TOME III
lez rire ! Je n'en ai jamais vu de taillé sur ce modèle.
— Entendons-nous, mon cher monsieur, il y a artiste et artiste , comme il y a fagots et fagots : celui-ci est un artiste de la catégorie la plus modeste , quoique ce soit grâce à son art que nos parquets jouissent d'un certain éclat.
— Diable ! c'est là un procureur du roi ? Ma foi, c'est bien le cas de dire avec le poêle :
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
— Mais je ne vous dis pas non plus que ce soit vrai ni même vraisemblable , ce vieux bonhomme est tout simplement un artiste frotteur , chargé, ainsi que plusieurs autres de ses confrères , de donner du lustre aux parquets de la Conversation-Hauss.
— Eh bien ! qu'y a-t-il de commun entre ce vieux frotteur et le rat sur le compte duquel vous m'avez promis une anecdote?
— Ce qu'il y a de commun ? mille choses. Mais permettez-moi, avant que j'entre en matière, de vous citer quelques jolis vera d'un de nos vieux poêles.
— Citez, je vous écoute.
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— ..... Auteurs qui ne médisent
Pï'ont les rieurs souvent de leur côté ;
Voilà le siècle et le train qu'il veut suivie.
Dit on du mal, c'est jubilation;
Dit-on du bien, des mains tombe le livre»
Qui vous endort comme bel opium.
Ces vers sont de Sénecé.
Laissez-moi encore me retrancher derrière quelque puissante autorité qui justifie mon incursion dans la vie privée de ces deux personnages. D'abord, et pour commencer par celui des deux qui paraît vous inspirer le plus d'intérêt, je vousdirai avec Démoslhènes que les Grecs avaient trois sortes de femmes : les unes pour leurs plaisirs , c'étaient les couriisanes ; les autres pour soigner leur personne, c'étaient les concubines ; les troisièmes , les épouses , étaient destinées à perpétuer la famille et à gouverner avec sagesse l'intérieur de la maison.
Je suis trop poli pour vous dire en propres termes à laquelle de ces trois catégories appartient la jolie personne dont nous nous occupons; je puis cependant affirmer qu'elle n'appartient pas à la dernière.
Si maintenant vous voulez me permettre mes investigations à travers les profondeurs de l'histoire, je vous apprendrai , si vous ne le savez
déjà, que chez les Grecs , les femmes de la première catégorie que je viens d'indiquer devenaient les compagnes des hommes d'Étal, des poêles et des philosophes ; qu'elles vivaient et conversaient avec ceux qui décernaient l'immortalité ; qu'ainsi et tandis que l'honnête mère de famille tombait dans l'oubli , celles dont il s'agit figuraient dans l'histoire; que l'époque de leur naissance était un sujet de recherches ; qu'on rapportait avec soin et détail leurs aventures ; que leurs bons mots et leurs saillies étaient scrupuleusement enregistrés, et qu'après avoir porté souvent un diadème pendant leur vie, elles étaient ensevelies dans un tombeau dont la magnificence pouvait faire croire à celui qui était étranger aux mœurs d'Athènes, que c'était un monument consacré au plus grand des héros , dès philosophes ou des magistrats de la Grèce.
— Bon Dieu ! cher poêle , combien vous êtes fécond en précautions oratoires! Est-ce que par hasard j'aurais l'honneur de confabuler avec un professeur d'histoire ou un membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres ?
— Pardon de mon pédanlisme, cher monsieur : je ne suis pas coutumier du fait , mais pour faire circuler certains cancans qui rappel-
lent les mœurs d'un autre âge , il fallait bien , comme le disent les sommités politiques de notre époque, métayer sur des précédents. Ainsi , à celte question que vous m'avez adressée : Qu'y a-t-il de commun entre ce vieux frotteur et le raton que nous venons de voir passer ? je puis maintenant répondre :
Que l'un est. la cause et l'autre l'effet ;
Ou, si vous l'aimez mieux , que l'un est l'arbreet l'autre le boulon;
Ou , si je veux être plus galant, que l'un est le rosier et l'autre la rose;
Ou bien encore, que l'un est le cocotier et l'autre le coco.
M'avez- vous compris?
J'ajoute que c'est le vieux bonhomme qui le premier développa l'intelligence de la jeune personne ; elle n'avait pas encore deux ans que déjà elle comprenait parfaitement celle phrase si célèbre : Tirez le cordon , s'il vous plaît.
— Comment ! c'est là le père de la jeune et brillante dame que nous venons de voir passer dans ce galant équipage, et elle est fille d'un portier devenu frotteur ! H faul donc qu'elle ait eu un grand nombre d'amanls pour laisser son père à cette distance?
— Pas encore loul à fait autant que la fille de ce roi d'Egypte qui ne demandait qu'une pierre à chacun de ceux qui se mesuraient avec elle , et qui en amassa assez pour faire ériger la plus célèbre des pyramides ; mais patience, elle pourra bientôt lui rendre des points !
— Diable ! diable ! il faut qu'elle soit bien belle, pour avoir mis tant d'esclaves dans ses fers? Elle a donc bien des talents?
— Belle ! vous m'adressez là une question à laquelle il est difficile de répondre. Savez -vous bien qu'il faut l'assemblage de trente choses pour qu'une femme soit belle ; témoin ces vers d'un de nos vieux auteurs :
Celle qui veut paroir des femmes la pins belle, C'est dix fois trois beautés, trois longs, trois courts, trois blancs, Trois rouges et trois noirs, trois petits et trois grands , Trois étroits et trois gros, trois menus soient en elle.
Vous seriez peut-être curieux de connaître toutes ces choses par leur nom ; mais je ne puis vous les dire que dans une langue morte, car comme l'a dit Boileau :
Le latin dans les mots brave rhonnélelc.
Voici donc la description d'une belle accom-
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plie telle que je la trouve dans une pièce de vers fort ancienne et fort rare. »
Ici le poëte chevelu se pencha vers Roman , et pendant quelques minutes il lui parla à l'oreille.
c Maintenant , conlknia-t-il , je vois à votre œil interrogateur que vous voulez savoir si ce portrait s'applique àe point en point à la personne en question ; pas absolument. Ainsi partout où l'auteur a mis nigra, il faut mettre flava^ et là où il y a stricla , ampla ; du reste on assure que c'est la femme la mieux faite qu'il soit possible de voir, et que le costume qui lui sied le mieux est celui que portail jadis la reine Pomaré, et qui n'était composé, dit on, que d'un collier de grains rouges.
Quant à ses talents, ils se formulent en deux mots : séduire et plaire. Comme vous le voyez , son lot n'est pas trop mauvais.
J'en viens à mon histoire ; car j'espère que vous n'avez plus de -question à m'adresser ?
- — Je n'y renonce pas, mais pour l'instant trêve aux digressions.
— Je vous disais donc que Joséphine ou plutôt Maxime (car le premier de ces noms , qui est le sien , lui paraissant trop commun , elle a fait
choix du second) esl douée du cœur le plus expansif , le plus aimant; il faut même qu'elle diminue le surabondant de sa sensibilité pour la meure en équation parfaite avec celle de ses adorateurs. C'est ainsi qu'il y a quelque temps , et pour tirer parti de ce surabondant, elle avait pris en affection une chienne épagneule d'une force et d'une taille énorme, nommée Miss. Maxime et sa chère Miss étaient inséparables , c'était à en faire crever saint Roch de dépit ! En voilure , au théâtre , à table , au lit , à la promenade , Miss était partout ; quand on voyait Maxime conduire en laisse cette énorme bêle, on se rappelait involontairement cette question de Gicéron à son gendre qui , étant petit , affectait de porter une grande épée : « Mon Dieu ! mon gendre , qui donc vous a attaché à votre épée ? » De même , on pouvait demander à Maxime : « Qui donc vous a condamnée à être attachée à la chaîne de celte vilaine bête ? »
« Bref, on pense bien qu'une passion si extraordinaire pour un animal dut amener plus d'une scène bizarre entre Maxime et ceux de ses adorateurs qui voulaient régner sans partage dans son cœur. Il n'entre pas dans mon sujet d'en faire le récit; mais pour trancher court, je dirai
que lous ceux qui déplurent à Miss furent promplement congédiés.
« C'est vraiment un problème à jamais insoluble pour moi, qu'une femme qui ne connaît d'autre divinité que l'inconstance ait placé toutes ses affections sur le symbole de la fidélité.
« Quoi qu'il en soit, historien fidèle de la catastrophe qui a mis fin aux jours de l'infortunée Miss, je vous dirai que les précautions et les soins que prenait sa maîtresse pour conserver une existence si précieuse , amenèrent son trépas bien avant l'heure marquée par la fatale Parque. Gorgée de bonbons, de biscuits, de macarons, de Champagne , de café , de punch , au sortir d'un petit souper fait en tiers avec sa maîtresse et une personne que par discrétion je ne nommerai pas, l'infortunée Miss fut frappée d'apoplexie et ne tarda pas à rendre le dernier soupir. Nuit désastreuse! nuit effroyable où retentit tout à coup et comme un éclat de tonnerre cette sinistre nouvelle \ Miss se meurt ! Miss est morte !...
c OGrcsset ! que n'ai-jela plume avec laquelle tu traças la mort de Verl-Vert! Ou plutôt, Muse de l'épopée, redis-moi les douleurs, les larmes et les cris de la triste Maxime ! Non , jamais Andromaque ne versa tant de larmes sur son Hector;
non, jamais la sensible Didon ne regretta tant te fils d'Anchise !
« Hélas ! cet objet de tant d'amour, de tant de larmes, n'est plus en ce moment qu'un froid et insensible cadavre ! La voix, les caresses de l'inconsolable Maxime resteront désormais sans écho dans ce cœur glacé par la mort.
i Une sombre tristesse s'empare de ses sens. Elle veut que des signes publics et ostensibles témoignent des regrets qu'elle éprouve d'une perle aussi cruelle. Pendant trois jours! oui pendant trois mortels jours, elle fuit tout regard masculin , elle se plonge dans le deuil le plus profond, et pour qu'il ne soit ignoré de personne, ô infandum , elle attache le crêpe funèbre à sa jarretière! ... A cet aspect, les Amours épouvantés fuient à lire-d'aile.
« Mais que va faire l'infortunée Maxime ? Quelle sépulture va-t-elle donner à sa chère Miss? Celle qui régnait si puissante dans son cœur, maintenant objet infime, sera-t-elle, comme le vulgaire des êtres de son espèce , abandonnée a ces barbares qui n'aiment des chiens que leur enveloppe?...
t Non ! mille fois non !...
-i Nouvelle Mausole, il faut que le tombeau de sa chienne favorite dépose éternellement de sa
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douleur et de ses larmes! Elle s'occupe donc, en sanglotant, de régler les funèbres apprêts de ses funérailles. Une boîte en cœur de chêne est ordonnée ; on la garnit de ouate, on la parfume des plus fines essences, puis on procède à la dernière toilette de Miss; on la peigne, on la bichonne, on lui met dans la gueule un mouchoir de fine batiste imprégné d'eau de Cologne et de patchouli, son corps a pour première enveloppe une des plus belles robes de sa maîtresse; viennent ensuite une chemise, des draps, des serviettes, des nappes. Enfin, la boîte est refermée sur ces tristes restes au moyen de vis d'argent.
« Ici, nouvel embarras de Maxime ! Quelle terre sera digne de recevoir la dépouille mortelle de JVliss, de la célèbre Miss?
«Dans celle perplexité, Maxime se fait apporter lailas de Lapie ; elle en interroge tous les feuillets ; mais dans sa douleur, est-il possible qu'elle fasse un choix? Tout à coup, cependant, un irait de lumière se fait jour à travers les ténèbres profondes où son âme est plongée. Miss, la fidèle Miss, ne petit être inhumée d'une manière digne et convenable que dans la terre classique de la fidélité î C'est donc la Picardie qui aura la gloire de conserver ses dépouilles.
« La suivante de Maxime est appelée ; c'est à elle qu'est confiée la triste mission de procéder aux dernières cérémonies.
« La poésie, l'éloquence, jettent à profusion des fleurs sur la tombe de Miss.
« Consummatum est!...
— Dieu de Dieu ! s'écria Roman, j'ai presque envie de pleurer.
Excusez ma douleur, celte image cruelle Sera pour moi de pleurs une source éternelle !
Quel bon cœur! Quelle sensibilité! Quel bon caraclère ! Celle Maxime est vraiment la perle des femmes; je l'aime, j'en suis fou.., Eh, mais! et ce pauvre vieux qui est, dites-vous, son père ; vous ne m'en avez plus reparlé? J'espère quesa fille a pour lui des soins et des égards qui témoignent que, cbez elle, le père est infiniment audessus de la bête !
* Avant que je ne réponde à cette question, dit le poêle chevelu, examinez, je vous prie, la femme qui descend de cette voiture dont la portière vient d'êlre ouverte par une espèce de commissionnaire, dont les jambes vacillantes et le regard hébété annoncent qu'il a déjà absorbé une quantité plus que raisonnable de petits verres.
L'équipage est au moins aussi élégant que celui du rai dont je viens de vous parler; cependant la femme qui vient d'en descendre n'est pas aussi alirayanle que la belle Maxime, aussi elle emploie des moyens tout différents pour soutenir le luxe dont elle s'environne; ce que la première demande aux charmes de sa personne, la seconde le irouve dans les finesses de son esprit.
Celte femme a vu s'écouler son dixième lusire : elle n'a pas cependant renoncé à l'espoir de paraître jeune; mais ses manières enfantines, ses petites minauderies , s'accordent mal avec un extérieur qui n'a rien de distingué ; elle est d'une taille au-dessous de la moyenne; ses formes, dune ampleur prononcée, rappellent celles de la Vénus hotlentoie; et si son visage, fortement coloré , n'est pas parsemé de ces marbrures violacées , indices certains d'un tempérament sauguin , c'est grâce à un usage souvent répété de la pommade de concombre.
Si j'étais forcé de vous énumérer toutes les friponneries , toutes les escroqueries qu'elle a commises, et que vous fussiez forcé de m'écouter, nous devrions nous résigner à rester ici jusqu'à demain mâtin ; aussi je pense qu'il vous suffira
im CHAPITRE XIV.
(le savoir qu'elle ne recule devant rien , que tous les moyens lui sont bons lorsqu'elle veut se procurer de l'argent ; elle sait à propos prendre tous les masques; toutes les ruses lui sont familières. Elle trouva même le moyen de dépouiller, de tout ce qu'elle possédait, une vieille femme qui se croyait au moins aussi fine qu'elle ; et qui se faisait, je ne sais pour quelle raison , appeler la reine de Hongrie.
— En vérité, cher poêle, vous êtes un singulier conteur, depuis plus d'une heure vous me tenez le bec dans l'eau ; me direz-vous enfin quels rapports existent entre Maxime et le vieux frotleur, entre la femme dont vous me parlez maintenant et ce commissionnaire à demi ivre?
Répondez donc enfin, ou bien je me retire.
— Ah! de grâceï un moment, souffrez que je respire.
Maxime et la baronne*** (je ne vous dirai pas le nom de celte femme qui , du resie, est le même que celui d'un homme qui occupe la place la plus haute dans la hiérarchie directoriale des théâtres) roulent toutes deux sur l'or et les billets de banque ; elles ont toutes deux de somptueux appartements, de riches parures, et, comme vous avez pu le voir, des équipages et une livrée
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dignes d'être enviés par une duchesse. Maxime, sans compter le fils d'un pair de France, a ruiné déjà un bon nombre de jeunes gens de famille ; la baronne*'* a escroqué l'univers entier. Cependant on pourrait peut -être trouver quelques excuses à leur conduite, si elles avaient conservé quelques-uns des bons sentiments qui existent dans le cœur de presque toutes les femmes ; mais Maxime laisse son vieux père mourir de faim , et ce commissionnaire est le fils unique de la baronne, qui le laisse croupir dans la plus atroce misère; vous voyez, mon cher monsieur, qu'il est possible de rencontrer à Baden-Baden quelques-uns des mystères de Paris (t).
— Tron de Vair /je crois que vous avez raison.
— Est-ce la première fois que vous venez à Baden-Baden?
— Oui , cher poêle ; mais j'y reviendrai t car je m'y amuse beaucoup.
— Il est en effet difficile de s'y ennuyer, car on rencontre ici les gens les plus nobles,, les plus distingués et les plus riches de l'Europe ; et des lions de tous les pays, qui sont au moins aussi ridicules et aussi amusants que nos lion? pari-
{!) Historique.
siens, ici ,. le républicain , le carliste et le justemilieu, vivent ensemble en bonne intelligence : chacun d'eux , en entrant dans la ville, a laissé ses opinions politiques à la porte, comme un bagage inutile ; ils ont vraiment bien d'autres choses à faire et de plus importantes que de discuter! Ne faut-il pas qu'ils luttent d'excentricité les uns contre les autres ? que le luxe de eelui-ci fasse pâlir celui de son voisin ? Et puis les bals , les réunions , les dîners princiers , donnés par le fermier des jeux à l'aristocratie des baigneurs, et surtout le jeu qui occupe si bien tous les instants des habitués de Baden- Baden, qu'ils paraissent, hommes et femmes, jeunes et vieux , appliquer toutes les facultés qu'ils possèdent à l'étude des combinaisons aléatoires de la rouge et de la noire.
Parmi ces nobles et riches étrangers, bourdonne un essaim de parasites et de fripons, qui ne viennent aux eaux que pour y pêcher de nouvelles dupes...
— Vraiment, il y a ici des parasites et des fripons? dit Roman au poêle chevelu qui s'était fait si bénévolement son cicérone ; je ne le crois que parce que vous me le dites.
— Il y en a autant qu'au dîner où nous nous
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sommes rencontrés pour la première fois , et ce n'est pas peu dire. Nous sommes enfin dans une véritable foret de Bondy. >
A ce nom de la forêt de Bondy, qui lui rappelait le crime dont Alexis de Fourrières avait été la victime, Roman ne put réprimer un mouvement convulsif, et il devint si affreusement pâle que son compagnon remarqua l'altération de ses traits,
« Qu'avez-vous donc ? dit-il , vous êtes aussi pâle qu'un des malheureux ouvriers de la fabrique de blanc de céruse de Clichy. »
Roman avait cent fois rappelé à son complice le crime qu'ils avaient commis ensemble , sans éprouver le moindre remords, et cette fois le nom seul d'un lieu voisin de celui où la victime avait rendu le dernier soupir venait d'éveiller toutes les voix de sa conscience ; il faut le dire, et c'est une vérité consolante, la conscience n'est jamais muette (i).
« Rassurez-vous, continua le poète! Nous ne sommes pas, il est vrai, dans la forêt de Bondy, mais nous sommes proches voisins de la Forêt-
(1) De tons les mois qui composent le vocabulaire des malfaiteurs, celui-ci est peut-être celui qui rend de la manière lamoins complète l'idée qu'il veut exprimer.