‹ Les voyages du marquis de NointelChapitre 45 sur 50 · ARCHIVES DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

ARCHIVES DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

ConstantiiKiple, vol. 7, f" 202 22 aoust 1663

Second Mémoire du Roi/ pour srrrird'inalntrt'ion au sieur de la Haije-Vantelet n'en al faut à Coiixtantimp/e. eu rj un/ /té d'ambassadeur de Sa Majesté vers le Grand Seigneur.

II est certain que les Anglois et les liollaiidois ont un grand commerce estably dans les Indes Orientalles, d'où ils tirent une si grande quantité de marchandises de toutes sortes qui leur eoustent si peu qu'elles leur donnent un profit de 12 ou 15 millions de livres tous les ans, ce qui est dune notoriété publique incontestable.

Il est certain de plus qu'ils remplissent toute l'Europe depuis le nord jusques au sud, de toutes marcliandises venant des Indes, niesme la France, l'Italie et l'Espagne;

Qu'on peut encore advancer avec la mesme certitude (pie les mêmes marchandises venant à présent des Indes par le cap de Bonne-Espérance, avant que les Anglois et les llollandois eussent doublé ce cap et porté leur commerce par mer jusque dans les Indes, venoient parles caravannes au travers les Estais du (jrand Seigneur dans les eschelles du Levant où elles estoient acheptées par les François et ensuite distribuées tant en France que dans toute l'Italie. Allemagne et autres pays de l'Europe;

Que ces mesmes marchandises venant pai' les caravannes sont beau-

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coup [)lii# chùres ijug celles qui viennent directement des Indes par mer, que les Anglois et Hollandois nont aucune place dans toute la mer Méditerrannée et qu'ainsi ils sont oiiiigés de porter esgallement' en Angleterre et en Hollande les marchandises (pii leur viennent des eschelles de Levant et des Indes, et celles-cy venant avec une prodigieuse abondance à un prix fort modique, celles-là sont beaucoup plus chères, et par conséquent ou ils y perdent ou ils y gagnent beaucoup moins, et sur la difficulté quipourroit naistre de ce discours que s'ils perdentou gagnent moins surcelles venant des eschelles que sur celles des Indes, ils no devraient point prendre celles-là. il est facile d'y répondre, veu que le commerce ne consiste pas seulement à avoir avec abondance les marchandises nécessaires, mais mesme d'empescher que les autres n'en puissent avoir, parce qu'alors ceux qui se sont pu rendre maîtres du commerce jusques à ce point mettent tel prix qu'ils veulent aux marchandises, et c'est ce qui fait le prodigieux gain que' Hollandois et Anglois font sur le commerce, lequel a augmenté considérablement de])uis qu'ils l'ont estably dans les Estats du (irand Seigneur, parce qu'auparavant les mesmes marchandises qu'ils tiroient des Indes estoient aussy tirées par les François des eschelles , et estoientpar eux distribuées en France, Allemagne et Italie, à un prix' esgal mesme plus advantageux que celles qui pouvoient venir dans les mesmes pays par la Hollande en Angleterre à cause du peu de trajet des eschelles dans les ports de France, et de la facilité des rivières. au lieu que ces deux nations sont obligées de traverser toute la Méditerrannée. faire le trajet de l'Océan et ensuite porter ces mesmes marchandises et parterre et par rivières par tous lesil. pays. Mais dès lors (lu'ils ont pu parvenir à l'establissement de leur commerce dans les eschelles du Levant, et ensuitteà ruiner presque entièrement celuy des Français tant par les mauvais traitements qu'ils ont reçu des Bâchas et autres ofTicicrs du (irand Seigneur, que parles grandes yuerres que nos roys ont soutenues qui ne leur a pas permis de s'appliquer à ce qui pouvoit regarder le commerce, ils se sont rendus maislres de toutes les mai'chandises, y ont mis tel prix que bon leur a semblé, et ne se sont point souciez, et au contraire ont esté bien aise de n'en tirer des Estats du Grand Seigneur qu'autant qu'il en falloil pour empescherles Français d'en prendre et tenir tousjours le commerce de' ceux-cy dans le mauvais estât auquel il est réduit.

En sorte que toute cette conduitte a attiré en même temps la ruine du commerce des François et la diminution des douannes du Grand Seigneur. Et au cas queled. .Vmb' ayt la preuve de la diminution de; ces douannes ainsy qu'il est dit cy-dessus, on ne doute pas (ju'il ne

276 LES VOYAGES DT MAROIIS DK N<lINTEL

persuade facilement au Grand Vizir cetti' vcriti'. et quand mesme il n'auroit pas la preuve entière de cette diminution, il faut tousjours que par le raisonnement cy-dessus il tache de luv persuader lad. diminution, ce qui luysera d'autant plus aysé(]ue bien souvent les ministres du (irand Seigneur ne sont pas informez de ce destail.

11 est bien nécessaire que led. sieur Amb' s'applique à posséder si parfaitement cette matière, qu'il puisse en bien persuader le Grand Vizir, et en mesme temps qu'il lui fasse naislre l'envie de trouver les moyens d'y remédier; pour peu qu'il le trouve dans celte disposition, il pourra luy dire que si le Grand Seigneur veut faciliter le commerce des François, ce qui attirera indubitablement l'augmentation desd. douannes. Sa Majesté peut faire des choses qui seront d'un très considérable advantage pour ses Estats.

La première est qu'elle formera une grande compagnie des principaux marchands de son royaume pour faire le commerce entier du Levant, et cette compagnie aura le nombre de vaisseaux nécessaires pour enlever toutes marchandises qui viendront dans leseschelles.

Et la seconde, qui est encore inliniment [dus considérable, consiste en ce que Sa Majesté ayant estably dans son royaume une puissante compagnie pour faire le commerce des Indes Orientalles, laquelle a desjà occupé l'isle de Madagascar, si le Grand Seigneur veut donner la liberté nécessaire pour establir des magasins à Suez en Egypte, au fond de la mer Rouge, et la seureté pour le transport de toutes les marchandises, soit par voitures, soit sur le Nil, depuis lad. Ville de Suez jusques sur la mer .Méditerrannée où on pourroit establir d'autres magasins à condition d'accorder la descharge de toutes impositions à la réserve d'un demy pour cent suivant un tariffe qui seroit fait de la valleur de toutes lesd. marchandises.

Non seulement par ces deux moyens le Grand Seigneur restabliroit les revenus de ses douannes, d'autant que les marchandises seroient attirées en abondance par les caravanes, par le moyen de la grande compagnie françoise qui seroit formée pour cet effet, mais mesme il attireroit encore par succession de temps au dedans de ses États toutes les marchandises qui passent à présent par mer à droiture des Indes dans l'Europe, en tournant à l'entour de l'.Vfrique, ce qui luy produiroit un revenu fort considérable par la prodigieuse quantité de ces marchandises qui sont nécessaires à la consommation de l'Europe. Mais pour parvenir à une fin si grande et si advantageuse il seroit nécessaire cjue le Grand Seigneur de sa part exécutast ce qui s'ensuit :

(Ju'il donne aux François des grâces pour leur commerce plus

AI'I'KMXCK "277

grandes qu'à toutes les autres nations comme par exemple de ne payer que deux pour cent au lieu de trois quelles payent.

Le Roj- demandant au Grand Seigneur lexécution de la capitulation de 1604 en conséquence de laquelle les Ilollandois, comme les autres nations, doivent naviguer sous lu iiaïuiiére de France, la liberté qui leur a estée accordé depuis led. temps estant directement contraire à lad. capitulation, le Grand Seigneur pourroit leur oster cette liberté.

\ l'esgard des Anglois quoyque la liberté qui leur a esté donnée de naviguer>sous leur bannière soit directement contraire à la capitulation de 1.580. ci'lle de IfiOi les ayant excejjtés. il suffiroil que le Grand Seigneur mortifiast l'ambassadeur en le taisant trouver dans toutes les cérémonies publiijues pour le faire tousjours précéder par l'ambassadeur de France, joint que Sa Hautesse pourroit donner ordre à ses officiers de troubler par toutes les voyes le commerce de cette nation et faciliter celuy des François.

Il faudroit de plus que le Grand Seigneur envoyast un de ses officiers intelligents dans toutes les eschelles avec ordre de travailler avec un François nommé par l'ambassadeur pour liquider toutes les debtes, punir tous ceux qui auroient fait des avanies aux François, annuller toutes les promesses faites aux Maures et aux Juifs pour des intérêts ou usures, et commencer cette recherche et cette liquidation par l'échelle d'Alexandrie afin qu'elle put servir de magazin général pour toutes les marchandises qui viendroient des Indes par la mer Rouge.

En exécutant toutes ces choses, le Grand Seigneur auroit advantage de voir en peu de temps ses douannes restablies et en môme temps le passage de toutes les marchandises des Indes dans ses Estats.

Pour réduire ce discours en peu de parolles.

.\vant que les .Vnglois et les Ilollandois eussent passé le cap de Bonne-Espérance;

Toutes les man'handises des Indes nésessaires pour la consommation de l'Europe estoient apportées par les caravannes, passoient par les Estats du Grand Seigneur, et estoient enlevées par les François.

Depuis que ces deux nations «mt passé le cap elles ont diverty le tours ordinaire de toutes ces marchandises, et les ont enlevées directement par la mer des Indes dans leurs Estats, et les ont ensuite distribuées dans toute l'Europe.

.Après ce passage, les François s'estant maintenus dans le commerce de Levant, ils ont continué de tirer une grande quantité de marchandises et s'estant contentez de peu de gain n'ont pas laissé de les distribuer aux pays ([ui estoient plus proches d'eux, et plus esloi-

gnés des deux nations, en sorte que le commerce de Levant sest maintenu en quelque façon: depuis que les deux nations ont eu la liberté commune avec les François d'establir leur commerce dans les Estats du Grand Seigneur, elles ont travaillé avec une jurande application à ruiner le commerce des François en Levant, afin de se rendre maistresses de toutes les marchandises venant du Levant tant par la grande mer océanne que par les Estats du Grand Seigneur; et à mesure qu'ils ont advancé dans la ruine du commerce des François ils ont diminué la traite des marchandises par led. Estats parce que ayant du côté de la nier, à beaucoup meilleur prix, toute la quantité qui leur estoit nécessaire, ils n'avaient aucune nécessité d'en tirer, et ainsy les douannes du Grand Seigneur ont diminué considérablement en sorte qu'il est certain qu'ils ont travaillé en niesnie temps à diminuer le commerce des François et les douannes du Grand Seigneur, et c'est ce qui a obligé Sa Majesté de chercher les expédients nécessaires non seulement pour rétablir l'un et l'autre, mais mesnie pour les augmenter considérablement, en attirant au dedans desdits Estats le mesme commerce qui y estoit autrefois, ensemble une bonne partie qui se fait par mer directement des Indes en Europe. Et d'autant que Sa Majesté est persuadée que le Grand Vizir connoistra parfaitement la vérité de tout ce qui est dit cy-dessus, elle ne doute pas qu'il n'exécute les moyens proposez et ne donne promptement les ordres nécessaires pour cet effet dont il doit revenir de si

grands avantages au Grand Seigneur.

Fait à Paris, le 22' jour d'aoust t(j65.

ARCHIVES DE LA MARINE Volume B, 7, 51

Instruction pour le sieur de Nointel, envoyé par le Roi en qualité de son ambassadeur vers le Grand Seigneur, concernant les affaires du commerce.

Ledit sieur de Nointel doit être informé que tout le commerce des Indes orientales se faisoit autrefois par deux voies différentes au travers des Élats du Grand Seigneur; la première par les caravanes qui

AlM'EMiICE ilit

viennent par terre des Indes de Perse, la seconde, beaucoup plus abondante, se faisoitpar les vaisseaux quivenoient de toutes les parties des Indes, entroient dans la mer Rouge, venoient débarquer à Suez. Ensuite les marchandises étoient portées à dos de mulets sur le Nil d"où elles descendoient au Caire et à Alexendrie et de là apportées et distribuées dans toute l'Europe. Ces deux voies faisoient la richesse de l'Egypte, apportoient de prodigieux droits de douane au Grand Seigneur et causoient le commerce que les .Marseillais, les Vénitiens et les (iénois faisoient alors. La première voie des caravanes subsiste encore faiblement et produit le commerce qui se fait dans les échelles, la seconde voie a été entièrement abolie, en voici la raison.

Lorsque les Portugais eurent trouvé le passage du cap do Bonne- Espérance, en 1420, et qu'ils se furent établis puissament dans les Indes par les conquêtes, ils s'appliquèrent à se rendre maîtres de toutes les marchandises qui venoient de ces grandes et riches provinces. Et, pour cet effet, ils se rendirent maîtres du détroit de Bab-el-Mandeb à l'embouchure de la mer Rouge, y tinrent toujours des vaisseaux, et. dans le cours de vingt années de temps, ils détruisirent et ruinèrent toutes les forces maritimes que les seigneurs tenoient dans la mer Rouge, et enfin interdirent entièrement l'entrée de cette mer à tous les vaisseaux des Indes, et par ce moyen se rendirent maîtres de toutes les marchandises i[ui entroient par cette mer et passoient ensuite par la Méditerrannée dans toutes les parties de l'Europe, et s'approprioient par ce moyen à eux seuls ce grand commerce qui a été la cause de tonte leur puissance et de toutes les grandes conquêtes qu'ils ont faites dans toutes les parties du monde.

Sadile Majesté veut que ledit sieur de JNointel. après avoir bien examiné ce point sur les cartes et dans les conférences qu'il aura avec le Grand Vizir sur le renouvellement des capitulations, il lui fasse connaître l'avantage qui reviendroit à l'Egypte et aux autres États du Grand Seigneur de rappeler ce commerce par la mer Rouge et la facilité que Sa Majesté aurait de le faire si le Grand Seigneur vouloit donner quelques préférences dans le commerce aux Français et les décharger de tout droit pour toutes les marchandises qu'ils transporteroient par cette voie, leur donnant la facilité de faire ce commerce à l'exclusion de tous autres. Et pour lui faire connaître la facilité de cet établissement il pourra lui donner part de la grande et puissante Compagnie que Sa Majesté a formée pour porter le commerce de ses sujets dans les Indes, des établissements qui y sont déjà faits, des forces maritimes au nombre de quinze grands vais-

280 LKS \(n.\(,K.s L)l MAIiOl IS UE NOl.MKL

seaux de guerre ijui y sont à présent et ijue Sa Majesté y entretiendra toujours pour jjrotéger ce commerce, et de la facilité qui se trouve par l'avantageuse situation de son royaume pour transporter toutes les marchandises qui seront apportées à Alexandrie d'Egypte dans son royaume et de là dans toutes les provinces et États de l'Europe. Et cette proposition est fondée sur des raisons si claires et si convaincantes, qu'elle ne peut pas douter que ledit sieur de Nointel ne réussisse à les faire accepter par ledit Grand Vizir.

Et en cas qu'il la goûte et qu'il dise seulement que l'exclusion do toutes les autres nations et la franchise de tous droits ôteroient tous les avantages que le Grand Seigneur en pourroit tii'er. ledit sieur de Nointel lui pourra faire connaître ([ue l'abondance qui viendra de ce commerce et les grands passages dans toute l'Egypte y attireront une inlinitéde commodités et de richesses qui viendront indirectement au inolil du Grand Seigneur, d'autant que les peuples sont plus en état do payer leurs impositions. Et en cas qu'il insiste et que ledit sieur de Nointel ne puisse lui faii'e goûter la grandeur de cette proposition sans y faire trouver quelque avantage au Grand Seigneur, après (ju'il aura employé toutes les raisons qu'il pourra facilement tirer de cette matière. Sa Majesté lui permet d'accorder un pour cent de toutes les marchandises (jui passeront par cette voie, à condition que le Grand Seigneur donne l'exclusion à toutes les autres nations et qu'il [lourvoie aussi à la sûreté des chemins depuis Suez jusqu'à Alexandrie.

LES DKSSIXs Dl l'\l!Tlli:X(iN SONT-II.S DE C.\KHEV?

Dans sa grande dépêche d'.Vthènes. celle du 17 décembre 1()73, Nointel raconte comment il lit exécuter les dessins: il ne nous apprend |ias par qui. Il se borne à dire : mon peintre, comme il eût dit : mon secrétaire, mon maitre d'in'itel. Son compagnon Cornelio Magni est plus précis. Il rapporte que les dessins sont de la main d'un jeune [ii'intre flamand, celui i\n[ élait resté avec Nointel après la mort de lîombaud-Eaidherbe. et (jui fit tout le voyage. Il ne le nomme nulle jiarl. mais donne sur lui quelques détails, parle notamment de son cliagrin après la mort de liombaud-Faidberbe, son compatriote et son ami, et aflii'me par deux fois sa nationalité flamande.

Cependant, les auteurs modernes, se copiant l'un l'autre, ont attril)iié les dessins à un peintre fran(;ais, Jacques Carrey. Ce Carrey était

Al'l'IN IlICK 281

originaire de Troyos en Champagne, où l'on conserve tjueiqiies-uns de ses tableaux; c'est lui qui aurait accompagné Nointel lors de son passage en Grèce et travaillé sous ses ordres. La tradition le veut ainsi, mais cette tradition n'est-elle pas une légende?

U'abord, elle ne s'est fixée officiellement qu'à une époque relativement récente. Les auteurs contemporains du voyage et même postérieurs, Galland, Antoine des Barres, Montfaucon, pas plus que Magni. ne disent mot de Carrey. En 1799. Barbier de Meynard parle encore du maître flamand. Pourtant, dès lT.")y,une notice insérée dans le dictionnaire de Moreri avait fait honneur des dessins à Jacques Carrey. Cinquante-deux ans plus tard, en LSH. l'album conservé à la Bibliothèque ayant été plus ricliemenl relii' et mis en bonne place, le conservateur d'alors, M. Joly lils. inscrivit >lu' la feuille d'en-téte le nom di- Carrey, avec quelques indications sur sa personne.

Cette mention, ainsi que le démontre la similitude des renseignements donnés, est empruntée aux l'crits de l'académicien Grosley. originaire lui-même de la ville de Ti-oyes et fort jaloux des gloires de sa ville natale. C'est lui qui avait fait insérer la note dans le dictionnaire de Moreri : il la réédita, avec quelques modifications, dans ses Troni'ns célèbrrs et dans ses Mi'innin'ii. Grosley, dont la famille était liée depuis plusieurs générations avec celle de Carrey, fournit dans ses ouvrages quelques détails sur le voyage de ce dernier en Orient : il dit notamment avoir vu une tète de Diane recueillie par l'artiste sur le rivage d'.Vthènes.

Ce témoignage a sa valeur. Toutefois, il est facile de relever chez Grosley des inexactitudes tlagrantes qui ne permettent pas d'ajouter loi à tous ses dires, .\insi. d'après lui : « Spon nous apprend qu'il (Carrey) travailla deux mois entiers à copier les façades, les bas-reliefs et toutes les sculptures de r.\cropole d'.Vthènes » ; or. Spon ne prononce pas dans sa relation de voyage lenom<le Carrey : la citation est fausse. De même, lirosley dit i|ue Nointel emnuîna Carrey avec lui lorsqu'on IGTT il partit de France; Nointel partit en KiTO et ne fut alors accompagné d'aucun peintre; en ellet, d'après le témoignage précis et réitéré de Galland. lors(|uo le marquis, pendant la ])remière partie de son ambassade, voulut faire tirer les portraits du sultan et du grand vizir, il dut recourir à un peintre établi sur les lieux, Rombaud-Faidherbe. ce qui ne serait pas arrivé s'il en avait amené un. Grosley émet donc des assertions sans se donner la peine de les contntler et de les vérifier. Il est permis d'en inférer que, connaissant l'existence des dessins, sachant que Carrey avait séjourné en Orient, ignorant enfin que Nointel eût employé d'autres peintres, il a établi entre les deux premiersfaits

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une concordance (^ui lui a paru naturelle et qui n'est rien moins que rigoureuse.

(Jue Carrey soit allé en Orient, nul ne le conteste. Qu'il ait séjourné à Constantinople pendant une partie de l'ambassade, qu'il y ait été employé par Nointel, nous l'admettons sans hésiter. Mais remarquons ceci : l'ambassadeur, dans sa dépêche du 6 juin 1675, écrit qu'après son retour à Constantinople il adjoignit au peintre qui lui restait et que nous considérons comme l'auteur des dessins, un autre artiste, pour remplacer celui (|u'il avait perdu à Naxos. le premier en date, Rombaud-l''aidherbe. Il en employa ainsi trois; le dernier, le troisième en date, celui qui n'arriva en Orient qu'après le voyage, nous paraît avoir été Carrey. Le fait est d'autant plus vraisemblable (jue ce fut Carrey, d'après les indices que nous avons relevés (1), qui assista en Ki".") aux fêtes de la circoncision: on trouve alors sa trace, on ne la trouve jamais auparavant. Ainsi fut-il amené à collaborer aux grandes compositions picturales qui s'exécutèrent à Constantinople d'après des études faites antérieurement par Rombaud-Faidherbe et l'autre Flamand, sans qu'il ait particiiié au voyage ni dessiné en conséquence les marbres d'Athènes.

Ajoutons un détail qui a son importance. On remarque sur plusieurs des dessins une mention manuscrite en cinq lettres, dontil n'a pasété possible de reconstituer le sens, mais qui, au dire de bons linguistes, est tracée en caractères flamands du xvu» siècle.

Devant cet ensemble de particularités et d'indices, il nous paraît impossible de faire prévaloir les assertions ultérieures de Grosley, assertions qui ne sont apparemment que des inductions, sur le témoignage de Cornelio Magni, témoin oculaire et extrêmement attentif du voyage. Au reste, en ce qui concerne le bien fondé de la tradition établie, Michaëlis a exprimé un doute. M. Omont s'est rangé aux raisons (|ue nous avons indiquées dans l'étude publiée par le Con-rspondani le 2.'i avril 1897. .AI. .Maxime CoUignon, dans son Hisloin' ilr la sculpture grecrjuc, au début du deuxième volume, suit d'abord la tradition et parle uniquement de Carrey; plus loin, il paraît faire une distinction entre les dessins de Carrey et ceux dus à « l'anonyme de Nointel ».

(1) La bibliothèque du Louvie conservait une série de dessins exécutés par Carrey et représentant le supplice ihi pal. Or, le seerét.-ure envoyé à .\ndrinople avec l'un des peintres. La Ooix, raconte qu'il vit en route des voleurs lie grand cliemin empalés et insiste longuement sur cette scène d'horreur. 11 est frcs vraisenililable qu'elle fut alors dessinée par son compagnon de voyage, ce qui indique la provenance des dessins du Louvre et signale la présence de Carrey dans la mission.

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En réalité, il n'y a pas de dessins attribuabies à Carrey; tous sont l'œuvre d'un jeune peintre flamand qui travailla sous la direction de Nointel, sous ses yeux, et dont le nom ne nous est pas parvenu.

EXTRAIT DE LOUVHAGE DE COK.NELIO MAGM

ï. II, p. 108. Hà condolto Sua Eccellenzanel suoseguito due pittori (iaminghi, giovani di buoni coslunuet di passabile sufficienza: si sono questi dati a viaggi per vedcre di perfezionarsi nella loro professione. Uno di questo infermatosi a morte è passato all'altra vita. ch'ha disposto di certi zecchini, che trovavasi, parte in sullraggi per l'anima sua, e parte per sovvenire i poveri (ici se trouvent des caractères effacés dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale) dell'isola. L'altro è resto (un mot effacé i afïlito per la perdita del (autre mot effacé) 0. per la quale si rende inconsolabile.

303. Lettre écrite d'Athènes... 11 signor ambasciatore, invaghito di si gran rarità, conducendo seco un pittorc fiainingo,giovane assaiben versato, face pratica col Castellano per concertar seco il commoflo di poter inviare quello alla cittadella. per copiare a chiaro et scuro ipie' bei conibattimenti da me di sopra nominati.

DESCRIPTION DE DÉLOS pur

COR.NELIO M.\i:M

T. II, Lettera seconda, p. 103.

Ci fermmamo in questa(Micone) ad oggetto di dare una scorsa aile famose isole di Delos, oggi nominale sdi/i-. e visitare il resto délia faraosa antichità, che in esse avanzano.

Furono già queste da'Greci scielte per fido Sncrario à tutte le nazioni, anche a loro nemiche. cosi in esso custodivansi, come in sicuro deposito. le richezze più celebri délie parti non solo circonvicine, ma délie più remote ancora, custodendovisi i preziosi arredi non solo di

284 LES VOVA(ii:s DU MAUUIIS DE .NOI.NTEL

cosi in esse Greci, ma anche de'Fenici e Medi e anche degli Egizii e Persiani. Vennero questi dal cieco (îentilesmo dedicare ad Apollo ; noi coniinciammo a scorrere la più grande, in oui non trovammo che tre o quatro are rotonde, e una triangolare ben 'incise, comme due grandali di marmo, che sembravano aver servito a qualche simulacro, corne délia Fortuna, délia Victoria, o altre simile. Spiccati da questa ci portavamoalla picciola separata délia prima da poco canale; resi à quella ci demnio ad esaminarla. e la trovammo piena di moite reliquie di sontuose fabriche ; osservammoper primo l'avanzo del famoso tempio d'Apollo, tutto abbatluto.costrutto di marmo bianco. Noi ci confondemmo nel grande amasso di colonne, di basi, piedestalli, capitclli in varii ordini. archilravi. fregi lavorati. c distinct! in métope, e triglifi; il tutto eseguito in rigorosa e gastigatissima architettura. \uh sopra un fregio inci^i a grandi ceratteri greci Pliilippos Vusi/iv:^, che ci additarono fosse concorso anchegli a ijueslo magniTico edilicio.

Inconlrammo nel residuo d'una statua procera e quasi gigantesca ignudo di marmo l'ario : di questa non appajono che le coscie, e ventre, il petto e il dorso, sopra di cui restano incise ciocche di capcUi in guisa radiale. (Juesta ci credenimo il simulacro d'Apollo nume tutelare ; il capo intieramente manca. esportato. per quanti dicesi. da certiletterati Ingicsi, non s5 se dal conte di Arundel che fece per tutto l'Archipelago di uiùlti marmi Tacquisto. come puù d'accogiiarsi dal libro da esso palesato, intitolato Manmini Aiwidcliana. Osservammo certe altre statue involte in paneggiamenti eseguiti con finissima esquisitezza. Incontrammo una rotonda piscina, che conteneva acqua ; intorno a questa stavano dispositi leoni di marmo laceri e storpiati; poi scorrendo d'ogni intorno scorgemmo quantité grande di confusa materia che ci additava che tutto fosse fabricalo, comprendendo il celebi'e Ginnasio. ô fosse Academia. Spicca in mezzo a queste un massiccio muro fabricato dipietre quadre di notabile grossezza. chelo credemmo il palazio de'Tesori.

lo salii con un pitlore fiamingo un monte ben'erto e rigoroso. detto il monte Cinlio. creduto voli;ariiiente già dedicato alla dea C/n/in. benchè venga riferto che in Delo ad .\|iollo solo il sagrificasse, che pure Cintio fu detto. Giunto con stenlo alla sommité, trovai uno spazio piano diligentemente lastricalo di marmo, apparendo che intorno avesse risaltato qualche notabile fabbrica, non sô si tempio ù altro. Golà portomi a riposare. mi diedi a ricercare coll' occhio l'isole e mari circonvicine, che reso fuor di modo procelloso viatocci per qualche giorno il potere restituirci a Micone. Il maie si era il vitto, stringevasi alla corte non essendovi provisi, che per due giorni di

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provianda. La caccia de' conigli, che in quelTisola abbondono frequenlissimi, ci ajulù mullo: pure, quando a Dio piacque, coniparve una spiraglia di bonnaccia, ci restiluimmo a Micone, coll'aver sodisfatto a curiosità e erudizione in Delos.

LETTRES ÉCRITES DE l'ALESTlNE DE SYRIE ET DE GR:. :E. M. de yointi'l à M. de Pomponne.

A Lernica, ce 13 février 1074.

MOXSIEUB,

J'ay eu l'honneur de vous escrire de Naxis à mon départ. C'est de là qu'ayant continué mon voyage le second jour de cette année en mouillant quasi tous les soirs à cause de la fascheuse saison, j'ay visité les escûeils dHeraclia et Denussa et les isles de Fatmos. Lero. Stanchioï et Rhodes; et c'a esté dans ces deux dernières où il y a des Turcs et des forteresses que l'on m'a lait le mesme honneur qu'au Capitan-Paclia. en me saluant comme on le saliie; le canal qu'il m'a fallu traverser pour arriver icy n'a esté traversé que par la nécessité de relascher dans legolphe de Satiliepour y chercher un port, d'où après quelque séjour je me trouve heureusement arrivé en cette ville de Lernica. Le sieur Sauvent m'y a reçu avec touttes les démonstrations de joye que j'en pouvois attendre, m'asseurant de l'avantage notable qu'il recevoit du renouvellement des capitulations, et qui est si considérable que l'on paj-e maintenant pour le cotlon deux tiers moins que les .\nglois: il vous a rendu compte de la bonne disposition qu'ont tesmoigné les pui>sances du pais à exécuter les ordres de la Porte, et de la forte manière dont r.\ga que j'avois depesché leur a parlé. Ainsy je ne vous en feray aucune répétition, et je me contenteray de' vous assurer que selon touttes les apparences le commerce de cette eschelle se restablira. ce qui est fondé, non seulement sur la diminution des droits, mais encore sur la bonne conduite de son Consul qui me paroist telle que je la puis désirer.

Je fais estât de m'embarquer demain pour Seyde, d'où je visiteray la Terre Sainte, et touttes les autres eschelles. Garce >]ui tenoit peut estrc d'un peu trop de curiosité me paroissant indispensable par la mort de Borris. je ne doutle point que ma présence ne soit nécessaire dans tous ces lieux pour réparer suffisamment cette perte arrivée

286 LES VOYA(;i:s Dl' MAROlIS DE NOl.MEL

dans cette isie de Chippres à huit lieues d"icy. Je feray, Monsieur, tous mes efforts pour en venir à bout; et c'est pour cette raison que je fais venir d'Alep à Seyde mon drogmaii et l'aga qui estoient avec le deffunt. Je vous informeray exactement du succès de mon voyage, et de mon entreprise en ce qui peut concerner le négoce: et en attendant que je puisse vous envoyer une relation la plus juste qu'il me sera possible de tant d'isles où j'ai passé et séjourné, je feray transcrire à Seyde une description que j'ai dressée d'une grotte située dans l'isle d'Antiparos qui me paroist un prodige, et digne d'avoir rencontré une personne qui eut pu la bien descrire. Je prendray la liberté de vous la faire tenir, et je continueray celle de vous protester que je suis inviolablement. et avec un très grand respect, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

M. ilf Xoiiili'l il M. de Pomiiomw.

A Sevde. ce 9 mars 1674.

Monsieur.

Je suis party de Chypres le vingt-un février dans la pensée que ie pourrois arriver le lendemain du matin à Seyde, mais il m'a fallu auparavant relascher à Tripoly de Sirie, quoyque l'en fusse alors beaucoup plus esloigné, et i'y suis arrivé au bruit du canon que Ton tiroit de la ville et des tours de la rade pour la continuation du Pacha. J'ay trouvé cette eschelle, qui dépend d'Alep, composée d'un seul marchand françois qui a très peu d'affaires quoy'qu'il n'ait point de concurrens; c'est ce qui m'a obligé encore que le commerce des soyes soit difficile à restablir par le peu de débit que l'on trouve en France, de faire connoistre au Pacha dont le père a esté douanier de Constantinople, tout ce qui me paroistroit capable de le réduire à la raison. G'estoit principallement pour la suppression de plusieurs droits, qui se lèvent iniustement. et qui estant plus considérables que la doûanne ont aussy contribué à l'aniieantissement du trafiic.

Ce ministre m'ayant envoyé ses chevaux me donna audiance dans son divan, où après le compliment sur sa confirmation dans son gouvernement, je luy fis dire que mon projet n'estant de venir qu'une seule fois à Tripoly, ilmeresiouissaisquele venten eut disposé autrement, et de me trouver dans la nécessité d'y retourner pour l'enregistrement des capitulations nouvelles, que l'on devoit m'apporter d'Alep à Ilieru' salem, parce que le devant voir plus souvent j'aurois aussy plus de moyen de luy expliquer les besoins qu'avoit le commerce de son au-

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torité, il me tesmoigna qu'il ne pouvoit pas manquer d'estre confirmé dans son Paehalik puisqu'il l'avoit souhaitté. et il se loua de la fortune, qui luy avanyoit l'occasion de me gouverner, et de m'asseurer qu'on ne pouvoit avoir de meilleures dispositions que luy pour le soulagement des négotiants, adioustant que sy ses prédécesseurs ne luy en avoit pas montré l'exemple, il estoit tout prcst à restablir leur fautte jusques là qu'il avoit vingt mil escus à prester sans interest au marchand français, et pour tel temps qu'il me plairoit. Je ioignis à la reconnoissance de cet offre la reflexion que nostre commerce estoit bien basse trouvant réduit à une seule personne pour le faire, au lieu qu'auparavant plusieurs en estoient occupés, et n'y pouvoient pas suffire, et que le consul qui les protegoit avoit esté obligé d'abbandonner. mais que le plus fascheux consistoit dans la destruction totalle du trafficparla retraitte. à laquelle celuy-la seul, ijuilasoustenoit, seroit encorre contraint. Je luy en insinuay les principalles raisons les renfermant dans les droils du bul et de poids que l'on levoit injustement, et luy remontrant par plusieurs répétitions, affin qu'il n'en doutta pas, qu'il n'y avoit point d'autre remède à ce mal qu'une fidelle exécution des volontés du Grand Seigneur, qui se trouveroient exactement accomplies, lorsqu'on ne prendroit que les trois pour cent, ainsy qu'il est porté par les nouvelles capitulations. Le Pacha m'ayant tesmoigné qu'il \' obéiroit punctuellement. je ne m'oubliay pas de in'estendre sur les avantages quelles dévoient procurer à la religion et au commerce, et après une recommandation très expresse et géminée des Jésuites. Capucins, et autres par la discussion de tous les articles, qui les concernent comme aussj' de ceux du négoce, j'adjoutay qu'on ne pouvoit traitterles religieux et les négociants trop favorablement, puisqu'outre l'obéissance qu'on rendoit par là au Grand Seigneur, et l'utilité qui lui en revenoil lorsqu'un bon nombre de marchands faisoit valoir ses doùannes, l'on rendoit l'antienne amitié des deux Empereurs plus forte et plus inviolable. Je m'estendis sur la considération de Sa Ilaulesse pour Sa Majesté, sur les preuves qu'il y en avoit par un traittement si favorable aux François dont le nouveau traitté, qui donnoit bien de l'envie aux autres nations, mais sans sujet, puisque mon niaistre estoit le premier, et le plus puissant monarque de la Chrestienté, et que les empereurs otthonians l'avoient tousiours reconnu en cette qualité luj' donnant à lui seul le tiltre, qu'ils se réservent, qui est celui de Padicha, lorsqu'ils ne traitent les autres que de Kiral. Le Pacha n'ayant asseuré, qu'il estoit bien informé de cette préférence si légitime, et qu'il ne manqueroit jamais en rien de ce qui pouvoit l'établir plus fortement

288 i.Ks V(iv.\(ii:s 1)1 M Aitnris m; muntel

en favorisant de tout son pouvoir les sujets d'un si p:rand Empereur tel que l'est Sa Majesté, ce fust pour le fortifier d'avantage que ie luy pxpliquay la manière en laquelle s'estoit fait Tenvoy des capitulations, luy disant que par oidre du Visir, j'avois despesché un gentilhomme pour les porter dans toutles les eschelles, et que ce ministre ayant voulu qu'il fust accompagné d'un Capidgi avoit aussi souhailté (juc cet envoyé à son retour l'informa par mon moyen de la récejition des ordres de la Porte, et de la soumission qu'on leur auroit rendu, mais que si sa mort arrivée dans Tisle de Chippres l'en enipeschoit. la l'ortune m'avoit conduit heureusement d'isle en isle jusques icy pour supleer à cette perte, qui m'engageoit principallement à faire un si grand voyage, et à le continuer par tous les lieux des résidences de mes marchands, que j'informerois le Grand Yisirpar escrit de tout ce qui s'y passera, en attendant que ie le pusse faire de vive voix, ne doutant point de rencontrer partout des sujets de luj' tesmoigner ma satisfaction, puisque je commançois si bien. Le Pacha me certilia son impatience de connoistre tout ce que rEm|>ereur son niaistre avoit accordé à ma nation affin que donnant des preuves de son ohéissance par une exacte observation de tout ce qu'il y trouveroit, il peut aussy me tesmoigner le cas qu'il faisoit de ma recommendation. et lorsque je l'eus asseuré de la confiance ([uejeprenois en ces parolles luy répétant que leur véritable exécution consistoit à ne prendre aucun autre droit que la doiianne. il nie protesla d'avoir lousiours favorisé les negoliants jusques à changer leurs piastres en celles que l'on nomme coureiiles afiin de faciliter leur commerce, le peuple ne voulant recevoir i]ue de cette dernierre espèce, et luy estant bien aise de préférer l'avantage public au sien particulier.

Je luy tesmoignay mon estonnenient de l'opiniastreté de donner la préférence a une monnoye quasi toutte fausse en excluant enlierrenient la lionne, et ie luy insinuay en mesnie temps que cette ignorance n'estant pas universelle il se trouvoit dans l'étendiie de l'Empire du (irand Seigneur, quiostoitun monde, des provinces, et des royaumes, où non seullement l'on excluoit les alsanis, mais où l'on estimoit si bien les piastres sivillannes, qu'on n'hezitoit pas de les acheter, et j'adioutay que le sçachant du bon goiU, ie ne voulois pas luy donner des alsanis en payement de touttes ses honnestetéz, et des bonnes paroles que ie recevois de luy, mais que pour le payer en piastres de poids, ie l'asseurois de bien tesmoigner au Visir les favorables dispositions qu'il m'avoit fait paroistre. et quand les effets y correspondroient que ie ne manquerois pas non plus d'en informer ce ministre.

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Il me remercia de ces offres m'asseurant qu'il leur donneruit un véritable fondement, et m'ayant prié de l'employer en tout ce que ie jugerois nécessaire', raesme pour mon plaisir, il m'ofl'rit ses chevaux, ses faucons, lévriers et autres esquipages de chasse, me disant qu'il m'accompagneroit dans tous les lieux, quiseroient les plus propres à cet exercice, qu'il faisoit très souvent.

Appres ma reconnoissance de cette manniere si obligeante, que j'acceptay pour mon retour, luy tesmoignant que ie de vois partir au premier bon vent affin d'estre a Hierusalem à Pasques, l'on apporta les régals ordinaires, des boissons, et parfums, et ce fust lorsque iepris la tasse du sorbet que le Pacha prononcea, hazret lez, qui est une manniere de souhait heureux, qu'il me fesoit pour la santé, et autre prospérité.

La conversation ayant esté rcnoiiée fust renfermée de ma part dans une dernière instance de tout ce qui pouvoit concerner la religion, ses ministres et le commerce, en remontrant que si depuis plus de cent ans les religieux subsistoient dans l'Empire Othoman sous la protection des empereurs de France, l'on devoit à présent se conduire en leur faveur bien dune autre manniere, la considération de Sa Majesté leur ayant fait obtenir des avantages, dont il n'j- a point d'exemple ny dans les antiennes capitulations, ny dans celles accordées aux autres nations; qu'il en estoit quasi de mesme du négoce, et qu'enfin si Ton vouloit voir à Tripoly un Consul et un grand nombre de marchands il falloit executter ce qu'ils doivent attendre de la bonne foy d'un traitlc si solennel. Le Pacha m'ayant renouvelé touttes ses protestations, tant sur le dernier point, que sur le premier, et dit à lesgard de cecy qu'on traittoit si bien les Chrestiens francs que les (îrecs s'en plaignoient, je pris congé de luy me retirant chez moy dans le mesme ordre que j'en estoisparty accompagné d'environ quarante personnes, .le jugeay à propos de parler aussi au Cadis, mais en passant et sous prétexte de voire sa maison, parceque les capitulations devant passer par ses mains, i'estois bien aise de Tinfornier des chefs principaux, qui regardoient l'eschelle de Tri|)oly, luy insinuant la jilus grande partie de tout ce que i'avois observé au pacha, et particulièrement qu'il empescheroit que l'on ne porteroit pas au Visir les difficultez. qu'on pourroit apporter à ce nouveau traitté, puisqu'il n'hésiteroit pas par son autorité de Juge de prévenir les ronipements de teste qu'on causeroit au premier ministre, il me iura que lorsqu'il auroit leu les capitulations il assembleroit les puissences du pays pour leur marquer leur conduitte touchant les volontés du Grand Seigneur et que si on y apportoit la moindre résistence. il m'en délivreroit des actes authentiques pour les faire valoir; tout le reste consista

en beaucoup d'honnestetés, il fit venir un de ses enfants qui me baisa la main, il me dit que le Cadilik de Seyde qu'il avoit reniply bien du temps lui appartenoit maintenant pour sa vie par rescompense de la P<;irte. et qu'il le faisoit exercer par son aisné, pour lequel il me promit une lettre de recommendation. et ce fust après touttes ces marques de bonne volonté, et les répliques convenables que ie le quittay.

Je lui envoyay le lendemain un commandement obtenu par M' de la Haye en faveur des Capucins, mais dont ils n'avaient pu obtenir ny l'enregistrement ny l'exécution depuis vingt ans, et ainsy Ton ne cessoit pas de les contraindre à une espèce de caratche pour leur maison, il le fit registrer au mesme moment promettant qu'on l'executeroit à l'avenir, et par mannière d'entretien il s'informa de mon chiaoux si i'estois marié, et il s'estonna fort que ie ne le fusse pas. insinuant néanmoins qu'il le soupçonnoit parce que ie n'avois pas assez caressé son fils.

Le temps s'estant rendu favorable, je me transportay à la marinne le vingt cinq février accompagné des Consuls d'Angleterre et de Venise, et d'une trentaine de cavaliers, et ayant mis à la voile la nuit c'a esté par la faute du vent, qui me manqua, que ie ne peus arriver à Seyde devant le 27, je moûillay dans le port à la pointe du jour, et une demie heure après le sieur de Seglas me vint trouver avec toutte sa nation au bruit du salut d'une polacre françoise qui fust bientost secondée de celuy du chasteau. dont les descharges se firent entendre à mon débarquement. Il avoit procuré cette démonstration de joye publique pour fortifier d'avantage celle qu'il me tesmoigna de ressentir en son particulier, et qu'il m'asseura estre esgalle dans tous les François qu'il me présenta me les certiffiant aussy bien unis en cela, que dans le reste de leur conduitte, l'on chanta mesme le Te Deum dans sa chapelle, où le j>ere Capucin son chaspelain qui m'estoit venu recevoir avec la croix, et ses religieux m'ayant complimenté à la gloire du Roy ie me retiray dans l'appartement que ce Consul s'est aiusté avec beaucoup de propreté, ne voulant manquer à rien de ce qui peut relever avec prudence l'employ que Sa Majesté luy a confié; plusieurs conférences que j'ay eu avec luy m'ont aussy confirmé dans la bonne opinion que l'on m'avoit donnée de sa personne, et comme ie ne m'arreste pas seullement aux personnes, ie luy ay tesmoigné ma satisfaction de la mannière dont il en avoit usé envers son pacha en deux rencontres importants. Il a vaincu par une vigoureuse et iudicieuse résistance l'oppiniastreté de ce gouverneur, qui se voyant sur la fin de son authorité, et dans l'impuissance d'en obtenir la continuation, vouloit faire sa main avant son départ, et ne demandoit pas moins d'un costc que diz mil escus pour un esclave, qui s'estoit sauvé,

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et soùaittoit encorre une somme plus considérable pour des religieux espagnols, qu'il retenoit en prison: il luy a fallu après quatre mois de tentative et de ruse réduire sa première prétention a des caresses extraordinaires qu"il list au Sieur Seglas le priant d'oublier ce qui s'estoit passé, et ayant veu les capitulations touchant la protection des estrangers que Ton envoya quérir à Ilierusalem il donna la lijjerté à ces prisonniers témoignant bien de la colère de ce que les Maltois mesme pouvoient venir dans le Levant soubs la protection de Sa Majesté.

On ne peut pas luy mieux parler qu"a fait ce Consul, qui adioutant Taddresse a ses raisons empescha qu'aucun de la nation ne se présenta dans les bazars pour achelter. et il n'en fallut pas davantage pour exciter une espèce de sédition de la part des vendeurs, qui parloient autrement contre le pacha l'accusant de les priver de leur subsistance, qu'ils tiroient uniquement du commerce des François n'y ayant point d'autres estrangers résidans icy. Il y a donc lieu d'espérer par deux exemples si considérables et dans un temps que les Anglois viennent de souffrir à Alep une avanie furieuse pour un mesme prétexte de la fuitte d'un esclave, il y a, dis-je, lieu d'espérer, que le commerce de celte eschelle de Seyde se rétablira. La douanne y est dilïerente se trouvant des marchandises qui payent trois pour cent, d'autres moins, et quelques unes jusques à quinze, l'on exige encorre un droit de poids et de meselerie, qui va bien plus loing, et l'on prend chaque année trois cent piastres pour barut, cinq cent pour la permission des églises, et cinquante pour l'encorage, ce dernier est réduit par les capitulations a quatre ou cinq cent aspres, elles suppriment aussy le penulliesme, et celuy qui le précède, lequel est de plus aboiy par un commandement particulier, et l'on ne pourra plus prendre dis pour cent des sommes ausquelles monte la douanne. Je pretens encorre que tout autre droit que celuy de la douanne ne se doit point lever et qu'ainsj' en vertu des capitulations, qui ordonnent que l'on prendra trois pour cent, et qui ne parlent point touchant Seyde de poids ny de meseterie, on ne peut rien exiger soubs ce prétexte, d'autant plus qu'a lesgard de Constantinople où l'on exige ce dernier, il en a fallut faire mention pour l'authoriser, nous avons donc résolu de ne point nousrelascher de cette prétention, et de la pousser tellement qu'encorre qu'on ne l'ait pas fait valoir du temps des antiennes capitulations nous puissions en éluder l'obieclion par deux raisons, la première que ce traitté estoit si anlien cju'il avoit perdu toute sa vigueur, et la seconde que les droits y estoient spécifiés indéfiniment sans détermination de la quotité au lieu que dans celuy d'à présent ils sont réduits à trois pour cent. Enfin le sieur Consul et les députés sont bien déter-

minés dans touttes les occasions mesme en mon absence a ne plus rien payer de ces exactions, jusques à tenir mine de cesser le commerce, et lorsqu'on proposera au premier de me députer pour la décision de la Porte sur ce différent il répliquera que ie luy ay deffendu de me faire des deputations sans des suiets bien pressants, à cause des grands frais, et non point pour un comme celuy-cy, qui est clair, et ne mérite point de contestation, et cependant je ne laisseray pas d'obtenir des commandemens particuliers pour en coupper toutte la difficulté.

Le soulagement que cette eschelle va recevoir consiste donc dans l'exemption de huit cent piastres par an pour les esglises et barut. de plus de deux cent par année pour lencorage, de (1) pour l'extinction de dix pour cent qui se payent des sommes ausquelles montent les droits, et dans les diminutions d'un pour cent surla cochenille, de deux et demy sur le papier, et d'un sur le bresil, campech, tartre, jerophe, poivre, corail, et amandes qui sont touttes marchandises d'entrée, et desquelles il y a beaucoup plus de débit que des draps et estoffes de soyes dont il faudroit payer un pour cent plus que l'on ne paye, supposé que l'on ne puisse pasparaddresse en demeurer à l'accord fait à leur égard, l'on verra ce que les Turcs diront sur ce suiet et l'on taschera de soustenir que ce qui se lève de doûanne monte à trois pour cent ou peu s'en manque, et qu'ainsy il n'y faut rien chan,i;er. d'autant plus que les draps et estoffes de soyes sont tantost plus et tantost moins chères, et qu'il y aurait tousjours de la ilisjjutte à s'exposer à la nécessité d'une nouvelle estimation, enfin quand il faudroit les augmenter, le guain sur les autres denrées compenseroit cette perte.

L'avantage, que l'on recevra à la sortie, sera encorre plus considérable, puisque sur les cottons en laine, flUets ordinaires et cendres, dont il se fait le plus grand négoce, il faudra diminuer savoir sur les premiers sept pour cent, sur les autres douze, et sur les derniers un demi, l'on gasgnera encorre sur les filets moyens deux pour cent, sur le senne trois, sur le salmoniac trois et un quart, sur le cassis deux et un quart, et sur touttes sortes de toiles trois, ainsy la perte de deux tiers pour cent sur les filets fins, d'un demy pour cent sur les galles et d'autant sur la cire desquelles il se transporte bien moins que des autres ne devra pas entrer en considération, supposé qu'il faille augmenter leur fixation.

Le desavantage que l'on recevra sur la soye, dont il ne se prend qu'un et demi, qu'il faudi-a doubler, ne portera jjoint non plus du

(t) Espace (^n lilanr Jnns l'orii-'inal

AI'l'KNDICE 293

préjudice parce que premièrement il ne s'en fait plus aucun commerce, et que supposé qu'il se restablist, l'extinction que j'obticndray du droit de son poids, qui est de vingt-cinq piastres par quintal, recompenscroit bien au delà l'augmentation de la doûanne, enfin (juand ie ne Tobtiendrois pas non plus (jue de la piastre et un quart par quintal de touttes les marchandises, qui se vendent à un certain poids, et d'un et demi pour cent de tout ce qui s'achette et se vent, qui est une espèce de meseterie. ce que ie ne puis croire me faisant fort de l'obtenir, les capitulations ne laisseroient pas de iirocurer encorre à l'eschelle un guain notable, et qui fortifira entierremenl celuy quelle commençoil de gouster par la cessation des usures de ses debtes suivant le commandement que l'en obtins il y a deux ans. Il est par conséquent très évident, que les négotiants d'icy aussy bien que de Constantinople. Smirne. Satalie. la Morée. Candie. Chippres et Alep seront soulagés considérablement, ce que ie me promets devoir estre d'autant plus stable, que ie m'informeray exactement partout des moindres besoins, que l'on y ]>eut avoir, et que j'y feray paroistre l'authorité du Roy. et celle de la Porte dune manniere à faire craindre d'y donner atteinte en quoy que ce soit, j'y reussiray d'autant mieux suivant mon espérance que ie parleray a tous les Pachas. Cadis et niesme au doiiannier et que mon Capidji me secondera fortement se servant de la mesme rigueur qu'il a monstre à Cliip|)res, soit pour l'exlinclic n des abus, sott pour accréditer les Consuls, et la nation, il pourra peut estre arriver que le nouveau pacha n'arrivant pas icy do longtemiis ie ne pourois pas l'attendre, mais en ce cas après avoir agi auprès du Cadi ie me reposeray bien seurement du reste sur le sieur Seiglas , qui m'a témoigné estre satisfait des députés de cette année, lesquels aussy m'ont paru fort honnesti's gens, enfin io me persuade aisément, et par la liaison de tous les marchands de cette eschelle. et par la conduitte de leur Consul, queiout réussira à la gloire du Hoy et à l'avantage de ses sujets, ie souhaitteroiscn pouvoir dire autant d'Alep, et ie ne laisse pas d'espérer que le voyage, que iy feray. y sera très utile, celuy du Caire ne le sera pas moins, et parce que le sieur de Tîonnecorse avoit témoigné son impatience d'avoir le Cajiidji fondée sur des injustices que le pacha luy vuuloit faire, j'ai escrit a l'un et a l'autre et les lettres, dont ie vous envoyé les coppies. ont esté portées par un exprès, que le premier avoit despesché au sieur Seiglas. .Je croy qu'elles suspendront le mal jusques à ce que i'y apporte le remède et i'espère me mettre en chemin pour celte entreprise à mon retour de Hierusalem, ou ie fais estât de passer la Semaine Sainte et les festes de Pasques ayant dessein de partir au

premier bon vent pour Jaffa. Comme ie suis obligé de traverser dans les terres du pacha de Gaza, et que d'ailleurs il y a des marchands françois résidants à Rama, qui est de son pachalik, vous verres ce que ie luy mande au suiet de ces derniers touchant sa protection, ne luy parlant que par occasion de mon passage en la Terre Sainte, affln que de luy mesme et par la médiation du sieur Seiglas. qui est bien avec luy. il m'offre toute la commodité et l'honneur qui peut dépendre de son pouvoir, et de son interest.

Voilà. Monsieur, le compte le plus exact qu'il m'est possible de vous rendre. Je vous supplie très humblement de l'honnorer d'une favorable réception, et de me continuer la liberté de vous protester que ie suis d'une manière aussy respectueuse que soumise, Monsieur, vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

NniXTEL.

M. de Nointcl au Roi.

A Ilierusalem. ce 15 avril lG7-i

SiBE.

La ville de Hierusalem ou j'ay l'avantage de me trouver n'est plus ce qu'elle a été dans l'antiquité, la grandeur et la magnificence de son temple consiste en de foibles restes. Les armées des Ministres destinés au service de ses hautels sont changées en un petit nombres de Turcs employez a servir une mosquée. L'abondance du peuple qu'elle contenoit a produit un désert. La quantité d'argent qui s'y trouvoit, en sorte qu'estant commun on ne l'estimoitpas davantage que les pierres, a fait qu'a présent on se soumet à tout pour en avoir. Les plus illustres monuments, destinés à servir de sépultures à tant de Roys. et de grands personnages, lesquels y enfermoient aussy leurs trésors, semblent n'avoir esté taillés dans le roc par un travail inconcevable, et séparés de la terre qui les avoit produit, que pour y estre maintenant ensevelis en partie. Il n'y a plus d'apparence de cette prodigieuse fertilité, si elle n'estoit miraculeuse, puisqu'au milieu des roches et des montagnes dont le pa'is est tout plein, elle suffisoit à tant de millions de personnes, les ayant longtemps aydé à soustenir ce siège si fameux d'un des plus grands Empereurs Romains. Ces considérations, Sire, pouroient attirer l'admiration d'un changement si extraordinaire et en imprimer une forte douleur à tout autre que Vostre Majesté, qui est bien informée des justes profeties sur lesquelles il est appuie. Elle penettre indubitablement, que tout se passoit en figurre dans l'ansienne Hierusalem : sa grandeur passée qui comprend l'empire absolu

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de sa loix. et la superbe de ses édifices devoit s'évasnouïr, et s'anneantir. affin que la véritable gloire qu'elle ne figuroit qu'imparfaittement fut respandue avec profusion sur la grotte de Betleem, sur les montagnes de Sion, du Calvaire, etd'Olivel, et sur les fonds et pleines qui les environnent, et les torrents qui les arrosent, affin que par l'évangile et la religion nous fussions délivrés d"un joug intolérable, affin que nous eussions un fils aisné de l'Église, qui renfermant dans sa personne sacrée toutes les rares qualités des Clovis. Charlemagnes. Saint Louis, et de tant d'autres monarques dont il tire sa naissance, se nomme Louis quatorze, ce qui suffit pour en imprimer les grandes idées que la langue ny la plume ne peuvent ex]iriiner. J'ose espérer. Sire, que ce nom sacré qui est la terreur des hérétiques estant souscrit à une lettre pour le Grand Seigneur, dépossédera les Grecs schisniatiques de leurs usurpations du Calvaire, de la pierre de l'onction et de Betleem, et nous en avons desjà un présage heureux, car son autorité nous ayant fait obtenir le restablissement de l'église de la nativité de Saint Jean, et la possession de son désert, l'effet qui doit suivre naturellement l'honneur qui se va rendre au précurseur, est de rentrer dans les moyens légitimes d'adorer celuy à qui il a servy de précurseur. Le trouble que la malice des Grecs y a voulu porter s'est dissipé, le cadenas par lequel ils vouloient s'attribuer un nouveau droit dans le Saint-Sépulcre a esté arraché, et l'un et l'autre s'est fait par la considération deue à V. M. ; sa puissance punira la perfidie des Grecs dedans et dehors de son Royanme, lesquels n'y éprouvent les charités qu'ils y amassent sous de vains et faux prétextes, que pour venir dans l'Empire Otthoman et particulièrement dans les Saints Lieux y maintenir leur possession criminelle, et y exercer leur furie contre les religieux lattins. J'ay esté tesmoin à Constantinople de leur ingratitude par la méconnaissance des bons traittemens qu'ils ont receu de moy; leur égarrement paroist manifestement dans les changemens de leurs patriarclies, dont il \- en a sept de vivanSj et par l'aversion pour l'Eglise Romaine de ceux de leurs docteurs qui ont puisé ce qu'ils ont de science dans le collège romain, et les universités du reste de la crestienté. Par ces raisons. Sire, on peut conclure que les attestations que i'ay obtenues de b'urs patriarches touchant la transsubstantiation, et autres points, n'ont esté par eux accordées (ju'à la force de la vérité, et a ce que i'avois moy-mesme veu de mes propres yeux, et que le retardement a me les consigner a esté fondé sur le regret du triomphe que l'Eglise Romaine en devoit remporter. Je puis asseurer V. M. que la sommission de leurs esprits à la justice est attachée nécessairement à la domination de l'esclavage sous laquelle

il faut auparavant soumettre leurs corps : c'est la conduite efficace de la puissance que Dieu a envoyé pour leur châtiment, et ils reconnoissent eux-mesme ce moyen si indubitable, qu'entre eux ils se battent très souvent jusques à l'excès, et à la mort mesme ; ils ont eu depuis peu icy des desmelez de cette naturre dans le Saint Sépulcre et le couvent de Saint Hélie. qui ont esté les suittes des batailles qu'ils ont livrées aux religieux latins, en ayant blessé plusieurs, et ils les ont comblés de la fauce accusastion de la mort d'un de leurs caloyers, arrivée naturellement. Ils n'ont pas jugé. Sire, l'ambassadeurde V. M. digne de leurs respects, et ils ont fait tout leur possible pour diminuer par leurs calomnies l'esclat de son entrée en Hierusalem. Elle estoit relevée par cinquante cavalliers qui me suivoient deux à deux, parle consul de Seydequi m'accompagnoit. par un cheval richement harnaché que l'on m'amena pour changer le mien un peu fatigué, par d'autres que l'on menoit en main, par six palefreniers vestus à la grecque, et dix valiets de livrée qui m'environnoient, par mes trompettes qui annonroient ma marche, par les officiers que le Cadis qui a esté Moufty, et le Mousselim qui tient la |ilace du Pacha qui est à la Mecque avoient envoyé au devant de moy, et par mes armes que mes gens portoient en toulte liberté. Voila, Sire, l'esclat avec lequel ie Suis entré, taschant de le soustenir avec toutte la fierté possible et raisonable, en présence d'un très grand nombre de Turcs, d'.\rabes et de Chrestiens de tous les sexes, qui bordoient les chemins, les fenestres, et remplissoient les terrasses. Les religieux avec la croix et les cierges, leur gardien à la teste, m'aj^ant receu à la porte de leur maison, me conduisirent en chantant le Te Deum à l'église. Cette prière fut suivie de celle pour V. M., et ils n'ont point cessé depuis de me faire tous les bons traittements qui ont pu dépendre d'eux. Leur gardien qui est Italien, et dans lequel la force de la science et de la piété suppléent à la foiblesse d'un grand aage, qui néanmoins ne l'empesche pas d'agir, me paroist bien résolu d'effacer par la raison et son autorité tous les restes de différences inutilles par lesquelles on vouloit autant distinguer qu'abbaisser les religieux fran(,-ois. Ainsy le vicaire qui occupe le second rang qui doit estre de nostre nation, sera maintenu dans touttes les fonctions, prérogatives et prééminances qui appartiennent à son employ, sans qu'il soit renvoyé à l'appas d'une récompense postérieure, lors de son retour en sa patrie, et sans la restriction à une maison particulierre, l'étendue de son vicariat ne devant point avoir d'autres bornes que celles de la Terre Sainte. C'est une justice ipii mesme a toujours esté prattiquée du temps que les Italiens estoient dans cette charge et lorsqu'elle a esté

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remplie parle premier François, et quand ce seroit une grâce, ce qui n'est jias. ie suis persuadé qu'on la devroit à celuy qui est maintenant vicaire par reconnoissance de son méritte ; dont V. M. iugera avec plus de solidité que je ne puis jamais faire, lorsqu'il aura l'honneur de luy rendre cette lettre et qu'il prendra la liberté de l'informer des pressans besoins de la Terre Sainte. Le troisième officier, le procureur, dont le ministère est très considérable parce que la dépence le regardant, il faut qu'il agisse continuellement auprès des Turcs, et qu'ayant les mains ouvertes pour arrêter leur avarice qui pourroit causer de grands maux, il pourvoye d'un autre costé a touttes les églises, et aux hospices de la Terre Sainte; il seroit bien heureux si ces infidèles se vouloient contenter de partager égallement, mais il leur faut pour l'ordinaire les deux tiers du total, et par conséquent il est nécessaire qu'il aitune grande économie pour respondreaux autres besoins qui vont bien loing. Celuy qui est à présent chargé d'un employ si délicat, est Espagnol, et il s'en acquitte avec toutte l'intégrité et l'adresse que l'on peut désirer, ne donnant rien inutilement, prenant sur les Turcs tout l'empire que l'on y jieut prendre, et pourvoyant a soustenir le reste avec l'honneur et la bienséance requise; il travaille depuis dix-huit ans fort utilement, et néanmoins il y auroit lieu (le craindre qu'il ne put pas réussir toujours si les renforts d'aumosnes que l'on espère de laChrestienté manquoient de venir.

Le reste de la communauté, Sire, est composé d'un prédicateur, d'un maistre des cérémonies et de plusieurs prestres qui vivans tous exemplairement, et ayant beaucoup d'érudition et de piété, se sont signalez aux offices de la Semaine Sainte et de Parques, par la majesté et le bel ordre dont le service a esté conduit. L'on n'a pas oublié dans les prédications italiennes et espagnoles, qui ont esté prononcées aux stations du S. Sépulcre, du Calvaire et autres, d'y parler du dépos prelieux qui en a esté confié aux religieux de S. François, c'est qui ne s'est pii faire, Sire, sans tomber naturellement dans l'exaltation de la singulière piété de vos prédécesseurs qui les on ont rendu dépositaires, et sans tesmoigner une gratitude aussy expresse que publique de la protection puissante qu'ils reçoivent de Votre Majesté. Quand ceux qui ont l'avantage de vivre dans ces Saints Lieux ne tiendroient pas un langage si juste, les illustres morts qui y sont ensevelis, et les instruments de leurs victoires qui s'y gardent comme des reliques, parlent assez par leur silence, et ils continueront de parler françois jusques à la consommation des siècles malgré la malice des Grecs, qui paroissent n'avoir usurpé les sépulcres de Godefl"roy de Bouillon, du Hoy Baudouin, et de leurs enfans, (pie pour

298 LES VOYAGES \)V ^lAROLIS DE .\OINTEE

rayer, et falsifier les tiltres de leur mémoire. Leur artifice ne scauroit réussir, et il est si peu possible de ne pas rendre icy justice à la France, qu'en manquant de le faire on s'expose à voir tomber les montagnes sur sa teste, y en ayant une fort eslevée sur laquelle les François s'estant retiré après la perte de Hierusalem y ont demeuré quarante ans attendans du secours, pour mieux dire ils y sont encore, puisque par leur mort ils en ont fait un cimetière glorieux.

Si Tassistance qu'ils attendoient leurs a manqué, si la domination françoise avoit cessé auparavant. Ton peut croire, Sire, que ce sont des efîects de la Providence qui veut combler les grandes conquestes de V. M. par la deslivrance de la Terre Sainte, et qui n'a permis cette seconde captivité que pour vous en rendre le libérateur, les pretieux et sacrés monumens que nous y possédons encorre. où les religieux de S. François rendent à V. M. les premiers devoirs qui appartiennent, non seullement à un fondateur, mais au fils aisné de l'Eglise, ou les traverses des Grecs estant dissipées il- pourront prier Dieu sans tumulte, et sans confusion, pour \. M. qui est si bien distinguée par une preeminance légitime, establie mesme par l'autorité des papes, ces pretieux monumens, dis-je, sont des arres des grandes victoires que le ciel veut acheter de Y M., et dont il achèvera de luy fournir le prix par l'abondance de toutte la force qui luy est nécessaire pour une si grande entreprise. Je le souaitte de tout mon cœur, mais d'un cœur pénétré de zèle, de respect et de soumission, qui me fait soupirer après les occasions de prouver a toutte la terre que ie suis inviolablement, et que ie seray iusques qu'au dernier soupire et au delà, Sire, etc.

NOINTBL.

M. (Ir Noiiitcl <'( .1/. //(' Pomponne.

A .lerusalfim. ce i3 avril 167-4.

Mo.NSIF.UR,

Mon passage de Seyde à Jafl'a ayant duré trois jours, je me débarquay à ce port fameux de la Palestine, j'y fus salué de quelques boettes à mon débarquement, et deux heures après le vicaire et le procureur de Terre Sainte me firent les complimens de leurs supérieurs, et communauté. Un envoyé du Pacha de Gaza m'ayant aussy asseuré de l'amitié de son maistre. et de sa joye de me scavoir dans son gouvernement, me tesmoigna i[u'il avoit des ordres pour m'y faire passer avec cinquante personnes sans paier aucun droicts. J'ay veu Rama, j'y ay mesme séjourné ce qui m'a donné occasion d'une

AI'l'KMHCE 299

promenade iusques à Lida, et le moyen de considérer le pais qui est beau par ses plaines cultivées, ses costeaux, ses oliviers, mûriers, ses vignes, ses villages et ses raines. Les rivierres de la grâce qui y couloient autrefois en si grande abondance et avec tant d'utilité suppléeoient aux naturelles, dont le deffaut oblige encorre à présent de recourir et de mesnager les sources.

Estant parti de grand matin, je commencay d'entrer dans les montagnes au chasteau du bon Larron ; son nom conserve la mémoire de sa pénitence, et les Arabes celle de son désordre; et après m'estre reposé à S. Hiérémie. ou ce profette est né, je jettay des œillades en passant sur la vallée deTerebinte, sur le village de St Jean Baptiste, sur la maison déplaisir de Ste Helisabet, ou la Vierge la visistat, et sur les lieux delà victoire de David contre Goliat; et s'il m'avoit fallu m'arresler à touttes les remarques que l'on me faisoit, j'aurois trouvé les portes de Hierusalem fermées. J'y entray le quinsiesme mars a travers quantité de peuple, bien monté, environné de seise estafiers et palefreniers, et suivy de cinquantes cavalliers la pluspart armés. Les officiers de la ville ayant mesme envoyé au devant de moy, et je fus aussj- bien receu que je le pouvois espérer dans le couvent de St Sauveur, appartenant aux religieux de St François. Les visittes des sanctuaires enfermés dans cette ville, ou qui sont à ses environs, mesme des plus éloignez, tels que le Jourdain et St Sabba, m'ont fort occupé, ayant employé plusieurs semaines à les honnorer de la vénération qui leur est deue; et je puis vous asseurer. Monsieur, qu'il semble que la Providence ait autant pris de plaisir a enrichir ce pais par la profusion de ses grâces spirituelles, en figurre. et en vérité, qu'il paroist avoir esté dépourveu de tout temps des avantages d'une belle situation et d'un terrain fertil. Il faut croire nécessairement que cette grande abondance de peuple, et la fertilité qui leurs suffisoit estoient des miracles perpétuels qui faisoient produire les roches et contenir dans des petits espaces des quantités innombrables de monde qui autrement n'y auroient pu demeurer sans centupler leurs rangs les uns sur les autres; ce sont des reQexions qui tombent dans l'esprit fort naturellement, et qui estant establies sur ia puissance divinne ne font point de tort à la foy des escriturres, il faut donc juger de la terre ou je suis par la foy, et croire que sans elle on establiroit plustost la terre de promission dans l'Egypte; je fais estât d'y passer dans quinse jours ou trois semaines pour la stabilité et l'achèvement des heureuses impressions que mes lettres y ont fait sur les puissances qui la gouvernent. La force dont je m'estois exprimé avoit son fondement sur les nouveaux secours que me deman-

doient le consul et les depputés de la nation du Caire, et dont je trouvay des instances à Rama, escrittes d"une manière qui pouvoit convenir a des assiégés réduits à l'extrémité, et sans espérance de quartier, ils triomphent maintenant, et ils ne m'attribuent pas moins. Monsieur, que d'avoir fait trembler avec trois feuilles de papier le cousin germain du G. S., et la milice d'un grand royaume en la personne d'un de ses chefs les plus accrédités; ils respirent avec d'autant plus d'asseurance, i[ue l'honneur et la tranquillité leur estant rendues, ils se promettent que ma présence fixera entièrement leur bonheur, et affin. Monsieur, que vous connoissiez bien mieux ce qui s'est passé, je prens la liberté de vous envoyer les coppies principalles de ce qui a esté escrit respectivement: elles seroient suffisantes pour vous prouver l'utilité de mon voyage, si d'ailleurs, sans avoir besoin des événemens. vous n'en estiés pas persuadé par vostre pénétration et par la justice que vousscavés si bien rendre, c'est sur elle que jestablis ma confiance contre les calomnies outrageantes de certains marchans de Smirne dont je ne scais pas encorre les noms, mais qui peuvent estre légitimement qualifiés de cabalistes ; je ne suis party de Constantinople suivant leur langage que dans le dessein de donner une estocade a leur eschelle, et ils ne sont par les nouvelles capitulalions à l'abri des avanies des Turcs que pour en souffrir de ma part; leur consul, leurs depputés, et leurs affidés. disent-ils, réduisent le commerce à l'extrémité, parce qu'ils me veuUent recevoir avec esclat, qu'ils souaittentde venir au devant de moy dans un bel ordie, qu'ils m'ont préparé un appartement, et des logis pour ma suitte, et que je suis seullement un ambassadeur: je ne doute pas qu'ils ne soient bien faschez que dans mes ordonnances pour la levée de quelques sommes, j'aye promis de les rendre sur ma pension de Marseille; car c'eut été une belle matierre à leur fauce rhétorique. Ce sont là. Monsieur, des crimes tout nouveaux, mais pour en avoir la conviction il faut peneti'er dans des intentions que je n'ay point, et inventer des faits qui ne furent jamais, et à la preuve desquels je les deffie : il faut montrer par quelles loix nouvelles des sujets sont criminels pour honnorer le représentant de leur Roy, lors principalement qu'ils le doivent à la face de plusieurs nations estrangères, telles que les .\nglois. Vénitiens, Mamans et Gennois, qui ne manqueront pas de fairre par bienséance ce que les autres sont obligés par devoir. .le suis persuadé, .Monsieur, que des impostures si grossières ne feront point d'impressions sur vous à mon préjudice, et que vous prendrez volontiers la peinne d'en découvrir la fauceté à S. M. qui ne desaprouvera pas qu'estant à Smirne je procède à la punition d'une

A ri' KM) le F, aOl

si grande insolonce, après neantmoins que je seray bien informé de touttes les circonstances et de ceux qui l'on commise. Cet excès d'emportement ne refroidira point mon zèle pour le reste de l'entreprise ([ue je continueray avec toutte l'exactitude possible, poussant le bénéfice de ma présence dans tous les endrois aussy loin que je pourray, par la crainte que je donneray d'un costé aux ministres, et par l'ordre i[ue je mettray de l'autre entre les marchans; prenant connoissance de leurs demeslez et pénétrant dans les debtes autant qu'il me sera possible. J'avois toujours ou'i dire qu'il eut esté avantageux qu'un ambassadeur qui sembloit n'estre que pour Constantinople et .Smirne put faire un tour dans les autres lieux, et qu'il suffisoit mesme (]uil y montra son visage. Cette bonne fortunne est arrivée, mais n'estant telle qu'en idée, c'est un crime dans l'exocutiim; mais un crime nouveau qui consiste à faire un voyage de cette naturre a mes despens, hors le deffray des eschelles pendant que j'y séjourne, un crime dont la nouveauté est singulierre, puisqu'elle consiste dans l'exposition de ma personne aux périls de la mer et de la terre. Cet engagement pourtant dans lequel je suis entré, si criminel qu'il soit, n'a point d'autre fondement, à l'exception d'un peu de curiosité qui s'y trouve meslée, que de prouver mon zèle pour le restablissement du commerce et de procurer parce moyen la continuation de votre protection à celuy qui est très respectueusenuMil, Monsieur, etc.

NolNTEL.

Ayant sceu, Monsieur, depuis ma lettre escritle qu'à Smirne on avoit refusé l'acquittement d'une lettre de change de seize cent piastres qu'un Turc m'avoit prestée a mon départ de Naxis. et ipii fait avec ce que j'ay pris sur cette eschelle, sous la déclaration de le rendre, dixhuit mil trois cent livres, je me suis cvù engagi' d'escrire au consul de ce lieu, cl de luy envoyer une ordonnance dont j'espère que vous aurez la bonté de lire les coppies.

M. de yoinle/ à M. dr l'ompoiinr.

A Jérusalem, le 2.'j avril 10"}.

Monsieur,

Le mesme devoir iiui m'a engagé jusques à présent di; vous informer avec exactitude des bonstraittemenls que le» Grecs ont reçeu de mon honestelé, fondez sur l'espérance de les reduirre à une secrette union, m'oblige indispensablement à vous asseurer que l'instabilité, l'ambi-

tion, et la vengeance qui règne absolument entre eux, sont autant d'oppositions invincibles à l'adresse humaine. Tous les restes de leur domination passée consistent dans des artiûces criminelles, et l'usage qu'ils en font est la seulle consolation qu'ils rencontrent dans leur esclavage. C'est, Monsieur, sur ce principe qu"il y a sept Patriarches de Constantinople vivans, et que celuy qui est maintenant réfugié dans mon pallais à Pera n'oubliera rien pour remonter sur le trosne imaginaire de son faste. J'ay desjà eu l'honneur de vous faire part d'une de leurs perfidies, et je puis vous asseurer, qu'ils en commettent tous les jours de si grandes pour se renverser réciproquement, qu'ils sont indignes de toutte protection. C'est la force de la vérité qui arrache cet aveu à l'envie que j'ay toujours eu de les adoucir. Les passe-ports et les recommandations que je leur ay donné ont servy à leurs procurer des passages en Chrestienté, et des aumosnes pour venir dans la Terre Sainte y battre nos religieux à la face des plus sacrez monumens, poussant leurs excès jusques à l'effusion du sang, et à imputer aux autres la mort d'un de leurs caloyers arrivée naturellement. Ils font icy touttes choses tellement dans la confusion, qu'au lieu de la décence qu'ils guardent encore à Constantinople et aux environs dans le service divin, on les voit ne garder presque aucunne mesurre au Saint Sépulcre, où ils permettent que les séculiers suivent leurs processions urlans comme des chiens. Ils conservent leur usurpation du Calvaire, de la pierre de l'onction, et de Betleem, par les secours qu'ils vont mandier en Chrestienté; et leur aveuglement a esté^ si grand, que non contens de ne m'avoir rendu aucun honneur ils ont fait leur possible pour obscurcir celuy que j'ay receu des Turcs. Enfin, Monsieur, je n'ay rien veil de louable dans leur conduitte que la confirmation de touttes les attestations qu'ils m'ont données sur la transsubstantiation du pain et du vin dans le mystère de l'Eucharistie. Mais s'ils font en ce rencontre ce qu'ils doivent, ils ne jouiront pas de l'impunité dans le reste, et je suis, Monsieur, si fort convaincu de vostre justice, qu'assurément vous comtribuerés auprès du Roy au chastiment de ces ingrats, par la privation des aumosnes qu'ils voslent en France, et en procurant que Sa Majesté escrive au Grand Seigneur pour la restitution du Calvaire, de la pierre de l'onction, et de Betleem. C'est l'espérance que j'ay insinuée au Père Vicaire de Terre Sainte qui aura l'honneur de vous rendre cette lettre et qui certainement raeritte vostre protection par luj' mesme quand il ne seroit pas chargé des besoins généraux dont j'ay pris la liberté de vous parler, et quand il n'auroit pas à soustenir ceux de la Nation. Je me persuade que vous voudrés bien adjouter à tant de grâces celle de me croire très invio-

Al'l'KNDICli 303

lablement. et avec tout le respect et la soumission possibles, Monsieur,

teur.

NOIXTEL.

vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur

Monsieur,

.1/. de Sointel à M. de Pompon»!-.

A Seide, ce 28 juin 167i,

Mon despart de Uierusalem, qui fut le septiesme may, ayant esté suivy d'une réception honorable a deux lieux de Kama par le moyen de deux compagnies de cavallerie que le Pacha de daze qui y seiournoit depuis peu avoit envoyé au-devant de moy et qui se disposèrent en plusieurs plottons. je receus la confirmation de cette civilité et les compliments de ce ministre par son Chiaia et les principaux officiers de sa maison qui me conduisirent à l'hospice des religieux de Terre Sainte. Les chiaoux qui les précédoient avec leurs bastons d'argent faisant paroistre beaucoup de peine pour obliger l'abondance de monde qui remplissoitla plaine de s'eslargir suffisament à me laisser le passage un peu plus libre, le Pacha qui me vit passer de sa fenestre ne manqua pas à ma descente de cheval de me resgaller des presens accoustumez de victuailles, ce qui fut soustenu de beaucoup d'honestetés qu'il confirma pleinement lors démon compliment par mon secrétaire et. dans les deux visittes que je lui fis. la première à Rama, et l'autre à Gaza sa capitalle, où il m'avoit fait conduire avec une bannière, ayant désiré que je passasse la nuit dans sa maison de campagne qui en est esloignée d'une demy-heure, et ou il me fist trouver toutte sorte de provisions. Il me regalla encore a la ville dans un des pavillons de ses jardins, d'un grand repas si l'on considère le nombre des plats, mais très meschant par la malpropreté, et l'impossibilité de rien manger, ce qui seroit arrivé sans la preccaution de faire venir trois ou quatre mets de ma cuisinne à l'invitation qu'il m'en fit que je ne manquay pas de prendre au mot. Son accueil ouvert par un visage riant, par la manière de s'avancer à mon abord et par l'embrassade et le baiser qui ne se prattiquent pas ordinairement a l'esgard des chrestiens si qualifiés qu'ils soient, furent des tesmoignages d'amitié qu'il fortifia par tous les autres qu'il put s'imaginer, et particulièrement par des expressions très fortes d'une obéissance aveugle aux ordres du G. S. touchant les nouvelles Capitulations qu'il me promit défaire exécuter à Rama avec toutte la punctualité que je pouvois désirer. De cette généralité je passay au particulier, et après plusieurs esclaircis-

304 LES VOYAGES Dl MAKlJl IS DE NOINTEL

gemens, il fut convenu que Ton prendroit seuUement trois pour cent, que la douane d'or qui monte à dix pour cent du prix de la doùanne ne se leveroit plus, que l'ancorage seroit réduit do ;{3 piastres à cinq, et qu'on cesseroit la levée d'une piastre pour balle qui se prenoit à Jaffa qui est leschelle de Rama. 11 se prend encore en ce lieu-cy un droit exhorbitant. qui de très leuer dans son origine monte k présent à huit pour cent ou environ. Il a esté estably pour la récompense du peseur. et affin peut-estre qu'il fit un meilleur poids au préjudice du vendeur, mais maintenant les acheteurs le payent bien par son augmentation, n'ayant pas esté possible d'obliger le Pacha à s'en désister par touttes les raisons dont j'ay desja eu l'honneur de .vous informer touchant Seyde. L'on a convenu d'attendre les ordres plus précis de la Porte que j'espère obtenir facilemment et qui seront exécutés aussy bien que tout ce qui a esté arresté, pourvu qu'on y tienne la main, ainsy que le sieur de Seiglas Consul est résolu de l'y • tenir. La vigueur est nécessaire, et l'on ne doit pas s'en désister, en croyant trop aux douceurs apparentes de ce Ministre, qui est intéressé par nécessité, à cause du remboursement qu'il est obligé de se procurer des grandes depences aux(juelles il est sujet. Tous les officiers du Caire depuis le Vice-Roy jusques au moindre passant chés luy en allant et retournant, et outre la nourriturre qu'il leur fournit, etgenerallement à tout leur train dans l'estendiie de son Pachalic, les presens qu'il est tenu rie leurs faire montent bien haut. Il regale encorre tous les courriers, qui estant ordinairement des gens qualifiés du serrail selon les causes de leur expédition, ils ne courrent pas à moins qu'à quinse ouseise chevaux, ce que j'ay veu en la personne de celuy qui est a présent jannissaire aga d'Egypte. Et il n'a pas hésité de m'insinuer que celte année luy a esté très difficile jjar le grand nombre de ceux (juc Sa Ilautesse a despeché au Caire. Son grand escuyer a esté un de ceux-là, beaucoup d'autres l'ont suivis, et il en passe continuellement, ce que l'on peut imputter au grand besoin qu'on a de tirer des trouppes de ce Royaume, affin de suppléer aux défailles par les Polonnois. Le passage de Champlan Pacha lui a cousté beaucoup, ce qui le desgousta lorsque j'estois à Gaza de rien donner au Courier qui portoit à ce Seigneur la nouvelle de sa confirmation annuelle dans le Pachalic d'Egypte, cette grande dignité se vendant tous les ans comme les moindres. Il a essuyé de grands frais pour le retour d'Ibraim Pacha du Caire s'en allant à Damas y estre Pacha dont il estmaintenantparty pour l'armée, parce qu'en qualité de Pacha de Gaza il en despend. La politique des Turcs a introduit celte dépendance, affin d'alfaiblir le pouvoir du pacha de Gaze qui est héréditaire,

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el qui estant esloigné de la Porte ptiuroit devenir trop absolue. Celuj qui l'estoit le dernier avoit donné une si grande jalousie par Texcès de sa puissance, et peut estre encorre parla considération qu'il faisoit des cliresliens et le <-ommerce qu'il avoit avec eux, que le deffunt Kiupruly premier Visier, n"ayant pas trouvé Toccasion de se deffaire de lu\-. luy fit l'honneur de le comprendre dans son testament de mort que son fils religieux observateur de ses volontés n'a pas manqué d'accomplir. Car ce malheureux estant venu à Constantinople sous de vains appas fut estranglé à une journée de cette ville. Il estoit aussy Pacha de Ifierusalem et de N'aplouse, ([ue son frère qui est l'un des cent vingt et un voudroit bien avoir pour quitter le Paclialic de Gaze à son neveu fils de Testranglé qui en est l'héritier légitime. Geluycy estoit jeune à la mort de son père, et l'on l'a toujours tenu en bride, et tellement, qu'on peut dire qu'il en est abbruly. Il est néantmoins marié, il peut avoir [un mot omis] ans, et il a tesmoigné qu'il auroit bien souhaitlé de me voir et de me régaller à la campagne sans la crainte de son oncle dont je viens de parler qui gouverne à présent, et qui a plus d'exlérieurque de solidité dont voicy la preuve. Mes complimens qui luy marquoient la considération de sa personne, non seullement par elle mesme. mais par l'avantage si extraordinaire dans l'Empire Otthoman de posséder un gouvernement par succession, n'ont point esté reconnus par autre réplique que de Inchalla, signifiant S'il plaist à Dieu, qu'il accompagnoit d'un rire innocent.

Ce fut aussy inutilement que je fortifiay ma civilité en luy insinuant que sa haute naissance si rare en Turchie et dont quasi luy seul se pouvoit vanter estoit inséparable des grande? vertus qui se rencontroient si rarement dans ceux eslevés par le hasard, lui adjoutt,ant que son gouvernement en establissoit la preuve, et encorre plus celuy du Grand Vizir qui avoit succédé à son père, car toutte sa response consista enu souait réitéré d'une longue vie et de toutte sorte de prospérités premier ministre. Lorsque j'y estois disposé et que les préparatifs s'en avançaient fort, le Cadi de Hierusalem m'escrivit l'ordre qu'il avoit receu du Vizir de me faire voir tous les Lieux Saints et de procurer que sans en visittcr aucuns autres je retournasse à Constantinople: qu'ainsy il me conseilloit de laisser le voyage d'Egypte, et pour m'y engager il m'envoya coppie de la lettre do ce premier ministre. Je n'hésitay jias à me déterminer à prendre ce conseil, mais auparavant de l'exi'cuter, j'expediay le capidjy et mon drogman au Caire, donnant à celuy-cy des lettres pour le Pacha, son Chiaia, le Jannissaire Agaet son Chiaia et pour le sieur de Bonnecorse et les députés de la nation, dont je prens la liberté de vous envoyer coppie affin que si vous avez

la bonté de les lire, vous jugiès de ce que j'aurois fait si j'avois pu soustenir le tout par ma présence.

Cette expédition faitte je pris congé du Pacha de Gaze, après avoir bien considéré sa capitalle : elle est grande, double dont l'une haute, et l'autre basse; elle est sans murailles, ses maisons sont pour la pluspart de terre. Dans la première on voit le chasteau, sans fortifications, mais assez bien basty et fermé, sa construction estant de belles pierres; et àrextréniité delà seconde est une montagne ou l'on prétend que le fort Samson ait transporté les portes de la ville, et l'on croit que leur situation est marquée par deux colonnes qui sont au bas dans un esloignement considérable l'une de l'autre. Il y a quatre mosquées qui paroissent assez belles; tout le pais est agréablement diversifié de plaines et de collines, qui sont bornées par de grandes montagnes, les arbres fruittiers tels que figuiers, grenadiers, abricottiers, figuiers de Pharaon, et d'.Vdam. caroubiers, oliviers, palmiers et autres y sont dans une abondance à faire croire qu'ils composent une forêt.

Les chemins y estant larges, droit> et unis merittent véritablement le nom de Itoyaux, quelques-uns sont bordés de hayes. Les campagnes semblent fertiles par ce qui en est cultivé, l'air y est bon, et mesme tempéré quoy qu'il tire assez sur le chaux, et l'on y a veu tomber il n'y a pas longtemps une gresle prodigieuse. Enfin s'il y avoit seullement quelque ruisseau ou petitte rivière, ce seroit un grand avantage. Il faut pour y suppléer mesnager les fontaines qui sont rares, et avoir principalement recours aux cisternes et aux puids. Le peuple est misérable jusques à estre réduit à demander l'aumosne. et il est aussy difficille (juincoramode de la donner par l'accablement de ceux qui la demandent. Le nombre des villages du Pachalic de Gaza est assez considérable, ce que j'entens et de ceux qui sont fixes, et des ambulatoires. Ceux-ci appartiennent aux Arabes qui logent sous leurs tentes, et les autres font voir les misérables restes de ces anciennes villes des Philistins si renommées dans l'histoire qui a présent peuvent passer tout au plus pour des hameaux; dans la distance qu'il y a de douze lieues de Gaza à Rama, jay veu en venant, et retournant, Jebna, .\ssotto, et Magdalon en plaine terre, et Ascalona sur le bord de la mer. et il reste en ce lieu-cy de grandes ruines qui prouvent la beauté et la longueur du mosie qu'on y avoit eslevé afTin de se mesnager un port sur une coste si difficille.

Celuy de Jafïa ou je me rendis après avoir demeuré deux jours à lUma estoit assez remplis, mais seulement de barques et saiques du pais destinées tant poui- l'enlèvemenl des cotions laine, et filés que

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de la casse et gomme thurique, du savon, et des toisles de cotton de Lida et de Hierusalem, du senne et des cendres. La première marchandise paye onze pour cent de douanne. la seconde douze, la Iroisiesnie cinq, la quatriesnie vingt-deux, lacinquiesmesept, lasixiesme deux et demy, la septiesme un, la huitiesnie n'est sujette à aucun droit le l'acha de Gaze la vendant: et il en est de mesme de la neuviesme quand ce seigneur en est le vendeur, mais lorsqu'elle vient de Naplouse on paye vingt-deux pour cent; le matasson dont je vous ay desja parlé, est d'autant plus rude qu'il se prend pour la mesme marchandise en plusieurs lieux, car les marchans se pourvoyant à Lida despendant d'un moutevely ou à Naplouse l'ancienne Samarie jointe au Pachalic de Hierusalem, ils y payent ce droit, et on les contraint de le payer une autre fois à leur retour à Rama lieu de leur résidence. qui despend de Gaze, aussy bien que .Jaffa. Le traffic qui s'y fait tant par eux, que par les Ho^landois et gens du pais, peut monter environ à cent quarente huit mil trois cent escus par an: cinquante mil se consomment en cottons fllés, dix mile en lainne, autant en cendres de Gaze, huit mille en celles de Naplouse, 500 en casse, sept à huit cent en gomme thurique, trois mile en senne, quarente mil en savon, quatorse mil en toisle de cotton de Lida. et douze mille en celles de cotton de Hierusalem; de ces deux dernières denrées les François prennent environ pour quatre mil piastres qu'ils envoyent en France, le surplus du desbit qui s'en fait montant a plus de vingt-deux mille escus est pour le Caire : les cendres, la casse, le senne, et la gomme thurique, et le cotton filé se consomment aussy par les Francs, mais je ne scais pas au juste ce que nostre nation en retire.

Quand aux cottons en laine, elle n'en acheptepointen cette eschellela, si ce n'est fort rarement, les despences estant excessives, ce qui fait qu'on les transporte à .\cre, et au Caire, et qu'on les fille pour la plus grande partie: elle ne prend pas aussy de savon si ce n'est pour le débitter dans le pais, la distribution s'en faisant en Egypte, à Seyde. en Cbippres, à Satalie. Smirne. Constantinople. et dans l'Archipel.

Les marchandises d'entrée consistent en draps dontilen vient pour six mil piastres, en papier pour mil cinq cent, en amandes pour neuf cent, en estain pour cinq cent, et en plomb pour mile. La première paye deux pour cent de douanne, la seconde et la quatriesme quatre pour cent, la troisiesme neuf, et la cinquiesme quinse; je ne pense pas que nous ayons part au plomb et à l'estain, quant aux autres denrées, je ne scay pas encorre quelle est celle que nous y avons.

Cette instruction si généralle ne m'a contenté que dans l'espérance

308 LES VOV AilES \)V M AliOTIS nr NOIMK I.

d'une pins partii-iiliere et plus en destnil que l'on lu'a ]iromise, et pour laquelle j'ay laissé des mémoires contenant mes demandes, qui mesclairciront exactement de tout le commerce de Rama et de JafTa son eschelle. C'est en cette dernière, qu'ayant recommandé au douannier qui m'ofTroit son service les interests desmarchans, je ni'embarquay après luy avoir laissé deux boujourdis du Pacha de Gaza contenans l'extinction de la douanne d'or et de l'escu pour balle, et la desfence de ])rendre plus d'une seulle douanne sur le pied de trois pour cent, qu'il me promit d'exécuter, aussy bien que le surplus des Capitulations. Estant arrivé le lendemain à Saint Jean d'Acre j'en partis à cheval pour le voyage de Nazareth, ou six heures me conduisirent par un pais fort uny. partie en plaine, partie couvert entre des costeaux qui dura quatre lieues etdemy. Le reste depuis Safoura, qui est la patrie de Saint Joachim. et de Sainte Anne, estant presque tout montueux, Nazareth qui consiste en queèques maisons sur pied et beaucoup de ruinées est situé sur une eminence qui commence à une petite vallée environnée de grandes montagnes dont la (ialilée est assez remplie. J'en ay monté ti'ois, la première a esté celle des béatitudes, la seconde le Tabor, et la troisiesme le précipice d'où les Nazaréens vouloient précipiter le (ils di' Dieu; si la jiremiere et la dernière sont avantagées de la perspective de plusieurs plaines, collines, de la mei- Tibcriade ou lac de (iennezaret, et de beaucoup d'endroits ou la puissance divinne s'est signalé tant dans l'ancien ijuc le nouveau Testament, cumme Cafarnaum. Betsaide, Safet Corrosaim, (ielhoi'. Ilermon, llermonium, Esdrelon. le Jourdain. Nain et Indor, l'autre montagne qui est le Tabor voit non seulement tous ces avantages autour d'elle, que les autres ne peuvent avoir que par parties, mais encorre son eslevation. son agréable figure, sa séparation qui la destache quasi de tout, son grand tour, la quantité de ses arbres, leurs différentes espèces, le nombre de ses plantes, la bonté de son terroir, la fraischeur et la légèreté de son eau, et l'abondance du gibier luy conservent autant de gloire dans la naturre (ju'elle en a eu dans la grâce par la transfiguration de son Créateur, elle commande la (ialilée, l'on en descouvre les provinces qui luy sont voisines, et entre autres laSamarie et la Judée, et enfin elle peut servir en quelque sorte d'un cinquiesme livre de l'Evangile imprimé par Jésus Christ mesme. par Jésus (îlorieux. puis qu'outre la gloire qui luy a esté communiquée, sa hauteur naturelle fait voir audessous d'elle les principaux lieux ou ce Sauveur des âmes a si puissamment travaillé. Je la quittay jiour retourner à Nazaret. ou je receus une lettre du (i. ^■.. me tesmoignant son désir que je retournasse à C.onstanti-

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nople. Elle estoit apparaniment antérieure à celle qu'il avoit escritte au cadis de Uierusalem ; quoy c|u'il en soit ayant jugé à propos de luy faire responce en la manière que vous aurés la bonté de voir par sa coppie, j'expédiaj' le messager que mes droguemansm'avoient envoyé de Constantinople à ce sujet et je me mis en chemin pour Acre.

J'examinay le commerce qui s'y fait en cottons en laine et Olés, en galle, et cendre qui peut monter pour le total chaque année à cinquante-deux ou cinquante-cinq mil piastres qui passent par les mains des Franeois. Ils tirent de la première marchandise huit cent balles qui peuvent valloir 18 mil escus, et de la seconde cinq à six cent de valeur de seise mile piastres, à raison de vingt piastres le quintal pour le cotton en laine, qui monte quelquefois à 27 ou 28 escus. le meilleur, celuy qui est le plus bas n'en dépassant pas quinse ou seise. et sur le pied de :î5 à 38, de 40 à 45 piastres le quintal ]iour les deux sortes de cottons filés. Les frais de la douanne de ces denrées sont de dis et seise pour cent, et de six un tiers, et de cinq et plus. ce qui se connoit par rapport au prix de l'achapt, la douanne estant fixée ci-devant pour les cottons en laine a deux piastres dereaux le quintal, et pour les autres à deux piastres et demye.

Le pais ne fournit des galles que deux ans en deux ans, ce qui se difTère quelque fois Jusques à trois années, et la quantité qu'on en tire ne passe pas ordinairement deux cent ou trois cent quintaux qui a vingt-deux piastres le quintal montent à 4. .500 escus.

Les cendres qui sont la pierre d'aymant du négoce de Seyde a cause du grand jirolTit que l'on en tire, et très facilement puisqu'elles servent de lest aux bastimens, se négotient touttes à Acre, et quoyqu'elles soient du second rang, celles de Tripoly que les Vénitiens enlèvent estant les premières, on ne laisse pas d'avoir un grand empressement pour leur recherche. La plante ou herbe nommée roquette qui les produit se brusle à la lin de juin en sorte qu'estant arrachée et posée en monceaux dans des trous en terre on y met le feu duquel estant consommée, les cendres qui en sont sorties ne se trouvent pas entièrement reduittes au moyen.de la plus grande humidité de quelques unes des plantes, d'où vient que se calcinant ensemble elles demeurent attachées en forme de rocher. L'année passée on en lit trois mil quatre cent quintaux, faisant seise mil piastres sur le pied de cinq piastres le quintal, non compris un tiers de piastre qui se paye à un Lmir par quintal de ce qui en passe dans son pais, et qui peut monter a deux mil deux cent quintaux.

Cette denrée s'apporte sur des chameaux au nombre de sept et huit cent de 300 et de moins chasque fois, dans le mois de juillet, aouf»

et septembre; et elle est si estimée que l'on a fait des loix pour sa distribution qui s'observent exactement.

Les seulles voisles françoises qui se trouvent dans le port d'Acre lorsqu'elle arrive, en emportent la moitié, soit qu'il n'y en ait qu'une ou plusieurs, ce qui se distribue esgallement entre elles au dernier cas, et elles ne prennent rien à ce qui estoit desja receu lorsqu'elles ont mouillé, l'autre moitié appartient aux marchans résidens actuellement dans l'eschelle d'Acre lorsque cette marchandise est venue, et elle se divise entre eux par égalité sur des billets qui ne sont que pour l'ordre de la recevoir, chacun en prenant le poids qui a esté assigné suivant le nombre de chameaux, ce qui s'execulte en présence d'un controlleur; et s'il en reste de plus que ce qui a été preveu, il s'en fait un autre partage a tous, et tout de mesme, s'il se trouvoit que la moitié de la charge des chameaux appartenante aux bastimens fut plus pesante que l'autre ils en tiendroient compte; on fait aussy raison du moins qui se pouroit rencontrer, et l'on va jusques a cette exactitude, qu'entre les négotians les deux frères n'ont qu'une part aussy bien que le père et le flls; enfin la douanne que l'on paye qui est de trois quarts de piastres de reaux pour quintal, va a quinse pour cent. Les François emportent presque tout, tant pour la raison que leurs seuls bastimens y ont droit, (jue pour n'y avoir a Acre qu'un agent vénitien et un hollandois.

Ces cendres servent à faire le savon de Marseille, et le guain qu'elles produisent suivant l'asseurance qu'on m'en a donnée, en cas de desbit n'est pas moins de 30. 00, et 75 pour cent; celuy sur les cotions en laines, et sur les filés de quinse a seise; l'on gagne 16 a 18 sur les galles, et cent pour cent sur le jus de scamonée; c'est une herbe que les Arabes ayant recueillie sur le mont Carmel pressent dans leurs mains et en font couler le suc dans une petite vessie de cuir ou estant comme congelé, et assez espois. ils le vendent en mesme temps parce qu'il est plus pesant; on l'achepte cinq ou six escus larotte, qui fait cinq livres à 16 onces, mais il ne s'en vend que 60 ou 70 rottes tous les ans.

Il faut remarquer que cent de ces rottes font le quintal le plus generallcment receu de cette coste de Sirie et pais voisins, et que pour ce suiect il se nomes damasquin, l'on n'en connoit point d'autre à Seyde pour toutte sorte de marchandise, ny dans Acre à l'esgard du cotton filé; pour celuy en laine, les cendres et les galles, on les règle sur le quintal alebi pesant aussy cent rottes. mais chasque rotte est de cinq livres et trois quarts.

Il est aisé de voir que la douanne d'Acre diminuera notablement;

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l'on fait mesme estât en général, que de six mil piastres que le douannier retiroit, il faudra qu'il se réduise à douze cent.

Outre la douanne dor qui ne se prendra plus, et la réduction de Tancorage, l'on n"v a jamais levé le matassou; et ainsy. si le négoce y estoit plus grand on y pourroit trouver quelqu'avantage considérable. Les marchandises d'entrée consistent seullement en soixante ou septante pièces de gros drap rouge de France, qui se vend une piastre un quart le pic, faisant un peu plus d'une demye haune. et que l'on fait entrer en payement du coton filé quelquefois pour moitié, et aussy pour les deux tiers, les niarchans de Naplouse seuls vendeurs de celuy-cy estant bien aise de se pourvoir de cette estolTe. car il en font des bonnets et des bas aux Arabes dont la plupart néantmoins tient les jambes nues. Voilà ce que j'ay pu démêler de l'interest de nostre nation à St-Jean d'Acre, ou les estrangers prennent peu de part aux cendres; l'agent vénitien qui reconnoist en ce qui est de l'honneur le vice-consul françois, et le consul de Seyde son supérieur, it qui pour l'utile est soumis au consul de la République à Tripoly. exjtédiera peut estre deux ou trois voisles de Venise par année, les chargeant de quatre à cinq et jusques six cent balles de cotton en laine en tout.

Leur leste se prend des cendres de Tripoly, qui valent dix escus le quintal, dont le poids de cent rottes fait huit cent trente livres de Marseille, chaque rotte pesant huit livres et un tiers.

C'est de cette niatierre que l'on luit le christail de Venise, et par conséquent l'empressement pour en avoir, et l'adresse du Pacha à l'enchérir ne doivent point surprendre. Juste Vanec, grand négociant natif d'Envers, et estably à Venise, est quasi le maistre de ce négoce qu'il tasche de s'attribuer entièrement parle moyen de trois ou quatre gros vaisseaux qui lui appartiennent, et (jui viennent à Tripoly. Acre et Jafîa. Le consul de Venise de ce premier lieu despend de luy et est Hollandois de naissance, et Simon Thimermam (jui réside au dernier pour les Hollandois est son correspondant. Ccluy-cy qui est associé avec Martin Meyere Consul de France, d'Angleterre et d'Hollande à Tripoly, et qui en despend, est un homme d'intelligence, ce fpii luy a attiré beaucoup (leprattir[ue; et il n'en faut pas une meilleure preuve, que d'avoir gagné en quatre ans, quarante, ou cinquante mil livres en commissions, sans comprendre son négoce particulier qui est grand, puisqu'il traffique en son nom à Marseille, Venise, et mesme à Ligourne, ou il expédia l'année passée un vaisseau anglais après avoii' chargé dessus à .\cre deux cent sacs de cendres, cent balles de cotton et pris le reste du chargement à Tripoly.

n est celuy des marchans de Hania ou il réside ordinairement qui

:Ui LES VOYACES 1)1 M ABOLIS DK .\0 INTEL

fait le plus grand négoce des cendres de Gaza, qui sont au troisiesme rang, principalement par la raison qu'elles sont sallées^ l'herbe dont on les fait croissant sur le bord de la mer. Il les achette du Pacha, et a présent il en a provision dans son magasin de cinq mil quintaux. Ce seigneur qui les lui a vendues en desbitte tous les ans deux mil quintaux et plus, à sept, huit et quelquefois dix piastres le quintal, qui fait cent rottes dont chacune pesé sept livres et demy, à seize onces et quoy qu'il ne soit pas payé tout en argent, une partie du payement se faisant en londrine, et (luinquaillerie, les negotians ne laissent pas d'eslre quasi toujours en avance auprès de luy d'assez grandes sommes. Il doit à un Franrois mil six cent escus et à Timermam trois mil. Comme il est le maistre de la doûanne il ne la prend point des cendres, mais aussy il en tire davantage. Il en est de mesme du Pacha de Tripoly. lequel en vend tous les ans pour vingt cinq, vingt sept, jusques à trente mil piastres. Il a l'avantage de la concurrence des acheteurs qui s'eschauffent d'eux-mesmes quand il nauroit pas l'adresse d'exciter en eux la chaleur de l'achapt. Ce qui s'est veu l'année passée en la personne d'un nommé Conty simple marchand vénitien, qui eut la hardiesse, affîn de satisfaire sa passion, de prendre dix sept cent quintaux de cendres dont il fit le payement en deniers et denrées. L'on tient néantmoins pour certain que ce party estant au-dessus de ses forces l'eut ruiné sans la conjoncturre d'un grand bastiment françois commandé par Biaise -Marin qui s'estant chargé de ces dix sept cent quintaux de cendres, prolïitta tellement de la déclaration i\e la guerre d'Espagne contre la France qui faisoit cesser le transport de celles d'Alicante à Marseille, que les y ayant portées, il s'y est fait )Q guain considérable. Le capitaine Serry Franfois y en transporta encorre cinq cents quintaux qu'il avoit eu de Martin Meyerre, et ainsi il ne resta de marchandises pour Venise que cinq cent quintaux qui furent chargés par le Consul Vénitien à Tripoly sur la Sainte Justine de Juste A'anec. Ce commerce en France de cette sorte de cendres qui sont les meilleures, et qui pouvoient par leur grande quantité suppléer et au-delà à celles d'Alicante que l'on a coustume de mesler à celles d'.\cre, a esté cause que nos marchans hésitèrent l'année passée de se pourvoir de tout ce qui se présenta de celles-cj', craignant comme infi'rieures aux autres de n'en pas trouver le débit à Marseille. Et ainsi outre les trois mil trois cent quintaux que ceux d'Acre achetèrent, ils l'U refusèrent mil autres. On les transporta à Jafra, où quatre cent ayant été pris pour le savon du pais un marchand françois de Rama ■se pourveut des six cent restans, espérant d'y trouver son compte selon l'occasion. On se persuade néantmoins que Biaise .Marin retour-

AI'l'KMiICK 313

nera encore à Tripoly où Conty luy preparre des cendres estant attiré par le dernier iruain, et encorre pur le désir de nuire au ronsul vénitien, et à Jlartin Meyere qui a les consulas de France, d'Angleterre, et d'Hollande, qu'il tient des consuls d'Alep, et (|ui pourra bien tous les ans trafliquer au prollit des Anglois pour douse, ou quinse mil piastres de soyes, qu'il envoyé de Tripol}- en Alep parterre, encorre qu'il put les faire passer par mer en Alexandrette.

Ily aencorre dautres cendres reputtées les moindres, qui viennent des villages aux environs de Damas; elles appartiennent à des Sorbagis et spahis pour leurs Tliiinar, et ils en l'ont le débit cliaque année par le moyen du marché qu'en fait avec eux un marchant vénitien résident à Barrut. ou ils sont obligés de les envoyer sur des bouriques ou mulets à cause de la diiliculté des chemins et non sur des chameaux comme touttes les autres. II s'en |)cut charger environ tous les ans se|it à huit cent sacs. i|ueIi|ui'l'ois |iltis. i|ut'lquefois moins, ce qui se fait sur un ou deux vaisseaux vénitiens (jui abordent à cette eschelle; mais lors<iuMl n'y en vient point, l'on est obligé de les envoyer a Chyppres sur de petites barques ou elles servent de leste aux bastimens de Venise, car on ne les achette que pour eux, en sorte qu'estant venu eux mesmes les charger, ils nHournent en cette isle y achever leur chargement. Elles se vendent trois ou quatie piastres le quintal de cent rottes. ainsy que tous les autres, mais chasque rolte est de cinq livres et clemy à Ki onces, la dilTerence de la valleur plus ou moins peut venir non seullement de l'encherre des marchans. mais encorre de la plus grande ou moindre quantitT' d'argent qui entre dans le prix, en sorte que l'acheteur y faisant entrer plus de marchandises comme draps, satins et quinijuaille il les achepte plus chèrement; ce qui s'entend de la première main, car la revente est toujours en deniers coniptans. Ces cendres ayant passé à Marseille y ont esté rebuttées pour estre très mauvaises, ainsy les Vénitiens en profittent entièrement, payant un quart de piastre de reaux par quintal pour la Doûanne et de plus une piastre de Matassou qui monte bien haut. Ce que j'ay touché du commerce des estrangers n'estant que par occasion, et à cause de la relation que nous y avons et qu'ils ont avec nous, il faut scavoir pour achever ce qui nous concerne, que l'eschelle de Rame qui est située entre Jafl'a son port, et Hierusalem estant esloignée di> ceile-cy de dix liei'ies, et de l'autre de trois prend la matière de son tralhc dans la Palestine, la Samarie et la Judée, et elle s'en descharge, ou par les bastimens qui viennent rarement à .lafTa ou ils ne peuvent demeurer qu'en certains mois de l'esté, ou par île petittes barques qu'elle envoyé droit à

3a LES VOYAGES DU MARQUIS DE NOINTEL

Seyde dont le trajet n'est que de six vingt mile. Acre qui est dans le milieu, à dix mil près, et sur le bord de la mer contient un nombre plus cosidérable de marchans, et un Vice consul suivant que je l'ay remarqué, et ils tirent leurs négoce de la plaine d'Acre, et de la Galilée et tant ceux d'Acre que de Rame reçoivent leurs commissions par les bastimens chargés pour Seyde. soit directement des marchands de Marseille, ou de Seyde; ce qui ne les empesche pas de négotier aussy mais rarement sur les voisles des autres nations, suivant l'occasion favorable qu'ils en trouvent: tout de mesme que les étrangers négotient sur les nostres.

Il n'y a proprement que les Vénitiens que l'on puisse designer sous ce nom, puisque les Ilollandois qui se meslent de ce tralTic sont establis à Venise, ce qui n'empesche pas qu'il n'y ait à Acre deux agents pour les deux. Quant aux Anglois. il n'y en vient plus depuis que quelquesuns s'y estant establis s'y sont endebtez. et ont esté contraints d'abandonner. A Rama il n'y a que Thimermam. C'est là toute la connoissance que j'ay pu tirer des eschelles de Rama, et d'Acre, dont la discussion peut faire connoistre la plus grande partie du négoce de Seyde; cette eschelle commande aux deux autres, et outre ce qu'elle en tire pour le chargement, elle fournit d'elle mesme aux voisles presque tout le cotton filé qui peut monter chasque année à deux mil balles. Il y en a de trois façons, les fins première sorte sont de cent dix piastres le quintal, les fins ordinaires de TU et de ceux la on en tire le plus grossier que l'on joint avec le moyen qui est la troisième sorte, et on l'achepte 50 piastres le quintal. Celuy-cy se met dans la balle tel qu'il se trouve, les deux autres se mettent aussy chacun dans la leur, mais de telle manière que le tiers de l'ouverture est le plus fin. le milieu un peu plus gros, et au fond est le dernier tiers peu dill'erend de celuy qui le précède; chaque naturre de ces deux coltons n'estant pas si egalle en soy qu'il ne s'y trouve toujours ces trois différences, et la distinction s'en faisant seulement pour la satisfaction et commodité du marchand acheteur, quant au poids des balles, il y en a de cini|uante rottes, pesantes deux cent cinquante livres, les autres sont de soixante, et les derniers de soixante et dix, ce qui se pratique pour la commodité du transport ou par mer, ou par terre de Marseille d'où l'on fait passer cette marchandise en Guienne, Piémont. Lion, et Suisse. Il se i)eut dépencer pour son achapt à Seyde tous les ans environ soixante et quinse mil piastres. Enfin le total de son commerce et de ses dépendances Acre et Rama, poura consommer cent cinquante mil escus tous les ans argent comptant, outre seise mil en dras de Languedoc, et de Marseille, et six mil en papier

APPENDICE Ma

servant seuUement aux droguistes de Damas d"ou l'on tire environ quatre cent pièces de toiles de cotton blanciies, et blei'ies. appellées d'Amant, à cause que la fabrique est venue de la ville de ce nom, esloignée de Tripoly de Sirie de deux journées. Elles ont de large quatre pans, et cinquante six de long, et sont de difTerentes finesses, ce qui en rend le prix différend, en sorte que les moindres sont de quatre piastres la pièce, et les plus chères de cinq a six. ce qui s'en achette tous les ans monte à environ deux mil. ou deux mil cinq cent escus : et le tout passe à Marseille et aux principalles villes et villages de la Provence, ou Ton l'employé en draps de lit, chemises et tabliers, et il ne se fait point de mariage sans en mettre parmy les meubles une ou deux pièces.

Le commerce de Seyde estoit autrefois très considérable par ses soyes, pour lesquelles on dépencoit jusques à cinq, et six cent mil piastres, les voisles y apportant au nombre de deux, ou trois, soixante, soixante et dix. et six vingt mil escus. dans le mois de juin, parce que l'ouverture du poids de cette marchandise se fait huit jours après la Saint Jean. 11 venoit encorre des bastiuiens en octobre, et novembre aussy dans la mesme quantité, qui pouvoient avoir trente à quarente mil piastres chacun, et qui se chargoient de la récolte de cette denrée qui se nommoit de l'arriére saison : a présent il m- s'en deijitte pas une once. Le traffic de la cendre et des cottons qui lors de celuy des soyes estoit peu de chose luy a succédé, mais l'un et l'autre sont infiniment au dessous, et c'est ce qui a diminué le nombre des marchans, car au lieu de trente qu'il y en avait à Seyde, il n'y en a maintenant que treise ou quatorse, et encorre les voisles ne sont adressées qu'à trois ou quatre, le reste chargeant à son compte, ou par commission. Il en est de mesme de Rama, le nombre de sept ou huit qui y résidoient estant réduit à trois. Quant à Acre, il est augmenté de sept ou huit qui y residoient, seulement jusques à dix ou douse. mais lors de la récolte des cendres il augmante jusques a vingt six. Ceux de Seyde y venant, ou y envoyant àce sujetce qui n'est pas une augmentation du gênerai, les voisles qui suffisent à tout ce négoce sont au nombre de dix ou douse vaisseaux polacres, et barques, qui arrivent dans tous les mois de l'année. Les premiers chargent ordinairement de quatre à cinq, et six cent sacs de cendres, et de cent vingt cinq et cent trente balles de cotton en laine, chasque balle de six cent livres de Provence; et de (juatre cent à quatre cent cinquante balles de fliii', et de deux quintaux de casse, et dé cjuatre ou cin(| de senne.

La charge des secondes peut esfre de deux cent, à deux cent cinquante sacs de cendres, de quarante huit ou cinquante balles de

316 LES V0VA(;ES m MAHOTIS de XOINTEL

cottons en laine, et de trois cent ou trois cent vingt balles de fille, et quelquefois de deux quintaux de casse, et de senne, ce qui -^'entend despolacres ordinaires, y en avant qui prennent autant de leste et de cotton fillé que les vaisseaux.

Les barques peuvent emporter deux cent trente à quarante, et cinquante sacs de cendres, vingt balles de cottons en laines, et deux cent quatre vingt ou trois cent balles de filé.

Moins ces bastimens ont de leste en cendres, plus ils peuvent enlever de marchandises, et ordinairement des douze cy-dessus, il yen aura sept à huit vaisseaux, deux ou trois polacres, et deux barques, et presque toujours il s'en trouve deux des premiers à Acre, lors de la récolte des Cendres.

Les voisles qui viendront a présent trouveront dans Acre environ 300 sacs de cendres vieilles. 4oO balles de cotton en laine, 80 de filé, et a Seyde mil autre balles de cotton aiissy filé.

Il faut remarquer à l'esgard de cette dernière marchandise qu'il s en fait de si lins, qu'à Uama il en a esté vendu jusques a 250 piastres le quintal, et il y en a de Damas qui monte jusques à trois cent et mesme à cinq cent escus. mais il ne s'en débitte que par curiosité.

L on m'a asseuré qu'une Indienne à.\cre en travailloitd'une finesse surprenante; pour ce sujet elle tenoit l'ongle du pouce gauche long prodigieusement et un trou presquimperceptible fait dans cette longueur luy servûit à passer la laine du cotton qui estoit dans sa main gauche d.; la grosseur d'un œuf, et si bien battu, que les filainmens en paroissoient aussy déliés que des atomes; son mesme ongle estoit percé en deux autres endroits, mais les ouvertures en estant un peu plus grandes, le cotton qui y passoit et qu'elle filoit de l'autre main ne produisoit pas un fil si fin; quand l'on desiroit de la faire travailler, elle montroit ces trous, et suivant la volonté de se servir du plus estroit, ou des plus larges, il la falloit payer plus ou moins chèrement.

Je crois, .Monsieur, vous avoir expliqué le principal du commerce qui se fait sur les costes de Sirie. et de Palestine, dans l'étendue de 200 mil depuis Tripoly jusques à Jafia. ce qui comprend Testât présent de l'eschelle de Seyde, sans néanmoins que j'aye rien touché des droits que cette ville paye en son particulier, ayant desja eu l'honneur de vous en informer. Vous aurés veu le grand soulagement quelle peut espérer des nouvelles cai)itiilations que je n'ay pas manqué de porter à son nouveau l'acha diMix jciurs après mon retour. Elles ont esté lues en ]ilain Divan, aussy bien que le commandement

ai'I'i;mii(;i: 317

pour la cassation des trois cent piastres qui se prenoienl lous les ans au subject de la permission tle se pourvoir du Glu de li.irrut. quoy qu"on eut eessé d'en prendre, et encorre qu'en |>renant de cette marchandise on ne fui obligé qu'au payement de son prix ordinaire. Le cadis a assisté à cette lecturre avec les principaux de la loy, et on la fit après mon compliment, par lequel je congralulay le l'aclia sur sa dignité, et sur l'occasion que j'allois luy donner de prouver s.-. ''efTerence, et sa soumission aux ordres de la Porte.

Lorsqu'on eut liny de lire, je repris la paroUe, affin d'insinuer à ce Ministre la forte considération de Sa Hautesse pour Sa Majesté, luy en parlant comme d'une chose qui luy estoit très conniie par la pratique du serrait, et qui devoit estre plus publique que jamais, par le renouvellement de l'alliance, dans lequel outre la qualité de Padicha qui se continuoit quoyque les autres Princes ne fussent traités que deKral. on forlifioit l'ancienne amitié par la justice que Sa Hautesse y rendoit aux negotians françois; il voulut inutilement répliquer que c'estoit une grâce très dommageable à son Empereur, puisqu'elle apportoit à ses finances une diminution de deux mil bourses, car sans convenir d'une telle exagération, j'insistay en luy prouvant qu'il viendroit doresnavant beaucoup plus de bastimens, au lieu que sans ce secours si légitime, le commerce estoit perdu, et particulièrement celuy de Seyde. .l'en pris occasion de luy dire que les avanies, et mauvais traillemens desPaclias ses prédécesseurs, et le grand et injuste droit du poids de la soye avoit fait périr le tralfic de cette marchandise pour laquelle on apportoit autrefois jus([ues à cin(j, et six cent mil piastres, et que certainement le négoce des autres denrées auroit aussy manqué, s'il n'y eut esté pourveu; et qu'enfin la volonté du Grand Seigneur estant exécutée, je prevoyois un restablissement solide, et mesme que l'ancien commerce retourneroit. Il me tesmoigna que ce grand avantage n'arriveroit pas de son temps; et quoyqu'il fit son possible pour changer la niattiere de l'entretien, je la conlinuay l'asseurant des parolles que le Grand Vizir m'avoit données au nom de Sa Hautesse, de trouver partout de la part de tous les ministres une prompte obéissance à ses ordres impériaux, ou que la punition exemplaire de ceux qui y contreviendroient seroit iiifallible, et j'adjoutay que je ne manquerois pas d'informer la Porte de ce qui se passeroit suivant la prière que m'en avoit faitte le Vizir. Le Pacha m'ayant promis plus tost pour rompre cette conversation qu'autrement, qu'on obéiroit exactement, je Uiy representay qu'estant bien instruit du contenu des capitulations dont je traittois la conclusion depuis trois ans, je pouvois luy certifier qu'à l'esgart de Seyde les

318 LES VOYAGES DU MAliOlIS DE NdlMEL

principaux articles consistoient dans la réduction de la doûanne à trois pour cent, dans la confirmation du point qui defTend d'en prendre plu< d'une dans TEnipire Ottliouian. dans la suppression de celle d'or, dans la nécessité de prendre des niarchans les monoyes courrantes et au mesnie pied que le Grand Seigneur les reçoit, sans qu'il fut libre de les augmenter, ou diminuer ce qui appartenoit spécialement à Sa Hautesse ; dans l'obligation de reduirre l'ancorage à quatre escus. dans la cessation d'exiger cinq cent piastres par an pour les esglises, et trois cent pour Barrut, et dans l'extinction du droit de Matassou. Que la discution de cette mattiere s'estant passée avec le Grand Visir qui estoit au dessus de la surprise, je ne douttois pas qu'il ne contribuast à la satisfaction que je me promettois. Sa responce fut que ce grand Ministre ne s'estoit pas amusé sur un chef tel que celuy des cinq cent piastres des esglises, touchant lesquelles on avoit seulement permis les anciennes. Ma réplique ayant esté qu'il y avoit plusieurs articles sur ce suject dont l'un concernoit les églises d'antiquité, et l'autre celles de chasque eschelle pour les négotians, et que le A'izir qui avoit traitté et conclu le tout en scauroit bien procurer l'exécution, le Pacha demanda l'explication de ce qui regardoit Barrut et tesmoignant apiirouver le juste remède que l'autorité de la Porte y apportoit, il promit d'un visage rechigné, d'un ton chagrin, et d'un geste de tout son corps entièrement composé, qu'il liroit les capitulations, affin de mieux connoistre les intentions Impériales. Je luy dit qu'elles estoient clairement expliquées, en faveur de nostre Religion, et du négoce, et je les mis entre les mains du Cadi, affin qu'il eut à les enregistrer. Le reste de la conversation se passa en termes généraux sur mon pellerinagede llierusalem et dans les régals des boissons, et parfuns, après lesquels je me retiray faisant avertir cette beste brutte, que s'il manquoit une autre fois à me rendre ce ipi'il me devoit je scaurois bien quel party prendre.

Les autres conférences tenues avec luy ont fait connoistre son humeur noire, et difficille. et particulièrement le peu d'asseurance à prendre en ce qu'il avanceoit, puisque s'estant engagé de se lever lorsque le Sieur Consul se leveroit, et n'en faisant rien, il l'obligea de se rasseoir, et de luy parler si fortement, et mesme avec menaces, que corrigeant ses fautes passées il se leva en mesme temps que l'autre se levoit pour la seconde fois.

Son instabilité a encore parru sur le fait de Barrut qu'il s'est ravisé depuis la première visitte de révoquer en doutte, insinuant qu'il feroit la grâce d'en surseoir la levée durant deux mois, pendant lesquels on pouroit obtenir un commandement, comme si celuy desja

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obtenu, niesmo par exuperance, ne suffisoit pas; il vouloil user de la mesme suspension touchant les églises, el il a prétendu recevoir les piastres sevillanes sur le pied desaslanis quoy (piMl doive par les capitulations admettre Tune et l'autre espèce, et telle autre qui court de la mesme façon qu'il les donne au Grand Seigneur, c'est à dire la première à dix pour cent plus que la seconde. Il s"est aussy montré inflexible à la suppression du droit de matassou, qui emporte un et demy pour cent de tout ce qui s'achette, ou se vend, et de celuy du poids qui consomme une piastre et demy par quintal de ce qui se pesé, sans voulloir entrer en considération qu'on ne peut prendre que trois pour cent par les capitulations, que l'exaction dont est question ayant lieu, on en preiulroit plu? de onze, et que tel autre droit qu'on a voulu autlioriserest restraint à Constantinople et à (îalata,qu'ainsy n'estant fait mention d'aucun extraordinaire pour Seyde, on ne peut en exiger. Son opiniaslreté m'ayant fait songer aux moyens d'acheminer l'exécution des capitulations sans neantmoins blesser les avantages quelles nous donnent, on a proposé de tenir la levée du matassou en surseance ou que le Pacha donneroit un bouourdy, ordonnant que ce qui en reviendroit seroit desduit sur les premières Douannes après que le Grand Seigneur se seroit déclaré nettement pour sa suppression, ou qu'enfin jusques en ce temps là, ou de sa confirmation l'on metteroit les deniers dans une boette buUée entre les mains de l'officier de la justice, affin d'eslre ensuite délivrés à qui il appartiendroit. .le croyois que l'un de ci'S expediens seroit gousté parle Pacha, ce qui m'obligeoit de ('onsentir en quelque sorte à sa proposition de faire paroistre au public qu'il ne tiendroit compte pour la plus valliie des piastres de reaux que de cinq pour cent, en indemnisant secrettement des cinq autres. .J'aurois aussy passé l'engagement de procurer des commandemens touchant les églises, el Barrut. Mais voyant qu'en me relaschant j'augmentois les difficultés de cet homme si desraisonnable, qui refusoit une asseurance touchant l'indemnité secretle des monoyes. qui vouloit exiger le matassou sans aucune seureté pour nous, ny démonstration de notre resistence, et qui pretendoit qu'après deux mois ne paroissant point d'ordre de la Porte, il pouroit prendre les cinq cent piastres des églises, et les trois cent de Barrut, il ne m'en a pas fallu davantage pour pénétrer dans l'avarice qui le faisoit agir, et ne l'obligeoit à former tous ces obstacles que dans la croyance de faire acheter chèrement, et à prix d'argent sa bonne humeur. J'ay aussy eu lieu de croire que tous ces points estant réglés, il se desdiroit des autres; et enfin j'ay considéré, qu'avec les Turcs il ne falloit pas hésitter sur un droit acquis, et que peut cstre ce seroit passer

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pour ridiculle à la l'oite d'y sollicitter des commandemens sur des choses si clairement desduiltes dans les capitulations. La vigueur m'a encorre paru nécessaire, et elle a fondé la lettre que j'ay escritte au Cadis, par laquelle je luy demande par l'interposition de sa justice et de son autorité un Bouiourdy du Pacha pour l'exécution des principaux chefs, consentant à l'esçard du Matassou à sa consignation dans une boette bullée entre les mains de l'olficier de la justice, et à faute de me satisfaire dans tous ces articles, je le somme de maccorder un acte du retïus, luy déclarant que je feray cesser le commerce. C'est en gros le contenu de ma sommation que vous trouvères plus estentliie. et un peu motivée si vous avés la bonté d'en lire la coppie.

Le l'acha en ayant eu communication n'a pas désisté de snn injustice, et le Cadi estant obligé de partir promptement pour Tripoly m'a fait promettre que si le Pacha conliniioit dans sa résistance, il m'en donneroit en ce lieu là tel acte justificatif que j'en pourois désirer.

La suspension et cessation du commerce est icy un remède fort efficace, d'autant qu'il n'y a que des François, et qu'ainsy elle attire le mécontentement du peuple du dehors, et delà ville, qui vit de noslre argent, et qui ne sçaumit manquer à estre pour nous, voyant que nous sommes contraints d'en user de la sorte par l'inobeissance aux ordres du tirand Seigneur de la part du i'acha. Je ne doutte donc point que celui cy ne se trouve forlembarassé quand il verra les vendeuses de cotton à la porte de son pallais dont les marchans luy procurent la vernie en cessant d'achepter d'elles. Us me paroissent tous si bien unis, et si destachés des petits interests particuliers qui pourroient leurs rendre cette vigueur désagréable, qu'ils peuvent servir d'exemple à la conduitte de ceux des autres eschelles, ce qui est un effect. et de leur inclination naturelle autant que je l'ay pu connoistre, et particulièrement de la juste auctorité que leur Consul s'est acquise sur leurs esprits, aussy bien que sur les Turcs.

N'ayant pas eu moyen de fléchir le Pacha, il a fallu, après luy avoir envoyé un escrit compris à peu près dans les termes de celuy du Cadi, en venir au remède prémédité dont l'application s'est faitte en vertu de l'ordonnance que j'en ay dressée en la manière que vous le verres; et laquelle ayant esté affichée a trouvé l'obéissance qui luy est deiie. Les femmes ne voyant point d'acheteurs, s'en allèrent à la porte du Pallais. ou se faisant entendre par leurs cris, on leur promit de leur fournir des marchans. ce qui fut exécuté par quelques Juifs envoyés avec de l'argent de la part du Pacha. Il se lassera bientost de ce mestier, et pour luy oster l'espérance les affaires estant raccommodées de revendre sa marchandise, il y a eu une seconde ordonnance

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