, il est certain que Nointel avait alors à se contenter de la pension que lui servait le commerce de Marseille. Pour l'autre moitié de ses appointements, celle dont le payement incombait à la cour, l'arriéré demeurait considérable. Cette irrégularité, en le privant de sommes qui lui revenaient légitimement, avait fort aggravé sa situation. Ainsi s'était creus('', à la fois par sa faute et par celle de son gouvernement, l'abîme où menaçaient de s'engloutir, avec les dernières parcelles de son avoir, sa fortune pohtique et sa considération.

11 lutta d'abord, cherchant à gagner du temps, escomptant

(1) S.^ixt-I'hiest. p. -i'M : Iîon.nac. p 29.

•2U> LES YOVAI.KS 1)1" MAl;nl IS |)i: MUMEL

l'avenir. esptTant toujours (jue le Roi « ferait quelque réflexion eflicacïe à son soulagement ». Il s'efforrait encore de paraître et gardait bonne contenance; s'il avait diminué son train et modéré son luxe, son extérieur demeurait décent. Lrillanl même, et son indigence dorée. Il n'en était pas moins réduit aux expédients. Dès la fin de l(i76, il vivait d'emprunts usuraires, traitait avec les Juifs de Constantinople, mettait en gage ses fourrures, ses étolfes précieuses, et comme les subsides auxquels il avait droit ne s'annonçaient nullement, ces misérables compromissions ne pouvaient relarder longtemps sa déconfiture.

Dans celte passe douloureuse, une ressource lui restait, dangereuse et condamnable ; c'était d'imposer aux marcbands français du Levant des avances obligatoires et de taxer leurs bénéfices. Certains de ses prédécesseurs lui en a\aient donné l'exemple; lui-même, on s'en souvient, avait tiré quelque argent des marchands de Smyrne, vers la fin de son \ovage. Mais ce procédé, nuisible en tout temps, ne pouvait trouver d'excuse que dans un inlt'rèt exceptionnel et public. D'ailleurs, le Roi, par lettre personnelle au marquis, venait d'en interdire expressément l'usage, sauf en des formes rigoureusement déterminées et après consultation préalable des intéresés (Ij. De plus en plus. Louis XIV \oulait que son and)assajcur, loin de pressurer nos nationaux, leur servît di> protecteur atlcntif, dili(jent, désintéressé, et se fît le premier serviteur du commerce.

Avant de contrevenir à lies intenlions aussi formelles, on |ieul croire (jue Nointel hésita: cependant, la nécessité oîi il s'était mis était trop forte, et le pas fut franchi ; la pénurie oîi on le laissait lui parut constituer un cas de force majeure, qui l'autorisait à se faire avancer d'autorité par les marchands l'arriéré de son traitement. En février KiTT. il laxa la « nation de Smjrne » il dix-huit mille piastres et lui assigna remboursement sur le trésor royal, dont il demeurait créancier pour une somme au moins

(H Vojez, notamment, la lettre publiée par G. Depping, Correspondance viljiiinistratire sous le réijne de Louis AVI", t lit, p. 533-534.

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