‹ Les vrais mystères de Paris (volume 2)Chapitre 5 sur 7 · CHAPKAS XLIX · texte numérisé non relu

CHAPKAS XLIX

la cruelle nécessité qui nous force à abandonner noire amie.

— Comment! abandonner la marquise, celle a qui nous devons le succès qui vient de couronner notre dernière entreprise? Ah! marquis !...

— Songez, vicomte, que la malheureuse Silvia est, à l'heure qu'il est, si laide, si reconnaissable surtout, que le premier individu peut fort bien dire en la voyant passer : « Voilà la femme qui a introduit les assassins chez la vieille de la rue Thérèse. »

— C'est vrai, s'écria Vernier les Bas bleus, je me range à l'avis de Rupin.

— Laissons alors à la marquise , ajouta de Lussan, le quart de ce que nous possédons.

— A quoi bon ? reprit Salvador, le sort de la malheureuse est fixé : elle sera prise avant qu'il ne se soit écoulé trois jours, ajoula-t-il d'une voix piteuse ; est-il donc nécessaire qu'une partie de ce que nous avons eu tant de peine à gagner tombe entre les mains de la justice?

— Au fait, reprit Vernier les Bas bleus, je n'en vois pas la nécessité. »

Le résultat de la conversation qui précède n'est pas difficile à deviner. Les trois bandits

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partiront, emportant l'or, les bijoux cl les billets de banque voles à la mère Sans Refus; ce ne fut que pressés par les instances du vicomte de Lussan , qu'ils se déterminèrent à laisser sur la commode deux billets de banque de mille francs.

€ C'est autant de perdu, avait dit Salvador en se déterminant à obéir à son complice : elle sera arrêtée lorsqu'elle voudra les changer. 5

Nous n'essayerons pas de peindre la rage qui s'empara de Silvia , lorsqu'elle eut acquis la certitude qu'elle avait été abandonnée par son amant.

« Je devais m'y attendre! s'écria-t-elle en proie à la plus sombre fureur. Je devais m'y attendre , il ne m'aimait que parce que j'étais belle; mais je me vengerai... »

Le hasard, ou plutôt la Providence qui voulait que les crimes des scélérats dont elle désirait se venger fussent punis, se chargea de la servir.

Plusieurs jours s'étaient passés depuis la disparition de Lussan , de Salvador et de Vernier les Bas bleus, et Silvia désespérait de parvenir à les découvrir, lorsqu'un soir elle vil ce dernier qui se dirigeait vers les cabriolets qui stationnent sur la place des Victoires ; il marchait en chancelant, son teint était allumé: en un mot, il était ivre,

134 CIIAPITHE XLIX.

< Aux Baiignolles, rue des Dames, n° 13, dit-il au cocher dont il avait choisi le véhicule.

-** Enfin ! se dit Silvia qui avait entendu ces mois, je les liens, j'en suis sûre; mais pour que ma vengeance soil complète, il faul qu'ils sachent que c'est à moi qu'ils devront leur perte, i

Silvia, réfléchissant aux moyens qu'elle devait emplojer pour arriver au but de ses désirs, allait gagner la retraite qu'elle avait choisie après avoir abandonné le logement de la rue de l'Ouest, lorsqu'elle se trouva en face d'un homme qu'elle connaissait depuis longtemps.

Celait Ronquetli, dit le duc de Modène.

Comme elle avait suivi avec assiduité le compte rendu par les journaux des débats qui avaient amené la condamnation de son amant et de ses complices, elle savait le rôle qu'y avait joué cet homme qui, pour récompense des révélations qu'il avait faites, avait obtenu la remise du restant de sa peine, et était entré au service de la police à laquelle il savait se rendre très-utile.

Elle l'aborda résolument.

«Vous êtes Ronquetli, le duc de Modène? lui dit elle.

— Pour vous servir si j'en suis capable, belle dame. »

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