‹ Les voyages du marquis de NointelChapitre 48 sur 50 · NOI.MEL · texte numérisé non relu

NOI.MEL

Monsieur.

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M. de Aointfl ù M. de Pomponne.

Alep. ce 10 aoust 1674.

L'on assure icy la paix de Pologne, mais la nouvelle pouvant vous en estre arrivée d'ailleurs par une voix plus certainne j'en appuyray seulement les fortes apparences sur ce qui se passe du costé de Perse dont je puis avec plus de fondement avoir Thonneur de vous informer. La marche des Persans ayant obligé la Porte de faire desbarquer le mois passé de grandes provisions d'artiglerie a Alexandrette. elles ont esté transportées par l'Eufratte à Bagdad, et cette précaution a esté suivie de Tenvoy de Caplan Pacha pour commander à Diarbequir et aussj- au corps darmée destiné contre les ennemis. La crainte a esté si pressante que Sa Hautesse n'a pas hésité à se priver incontinent de ce gênerai jusques à Tobliger à prendre la poste suivy de cent personnes. L'on escrit que le Cirand Seigneur se transportera icy cet hyver, et cette dernière particularité que j'attribue seulement au dessein d'espouvanter les Persans est encorre fondée sur la plus grande asseurance que l'on voudroit donner de la ])aix de Pologne. Llle se publie avec des avantages considérables de la part des Turcs dans le dessein peut estre d'insinuer que leurs deffaittes ne les aj'ant pas exclus d'un traitté avantageux le sujet que l'on en auroit pris de se remuer doit cesser. Je ne doutte pas aussy que tous ces apprests n'arrestent les Persans et que s"ils continuent et augmentent leur démarches elles ne se terminent promptement à un accommodement, .\insy ceux qui pouroient estre faschés de la paix de Pologne et qui croiroient s'en pouvoir consoler dans la diversion des armes otthomannes du costé de l'Orient seroient mal fondés, et il est apparent selon touttes les présomptions les plus raisonnables qu'ils les verroient fondre sur eux lorsqu'ils s'y altendroient le moins. Le Pachalic de Diarbequir donné à Caplan Pacha a fait vacquer celuy d'Alep qui a esté reraply d'Ibrahim qui estoit Pacha de Damas.

Je suis à .\lep depuis huit jours et j'y ay fait une entrée fort honorable estant précédé de mes trompettes, de huit janissaires, autant de droguemans, de dix vallets de livrée, de mes chevaux de main et environné de huit hommes vestus à la grecque ; j'estois suivy du consul et de toutte la nation qui faisoit avec ma maison plus de cent cinquante cavalliers et j'ay pu juger par l'abimdance du peuple et ses démonstrations que la cavalcade luy plaisoit tant par son éclat que son ordre. Les .Vnglois et les Vénitiens s'estoient mis conjoinctement en

devoir de s'acquitter de leurs civilités envers l'Ambassadeur de S. M. ayant envoyé leurs pavillons ou j'estois a une demy journr'f de cette ville pour s'y rendre sur le soir: mais ayant sceu que ]iar drliberation ils avoient arresté que leurs consuls ne viendroient pas, je ne jugeay pas a propos de les attendre et estant party contre le project que j'en avois fait, je les rencontray en chemin, mais un peu escartés: ils envoyèrent scavoir si j'agréerois leurs coniplimens que je refusay faute d'avoir leurs chefs à leur teste prétendant avec justice qu'ils me dévoient plus d'honneur qu'à un consul estranger pour qui ils font la mesme démarche. Ce qui est de plus extraordinaire, c'est que les deux Consuls avoient dit publiquement qu'ils monteroient à cheval et cependant comme s'il pouvoit y avoir la moindre umlire de compétence entre moy et eux. ils résolurent depuis de nepas sortir de leurs maisons tranchants d'ambassadeurs pendant que l'ambassadeur d'.-Vngleterre àlal'ortefait le marchand, le deffunt m'ayant confessé que son eniploy ne reguardoit pas le point d'honneur et qu'il estoit seullement pour l'interest des negotians. La superbe de ces gens là a continué, estant demeurés dans le silence depuis mon arrivée sans se mettre en peine de chercher aucun prétexte à leur faulte comme de maladie ou autre. Ils en ont ]Hiblié un de ce qui s'est passé à Smirne où le Consul de France ne vint pas au devant de l'ambassadeur d'.AngIcterre d'à présent, mais celuy cy estant venu par mer. il n'y a pas de parité. Et de plus il faut sçavoir comme les choses ont esté. Enfin. Monsieur, il me semble que ces .Messieurs meriteroient une forte réprimande de la part d'.\ngleterre. Ce n'est pas que je ne les aye liien punis, mais la punition seroit encorre|ihis forte s' elle venoitde leurs supérieurs.

Je ne pense pas aussy que la republique puisse agréer le procédé de son Consul d'autant plus que ses ambassadeurs n'ont pas accoustumé de prendre part à la diminution des honneurs qui se tloivent aux ambassadeurs du Roi, ny d'en rien concerter avec les autres ambassadeurs. Ils ont toujours fait ce qu'ils doivent en ce rencontre et néantmoins un simple Consul, tout sénateur qu'il soit, contre sa déclaration de venir au-devant de moy nonobstant qu'il ne monta pas à cheval à cause de Bataille, manque non seullement à sa parolle et à son devoir, mais il s'ingère de plus de mander aux Anglois tombés dans l'incertitude de ce qu'ils devrolent faire qu'ils fissent ce qu'ils voudroient, mais que pour luy il ne sorliruit pas de sa maison. .Je me persuade, Monsieur, que le Roy auia la bonté d'en faire parler à l'ambassadeur de N'enise et à M. d .\vaux, ce qui sera un moyen d'en procurer au sieur lîembo Consul vénitien à .\lep qui est sur le point de

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son retour toiitle la mortificalinn ([ui lui en est deiie et à moj^ la réparation qui m'en appartient. J'ay eu Ihonneur de vous escrire au long pour une autre atraire plus importante, mais pouvant arriver que la lettre ne sera pas si tost rendue, je vous en touclieray quelques particularités en gênerai et j'y en adjouteray d'autres dont j'ay esté instruit depuis.

Deux vaisseaux marchans françois estant au port d Alexandrette en ont esté enlevés par La Flèche .Majorquin à la voiie d'un vaisseau de gueiTe anglois commandé par le cappilaine iJebbin. Celuy-cy avoit promis sa protection, mais sans considération de sa parolle et de celle que le corsaire luy avoit donné de ne point toucher aux bastimens marchans, il les a laissé prendre sous de vains et faux prétextes jusques là qu'il avoit dans son bord le lieutenant du )»iralte pendant qu'il faisoit sa prise et que le Vice-consul anglois d'.Vlexandrette n'a pas fait de difficulté de monter deux fois à bord du Majurcpiin et d'y demeurer longtemps après qu'il se fut rendu inaistre de nos vaisseaux. Il me semble que la trahison est manifeste en ce rencontre d'autant plus que le capitaine anglois pouvoit très facillcment empescher cette perte n'ayant à faire qu'à un simple piratte ilont le bastiment à la vérité esloit monté de 40 ou 50 pièces de canon. Il est vray qu'un autre le soustenoit duquel il est bon de remarquer qu'il esloit commandé par un Genevois. Ce malheur, Monsieur, est très considérable à la place de Marseille et à l'eschelle d'Alep en particulier qui a encorre perdu auparavant un vaisseau à la rade de Chippres enlevé par le mesme corsairre, mais sous bannière de Malthe. .\insy estant convaincu de la protection de Sa Majesté dans des occasions bien moins importantes que celles-cy , j'ay asseuré le Consul d'.Mep et tous les marchans que le Roy aura la bonté d'en faire poursuivre la réparation en .\nglelcrre ou l'on trouvera toutte sorte de convictions si l'on y lient la main de la bonne façon emprisonnant le capitaine et faisant entendre les .Vnglois des vaisseaux marchans. Je vous escriray encorre plus amplement outre la lettre que j'ay déjà marquée lorsque je seray moins pressé. L'Olac que l'on despeche à Constantinople pour y estre dans sppt jours et dont je prens la commodité fautte d'autre m'obligeant de finir en vous asseurant que je suis avec tout le respect imaginable, Monsieur, vostrc 1res humble, très obéissant et très obligé serviteur.

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