‹ Les vrais mystères de Paris (volume 4)Chapitre 5 sur 9 · tome m · texte numérisé non relu

tome m

1(Ki CHAPITRE XIV.

Noire, et sa réputation n'est pas meilleure que celle de la forêl que je viens de nommer. Mais rassurez vous, les bandits que vous rencontrerez à la Conversaiion-Hauss, à TUrsprung (1), à l'abbaye de Lichtenlhal , au Geroldsane, à FAngle- Vert, au Fremersberg et à All-Schloss, ne vous voleront ni votre bourse, ni votre montre; et parmi eux il en est plusieurs qui sont de trèsbonnêtes gens dans toute l'acception du mot, qui apportent dans toutes leurs relations une extrême délicatesse, et qui cependant deviennent des fripons aussitôt qu'ils ont pris place devant une table de jeu.

Ces individus sont, pour la plupart, connus des habitués des eaux ; mais ceux-ci, qui ont été leurs tributaires, se gardent bien de les faire connaître aux nouveaux venus ; ils sont au contraire bien aises de voir ces derniers tomber entre les gritfes de ces industriels qui jouent tous les jeux avec perfection. Ajoutez à cette science leur adresse, les caries biseautées, et tout ce qui s'ensuit , et vous pouvez facilement deviner ce qui arrive au nouveau débarqué.

Ce qui se passe à Baden-Baden, se passe aussi

(l) Source principale de Badeu.

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dans tous les lieux où Ton joue ; les gens du grand monde ont fondé des cercles dans lesquels ils se réunissent pour se livrer aux plaisirs de la conversation , sabler des vins généreux , faire bonne chère, et jouer lorsque l'occasion s'en présente. Pour devenir membre de ces sortes d'établissements, il faut que le candidat soit présenté par plusieurs parrains et qu'il consente à ce que son nom soit affiché pendant un certain laps de temps dans la salle principale du cercle, afin que s'il se trouvait par hasard des opposants à l'admission, ils puissent faire connaître à un comité ad hoc les raisons qu'ils voudraient alléguer contre elle. Cette mesure est sage et si elle était rigoureusement observée, les cercles seraient des lieux de réunion fort agréables ; malheureusement il n'en est rien. Comme chacun de nous se croit toujours assez fort pour ne rien devoir craindre, et que généralement on ne se soucie pas de se faire des ennemis sans aucune utilité , presque toujours , si la réputation du candidat n'est que douteuse, on se contente d'opiner du bonnet ; si elle est tout à fait mauvaise, on s'abstient. Si le candidat est riche , s'il porte un nom aristocratique , s'il est viveur, joueur surtout , il est reçu avec acclamations. De ce que je viens de vous

f08 CHAPITRE XIV.

dire de la manière dont se font les admissions, vous pouvez conclure que les exploiteurs trouvent facilement les moyens de se glisser parmi les habitués des cercles les mieux famés , dans lesquels on ne devrait cependant rencontrer que des gens estimables ; aussi peut-on dire , sans crainte d'être démenti , que Ton trouvera dans tous , quelle que soit l'heure à laquelle on s'y présente, des individus toujours prêts à coucher votre bourse en joue ; il faut pourtant en convenir, ce n'est jamais là qu'ils travaillent; trop de regards expérimentés seraient à même d'y surveiller leurs opérations ; mais lorsque arrive un débutant dans la carrière du dandysme et des belles manières, ils jettent de suite sur lui leur dévolu, et tôt ou lard il faut qu'il succombe. Ils trouveront mille moyens de le circonvenir , de capter sa bienveillance ; l'un lui proposera de lui faire admirer des chevaux pur sang ou des chiens de race, un autre lui vantera les charmes de tel rat à la mode, et le résumé de toutes ces avances est ordinairement une invitation à un dîner qui viendra d'être perdu, invitation qu'il ne pourra se dispenser d'accepter.

Après le repas , lorsque les fumées du vin de Champagne auront échauffé le cerveau de la vie-

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lime , les parties sont engagées , et quel que soit le jeu choisi , que ce soit la bouillotte , l'écarté, le crcps ou la roulette (ees messieurs ont des •roulettes fabriquées en Angleterre, dont les cases sont si adroitement arrangées, qu'un léger mouvement fait à propos rend celles qui seraient favorables au ponte inaccessibles à la boule), elle perd tomes les sommes qu'elle pose sur le tapis.

Lorsque je vous disais , il n'y a qu'un instant, que de très -honnêtes gens, dans les relations ordinaires de la vie , étaient des fripons an jeu , vous avez secoué la tête d'un air de doute. Parce que vous êtes honnête, mon cher monsieur, et que vous ne connaissez pas encore toutes les misères de la vie parisienne , vous ne pouvez croire que l'homme qui vient de serrer affectueusement votre main dans les siennes vous dépouillera sans scrupule, si vous vous asseyez devant lui à une table de jeu ; cette incrédulité fait votre éloge; mais si vous voulez me croire , ne jouez jamais autre part que dans des établissements semblables à celui-ci , ou plutôt ne jouez pas du tout , ce sera beaucoup plus sage.

Deux individus qui se placent l'un vis-à-vis de l'autre pour se disputer, les cartes ou les dés à la main , une somme plus ou moins forte, sont,

faut que dure la partie, deux ennemis qui cherchent à se vaincre... Eh bien ! supposez au plus honnête homme du monde le pouvoir de changer ses cartes au moment où il va perdre la partie , croyez- vous qu'il n'en usera pas?

— Eh! eh!

— C'est l'histoire du mandarin dont parle Rousseau dans je ne sais plus quel ouvrage. Beaucoup de gens qui , lorsqu'ils ont appris ce qu'ils savent , ne voulaient d'abord que se mettre en état de ne pas redouter les ruses des fripons , sont devenus les plus intrépides et les plus dangereux des exploiteurs , et cela se conçoit : si vous mettez une arme entre les mains d'un individu , il s'en servira lorsqu'il se trouvera dans la nécessité de se défendre.

Aussi, des hommes haut placés dans la hiérarchie sociale , des grands seigneurs fidèles à la religion du serment , des notaires dévots , des avocats patriotes, des négociants auxquels la bourse accorde une certaine considération , trouvent dans le jeu des ressources précieuses, une somme de bénéfices souvent plus importants que ceux que leur procure l'exercice de leur profession.

Ce sont ceux-là qui sont ordinairement chargés

d'organiser les dîners, les parties, les soirées, à la suite desquels les dupes doivent être dépouillées.

Ainsi , s'ils ne veulent pas travailler euxmêmes, ils introduiront chez des amis un ou deux grecs , qui travailleront avec d'autant plus de facilité, que personne ne s'avisera de soupçonner ces nouveaux venus, présentés quelquefois par des amis de vingt ans.

Pour opérer avec plus de chances de réussite, les grecs ont presque toujours dans leurs poches deux ou trois sizains de caries biseautées, qu'ils substituent adroitement à ceux qui se trouvent sur les tables, qu'ils font disparaître en les portant en certain lieu. Pleins de sécurité , les bonnes gens jouent sans défiance ; ils perdent des sommes considérables et accusent le hasard qui n'en peut mais.

lie nombre de gens qui volent ou qui font voler au jeu leurs amis et leurs parents, est beaucoup plus considérable qu'on ne le croit généralement ; et si j'osais vous nommer ceux que je connais, que de masques vous verriez tomber et combien de gens seraient désolés d'avoir été si longtemps les amis de monsieur le marquis un tel , de monsieur le comte un tel, de monsieur le vicomte un tel.

— N'êtes-vous pas un peu misanthrope, cher poëte? el n'est-ce point parce qu'elle ne fait pas à vos vers l'accueil qu'ils méritent que vous traitez si mal la société ?

— Oh! mon Dieu, non... nous ne savons que faire en attendant l'ouverture des salons , et nous causons pour passer le temps : voilà tout.

— C'est vrai ! et puisque , sans nous en apercevoir, nous avons atteint l'heure du dîner, nous allonse ntrer ensemble chez Ghabert. i

Une brillante société était déjà réunie dans le magnifique salon , orné de peint-tires étrusques et de superbes glaces , du Véry de Baden Baden, lorsque Boman el son compagnon entrèrent; ils se placèrent , et les premiers instants furent consacrés à satisfaire le vigoureux appétit qu'ils devaient à la longue promenade qu'ils venaient de faire.

Après le dessert, Roman qui avait écouté avec plaisir les histoires et les longues dissertations du poëte chevelu , lui demanda s'd ne conservait pas dans les trésors de sa mémoire quelques anecdotes concernant les personnes qui se trouvaient en ce moment dans le salon de Ghabert ? « Je ne connais , dit le poëte , après avoir promené ses regards autour de lui , parmi les

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personnes qui sont ici , que cet homme et ces deux jolies femmes.

— Et vous pouvez, sans doute, me raconter des histoires dont ils sont les héros?

— Pour peu que cela vous fasse plaisir. Par qui commencerai-je?

— Débarrassons-nous d'abord de l'homme, qui doit êire un bien grand misérable, si Lavater n'est pas un rêveur.

— On devine , à la première vue, que cet homme qui porte la tête haute et le nez au vent, et qui cherche, sans pouvoir y parvenir, à imiter les airs, le ton et les manières des gens distingués avec lesquels il cause en ce moment, est de la plus basse extraction. Examinez, avec un peu d'attention , celte taille courte et ramassée, ces épaules de portefaix, ces cheveux noirs et gras, ces petits yeux de même couleur qui ne lancent que des regards obliques, ces mains dont la rougeur et les rugosités ont résisté à toutes les pâles d'amande et à tous les savons de toilette imaginables, et ces pieds d'une dimension fantastique. Croyez-vous que tout cela puisse appartenir à une nature aristocratique? Cependant cet individu se fait appeler le comte de Bon... de Bon...

— Hein? dit Roman.

— Son nom m'échappe, » répondit le poêle chevelu.

Ge n'est que depuis peu de temps que de sa propre autorité il s'est décoré d'une qualification nobiliaire; car si nous remontons jusqu'à l'année 1850 , nous le trouverons dans la principale ville de nos départements de l'ouest, prêchant la liberté, l'égalité et la fraternité. Comme il saupoudrait souvent ses harangues d'une infinité de liaisons dangereuses, ses auditeurs, à cette époque, l'avaient surnommé le Cuirassier ou le Tanneur... Au diable î je ne puis me rappeler son nom véritable , ni celui qu'il s'est donné ; au reste, si vous êtes désireux de le connaître, compulsez la Gazelle des Tribunaux : ce personnage fut pendant un temps l'ennemi politique du procureur du roi, il a eu des malheurs devant la cour d'assises.

« Après une assez sale faillite consommée en 1835, ce comte de contrebande s'enfuit en Belgique; mais les négociants qu'il avait mis dedans se plaignirent, et l'extradition du comte et de la comtesse de *** (notre homme avait emmené avec lui sa chaste épouse, à laquelle nous donnerons, si vous voulez bien le permettre, le nom de Marguerite) fut demandée et obtenue.

a De Bruxelles à la cour d'assises du département où le comte avait établi sa résidence , le trajet est long ; aussi le comte trouva les moyens de s'évader pendant sa durée , en laissant sa femme pour otage ; heureusement pour elle, les jurés ne trouvèrent pas dans la cause assez d'éléments pour éclairer leur conscience, elle fut acquittée ; mais le comte fut condamné par contumace à dix années de travaux forcés.

i Le comte, qui était en i830, ainsi que je viens de vous le dire, le coryphée du parti républicain de sa ville natale, devint tout à coup un fervent royaliste. Arrivé , je ne sais comment , à Londres, il s'engagea dans la légion étrangère que formait à cette époque don Carlos pour reconquérir son royaume, dans laquelle il obtint, je ne sais par quels moyens, le grade de capitaine.

« Le comte de***, malgré l'extérieur peu gracieux qu'il a reçu de dame Nature, sut capter la contiance du prince espagnol, qui bientôt lui confia tousses secrets. Le comte n'en demandait pas davantage. Aussi, lorsqu'il sut tout ce qu'il voulait savoir, il quitta l'armée royaliste sans tambour ni trompette , et vint trouver à Paris l'ambassadeur de Sa Majesté Marie - Christine , auquel il vendit tous les secrets de don Carlos,

14 6 CUAPITKE XIV.

« L'ambassadeur, voulant récompenser dignement les services du comte de ***, le mit en rapport avec un haut personnage, grâce aux soins duquel il fut incorporé dans une des mille polices occultes qui se heurtent et se croisent à Paris.

Le comte de*** fut immédiatement chargé parle chef d'une de ces polices d aller surveillera Bourges son ancien maître, don Carlos; mais par suite d'un malentendu entre ceux de qui il tenait cette mission et les autorités de Bourges, il (m brûlé (1) et forcé de revenir à Paris, Gros-Jean comme devant.

« A celle époque, le duc de Bordeaux devant visiter l'Italie, le comte de ***, en sa qualité d'ancien officier de l'armée de don Carlos, fut chargé d'aller lui présenter ses hommages.

i Arrivé à Rome, il fut d'abord parfaitement reçu ; on voulut bien se souvenir d'un précédent voyage qu'il avait fait à Goritz, à l'effet de protester de son attachement et de son dévouement aux princes de la branche aînée; mais, hélas! tout ici bas a un terme! Le duc de Levis, qui accompagne partout le jeune espoir des partisans

(l) Reconnu pour ce qi^il était .

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de la dynastie déchue, fit un jour prier M. le comte de *** de passer dans son cabinet.

<r — Monsieur , lui dit-il , nous vous connaissons , et nous savons quel est le rôle que vous venez jouer parmi nous. Le parti le plus sage que vous puissiez prendre , c'est de quitier Rome plus vile que vous n'y êtes venu , à moins cependant que vous ne vouliez qu'on vous y fasse un trèsmauvais parti. »

« Le comte crut devoir suivre à la lettre Pavis charitable qifi! venait de recevoir. En effet , on le regardait déjà de travers. Il s'enfuit...

« Mais, ô malheur! il trouva, en arrivant à Paris , la comtesse Marguerite et son propre neveu , dans une de ces positions à la suite desquelles un mari outragé va quérir le commissaire de police afin de le prier de constater le flagrant délit.

« C'est ce que fit le comte de '**.

« Maintenant que vous dirai-je? Que de 1835 à 4840, M. le comte de*** a gagné de quoi payer ceux qu'il avait floués en 1833; qu'il a purgé sa contumace ; qu'il exerce toujours le métier d'espion , et qu'on le paye très cher ; c'est l'histoire de beaucoup d'autres. Au reste, ce caméléon politique , qui devrait être attaché au pilori de l'opinion publique , vendra demain les hommes qu'il

S>i8 CHAPITRE XfV.

sert aujourd'hui , si la caisse des fonds secrets n'est plus à leur disposition (i).

— Et sait-on ici que cet homme est un mouchard?

— C'est probable ; cependant on te souffre , car si on le forçait de déguerpir , ceux qui le payent enverraient à sa place quelque autre individu de même farine , qui , moins connu , serait peut être plus dangereux.

— Ne nous occupons plus de ce personnage , et parlez-moi , je vous prie , de ces deux jolies petites dames,

— Oh ! ce sont péchés mignons que ceux de ces dames; mais je ne sais si je dois...

— Parlez sans crainte , cher poêle , personne ne saura rien de ce que vous allez médire.

— Vous n'êtes pas marié?

— Femme souvent varie, Bien fol est qui s'y fie.

C'est parce que ces deux vers du bon roi François Ier ne sont jamais sortis de ma mémoire, que je n'ai pas voulu choisir une ménagère.

— Puisque vous êtes garçon , je puis , sans

(l) Historique

SÏLVÎA. UO

crainte de vous blessser , vous raconter ce qui concerne ces deux dames. Je commence : Le... mari trompé , bal lu et...

— Content, s'écria Roman.

— Du tout ; mécontent, répondit le poète chevelu ; mon histoire ne ressemble pas au conte de La Fontaine.

« Depuis quelque temps on remarquait dans toutes les promenades et dans tous les lieux fréquentés habituellement par la fashion parisienne, aux Tuileries, à la messe de midi à l'Assomption, au balcon do Théâtre-Italien , une petite femme dont les formes sveltes , gracieuses et admirablement calculées, ont été modelées par la main des Amours ; cette petite femme est douée, ainsi que vous pouvez le voir , d'une physionomie qui rappelle par la régularité de ses lignes , la parfaite harmonie de ses contours et la fraîcheur de son coloris, les chefs-d'œuvre de Mignard. Ce joli visage est encadré par des cheveux plus noirs que l'ébène , et dont les boucles longues et soyeuses caressent un cou aussi blanc que l'albâtre.

« Cette gracieuse créature est l'épouse d'un comte étranger tant soit peu sauvage , despote et jaloux.

« Les lions du boulevard Iialien, qui admiraient depuis longtemps cette pierre précieuse qu'un avare voulait enfouir , prirent la résolution de la lui enlever. Celte résolution une fois prise , ils tirèrent au sort à qui tenterait de toucher le cœur de cette belle ; le hasard favorisa un gentilhomme lorrain , fidèle habitué du café Anglais et du Jockey-club , qui est doué d'une physionomie agréable, d'une taille avantageuse , et dont la lèvre supérieure est ornée d'une jolie moustache noire coupée avec soin , qui possède en un mot loul ce qui est nécessaire pour réussir dans la carrière amoureuse.

« Après une cour assez longue, ce gentilhomme obtint enfin le doux prix de ses peines. Il était heureux depuis déjà assez longtemps , lorsque le mari, dont les propos indiscrets avaient éveillé l'attention , surveilla sa volage épouse , et finit par découvrir le lieu où se réunissaient les deux amants. Cependant , soit qu'il manquât d'adresse ou de bonheur, toutes ses tentatives pour les surprendre en flagrant délit de conversation criminelle demeurèrent sans résultats. Lassé à la fin de ronger son frein en silence , il pressa et menaça tant et si bien sa pauvre petite femme, qu'elle avoua sa faute ; mais lorsqu'il voulut lui

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faire nommer son complice , celte femme , qui n'avait pas osé se défendre elle-même , retrouva de l'énergie pour épargner un danger à celui qu'elle aimait , et opposa une résistance opiniâtre aux prières , aux menaces , aux promesses de pardon que lui fit son mari ; celui-ci était furieux, il voulaitabsoîument laver dans le sang de ramant de sa femme la tache faite à son écusson ; mais toutes les démarches qu'il fit pour le découvrir furent inutiles. On dit que l'amour porte un bandeau , je crois plutôt qu'il en met un sur les yeux de ceux qui veulent troubler les plaisirs de ceux qu'il favorise.

i Le mari était d'autant plus furieux, que ses malheurs, il le savait, étaient connus des habitués de tous les cafés fashionables du boulevard Italien, et que, chaque fois qu'il entrait dans un de ces établissements, son arrivée était saluée par quelques-uns de ces sourires ironiques que les maris mêmes n'épargnent pas à ceux d'entre eux qui sont,., malheureux.

« Le pauvre mari était donc malheureux... depuis environ deux mois, lorsqu'un jour, ou plutôt un soir, ayant été, à la suite d'un bon dîner, chercher des distractions dans une de ces maisons ouvertes à tous les amateurs des plaisirs faciles,

YIDOCÇ. — T. »Ù S

l'odalisque à laquelle il avait jeté le mouchoir lui raconta sa propre histoire, en raccompagnant de commentaires assez décolletés et sans oublier les nomades personnages.

a Le pauvre homme était dans ses petits souliers ; aussi, dès que l'aurore aux doigts de rose ouvrit les portes de l'orient, il se leva sans bruit, et après s'être muni d'une paire de pistolets, il se rendit chez le gentilhomme lorrain.

Le valet de chambre de celui-ci devina de suite de quoi il s'agissait, et ne voulant pas éveiller son maître afin de lui annoncer une mauvaise nouvelle, il répondit au mari que son maître, qui s'était couché très-tard, ne serait visible qu'à deux heures après-midi, et il se plaça devant la porte de la chambre à coucher, dans l'altitude d'un homme décidé à en défendre l'entrée envers et contre tous.

« — A deux heures ! s'écria le mari, à deux heures ! mais il en est neuf à peine, et je ne puis attendre cinq heures le plaisir de brûler la cervelle à ce misérable. »

« Le valet de chambre, charmé de trouver l'occasion de résister à un maître, faisait toujours la même réponse à toutes les observations du pauvre comte.

silyia. m

« — Monsieur a tort d'insister, j'ai reçu de mon maître la consigne de ne réveiller qu'à deux heures, et il faut que je lui obéisse ; il n'est»d'ailleurs pas poli d'éveiller les gens pour les tuer. »

<l Le mari dut se résigner.

« Deux heures sonnèrent enfin ; il fut alors introduit dans l'appartement du gentilhomme lorrain, qui le reçut en bâillant.

« L'explication fut chaude, l'amant nia : en pareil cas c'est le devoir d'un galant homme ; le mari affirma ; enfin il fut convenu qu'ils se rencontreraient les armes à la main.

« Lorsque les amis du mari se présentèrent chez l'amant pour régler les condilions du combat, ce dernier prétendit qu'ayant été provoqué sans sujet, il devait avoir le choix des armes; il n'y avait pas mojen pour le mari de décliner sa position, il ne pouvait sans se couvrir de ridicule invoquer le témoignage de sa femme qui l'avait si bien... il fut donc forcé de subir la loi de son adversaire qui choisit Tépée, arme dont il se servait à merveille.

Ali î daignez m'épargner le reste.

t La bonne cause succomba (4). 1

(1) Historique,

« Voici maintenant l'histoire du second mari.

« Celui-ci est un duc de la vieille roche, qui a conservé des habitudes quelque peu régence, et qui aime surtout se moquer des époux malheureux.

« Ce noble duc aime beaucoup sa femme, il en est jaloux, très-jaloux môme, ce qui ne l'empêche pas d'avoir pour maîiresse la sœur d'une célèbre tragédienne à laquelle un malencontreux coup de sonnette fit perdre les bonnes grâces du plus grand capitaine de l'époque.

« Quelques petits faits, qui ne pouvaient du reste avoir de l'importance qu'aux yeux d'un jaloux, ayant éveillé l'attention du duc, il lui prit la fantaisie de s'assurer si ses soupçons étaient ou non fondés ; il chargea donc un de ses anciens domestiques de suivre sa femme et de lui rendre compte de toutes ses démarches. Ce domestique, bavard et indiscret comme le sont presque tous les gens de cette classe, confia l'objet de sa mission à sa femme, celle-ci à une modiste qui en parla à la femme de chambre de la duchesse qui prévint sa maîtresse ; ainsi prévenue, la duchesse se tint sur ses gardes et ne se rencontra plus avec son amant (car elle a un amant) qu'après avoir pris toutes les précautions possibles afin de

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n'être pas surprise. Le mari croyait s'être trompé, mais quelques paroles indiscrètes étant venues donner à sa jalousie un nouvel aliment, la surveillance redoubla ; mais le surveillant, malgré tout son zèle et toute sa perspicacité, fut trompé d'une manière très-adroite, et voici comment. « La femme de chambre, qui était à peu près de la même taille que sa maîtresse , se rendait les jours de rendez-vous chez une baronne amie de la duchesse : arrivée là, elle prenait un costume absolument semblable à celui que portait sa maîtresse (il est bien entendu que cette dernière avait dit à son mari quelles étaient les visites qu'elle comptait faire), et lorsque celle-ci était arrivée, elle faisait sortir son Sosie, qui , la figure couverte d'un voile épais et à mouches larges, montait dans la voiture, et le cocher, dont l'itinéraire était tracé à l'avance , continuait sa course et s'arrêtait à toutes les maisons indiquées. La femme de chambre, qui jouait à merveille le rôle de duchesse, remettait au chasseur les cartes de visite pour qu'il les déposât chez les concierges , et pendant que tout ceci se passait, la noble dame sortait de chez sa complaisante amie et se rendait dans une petite maison où l'attendait l'heureux possesseur de ses charmes,

126 CHAPITRE XSV«

« Le mari, qui de son côté redoutait la surveillance de sa femme qui , pour lui donner le change, avait quelquefois témoigné des velléités de jalousie, profitait du temps qu'elle employait à faire ses visites, (emps que du reste il ne songeait pas à trouver trop long, pour aller rendre visite à sa maîtresse.

« Ainsi que cela arrive souvent , l'amant de la femme était justement le plus intime ami du mari, qui ne lui cachait pas les moyens qu'il employait afin de tromper sa femme tout en s'assurant de sa venu.

« 11 se trouvait enfin leplus heureux des maris, si bien qu'un jour un plaisant que l'amant avait mis dans la confidence, et devant lequel il se félicitait de son bonheur, ne put s'empêcher de lui dire : « Vrai Dieu ! cher duc , je crois que vous êtes né coiffé. » Cette plaisanterie fit froncer le sourcil au noble personnage ; mais le plaisant , ayant remarqué le mouvement fébrile qui venait d'assombrir son visage, ajouta de suite : « Lorsque je dis que vous êtes né coiffé, croyez bien que c'est dans l'acception honnête du mot. i Les maris sont toujours disposés à croire qu'ils font exception à la règle générale; cependant, malgré la petite satisfaction qui venait d'être

donnée à son amour-propre, il resta sur la physionomie et dans l'esprit du duc un nuage que , malgré lous ses efforts et les rapports journaliers de son escogriffe, qui attestaient tous la conduite exemplaire de son épouse, il ne pouvait parvenir à chasser.

« Cependant, au bout de quelque temps le duc n'ayant rien appris de nouveau, se tranquillisa, et il en était arrivé à dormir sur ses deux oreilles, lorsque sa maîtresse, que ses petites contrariétés conjugales ne lui avaient pas fait oublier, manifesta le désir de voir Baden-Baden. Le duc, qui désirait raccompagner , se plaignit de violentes douleurs de nerfs , et se fit ordonner les eaux par son médecin. L'épouse, qui savait par son amant tout ce qui se passait , voulut par sa conduite justifier la bonne opinion que son mari avait d'elle ; elle lui dit qu'elle ne souffrirait pas que, pendant les trois mois qu'il devait passer dans une ville étrangère, le soin de* veiller à sa précieuse santé fût confié à des mains étrangères; elle voulait, disait-elle, être sa garde-malade; pouvait-il en trouver une plus dévouée ? Le mari fut forcé d'accepter cette preuve* de dévouement.

« Avoir à la fois auprès de lui sa femme et sa

maîtresse dans un lieu comme Baden-Baden, où personne n'ayant rien à faire , on aime assez à s'occuper des affaires de tout le monde, c'était bien la chose impossible ; cependant l'excellent mari trouva un moyen de tout concilier: il alla prier son ami intime de venir avec lui à Baden- Baden ; et comme celui-ci , pour mieux jouer son rôle, refusait, il lui dit que ce serait lui rendre un véritable service , qu'il fallait dans les relations ordinaires de la vie faire quelque chose pour ses amis, si à son tour on voulait les trouver dans l'occasion ; enfin il parla tant et si bien que le beau jeune homme voulut bien se sacrifier.

« Us partirent tous à peu de jours de distance. L'amant de la duchesse accompagnait la maîtresse du duc. Je ne puis vous dire ce qui se passa entre ces deux derniers durant le voyage. Je vous ferai seulement remarquer que le jeune homme , qui apprenait à sa maîtresse tout ce que faisait son mari, ne lui avait jamais parlé de l'artiste dramatique en question, ce qui peut laisser supposer que le noble duc était à la fois trahi par l'amitié, l'hymen et les amours.

« L'arrivée à Baden-Baden de ces quatre individus vient d'exciter rétonnement général; caries

deux tiers au moins des lions et des lionnes qui sont venus ici de Paris savent tout ce que je viens de vous raconter. Le noble duc cependant n'a pas cessé de dormir sur ses deux oreilles ; on dirait que la Providence se plaît à tenir un voile épais devant les yeux des maris qui sont presque tous sourds et aveugles. »

« Et la conclusion de ceci? dit Roman, lorsque le poêle chevelu eut terminé le récit qui précède.

— La conclusion, la voici : c'est qu'à Baden- Baden, aussi bien qu'à Paris, on rencontre souvent des niais, des sots et des fripons ;

Des observateurs par goût et par état ;

Des artistes qui n'ont d'autre mérite que celui qu'ils se donnent ;

Des hommes de lettres qui n'ont d'autre esprit que celui qu'ils pillent;

Des magistrats criblés de dettes ;

Des députés dont la conscience est à vendre ;

Des avoués, des avocats et des huissiers écorchant la pratique ;

Des banquiers usuriers ;

Des soldats , héros d'antichambre , qui n'ont jamais vu d'autre feu que celui de la cuisine ;

Des filous couverts de rubans de toutes les couleurs ;

ISO CHAPITRE XIV.

Des jeunes gens aimables et élégants dont toute la fortune est hypothéquée sur le tir aux pigeons, les cartes biseautées et les dés pipés;

Des faux dévots, des philanthropes inhumains, des millionnaires sans entrailles, des faux amis et des ingrats, des marchands sans probité, des femmes coquettes, jalouses et infidèles, et le reste. »

Lorsque Roman et le poëte chevelu se levèrent de table , la nuit était venue , et les sons mélodieux d'un orchestre nombreux annonçaient que déjà les salons venaient d'être ouverts. Nos deux héros suivirent la foule empressée des joueurs et des amateurs de la danse, et ils se séparèrent pour se livrer chacun au plaisir qu'il préferait. Le poëte alla se mêler aux groupes de jeunes élégants et de jolies femmes qui attendaient avec impatience le moment de se livrer à la danse ; Roman prit la place qu'il occupait ordinairement à la table de jeu.

La fortune élaU décidément lasse de le favoriser. Il perdit une première masse, puis une seconde , puis une troisième ; alors le peu de raison qu'il avait conservé jusqu'alors l'abandonna tout à fait; le sang lui monta à la tête, ses artères battirent avec violence, les veines de

sïltia. ni

son cou se gonflèrent ; il prit, sans les compter, les pièces d'or et les billets de banque pour les déposer sur le fatal tapis vert, et il ne s'arrêta que lorsqu'il ne trouva plus rien dans ses poches.

Il venait de perdre en moins d'une heure tout ce qu'il avait gagné depuis qu'il était à Baden- Baden.

Il sortit afin de respirer plus à son aise.

c C'est bien fait , se dit-il lorsqu'il fut sur la magnifique terrasse qui longe la maison de conversation , c'est bien fait ; je devais , ainsi que je me l'étais promis , rester au moins huit jours sans jouer. »

Roman avait recouvré tout son sang-froid au grand air, et comme après tout il ne venait de perdre que ce qu'il avait gagné précédemment , et que la somme qu'il avait apportée de Paris était encore intacte , il reprit bientôt toute sa gaieté.

Les résultats des séances qui suivirent cette dernière furent heureux ; il regagna en moins de huit* jours une somme à peu près équivalente à celle qu'il venait de perdre; puis vinrent des alternatives de pertes et de gains , qui furent en définitive suivies d'une débâcle générale qui,

iZ% CHAPITRE XIV.

en quelques séances , enleva à Roman tout ce qu'il possédait d'argent comptant.

c C'est bien , se disait-il en lâtant son portefeuille qui n'était plus gonflé de billets de banque , et en frappant sur ses poches qui ne rendaient plus ce son métallique qui résonne si agréablement aux oreilles ; c'est bien , il paraît que ma martingale n'était pas infaillible. Mais pouvais-je prévoir une série de douze rouges , suivie de trois doubles zéros noirs? Allons, c'est une affaire décidée , je ne jouerai plus ! »

11 ne restait plus à Roman que sa garde-robe , qui du reste était assez bien montée , quelques bijoux et la chaise de poste qui l'avait amené à Baden-Baden. Un de ces brocanteurs, que l'on est certain de rencontrer partout où il existe des maisons de jeu , lui acheta deux mille francs des objets qui valaient au moins le double, et Roman , qui venait de se faire à lui-même le serment de ne plus jouer , s'empressa d'aller porter sur le fatal tapis vert ses dernières pièces d'or.

N'ayant plus rien à faire à Baden-Baden, qui lui paraissait une résidence très-ennuyeuse depuis qu'il n'avait plus l'espoir de ruiner l'administration des jeux , il se détermina à reprendre la

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roule de Paris ; et pour se procurer la petite somme qu'il lui fallait pour subvenir aux frais de son voyage, il fut forcé de rendre une nouvelle visite au brocanteur et de se débarrasser d'une foule de petits objets qui avaient échappé à la première vente.

Le premier soin de Roman , en arrivant à Paris, fut de se rendre chez son ami , qui devina à sa triste mine et à son piètre équipage qu'il avait été déçu dans ses espérances.

€ Eh bien ! lui dit-il , tu ne reviens pas millionnaire , à ce qu'il paraît?

— Il s'en faut de tout , mon cher Salvador, répondit Roman en frappant sur ses poches vides. Je reviens assez semblable au philosophe Bias , c'est-à-dire que je porte avec moi toute ma fortune.

— Tu le vois , je n'avais pas tort lorsque je te disais que celte dernière tenlative ne serait pas plus heureuse que toutes les précédentes.

— Tu avais raison, je ne veux pas le nier, répondit Roman, après s'être commodément établi dans un bon fauteuil à la Voltaire ; mais si tu veux bien me le permettre , nous allons causer un peu de nos petites affaires. Fais défendre ta porte. »

Salvador sonna.

i Je n'y suis pour personne , dit-il au domestique qui se présenta,

— Monsieur le marquis a sans doute oublié , répondit le domestique, que Mme la rtiarquise de Roselly a fait dire qu'elle viendrait à une heure prendre monsieur le marquis pour l'accompagner au bois...

— Monsieur le marquis n'y est pour personne , dit Roman , pas même pour Mme la marquise de Roselly. »

Salvador fit un signe pour approuver ce que venait de dire son intendant.

Le domestique s'inclina et sortit.

« Maintenant , je t'écoute , dit Salvador lorsqu'ils furent seuls.

— Parmi les vieux proverbes qui courent le monde depuis je ne sais combien d'années , répondit Roman , il y en a un dont la vérité ne saurait être mise en doute.

— Et que dit ce proverbe ?

— 11 dit que nous voyons toujours la paille qui est dans l'œil de noire voisin , et que nous n'apercevons pas la poutre qui est dans le noire. Tu me dis que j'ai tort de jouer, qu'il est probable que si je continue je perdrai une bonne partie de ce que nous possédons...

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— Est-ce vrai?

— Je ne dis pas non ; aussi lorsque tu me fais de la morale, il y a déjà longtemps que je me suidit moi-même tout ce qu'il est possible de se dire à propos d'un pareil sujet ; mais te crois-tu assez raisonnable pour avoir le droit de me morigéner?

— Si j'avais perdu au jeu deux cent cinquante mille francs en deux ans, je crois que j'irais de suite me pendre.

— Tu ne réponds pas à ma question ; je te demande si tu te crois assez raisonnable pour avoir le droit de me morigéner?

— Je ne suis certes pas un Caton, mais je ne me crois pas aussi fou que toi.

— Les proverbes auront toujours raison.

— Eh ! tu me fais mourir avec tes proverbes. Voyons, où veux-tu en venir?

— A te prouver que tu es aussi fou que moi, si ce n'est plus.

— Je l'écoute.

— Le marquis de Fourrières en mourant nous a laissé environ soixante mille francs de rente, n'est-ce pas? C'était un fort joli denier, et nous pouvions mener tous deux une existence fort agréable en dépensant chacun trente mille francs chaque année.

— Sans doute.

— Mais j'ai joué, et j'ai fait à celte fortune une brèche...

— Trop considérable , morbleu ! deux cent cinquante mille francs en deux ans.

— J'ai eu tort, je le sais; mais puisque mon compte est établi, examinons un peu le tien.

Les réparations et l'ameublement du vieux manoir de Pourrières ont coûté , si je ne me trompe, quarante mille francs ; l'organisation et la musique de la garde nationale, dix mille francs.^ Je ne parle que pour mémoire de ces deux articles. Il fallait bien réparer et meubler convenablement notre demeure, et je ne suis pas fâché de voir briller ce chiffon rouge à ta boutonnière. Les fêtes, feux d'artifice et tout ce qui s'ensuit, vingtcinq mille francs ; ta maison, tes chevaux et tes équipages, cinquante mille écus; la maison des Champs-Elysées, les chevaux, et les équipages, les habits prune de monsieur galonnés d'or, les vestes et les culottes de panne rouge de la livrée de Mme la marquise de Roselly, au moins autant ; tout cela fait à peu près trois cent soixantecinq mille francs. Suis-je exact?

— Que trop, malheureusement.

— Nous avons donc, outre nos revenus qu'une

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foule de menues dépenses ont absorbés et au delà, dissipé plus de six cent mille francs, et à l'heure qu'il est il ne nous reste plus que trente mille francs de rente, quinze mille francs à chacun; c'est peu, n'est-ce pas?

— Il faudra bien cependant que nous finissions par nous contenter de cela.

— El le plus tôt sera le mieux ; pour ma part, j'en fais le serment solennel, jamais je ne poserai une pièce d'or sur un tapis vert.

— C'est bien ! mon ami, c'est bien !

— Ainsi, nous allons retourner à Fourrières, lu vas renoncer à les rêves d'ambition et au luxe dont lu l'es environné ; tu feras comprendre à ta maîtresse qu'il ne faut à deux amants bien épris l'un de l'autre qu'une chaumière, de frais ombrages, un clair ruisseau, des fruits et du laitage.

— Dis donc, Roman, je crois que tu te moques de moi.

— Tu le trompes, je te l'assure ; ce qui vient de m'arriver m'a fait faire de très-sérieuses réflexions, et je crois maintenant qu'il n'est pas de vie plus agréable que celle que l'on peut mener à la cain pagne. »

Roman s'était levé, et il se promenait dans le

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