A. DE P
...Oh* destin voilà de tes coups, quitter un si bel hôtel, de si bonnes terres, de si magnifiques chevaux, c'est dur, mais qu'y faire?... La France, après tout, n'est pas le seul pays dans lequel il soit possible de
(1) Voleur du grand genre.
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vivre et de ge procurer tout ce que je vais perdre, lorsque, comme moi, ou possède tout ce qu*il faut pour réussir dans le monde, les dehors d*un homme distingué, de Taudace et une conscience peu scrupuleuse.
Salvador était un de ces hommes qui, dès qu^iis ont pris une détermination Texécutent, qualité précieuse et qui n'est malheureusement possédée que par un très-petit nombre d'individus. Il àonnà; son valet de chambre répondit de suite à cet appel.
— Vous allez de suite, dit-il, conduire Cerbère à mon pavillon de Ghoisy-le-Roi, ne le fatiguez pas surtout, je veui que demain, à la naissance du jour, il soit en état de se mettre en route.
Salvador, après avoir successivement donné à tous ceux de ses domestiques, dont la présence pouvait le gêner, des ordres qui devaient les tenir éloignés de rhôtel pendant plus de temps qu'il ne lui en fallait pour Texécuiion de ses projets, prit dans sa garde-robe ua portemanteau de voyage, qui avait appartenu à Roman, dans lequel il put faire entrer toute Targenterie de la maison et tous ses bijoux; ce soin pris, il passa chez sa femme.
Lucie, que le petit voyage qu'elle venait de faire avait extrêmement fatiguée, s'était mise au lit dès que Salvador était sorti de son appartement. Elle dormait profondément. Les derniers rayons du soleil, amortis par les rideaux de soie pourpre qui garnissaient le^ fenéues de sa chambre à coucher, tombaient d'aplomb sur son joli visage, qu'il fallait chercher au milieu d'un flot de dentelles, ravissant tableau auquel Salvador ne daigna seulement pas accorder un regard, pressé qu'il était d'accomplir le dessein qui l'avait amené chez Lucie.
Il traversa la chambre à coociier, en marcbant sur la pointe de ses pieds, et entra dans la petite pièce décorée et meublée comme celte qui existait naguère à Thôtel de Neuville, et qui servait à Lucie de boudoir et de cabinet de travail.
Il s'arrêta devant un petit meuble dans lequel sa malheureuse femme avait Thabitude de renfermer ce qu'elle possédait de plus précieux, il était fermé, mais ce léger obstacle n'arrêta pas Salvador, qui avait en le soin de se munir d'un petit trousseau de fausses clés.
Le petit meuble fut ouvert, il renfermait tous les bijoux de Lucie, une parure de rubis et d'opales, présent de madame de Villerbanne, une autre de perles, offerte par M. de Neuv lie, peu de temps avant son départ pour l'Algérie, un collier d'assez beaux diamants qui avait appartenu à sa mère, quelques belles éraeraudes, un saphir monté en broche, deux beaux camées antiques formant bracelet, une petite montre, chef-d'œuvre inappréciable de Breguet, entourée de pierres précieuses de diverses couleurs.
Tous ces bijoux étaient renfermés dans plusieurs petites bottes de maroquin. Salvador les mit pêle-mêle dans les diverses poches de son habit, puis il remit avec soin chaque boite à sa place, et referma le meuble.
Lucie venait de s'éveiller lorsqu'il sortît de la pièce dans laquelle il venait de commettre ce vol, te plus infâme peut-être de tous ceux qu'il avait commis jusqu'à ce jour.
— Comment? dit-elle à son mari, vous étiez dans ma chambre.
— Je voulais vous demander si vous vous trouviez
un peu mieux; mais lorsque je suis entré, vous dormiez d'un si bon cœur que je n'ai pas en le courage cfe vous éveiller; je suis alors entré dans votre boudoir, oh je suis resté à lire jusqu'à présent.
Lucie était bien loin de prévoir que son mari, aa moment où il lui pcodiguait les témoignages de la plus vive tendresse, se disposait à l'abandonner et qu'il venait de commettre un crime dont elle était la victime; elle crut donc devoir le remercier de sa sollicitude, et comme il était déjà tard et qu'elle voulait se lever pour dîner, elle le pria de la laisser seu*e un instant.
— Je suis désolé de ne pouvoir vous tenir compagnie, lui répondit Salvador; mais, ne sachant pas que j'aurais aujourd'hui le bonheur de vous posséder, j'ai pris un engagement auquel je ne puis manquer.
— A ce soir, en ce cas, dit Lucie en présentant sa main à son mari.
Salvador prit la main de la femme qu'il venait de dépouiller et la iserraairectueusement entre les siennes.
— A ce soir, dit-il à Lucie, à ce soir.
Laure, on le voit, se conformant à la détermination qu'elle avait prise de concert avec son mari, n'avait pas appris à son amie ce qu'elle savait sur le compte de Salvador.'
Celui-ci, dès qu'il fut sorti de l'appartement de sa femme, envoya un domestique chercher une voilure de place, dans laquelle il fit porter son portemanteau. Il quitta celte voiture, rue Saint-Dominique-d'Enfer, à la porte de l'usurier Juste, auquel il vendit tout ce qu'il avait apporté avec lui.
Le vieil arabe, sachant que son client était forcé de s'expatrier, se montra un peu plus raisonnable qu'il ne l'était ordinairement; il voulut bien se contenter d'un
i&O LES VHAIS mïstëbes
bénéGce probable defingt-cinq pour cent II remit doDc a Salvador une somme de trente mille francs en billeis de banque; celte somme, avec ce qu*il possédait déjà d'argent comptant, formait un total d'environ cinquante mille francs.
Il faisait tout à fait nuit lorsque Salvador soitit de la maison de Tusurier; un cabriolet de place, qu'il prit près la grille du Luiembourg, le conduisit à l'embarcadère du chemin de fer de Paris à Orléans.
Quelques minutes, «après, il arrivait à Choisy-le-Roi, et s'enfermait dans le pavillon des Gardes; il envoya à l'auberge le domestique qui avait amené le cheval, en lui donnant ordre de l'y attendre jusqu'au lendemain midi; il voulait qu*il ne retournât à Paris que lorsque lui-même aurait depuis longtemps déjà quitté Gholsyle-Roi.
Salvador, dans la prévision d'un malheur possible, faisait déposer entre ses mains, par ses domestiques, les divers papiers dont ils étaient porteurs; il passai une partie de la nuit à préparer pour son usage tous ceux qui lui étaient nécessaires; il lava un passe-port« un acte de naissa^pe, un certiûcat de libération, il remplit ensuite ces actes d'indications applicables à sa personne;, nous devons ajouter que ces diverses opérations furent faites avec un tel soin et une si merveilleuse adresse, que les pièces falsifiées auraient supporté victorieusement l'examen de l'œil le plus exercé.
 la naissance du jour, il renferma dans son portemanteau ce qu'il trouva au pavillon de linge et d'habits; il sella son cheval et glissa dans ses fontes une paire d'excellents pistolets; il avait coupé sa barbe, ses moustaches et ses favoris, et s'était couvert d'hab lie-
DB PARIS. ihi
mente beéiicoo[> plus simples que ceux qu'il portait la veiile.
Il se ipit en roule.
— Le marquis de Fourrières n'existe plus, se dit-il lorsqu'il eut laissé derrière lui le pavillon qu'il venait de quitter, le diable protégera sans doute Louis Rous* seau, commis voyageur de la maison Biot et compagnie, de Marseille; il doit bien cela à un de ses futurs hôtes. '