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sittent pas de déclarer qu'il avoit abbaissé une partie de ses mats pour mettre en estât suivant l'usage les machines propres à l'eslevation du mats du vaisseau marchand, d'où ils concluent que ce vaisseau de guerre estoit hors de moyen de mettre à la voisle, et de suivre les Espagnols; ils soutiennent aussy son impuissance de combattre à cause de la confusion que tous ces incidens luy causoient, et après la considération, qu'il n'auroitfait que s'exposer, et eritraisner dans une perte commune avec les François, les Anglois qui estoient fort riches, se trouvant quasi hors d'espérance de la victoire pour n'estre monté que de 44 canons au lieu de 30 qu'avoit l'amiral majorquin; ils se renferment dans l'accusation qu'ils forment contre Mataillan. ils lui reprochent d'estre la cause de sa perte faute d'avoir exécuté ce qu'il avoit promis.
La contradiction de ce discours est manifeste par la promesse de protéger, et l'impuissance d'en venir aux elfecls: celle-cy ne s'accorde pas avec la fiei'té des Anglois, et il est dillicille de la croire telle ruse dont on veuille la prétexter. C'en est une fort mauvaise à un capitaine de guerre que d'alléguer d'avoir abbattu l'un de ses mats pour ajuster les machines nécessaires à relever l'arbre d'un bastiment marchand, quand il y a un autre marchand de la mesmc nation qui peut rendre le mesme service, et puisqu'en tout cas il vaut mieux prendre une barque du pais pour cet usage, un vaisseau destiné à protéger ne pouvant jamais sans crime se mettre hoi's d'estat de delfence; mais ce qui le doit convaincre encore plus c'est qu'en moins d'un quart d'iieure il pouvoit se remonter. U est aussy surprenant qu'après une protection promise on laisse approcher celuy contre lequel elle est accordée, de son ennemy, qu'on luy permette de mouiller auprès de luy, ce qui ne peut avoir esté que dans le dessein de luy faciliter sa prise la nuit, se procurant par là un prétexte de ne l'avoir pu deffendre, ou d'en tirer un autre de quelque incident qui ne peut pas manquer de survenir d'un tel voisinage. Je ne conçois pas comment r.Vnglois pourra accorder l'honneur de sa bannière avec la nécessité par le François de ne point tirer qu'après luy. Ce meschant raisonnement n'est pas de mise dans un tel rencontre. On ne se doit point picquer de l'inexécution de l'ordre donné à un marchand quand il a juste suject d'entrer en delliance lorsque peut estre il n'a tiré que pour saluer-. Et je tiens pour certain, que supposé qu'il eût fait davantage, la gloire d un pavillon tel que celuy d'.\ngleterre doit l'emporter sur une pareille subtilité.
Le capitaine .\nglois devoil commancer par l'observation de sa parolle, et quand ensuitte il se seroil plaint du François, on luy en
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auroit accordé la punition suivant le cas, et les preuves; l'on ne peut rencontrer aucune marque de bravoure dans ce procédé; lorsque Ton veut se battre, et qu'il y en a une occasion si légitime, c'est une grande lascheté de s'en dispenser sur une raison si frivolle. Je ne puis encorre que difficillement m'abstenir de taxer cette conduitte de trahison, principalement par la considération de la délicatesse de TAnglois envers le marchand sur un prétendu manquement, lorsqu'il est si indulgent pour les Majorquins que de ne leur rien tesmoigner du violement de leur foy jusques à ne pas tirer un coup de mousquet; il se reerve peut estre de dire que n'ayant pu poursuivre ces pirathes, c'est au Roy son maistre d'en prétendre la réparation. Sa Majesté Britannique en usera à cet égard comme elle le jugera à propos; mais je me persuade que telle réussite que puisse avoir sa demande Elle ne laissera pas de punir très rigoureusement le capi-, taine Rebbin; Elle est trop juste et trop jalouse de l'honneur de sa lianniere pour en user autrement, et pour ne pas rejetter les faux raisonnemens qu'il pouroit luy alléguer par celuy-là seul, qu'encorre que le François ne luy eût pas demandé sa protection il estoit tenu de ne pas permettre que sous son pavillon on luy fit aucun tort. iMonsieur de Martel estant en mer empescha il y à quelque temps des Algerins de prendre des bastimens gennois, et sur la plainte de ces corsaires, comme estant amis de la France, de cet obstacle, il leur respondit, que sous, et à la veije du pavillon de Sa Majesté il. ne permettroit pas qu'on exercea aucune piratterie. Monsieur le Marquis de Prully en a usé de mesme au port de Milo, et je ne doutte point, qu'on n'en trouve plusieurs autres exemples, en consultant Messieurs les officiers delà marinne. Je crois, Monsieur, que l'on pourroit aussjse plaindre à Malthe de l'usurpation de la bannière de la Religion par ce Majorquin lorsqu'il prit le bastiment françois à la rade de Ghipre, et il y a bien de l'apparence que ces deux pirattes de Majorque sont de conserve avec les corsaires Malthois et Ligournois qui estoient au nombre de 23 vaisseaux ainsy que je les ai veu de mes fenêtres de Tripoly dans cette mer de Sirie pendant que les Majorquins faisoient leurs coup à Chij)res et à Alexandrette; si cela estoit et que de plus ces Espagnols se fussent retiré vers les autres avec leur pi-ise ou (ju'ils les eussent quitté pour la faire, je ne pense pas que ce procédé put estre exempt de blasme, et de punition de ceuxj qui estant les amis de Sa Majesté par devoir, et reconnoissance, el par la vérité de n'estre point en guerre avec elle, ne peuvent prendre aucun engagement avec ses ennemis. Je tascheray de découvrir la vérité, et je pense que Malaillan pris dans le port
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dAlcxandrette poura lors(iu"il aura la liberté desvelopper bien des particularités par la marche de ceux qui l'ont enlevé; il sera aussy facile de s'en instruire de quehjues uns des chevalliers françois qui sont de cet armement qui courre à présent la mer.
Pardonnes, Monsieur, ma longueur et mes raisonnements au zèle que j'ai pour le soulagement du commerce, qui a reçu sur cette costc de Sirie un préjudice assez notable, pour lanneantir non seulement ]iar la rellexion de la perte de quatre bastimens considérables enlevés par le mesme Corsaire majorquin, mais encore par la crainte que ce malheur causera en empescbant les voisles de venir à Alexandrelte, s'il ne leur est pourveu de quelque seureté.
Il y a de plus lieu d'appréhender, qu'on ne visitte aussy les eschellcs de Seyde, Acre et Jafîa, où il y a maintenant un vaisseau, et une barque: enfin, Monsieur, s'il y avoit moyen de se saisir de ce La Fleiche ce qui peut estre ne seroit pas difficille, il en renviendroit un grand bonheur au négoce, et particulièrement à celuy d'Alep qui se ressent luy seul de ce domage. Le Consul de celte eschelle m'en escril dans des termes qui marquent suffisament sa désolation; il me vient trouver avec quelques marchans pour me conduire à Alep. et il m'assure que le Mousselim de ce lieu qui gouverne en l'absence du Pacha qui est auprès du Grand Seigneur a tesmoigné un grand courroux de la conduitte des Anglais jusqu'à s'expliquer qu'ils repareroicnl le domage souffert par les François, et le Consul adjoute, (ju'il n'a voulu faire aucune poursuitte sans mes ordres que je luy pouray donner de bouche. Cet officier turc n'a pas assurément tant d'amitié pour nous, qug pour son interost. dont il croit avoir une occasion favorable en ce rencontre qui seulement le lait parler, ,1e considère encore que la nation angloise. quoi(juc bien aise de nostre malheur ne peut pas estre accusée d'y tramper, et qu'ainsy elle n'en doit pas respondre. C'est ce qui m'empeschera, à moins que je n'aye d'autres lumières de faire des poursuittes contre elle, et je me conlenteray d'insinuer au Mousselim qu'il peut instruire la Porte de la conduitte du Capitaine de guerre anglois qui non seulement a permis à nos ennemis qui le sont aussy de Sa llautesse de mouiller dans l'un de ses ports, mais lequel encorre contre sa paroUe, et la leui- a souffert (ju'ils en enlevassent deux bastimens françois.
J'en ai escrit à peu près dans ces termes au Chiaia du Visir, et je luy touche aussy mon dessein de retourner d'.\lep par terre, ainsy que vous aurés la bonlé de le voir par la coppie de la lettre, par laquelle vous pourrés bien, Monsieur, conjecturer ce qui m'a contraint à m'expliquer de la sorte que je l'ai fait. Le Pacha de Tripoly y a sa
part à cause de sa résistance à Textinction du matassou, et du poids de la soye dont le dernier est de cent.piastres et plus le quintal, selon le prix de la marchandise. Le reste des difficultés avec ce ministre estant terminées, il faudra un commandement particulier pour celle dont je viens de parler, et je me persuade, Monsieur, de l'obtenir.
La crainte. Monsieur, de vous enniiyer m'oblige à remettre à un autre temps les particularités de mon voyage de Liban qui comprennent Edem, les Cèdres et Cannoubin retraitte du Patriarche des Waronittes, dont j'auray Thonneur de vous informer d'.Vlep, ou je pourray estre dans sept ou iiuit jours. Le consul n'ayant pu venir m"a envoyé son frère, et cinq des principaux marchans pour m'accompagner. Ils m'ont appris le débarquement de grande quantité de provision de guerre à Alexandrette par Massamam Bey de Chipres qui les a porté sur dix galleres qui ont faict le traject sans péril, quoyque dans le voisinage de vingt cinq vaisseaux corsaires chrestiens. Les deux Majorquins qu'elles ont rencontré ont fait tant de peur à leur serdarque bien loing de leur rien tesmoigner, il s'est estimé fort heureux de n'en estre pas attaqué, d'où l'on peut juger de Testât où les autres en plus grand nombre l'auroient réduit. Ce qui eut esté d'un grand avantage pour eux et la Chrestienté par l'enlèvement qu'ils eussent faict d'une grande quantité de poudre, de canons, et autre artillerie destinée pour Bagdad, sur le soubçon d'une guerre ou irruption de la part du Roy de Perse.
Ceux qui m'apprennent cette nouvelle m'ont asseuré (jue le Majorquin qui s'estoit saisy du capitaine Mataillan et de quelques uns de ses gens les avoit remis à terre avec des hardes après les avoir beaucoup loué, leur intention n'estant pas de guarder aucun prisonnier, ce que l'on imputte à l'artifice d'induire les matelots à ne point combattre.
Je ne puis assez. Monsieur, vous repeter le domage que reçoit le commerce de ce malheur qui est d'autant plus grand, que la crainte empeschera les voisles de venir sur ces costes, ou les rades et les ports sont sans deffences. et que les pirattes armeront les bastimens dont ils se sont rendus maistres, et s'en serviront très bien, estant très bons voisliers. J'ai asseuré les negotians intéressez dans celte disgrâce de la protection toutte puissante de Sa Majesté. Je vous la demande par vostre intercession pour eux, et je vous prie très instament d'y adjoutter la grâce de me croire avec tout le respect possible. Monsieur, vostre très humble, très obéissant, et très obligé serviteur.