UN COUP D'OF.IL EN ARRIERE
11 y avait tant de dignité dans la voix et dans l'aspect de Silvia lorsqu'elle prononça ces quelques paroles, que le brave pompier demeura tout interdit devant elle.
* Excusez, madame, dit-il enfin... excusez, je ne savais pas... Mais je reste là à causer avec vous et l'ouvrage n'est pas terminé.
— Allez, répondit Silvia, allez où le devoir vous appelle ; je ne vous oublierai pas. *
Le soldat alla se réunir aux travailleurs. Silvia, du coin où elle était blottie , le vit manœuvrer une pompe avec ardeur, et se retirer avec ses camarades lorsque l'incendie fut éteint.
11 n'avait parlé à aucun des employés de la prison, personne ne savait donc ce qui lui était arrivé.
Il lui fallait bien du courage pour jouer le rôle qu'elle venait de s'imposer ; ce courage, elle l'eut. Continuellement sur ses gardes, elle ne laissa pas soupçonner un seul instant qu'elle pouvait à l'heure qu'il était répondre , si elle le voulait, aux questions que quelquefois on lui adressait.
Sa persévérance fut enfin récompensée , les démarches du bon ecclésiastique furent couronnées de succès , et un beau matin les portes de
la prison furent ouvertes devant Silvia. Le bon prêlre lui avait remis une petite somme qu'il avait recueillie pour elle parmi plusieurs personnes charitables, et qui était destinée à subvenir aux frais du long voyage qu'elle allait soi-disant entreprendre , car elle avait fait comprendre que son intention était de retourner à Livourne, et le directeur de la prison , voulant contribuer à la bonne action de l'aumônier, lui avait fait présent du pauvre costume qu'elle portait lorsque nous l'avons vue apparaître dans l'église Notre- Dame de Lorette.
Elle aurait pu, si elle l'avait voulu, se procurer un coslume un peu moins pauvre, car la somme que lui avait remise le digne aumônier de la prison, sans être considérable, était suffisante ; mais elle avait préféré garder celui-ci , qui la rendait presque méconnaissable.
Elle alla directement de la prison à l'avenue Chateaubriand, où, comme nous le savons, était situé le pelil hôtel qu'elle habitait lorsqu'elle avait été enlevée par Beppo ; elle voulait savoir, en prenant des renseignements chez les voisins, ce qu'étaient devenus sa maison, ses gens. Hàlons-nous de dire qu'elle ne craignait pas d'êire reconnue , attendu que pendant le temps de sa