InsUuclion
Salvador était depuis deux jours à Melan. Il maudissait le hasard qui avait amené près de lui le paysan qui Tavaii reconnu, et comme malgré tous les efforts de sa fertile imagination, il n'était pas encore parvenu à fabriquer une histoire de nature à justiGer la position dans laquelle il se trouvait placé, lorsque le substitut revint près de lui, il refusa de répondre à ses ques* tions, alléguant qu'il était encore beaucoup trop faible pour supporter les fatigues d'un interrogatoire.
Le substitut enveloppé dans une robe de chambre
r> LES VRAIS MYSTÈBE8
à ramages, les pieds dans des babouches brodées qa'tt devait à l'amitié de la femme du sous-préfet, cherchait en savourant une tasse de chocolat le motif qui avait pu déterminer un aussi noble personnage que M. le marquis de Fourrières à prendre un nom roturier et la qualité de commis- voyageur, lorsque sa servante lui apporta son Journal ; le premier article qui lui tomba sous les yeux était intitulé : « Une bande de voleurs. — Arrestation d'un noblepersonnage soup* çonné d^en être le chef. — Circonstances extraordinaires, n
Nous rapporterons en entier cet article, qui lorsqall parut, produi^t une sensation telle, qu'elle fit, pour on moment, diversion aux graves préoccupations politiques de Tépoque; voici en quels termes il était rédigé :
« Il s*est passé tant de choses extraordinaires depuis le commencement de ce siècle, que rien de ce qui aiy rive maintenant n'a le privilège de nous étonner; noui coyons cependant que le récit des événements que nous allons raconter à nos lecteurs les fera sortie pour un moment de leur indifférence habituelle, eji qp'après nous avoir lus. Ils n'attendront pas, sanb éprouver une ceryiine Impatience, le procès auquel œs événements ne peuvent manqiKr de donner nais* nance.
»I>epuis longtemps déjà, des vois, des assassinats même, commis avec une audace et une adresse^ onr ainâ dire inconcevables, venaient à chaque instant épouvanter la population parisienne; de plus, les circonstances qui souvent accompagnaient la perpétration de ces crimes, la qualité des personnes qui en étaient les victimes, faisaient conjecturer que ceux
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qai les commettaient étaient nombreux et qu'ils avaient conservé des relations dans la meilleure compagnie*
»La police cependant ne restait pas oisive; elle visi«> tait souvent les lieux suspects de la capitale; ses plus adroits agents étaient constamment en campagne; mais elle n'obtenait que des résultats insignifiants, ceux qu'elle désirait tant rencontrer, Protées insaisissables, savaient se soustraire à toutes les recherches; chaque fois que la police^ croyait tenir un fil de nature à la guider, ce fil se rompait avant qu'il eût été possible de s'en servir; ainsi, par exemple, les pierres précieuses volées au comte i(alien Coloredo, et celles volées au joaillier Loiseau, furent retrouvées les premières, ches un juif d'Amsterdam, les secondes chez un de ces brocanteurs de la cité de Londres, auxquels les Anglais ont donné le nom de lombards; mais ces individus, sur lesquels l'autorité française n'avait pas d'action, ne purent ou plutôt ne voulurent pas faire connaître les personnes auxquelles ils les avaient achetées,
»0n avait presque perdu l'espoir de mettre la mata sur ces audacieux malfaiteurs, lorsque dernièrement un individu se présenta devant le chef de la police de sûreté, et lui offrit ses services, promettant, s'il le^ acceptait de mettre bientôt entre les mains de la justice les chefs et les bandits qui composaient la bande dont les déprédations désolaient la capitale; les oflhes de cet homme, qui s'exprimait convenablement, qui paraissait à la fois intelligent, résolu, et ce qui est plus extraordinaire, qui fit de suite, et sans hésitation, connaître son nom et son domicile, furent acceptées avec le plus vif empressement.
» Peu de temps après, et grâce aux indications fournies par cet homme, on arrêtait dans une cachette
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pratiquée dans la partie la plus reculée d'une maison suspecte de la rue de la Tannerie, plusieurs individus connus pour des voleurs et des assassins de profession que Ton cherchait depuis longtemps sans pouvoir les dé* couvrir. Quelques-uns d'entre eux voulurent bien faire des révélations, desquelles on pouvait conclure ced» que pendant fort longtemps les individus arrêtés rue de la Tannerie avaient été dirigés par trois hommes qu'ils ne connaissaient que sous les noms de Rupin* du grand Richard, et du Provençal; qu'ils n'étaient» pour ainsi dire, que les valets de ces trois individus mystérieux qui leur donnaient en argent une partie de la valeur des objets volés, vendus ensuite à un riche receleur, que les révélateurs ne pouvaient faire connaître, attendu qu'il n'était connu que de la nommée Marie-Madeleine-Golette Comtois, dite Sans-Refus, maltresse de la maison dans laquelle ils avaient été arrêtés.
•Cette femme s'était échappée, grâce à la coupable complaisance d'un des agents qui accompagnaient le commissaire de police chargé de l'opération qui avait amené l'arrestation de tous ces malfaiteurs; la police perdait donc encore une fois le ûl conducteur qui pouvait la mettre sur la trace des hommes dangereux qu'elle voulait absolument découvrir.
' » L'individu auquel on devait la capture que l'on venait de faire, avait été blessé assez grièvement par un des bandits furieux sans doute d'avoir été pris pour dupe; lorsqu'il eût recouvré la santé, il vint annoncer au chef de la police de sûreté qu'il avait enfin découvert quels étaient les individus qui se faisaient appeler Rupin, le grand Richard et le Provençal. »
( Le journaliste racontait ici les diverces circon-
Stances qui avaient accompagmS Tarrestation du vi^ comte de Lussan, la mort de Beppo, la visite faite à rhôiel de Pourrières, la circonstance relative au portrait, puis il continuait ainsi) :
«Ainsi, la déclaration de ce domestique, dont la bonne foi ne pouvait être mise en doute, venait d'apprendre que le marquis de Pourrières avait, à une époque où il se faisait nommer le vicomte de Létang, commis à Turin, une tentative de vol suivie d'une tentative d'assassinat sur la personne du nommé Paolo, domestique du banquier Garmagnola, et rapprochée de nouvelles lumières que le hasard fit arriver à la justice, elle permettait de supposer que le nommé Rupin ( ne sachant quel nom donner à cet individu, nous lui conserverons celui sous lequel il est connu de ses complices), n'avait pas plus le droit aujourd'hui de porter le nom du marquis de Pourrières, qu'il ne Tavait eu Jadis de se parer de celui de vicomte de Létang. »
(Ici, le récit de ce qui s'était passé précédemment, relativement à Fortuné et à la femme Adélaïde Moulin.^
« La femme Adélaïde Moulin, continuait le Journaliste après avoir fait le récit de ces événements que nos lecteurs connaissent déjà, n'était pas digne d^nspirer une grande confiance; cette femme qui a déjà subi plusieurs condamnations Correctionnelles, est en ce moment détenue à la conciergerie, comme accusée de faux en écriture de commerce; aussi, entre ses allégations et celles du marquis de Pourrières, il n'jF avait pas à hésiter; aussi, ce ne fut que parce qu'il portait un vif intérêt au Jeune homme, que la femme Adélaïde Moulin prétend être le fils du marquis Alexis de Pourrières, que le juge d'instruction auquel elle a
fait les révélations qui concernent ce Jeune s'était (léteroiiné à écrire à Genève afin d'obtenir des magistrats municipaux de cette viiie des renseigne^ ments de nature à éclairer sa conscience; mais les événements qui viennent de surgir ont totalement changé sa manière de voir; il est maintenant bien convaincu que la femme Adélaïde Moulin, en ce roonent détenue à la Conciergerie, est bien la même que celle à qui fut confiée la mission de prendre soin du tb du marquis Alexis de Fourrières, et que l*hommeqoi porte actuellement ce nom n'est qu'an imposteur qui s'est emparé, probablement à l'aide d*an crime, d'an nom et d'une fortune qui ne lui appartiennent pas.
»Nous ne craignons pa»de dire qœ nous parHi* geons l'avis de cet honorable ms^istrat, et que faisons des vœux sincères pour que les efibrts que i doute il va faire pour arriver à la découverte de la vérité, soient couronnés du plus heureox succès.
»Les papiers saisis chez le marquis de Fourrières ou plutôt chez l'homme qui porte ce nom, ont été examinés avec le plus grand soin; cet examen a révété des faits graves, que nous ferions connaître à nos lecteurs si nous n'avions pas la crainte de nuire à l'actimi de la justice.
»Le vicomte de Lussan (on ne peutdu moins cod« tester sa noblesse à cet homme qui est en réalité le dernier rejeton d'une des plus illustres fumilles de ia Bretagne)/eNt fort tranquille; il paraît ne point redoo* ter les résultats de la position dans laquelle il se trouve placé; il traite ses gardiens avec une morgue tout à fait aristocratique, et se plaint à chaque instant de ce qu'on n'a pas pour loi les égards qui sont dus à un homme de sa qualité. »
D£ PARIS. il
Le substitut, après avoir lu cet article, écrivit h Paris, afin de prévenir la Justice de cette ville que le liasard ayant mis entre ses niains Thommequi se faisait appeler le marquis de Fourrières, il tenait cet homme à sa disposition.
Il reçut immédiatement Tordre de faire transporter de suite à Paris, sous bonne escorte, son prisonnier, ai toutefois il était en état de supporter les fatigues du voyage.
Les blessures de Salvador étaient, ainsi que nous Tavons déjà dit, beaucoup moins dangereuses qu'on ne Tavait cru d'abord; aussi les médecins déclarèrentils qu'il était très-transportable si Von voulait bien prendre certaines prêt autions»
— Je suis perdu! se dit Salvador, loi'squ'un huissier nprès lui avoir remis la copie d'un mandat d'amener décerné par un des juges d'Instruction de la Seine, lui signifia que le lendemain matin Userait conduit à Paris; Je suis perdu ou à peu près! Ah! bah! continua-til après quelques instants de réflexion, on ne peut, après tout, me reprocher que quelques peccadilles qui sont encore bien loin d'être prouvées; allons, allons, si le vicomte de Lussan, si Silvia qui doivent être arrêtés, se montrent aussi discrets que je le serai, je pourrai peut^tre me tirer, ainsi qii'eux, de ce mauvais pas.
Des ordres avaient été donnés an directeur de la Conciergerie pour que Salvador fût mis au secret le phis rigoureux; il fut en conséquence déposé, dès son arrivée à Paris, dans une des cellules du bâtiment des femmes.
Il passa près de deux mois dans cette cellule avant d'être complètement guéri. Il n'avait reçu pendant ce long espace de temps, d'autres visites que celles des
gardiens qui lai apportaient sa pitance quotidienne, et du médecin qui pansait ses blessures. Aussi, lorsque Ton vint le c4iereber pour le conduire devant le magistrat insiructeurjl éprouva un vif sentiment de plaisir.
Nous avons négligé de dire que les bandits commandés par Biaise le PetkCbrist, s^étaient contentés de lui enlever son portefeuille et sa bourse, qui contenait une somme assez forte en or, et qu'ils lui avaient laissé son portemanteau qui renfermait, outre une quantité raisonnable de linge et d'habits, environ cinq cents francs en argent destinés à subvenir aux premiers frais de la route. Comme on n'avait pas cru devoir saisir ce portemanteau, tout ce qu'il contenait avait été déposé au greffe; il n'avait donc manqué de rien depuis qa*il était en prison. Aussi, il flt pour se rendre devant le magistrat instructeur, une toilette soignée et il suivit gaiement le gendarme chargé de le conditire«
L'instruction avait été confiée au juge qui l'avait fait demander peu de temps auparavant, relativement à Fortuné. Ce magistrat était un de ces hommes froids, qui ne laissent jamais paraître sur leur visage la trace des émotions qu'ils éprouvent, qui saisissent au premier coup d'œil tous les détails d'une alTaire, qui ne laissent rien échapper, dont la mémoire est prodigieuse, et qui savent tirer un parti avantageux de la circonstance en apparence la plus indifférente; il était en un mot doué de toutes les qualités qu'il fallait pos* séder pour êu*e en état de tenir tête à un homme aussi rusé que Salvador.
Nous rapporterons assez longuement les phases diverses de cette instruction qui devait successivement amener la découverte de tous les crimes commis par Salvador.
DK PAMA» i%
— ^Votre nom? demanda le Juge lorsqae Salvador se fut assis sur le siège qui lui était destiné»
*- Aleiis, marquis de Fourrières^ né au ch&teaa de Fourrières, département du Var, arrondlflse^lçat de Brignoles*
— Vous *étes, à ce que vous assures, le marquis Alexis de Fourrières? Je dois vous prévenir que vous seres forcé de prouver que ces noms et ce titre» que Ton a l'intention de vous contester, vous appartiennent réellement; si vous n*étes pas ce que vous paraissez être, un aveu sincère disposerait peut-être la justice à vous traiter avec une indulgence dont en ce cas, vous auriez probablement extrêmement besoin*
— Je ne sais, monsieur, dans quel but vous me faites cette observation; piais je suis, grâce à Dieu, en état de prouver, lorsque cela sera nécessaire, que je suis bien le fils unique de M. le marquis Hector de Fourrières, capitaine à Tarmée des princes...
— C'est bien. Je vous devais Tavertissement que je viens de vous donner. Répondes maintenant aux questions que je vais vous adresser :
— Vous avez été arriêté dans le bois de Bougeaux par des bandits qui vous ont dépouillé de tout ce que vous possédiez, et laissé pour mort sur la route?
— Il est vrai.
-^ Vous avez été relevé par une patrouille dé gendarmerie et porté à Melun?
— C'est encore vrai.
— Lorsque, grâce aux soins qui vous ont été donnés, TOUS avez eu recouvré l'usage de vos facultés, vous avez été interrogé par M. le substitut du procureur du roi de cette ville; vous avez rapporté à ce magistrat les diverses circonstances de l'attentat dont vous avez
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ih LES VRAIS MYSTÈRES
éié la viaime, circonstances, je dois lé dire, doit des faits ultérieurs sont venus démontrer la rigoureuse exactitude; cependant, lorsqu^il a fallu signer votre déclaration, vous avez pris le nom de Louis Rousseau, commis voyageur de la maison Biot et compagnie, de Marseille. Pourquoi cela?
— Je ne voulais pas, dans la crainte de causer de trop vives inquiétudes à ma femme et à mes amis, qu'ils apprissent par d'autres que par moi, Tévénement dont je venais d'être la victime; j'avais l'intention d'apprendre plus tard à M. le substitut du procureur du roi quel était mon vériuble nom.
~ N'était-ce pas plutôt, parce qu'uyant été averti que des poursuites allaient être dirigées contre vous, vous vouliez cacher le nom sous lequel vous êtes connu, que vous preniez celui de Louis Rousseau?
— Il vous est loisible, monsieur, de me supposer une intention à la convenance de l'accusation.
— Mais, si telle n'était pas votre intention, pourquoi étiez-vous porteur d'un passe-port au nom de Louis Rousseau?
-— Je ne me suis pas servi d'un passe-port au nom de Louis Rousseaul dit Salvador, qui savait fort bien que ceuY qui l'avaient dépouillé avaient enlevé son portefeuilic et tout ce qu'il contenait.
—Le voici, répondit le juge d'instruction, et il montrait à Salvador le passe-port qu'il avait préparé à Gboisy*le-Roi pendant la nuit qui précéda son départ. Le reconnaissez-vous?
Salvador refusa de répondre.
— Vous auriez tort de uler l'évidence , reprit le Juge. Ce passe-port a été saisi sur un homme récemment arrêté à Gompiègne, au moment où il tentait de
Bintroduire dans ane église dont il voulait voler les vases sacrés. Cet homme est convenu qu*il faisait partie de la bande du nommé Biaise, dit le Petit-Christ» par laquelle vous avez été attaqué, et que c*était à un voyageur dont il a donné le signalement qui s*applique parfaitement à votre personne, qu'il avait volé ce passe-port. Qu*avez-vous à répondre?
— Rien, quant à présent.
— C'est Uen. Vous savez sans doute quels sont les crimes dont on vous accuse?
— On peut, monsieur, m*accuser d'être rauteur d*nne inûnité de crimes; mais conHue Je ne me rappelle pas en avoir commis un seul, je me vois forcé de confesser mon ignorance.
— Je vais vous rapprendre : Depuis longtemps une bande de malfaiteurs désolait la capitale; tous les Jours un nonveaa crime venait épouvanter la population parisienne. Eh bienl Ton prétend que les chefs de cette bande n'étaient autres que vous, - le vicomte de Lussan, et un troisième individu connu seulement sons le nom du Provençal.
— Ahl on prétend cela? Eh bien monsieur, c'est ce qu'il faudra prouver, et je crois que ce sera trèsdifficile.
— Moins peut-être que vous ne le pensez. Connaissez-vous le vicomte de Lussan?
•— Beaucoup; M. de Lussan est un de mes meilleurs amis.
— Connaissez-vous la nommée Marie-Madeleine- Golette Comtois, dite Sans-Refus?
— Je n'ai jamais entendu parler de cette femme.
— Vous n'êtes jamais allé dans une maison suspecte de la rue de la Tannerie, n. 31?
lé LES VRAIS MYSTÈRES
--JamaiSè
— ^Celait cepeQéaot cbez cette femme que se rénnis» sait ta bande dont on vous accuse d'être ou d'avoir été un des cfaefe? .
*-^ Je ne connais pas plus les hommes qui composaient cette bande, que je ne connais le lieu où lis se réunissaient.
— Connaissez- vous l'individu connu sous le nom du Provençal?
— Je ne sais de qui vous voulez parler.
^ Cet individu ne serait-il pas le même que le nommé Lebrun, voure intendant?
. — Je ne le pense pas; je ne pois cependant nier absolument un fait que j'ignore; mon intendant était à peu prèsflMiitre de tout son temps; Je ne sais à quoi il l'employait lorsqu'il n'était pas à l'hôtel, et après tout, en admettani comme possible qu'il se soit lié avec une bande de nalÊiiteurs, suis-je responsable de ses actes?
-^ Aviez^ous sujet de vous plaindre du nommé Lebrun?
*- Non, M. Lebrun était un excellent serviteur.
— Il sera cependant établi que cet homme qui était, à ce que vous assurez, un excellent serviteur, était joueur, qo*il passait toutes ses soirées dans un tripot clandestin de la rue Richelieu.
•^ Vous m'apprenez un fait que j'ai ignoré jusqu'à ce jour.
— Peut-être!
Le juge prit dans une volumineuse collection de pièces placée devant lui, une letu-e que Salvador reconnut de suite pour une de celles que Silvia lui avait adressées pendant le temps qu'il habitait le château de
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Fourrières avec sa femme. Il avait lliabitode de brûler toutes celles des lettres qu'il recevait qui étaient de nature à le comproraettt*e, mais il avait fait une eiception en flivenr de celle que le juge tenait entt^ ses mainst qui pouvait, dans te cas où il aurait eu à se pMidre de Sîlvia, lui servir à la perdre.
— Vous connaissez « dit le Juge, la marquise de Roselly?
— Tout Paris sait que depuis kmgtemps Je suis lié avec cette dame.
— Voici une lettre écrite par la marquise et qui vous est adressée, lettre que vousavei reçae, puisque c'est chez vous qu'elle a été trouvée, et qui prouve surabondamment que vous saviez fort bien que le nommé Lebrun jouait et perdait souvent des sommes eoiisidérables.
— Ehl mon Dieu, monsieur. Je n'avais pas cru qu'il fût bien nécessaire de vous apprendre que ce malheureux était en effet un Joueur effréné.
— Cet homme a été assassiné dans la nuit du 10 au 11 septembre dernier, ainsi que le constate le procès-verbal du comndssaire de police qui a relevé le cadavre, et votre propre dédaraiien faite le surleudemain devant le même commissaire de police.
— D'accord.
-^ On prétend que c'est vous qui, pour vous débarrasser de qet homme, qui, ainsi que Je viens de vous le dire, Jouait et perdait des sommes considérables qu'il ne pouvait prendre que dans votre caisse, l'avez assassiné.
— Je ferai à cette nouvelle accusation la réponse que fat foite k celle que vous formuHes tout à l'heure : il faudra prouver.
— Cest ce que nous allons tenter de fiiire; reeonnaissez^vous ces objets?
Le joge montrait à Salvador un petit carnet en écaille orné d'incrustations en or, qui avait apparleou à Roman, et une tabatière de platine; Salvador reconnnt parfaitement ces deux objets, mais ne sachant quel parti on en pouvait tirer contre lui, il crut ne pas devoir en convenir.
— Je ne les ai jamais vus, répondit-il.
—Ces objets appartenaient à votre intendant.
— C'est possible.
--- Ils ont été saisis chez vous.
— Qu'est-ce que cela prouve?
Le juge ouvrit le carnet et il en tira une de ces cartes partagées en colonnes horizontales surmontées de lettres rouges et noires, sur lesquelles les joueurs marquent, à Taide d'une épingle, les phases diverses du jeu; cette carte, sur laquelle était indiquée une série de vingt et une noires suivie d'intermittences, ainsi da reste que plusieurs autres renfermées dans le carnet, portait écrite de la maki de Roman la date du jour ok elle avait servi, 10 septembre.
— Ce carnet, continua le juge, était, ainsi que cette tabatière, entre les mains de la victime peu d^beures avant sa mort, des témoins l'ont déclaré, et cette date écrite de la main de Lebrun, vient donner une force singulière à leurs déclarations; qu'avez-vous à ré* pondre?
—Rien.
— Mais vous oubliez, sans doute, que c'est chez vous, dans votre appartement, que ces objets ont été saisis et qu'ils ne peuvent y avoir été apportés que par l'a
— G*e8t possible; mais Je ne sois arrivé à Paris que dans la journée qui suivit la noit durant laquelle l'assassinat fut commis; cela sera attesté au besoin par tons mes domestiques.
— A mon tour, je vous dirai c'est possible, mais des renseignements ont été pris et voici ce qu'ils ont appris : Vous êtes parti de Pourrièrespour vous rendre à Paris, mais au lieu de vous y rendre directement, vous vous êtes arrêté à Melun où vous êtes descendu à Tbôtei de la Galère; vous avez quitté cette ville le 10 septembre, après un séjour de quelques heures, et le lendemain, il, vous y êtes revenu afin de prendre votre cbaise de poste que vous aviez laissée à Thôtel; c'est effectivement dans la journée du il que vous êtes arrivé chei vous; mais il reste une nuit, celle du 10 au 11, pendant laquelle on ne sait ce que vous êtes devenu, et c'est pendant cette nuit que le nommé Lebrun a été assassiné; ces diverses circonstances sont graves.
— Très-graves, en effet, mais pas assez cependant pour qu'il soit permis de me croire Tauieur d'un crime que je n'avais aucun intérêt à commettre.
— Mais vous aviez, au contraire, un immense Intérêt à le commettre ce crime, si, comme on le prétend, votre intendant vous volait pour se procurer les moyens de satisfaire sa fatale passion,
—En vérité, monsieur, vous tirez de faits, en réalité insigniûants, des conséquences bien rigoureuses; ne pouvais-je, si j'avais eu à me plaindre de mon intendant, le renvoyer, le livrer même à la justice?
— liais si, comme on le prétend, ce Lebrun n'était antre que l'individu connu sous le nom du Provençal»
Sd LES VBAIS MYSTÈRES
TOUS ne pouvez, imisqvtl était votre eotnpKce, ni le remroyer ni le livrer è la Jastice.
^ Mais il n^est pas plus proQVé, Je crofs, <|iie eê malheareiii était celui que voos déaj^nei soqs le nom fin Provençal, qu'il ne sera prouvé que Je ne suis pae te marquis Aleiis de Fourrières.
Le jugfe tira le cordonile sonnette placé près de M et dit quelques mots à Toreitle du garçon de inrean qui se présenta à cet appel; cet lioaime sortit, et, quel*' ques nrinutes après, il apporta dans le eabinet du Juge une petite caisse en bois blanc qu'il déposa sur une table; des gendarmes faisaient, en même temps entrer deux individus bien connus de Salvador.
C'étaient le grand Louis et Charles la beHe Gra* vate.
-^Connaissez-vous ces deux hommes? dit le juge è Salvador lorsque les deux bandits Airent placés.
•^ Je les vols aojourdliui pour la première fois, répondit-il.
— Ah! Rupin, s'écria le grand Louis, tu renies les amis, ce n'est pas bien.
— I^uisquejte dis, ajouta Charles la belle Cravate, qu'il fera le fier jusqu'à la guillotine.
— Ainsi, dit le juge en s'adressent au grand Lonfs auquel il désigna Salvador, vous connaissex monsieur?
— Parfaitement, monsieur, c'est Rupin.
Charles la belle Cravate, interrogé à son tour, fit une réponse semblable.
— Vous ne le connaisses que soos le nom de Rupin?
•-Seulement soos ce nom, M. le Juge, répondit le grand Louis, mais je sais que Rupin est un groa per»
Il qa*ii est riche; ahl bII n^avait pas, aidé de ses deux amis, le grand Richard et le Provenu çtl, iUÊfoyé dans l*a«tre monde Délicat, Goeo-Des* braîseset Rolet le mauvais gueux, c^est ceux«là qui ?«U9 «a auraieQt appris tie iielles; ils avaient décou* vert le pot aux roses de ces messieurs, mais ça ieurVy a coûté kl vie à ces pauvres diables,
—Noos parlerons plus tard de cette allhire, dit le juge, qui donna l'ordre à son greffier d*ouvrlr la caisse de bois blanc que le garçon de bureau venait d\ip* porter.
Le greffier obéit, il onvHt la caisse et en dra un masque en cire, qu'il remit an juge.
Le juge enleva les papiers de soie dont il était enve* loppé^eile montra à Salvador.
— Romani s^écria celui-ci, en Jetant sa télt en arrière, le masque était si ressemblant qu'il avait cm d'abord que c'était la tête de son complice que l'on venait de placer devant lui, et la frayeur qu'il avait éprouvée, lui avait arraché une exclamation dont il comprit toute l'imprudfcnce, lorsqu'il entendit le Juge dire à son greffier :
— Ecrivez, qu'ayant montré à Taccusé le masque en cire de l'homme assasmné rue de Gourcelles, dans la nuit du 10 au il septembre dernier, il a éprouvé un violent mouvement de surprise, et qu'il s'est écrié : Romani ce qui permet de supposer que ce nom eist celui de l'individu connu jusqu'à présent sous celui de Lebrun,
Le masque fut ensuite montré au grand Louis et à Charles la belle Cravate.
C'est le portrait du Provençall s'écrièrent-ils tous deux, il estliien ressemblant.
23 LES TfiAIS MYSTÈRES
Après cet incident, le Jage recommença à interroger Salyador,
— Vous le voyez, lui dit-il, ces deax iodivîdiis qui ne sont antre chose, ils en conviennent, que des voleurs de profession, vous reconnaissent parfaitement,
— Mais, moi. Je ne les connais pas, et comme la profession qu*ils exercent, nVst pas, je le suppose, un titre à la confiance. Je crois qu*entre leur affirmation et ma négation, il ne doit pas être permis d^hésiter.
— Si vrmment vous n'êtes pas celui qn% nomment Rupin, si vraiment vous n'êtes Jamais allé dans la maison Sans-Refus, à quel motif attribuez-vous la reooiH naissance formelle de ces deux hommes.
— Eh! que sais-je, à Tenvie de se rendre importants peut-être; si vous voulez me permettre d'adresser quelques questions à Tnn ou à l'autre de ces deux misérables, je crois qu'il me sera possible de vous proover qu'ils ne sont que des imposteurs.
Ayant obtenu du Juge la permission qu'U demandait, Salvador s'adressa au grand Louis.
— - Vous me connaissez? dit-il à ce bandit.
— Pardine, répondit grand Louis, je suis payé pour ça, je sens encore sur mes épaules les coups de canne que vous m'avez donnés.
— rétais avec le grand Richard, le Provençal l'un des chefs de la bande qui se réunissait chez cette femme, à laquelle vous avez donné le nom de la Sans- Refus?
— Mais, certainement, même que si vous n'aviez pas cessé de venjr chez nous, nous ne serions peut-être pas dans l'embarras onsque nous sommes*
DE pauis. 2S
— Afiwi, J'étais un de vos chefs, j'allais à une époque plus ou moins éloignée, vous visiter dans votre tanière. Je volais avec vous?
— Pardi, c'est prouvé n'est-ce pas la belle Cravate? ^ C'est prouvé répondit Charles, il faudra qu'il
paye, le Rupin, et plus cher qu'au marché encore.
— Puisqu'il en est ainsi, ajouta Salvador, parmi la multitude de vols dont vous êtes accusés, il en est au moins un auquel vous pourrez prouver que j'ai co* opéré. Lorsque vous aurez fait cette preuve, je confesserai que Je suis votre complice, mais jusque-là, continua-t-il, en s'adressant au juge, il me sera permis de m'étonner que le témoignage de semblables misérables puisse atteindre un homme comme mol.
A cette sortie, sur l'effet de laquelle Salvador coraptait beaucoup, le juge répondit que l'on ne pouvait encore formuler contre lui une accusation de vol, qu'il n'y avait contre lui que des présomptions à ce sujet, mais que comme il était prouvé jusqu'à Tévidence, qu'il était allé plusieurs fois déguisé chez la Sans-Refus, il était permis de supposer qu'il avait pris une part active aux déprédations commises par les bandits qui l'accusaient, soit en les aidant de sa personne ou de ses conseils, soit en leur faisant acheter les objets volés par la mère Sans-Refus.
— Mais, monsieur, s'écria Salvador, vivement contrarié de ce que sa sortie n'avait pas produit l'effet qu'il en attendait, lorsque j'affirme que je ne suis jamais allé dans cette maison, et que je n'ai contre moi que le témoignage de misérables semblables à ceuxci, je dois être cru!
— Malheureusement pour vous, des preuves écrites, que vous ne songerez pas à contester puisque
2/| LES TRi.18 MYSTÈRES
c'est de vous qu'elles émanent* vienDent sejoMre ni témoignage de ces misérables.
— Je ne tous comprends pas, raonsleHr, répondit Salvador.
Le juge prît dans la liasse de pafMers une lettre qull remit à Salvador, qui pâlit en la reconnaissant.
Celte lettre était celle qu'il avait écrite à Lucie en lui renvoyant le carnet qu'elle avait perdu chei la mère Sans*Refus.
— Madame de Fourrières a été interrogée, dit ii juge, et malgré le désir bien naturel qu'elle avait de ne pas vous compromettre, elle a été forcée de faire connaître à la justice les événements qui ont précédé votre mariage avec elle; c'est dans la maison de la Sans-Refus où elle se trouvait par suite d'un événement dont elle nous a rapporté tous les détails, qu'elle vous rencontra pour la première fois; nous direivous, comme à cette malheureuse femme, que vous n'étiez allé dans cette maison que pour étudier les mœurs excentriques de ta capitale ?
— Monsieur, répondit Salvador, l'interrogatoire que vous fne faites subir dure depuis déjà fort long'* temps ; je suis et vous-même vous devez être très-fatigué; l'état de faiblesse dans lequel je me trouve par suite de mes blessures, me force de vous prier de remetu-e la suite de cet interrogatoire à demain ou au jour qui vous paraîtra le plus convenable.
Le juge ne crut pas devoir refuser Salvador qui, en effet, paraissait irès-fatigué; il donna, en conséquence, aux gendarmes qui Pavaient amené, Tordre de le reconduire en prison, après Tavoir averti de se tenir prêt pour le surlendemain, et lui avoir dit que son pretnier interrogatoire roulerait sur ce triple assassi-
Mt q«V)n J'accosaU d'avoir commis de complicité avec le vicomte de Lussan et le Provençal sar la personne des nommés Délicat, Desbraises, dit Coco, et Rolet, dit le mauvais gueux.
— Je suis beaucoup plus malade que je ne le croyais, se dit Salvador lorsqu'il se trouva seul dans la cellule 4]o'il occupait à la Conciergerie, et il se jeta sur son lit où il demeura assez longtemps la tête ca* cbée entre ses mains; en effet, il n*avait encore subi qu'une seule épreuve, et il ne pouvait se dissimuler que la justice leoait entre ses mains le fil qui devait k conduire à la découverte de tous les crimes qu'il avait commis : il était déjà à peu près prouvé qu'il était Tableur de l'assassinat dont Roman avait été la victime, et sa présence chez la mère Sans-Refus qu'il ne pouvait songer à nier plus longtemps et qu'il ne pourrait expliquer, devait permettre d'ajouter une foi entière aux déclarations des bandits qui prétendaient qu'il avait coopéré aux méfaits dont ils s'étaient rendus coupables*
— Ma tête vacille sur mes épaules, continua-t-il lorsqu'il se releva, tombera-t-elle? Ma foi, je n'en sais rien; il s'agit, quant à présent, de la défendre avec adresse et courage. Ce n'est que lorsque je serai dans la fatale charrette qu'il me sera permis de me désoler.
Salvador en était là de son monologue, lorsque le gardien, qui lui apportait habituellement la maigre pitance allouée par la munificence administrative à chaque prisonnier, entra dans sa cellule.
— Je suis si content du résultat de mon premier interrogatoire, loi dit-il, que je veux le célébrer par une petite fête; ayez donc la bonté dem'apporter quelques mets délicats, une bouteille de bon vin et du
26 LES yJUIS MYSTÈRES
café, si cela est possible; voos demanderei de rargeat au greffe.
Le gardien, auquel la bonne mine et le costume élégant que Salvador conservait dans sa prison en imposaient, se liâta d'exécuter l'ordre qu'il venait de recevoir; Salvador, charmé de varier un peu runiforniité de son ordinaire, mangea avec appétit une aile de chapon et quelques côtelettes à la Soubise; il but une bouteille de vieux mâcon et une demi-tasse d'excellent café, et la nuit étant venue, il se coucha et dormit pmsiblement Jusqu'au lendemain matin:
Le surlendemain, il ftil de nouveau conduit dans le cabinet du Juge d'instruction; le grand Loaia et Charles la belle Cravate étaient déjà dans le cabinet du rang»* tral instructeur.
— Vos relations avec les individus qui fréquentaient la maison de la nommée Marie-Madeleine-Colette Comtois, dite Sans-Refus, dit le juge après la lecture de la formule d'ouverture du procès-verbal d'interrogatoire, sont maintenant un fait établi; non-seulement par le témoignage de madame de Fourrières, auquel nous accordons la plus grande confiance, mais encore par des preuves écrites que vous ne pouvez révoquer en doute, puisque c'est de vous qu'elles émanent,
Salvador fit une réponse affirmative dont le juge fit prendre note.
— Ainsi, vous convenez que, plusieurs fois, vous vous êtes rendu déguisé dans cette maison, et que vous avez pris part aux vols nombreux commis par ces hommes.
— Distinguons, monsieur. Je conviens, en efièr, qu|e je suis allé plusieura fois déguisé dans la maison de la Sans-Refus, mais je nie positivement avoir jamais
pris part aux méfaits dont sont accasés ces individus; des motifs que je ne puis, quant à présent, faire connattre à la justice, mais qui n'ont rien que d'honora* Mes, exigeaient impérieusement ma présence dans cette maison ; mais, je le répète, Je n*ai pris part à aucun Tol, je n*ai commis aucune mauvaise action, et je ne crains pas de le dire, il sera impossible de prouver le contraire de ce que j'avance.
— On aura, pour la déclaration que vous venez de faire, tels ^ards que de droit. Je dois cependant vous faire observer, que pour qu'il îti pifie iffjfi^— » ter foi, il faudrait.4ip^vM»ve«s déterminassiez à faire ea—attr^ les motî& qui, à ce que vous prétendez, exigeaient votre présence dans la maison de la Sans-Refus.
-*- Ce que vous me demandez est impossible.
Le juge, après cet incident, interrogea Salvador sur les faiis qui avaient précédé, accompagné et suivi la mort de Délicat, de Coco Desbraises et de fiolet le mauvais gueux i nos lecteurs se rappellent que les cadavres de ces trois misérables, après avoir été déflgurés par le grand Louis, qui exerçait la profession de boucher avant d'avoir adopté celle de voleur, avaient éié mis dans des futailles vides, lesquelles avaient été jetées dans la Seine; ils n'ont pas oublié non plus que Coco-Desbraises et Délicat, n'ayant rien trouvé à voler dans le pavillon de Ghoisy-le-Roi, où ils s'étaient introduits, ce dernier, malgré les représentations de son camarade qui lui faisait observer que ces objets pourraient les faire connaître, voulut absolument s'emparer d'une redingote et d'un pantalon oubliés dans une remise; ces vêtements appartenaient à un domestique de Salvador qui, lorsqu'il ne les re« trouva plus à la place ou il se rappelait les avoir
28 Ll-S TAiUS MXSTÈaES
laissés, alla faire an iriaire de Gheisf-ie4lei ladédanh tien do f ol commis à son pr^udice; ce vol était d'niie importance trop minime pour que l'on 8'occup&td*ca recberdier les aotears; on se boroa donc à prendre note de la déciaratlon.
Quelque temps après, les tonneani qui contenaient les trois cadavres furent retirés de Peau; la vue de ces cadavres couverts de nombreuses blessures et horriblement mutilés, excita une horreur générale, et la police fit tout ce qu*ellé put d'abord pour savoir qneliea étaient les victimes et ensuite pour découvrir les a»* sassins.
Les vêtements des ?ictlmes furent examinés avec le plus grand soin; il fut reconnu que cenx don)^ éDiieac couverts deux des cadavres étaient de ces objets de confection qui se vendent chez tous les fripiers et qui ont le même cachet, de sorte qu*il est à peu près impossible de deviner le lieu d*où ils sortent; on remarqua seulement le panulon etlaredingoieque portaient le troisième; ces vêtements encore en assez bon éiat, étaient assez bien faits; et les boutons du pantalon portaient l'adresse du tailleur qui l'avait foorni; on 6c venir cet homme, auquel on présenta ce vêtement qu'il reconnut de suite, et il indiqua la personne à laquelle il l'avait vendu; cette personne était le domestique de Salvador, qui avait, peu de temps auparavant, fait à la mairie de Choisy-lc-Boi la déclaration du vol commis à son préjudice; comme la redingote et le pantalon étaient beaucoup trop grands pour Délicat, H était probable qu'ils ne les avait pas achetés; de là à' conclure que l'homme dont on venait de trouver le cadavre était l'auteur du vol commis à Choisy-le*Roi, il n'y avait pas loin : c'est ce que l'on fit. Cette affaire.
DE PA.BiS. 29
k part cette découverte qui a^apprenatt rien de ce qu'il eût été nécessaire de savoir, resta pour la police une énigme dont les révélations du grand Louis et de Gliaries la belle Cravatelui donnèrent plus tard le mot.
— Ce que je viens de vous apprendre, dit le juge à Salvador après lui avoir faii connaître les faits que aoQs venons de rapporter, explique Tintérêt que vous aviez à vous défaire de ces trois bommes; vous ne pou* vîez laisser vivre des individus qui avaient découvert quelle était la position que vous occupiez dans le monde, qui voulaient vous mettre à contribution, et qui, s'il faut en croire les déclarations des révélateurs, manifestaient hautement l'intention de vaus faire connaître à la justice si vous refusez de satisfaire à leurs exigences.
Salvador, aux interpellations si précises du juge, ne pouvait opposer que des dénégations qui, il ne le sentait que trop bien, ne pouvaient pas détruire des présomptions aussi fortes que celles qui s'élevaient contre luijâétait effrayé de la multitude de circonstances imprévues dont la Providence paraissait n'avoir permis la réunion que pour le perdre,
— Vous avez déclaré dans votre précédent interrogatoire, continua le juge, après avoir accordé à SaU vador, qui les avait demandés, quelques instants pour se remettre, que vous connaissiez très-particulièrement la marquise de Roselly, vous avez même ajouté que \QiaJL JParis savait que vous étie^ lié avec cette dame.
—Où veut-il en venir? se dit Salvador; est-ce que par hasard Silvia, négligeant l'avis que je lui ai £ait remet? tre, se serait laissé arrêter, et, s'il en est ainsi, estelle assez niaise pour s'être déterminée, à faire des révélations; ou bien est-ce le vicomte de Lussan?...
SO LES VftAIS MYSTÈRES
allons donc! ni Silvia ni de Lussan ne sont capables de cela.
— Répondez à la question qoe Je Tiens de toos adresser, dit le juge; connaissez-vous la marquise de Roselly?
— - Oui, monsieur.
— A quelle époque et en quel lieu afez*voas fatt la connaissance de cette dame?
— Je connais depuis plus de trois ans madame la marquise de Roselly; c*est à Lyon que je la vis pour la première fois.
— Très-bien; madame de Roselly, lorsqu'elle était première chanteuse au grand théâtre de Marseille, recevait très-souvent chez elle un usurier juif nommé Josué?
— Je rignore.
— G*est possible; mais vous connaissiez ce juif?
— En efifet; je me trouvai, peu de temps après ma sortie de ta maison paternelle, mis en rapport avec le juif Josué de Marseille; cet homme me prêta, en diver« ses fois, des sommes qui formèrent avec les intérêts un total très -considérable; lorsque je rentrai eo France, après la mort de mon père, je le payai et tout fut dit; ce ne fut-méme pas moi qui réglai et soldai mes comptes avec le juif Josué, je chargeai de ce soia mon intendant.
— M. Lebrun?
— Lui-même, et je dois ajouter que je fus très-satisfait de la manière dont il s'acquitta de cette aiisioB» Puisque mes papiers ont été saisis, vous devez ftvoir entre les mains les quittances de Josué?
— Les voici; avez-vous vu le juif Josué depuis votre retour en France?
— Non, monsieur.
DE PARIS. Si
— Vons ne Pavei jamais reocontré chez la mar* qnise de Roselly?
—Jamais.
— Saviez-voas, avant qae Je ne fous rapprisse, qne cette dame recevait soavent Josoé chez elle?
— Je lignerais.
— Vous en êtes bien sûr,
— Très-sûr, en vérité.
— Voos êtes cependant accusé d*avoir, de complicité avec la nommée Gaiherlne Fontaine, dite Silvla, veuve du marquis de Roseiiy, ex-première chanteuse au grand théâtre de Marseille, commis un assassinat suivi de vol sur la personne du nommé Josué;qu^avezvom à répondre?
Les premières questions avaient préparé Salvador à Faccusation que Ton venaîl de formuler contre luî. Il put donc répondre, avec asses de tranquillité, au Juge qui répétait sa dernière question :
— Qu'avez-vous à répondre?
— Que je ne suis pas plus coupable de ce crime que de tout ceux dont on ra*accuse.
Nous devons à nos lecteurs le récit des faits qui nuirent la justice sur les traces des assassins du malheureux Josué. Pour qu'ils les comprennent facilement, il est nécessaire que nous leur rappelions les principales circonstances qui accompagnèrent la perpétration de ce crime, qu^ils n^ont peut*étre pas présentes à la mémoire. .
Lorsque Josué, sorti à moitié ivre de chez Silvia, qui Pavait fait souper avec elle, eut dépassé de quelques mètres le pont de la Concorde, Roman s'élança sur lui et lui Jeta autour du cou, pour Tétrangler, un foulard roulé en corde. Salvador, pendant ce temps.
92 LES VBÂJ» IfTSTÈRES
arrachait lescapiilaîre suspeodu aa cou de la lictîne, qui contenait les billets de banque dont ils foulaieot s'emparer. La victime morte et dépouillée, ils jetèrent son cadavre dans la Seine, puis il firent à la bâte un paquet des blouses, des larges pantalons de toile qu% portaient par-dessus leurs vêlements, et le jetèrent de même à la rivière, après avoir pris le soin d'y introduire quelques pierres, afin de le faire aller au fond; mais leur précipitation avait été telle, que le paquet se défit avant d'avoir touché Teau, et que les effets qu'il contenait suivirent le cours du fleuve. Une des blouses, celle que portait Salvador, s'arrêta en même temps que le cadavre du malheureux Josué, contre un des îlots du Roi, et le hasard voulut qu'elle s'entonit* lât tellement après le cadavre, qne les mariiiiers qui le relevèrent crurent qu^elle avait appartenu à la vietime. Les questions adressées à Salvador feront con^ naître à nos lecteurs les faits qui devaient résulter de cet événement en apparence insignifiant.
. — La mort du juif Josué, dit le juge, après avoir patiemment écouté les protestations d'innocence de Salvador, fut d'abord attribuée à un suicide; mais l'examen de son cadaVre fit découvrir autour de aoii cou des marques évidentes de strangulation. On dnt alors faire des recherches pour éécoavrir les assas** sîns : ces recherches ne produisirent rien; le cadavre fot rendu à la famille, qui te.fiiinhumer, et la justice des hommes, impuissante pour le moment, dut remettre à celle de Dieu le soin de l'édairer : elle ne lui fit pasdéfaut. ~«- Je vous avoue, monsieur, que je suis curieux de savoir quels sont les moyens employés par la justice de Dieu pour me faire paraître coupable d'un crime que je n'ai pas commis?
HT. vkms. S3
— Vous allez 1«8 txmniâtre*
Le jnge fit un signe à son graffier, qui dit quelques mots à voix basse au garçon de bureau, qui apporta au bout de quelques instants un porte manteau dans le eabinèt.
-^ ¥ous connaissez ce porte manteau? dît le juge.
— Sans doute, c'est le mien, répondit Salvador. •— Tout ce qu'il renferme vous appartient?
>- Voyons, se dit Salvador, qu'ai-je mis dans ce porte mmeaii? puts^je sans inconvénieni reconnaître tout ce qu'il nenrerme?
Le garçon de bureau avait étalé sur une taMe tons les objets que. renfermait le porte manteau, des habits, du linge, un nécessaire de toilette.
— Je puis sans crainte reconnaître tout ceia, se dit-il encore.
Et comme le juge répétait la question qull venait de lui adresser, il répondit :
— Oui, monsieur, je reconnais ces objets; je pourrais, si TOUS Texigez, en prouver la légitime possession.
— Même celle de ces mouchoirs?
Le juge montrait à Salvador p1u»eurs mouchoirs de folle blanche de fabrique anglaise, marqués des lettres A. P., surmontés d'une couronne de marquis, portant chacun un numéro, et entourés de petits filets rouges et bleus.
— Gela ne me sera pas plus difficile que pour le reste, répondit en riant Salvador. Je les ai achetés chez Gfaapron, à la Sublime Poite, peu de temps après mon premier séjour à Fourrières; mais je ne pense pas que l'on m'accuse de les avoir volés : cela serak vraiment trop comique.
— GombfeD en ayez-Yoïis acbeté?
— Douze.
— Il en manque deax.
-* En Yoici un.
Salvador tira machinalement son moachoir de sa poche; le garçon de bureau le prit et le remit au
« U manque encore le numéro 7 : dit celui-ci, qu*en afez-fous fait?
— Et le sais-Je? s'écria Salvador, impatienté de ne pas pouvoir, malgré tous les efforts de son imagination, deviner le but que voulait atteindre le magistrat instructeur; Je Tai perdu probablement.
— En quel lieu? Répondez à cette question; elle est peut-être beaucoup plus importante que vous ne le pensez.
— Je ne le puis, monsieur. S*il manque un de ces mouchoirs, c'est que je Pai perdu ou qu'on me Ta volé: Je ne puis vous en dire plus.
Le Juge tira d'un des tiroirs de son bureau on mouchoir absolument semblable aux autres, mais souillé de boue.
— Voilà, Je crois, dit-il, celui qui manque è Totre collection : vous le voyez, la marque est la même, et Il porte le numéro 7 ; eh bien! savez-vous où il a été trouvé? dans la poche de côté de la blouse entortillée après le cadavre du malheureux Josné, ce qui permet de croire que cette blouse appartenait à son assassin.
— Eh ! bon Dieu! monsieur, cela prouve tout au tilos que celui qui a trouvé ou qui m'a volé ce moucliolr, est pent-étre l'auteur du crime dont on m'aceuse anjourd'hoî; et si l'on n'a point d'autres preuves contre mol...
I>£ PABIS* S5
— Malheareosement ponr vous il en existe d^ionilrcs» Les journaux ont rendu compte de votre arrestation , et ont foît connaître, à leurs lecteurs les divers crimes dont vousétles accusé : un de ces journaux est allé trouf«r à Metz, où elle s'est retirée^ la sœur du juif Josué , au momeiii mène où elle cherchait un renseignement sur un livre qui servait à son frère, pour prendre note des courses qu'il avait à faire; et sur ce livre, qu'elle nous a envoyé après l'avoir fait légaliser par les autorités ^ la ville qu'elle habite, on lit cette mention : « 13 mai chez madame de RoseÛy , où je dois rencontrer le marquis de Fourrières, et porter avec moi les deux cent mille francs que je dois lui prêter.» Et c'est le ik mal que Ton a retrouvé dans la Seine le cadavre du juif. Depuis que l'on a ce registre, on a fait des recherches : on a retrouvé deux des anciens domestiques de la marqnise de Roselly; et il résulte de leurs déclarations que, le 13 mai, le juif Josué s'est en effet rendu chez cette dame, qu'il y a soupe, et qu'il n'en esc sorti qu'à onze heures et demie du soir. C'est donc en sortant de chez elle qu'il a été assassiné? qu'avez-vous à répondre ?
— - Il est possible, monsieur, que le malheureux Josué ait été assassiné en sortant de chez la marquise de Roselly, si en effet il se rendait chez cette dame, qui demeurait à l'époque à laquelle se rapporte ce malheur, dans un des quartiers les plus déserts de la capitale; mais accuser d'un aussi horrible crime cette femme, dont tout le monde vante la douceur et l'amabilité, m'accuser d'éu-e son complice, et étayer une semblable accusation seulement sur des présomptions,. c'est, permettez-moi de le dire, bfttur sur le sable ua bien vaste édifice.
r56 LES VBAIS MYSTÈRES
— Vooft poavei ne pas aceorder aux préBOdilMions qui se réunlsseiit contre voos une grande vïdear; quoi quii en soit, vous aurez à rendre compte de l'em« ploi de votre Deaps, pendant la nuit du IS au ik mai.
Le juge donna l'ordre aux gendarmes de reconduire Salvador en prison. Dans un des couloirs sooterruiiw, qui du palais de Justice conduisent -à la Conciergerie. Salvador et ses compagnons lérent rencontrés par le chef de la police, qui accompagnait un prisonnier que deux gendarmes conduisaient devant un Juge dlnstroction.
Le chef de la police, éoué è ce qnll paratt d>m exeeilem coup d*œil, reconnut de suite Salvador. K««^ lecteurs se rappellent que lors de la dispai^on de SU* via, qui venait <rétre enlevée par Beppo, H avait rendo une visite è ce fonctionnaire.
^ Eh bien! monsieur le marquis de Poivrières, dît le chef de la police h Salvador; vous le voyex, nous avons découvert les assassins du Juif Joué; mais je dois le dire, je ne me doutais pas, lorsque vous êtes venu à mon bureau, que J*avais devant mol un de ceux que Je faisais chercher si inutilement.
*- Alexis de Poivrières accusé d*un assassinat, sMcria le prisonnier qu'accompagnait le chef de la police; allons donc, ce n*est pas possible.
Cette exclamation donna Téveil au chef de la police, qui ordonna aux gendarmes de laisser le prisonnier s'approcher de Salvador.
--- C'est si possible, que cela est, dit le chef de hi police au prisonnier. Présentez vos hommages à M. le marquis de Pourrières, puisque vous le connaisses.
Le prisonnier s'approcha de Salvador, qall regarda attentivement.
îm PARIS. d7
— Je «e J»e trompe pv^ s'écria-NI; e^cst Afmârd, c*e8t ie Ticomte de Lélang, c'est Salvader.
^- Bravo! BomfuetU, s^écria le chef de ia police transporté de Joie; brafol digne duc de Modène; toos venez de faire «ne déeouferte dent il tons sera tenu compte en bon Ken. Ptiisîl costhmaeenclwiiiin» sntvi da prisonnier.
Salvador rentra aceal^ dans sa cellule.
La rencontre qu'il venait de fure devait singulièremMit abrëf^ la tâdie de cenx qui tenaôentà prouver qu^il n'était pas le marquis Alexis de Fourrières. Gomme il avait été prévenu que Ton avait rintention de hii contester ceue qualité, il avait réservé tome lea ressources de son imagination pour le moment du corn* bat; et comme il étmi parfaitement instruit de tontes les particularités de la vie de cdni dont ii avait pris le nom après lui avoir arraché la vie, comme à tontes les questions qui lui seraient adressées, il poovut opposer cette réponse : mats qui sols-je donc si je ne sols pas le marquis de Fourrières? Comme il imitait à s'y mé. prendre l'écriture d'Alexis, U ne désespérait pas de sortir victorieux de la lutte qui s'engagerait à ce sujet; mais la rencontre de Ronquetti, disposé ainsi qu'il Tenait d'en donner la preuve à faire des révélatioils» de Ronquetti qui avait parlicolièremeot connu Alexis de Pourrières, dont il avait été pendant longtemps le compagnon, qui connaissait S^via, cpii avait connu Roman, était un de ces événements imprévus auxquels on ne sait rien opposer, et qui, semblables à des coups de foudre, renversent l'édifice leplussolidement^abli.
Salvador ne tarda pas à éprouver les effets de la rencontre qu'il avait faite; d'abord il ne fut pins aussi souvent demandée rinstrudion; il oonjecturaqnes^ilcn
88 LES TBAis innTÈaEs
était ainsi, €*est que son jage avait besda dVin pai de temps pour réunir les éléments nouveaux que loi fournissaient les révélations de Ronquetti; il ne ae trompait pas, ainsi qu'il le vit bientôt.
Lorsqu'on le flt demander de nouveau dans le cnbi* net du juge d'instruction, il y trouva une nombreuse réunion. Outre Ronquetti, il s*y trouvait deux liommes déjà âgés et misérablement vêtus, une vieiiie femme à la physionomie basanée, vêtue du cosuune adopté par les paysannes des contrées méridionales de la France, deux domestiques en livrée que Sal« vador reconnut pour ceux qui étaient au service de Silvia à Tépoque ou le Juif Josué fut assassiné, le chef de la police et un de ses agents, Paolo, la ienuoe Adélaïde Moulin, et plusieurs autres Individus que la suite fera suffisamment connaître.
L'entrée dans le cabinet, de Salvador et des deux gendarmes chargés de veiller sur lui, fut saluée par des rumeurs qui cessèrent sur un signe du juge.
Le juge fit un signe aux deux hommes qui accooh pagnaient la vieille femme basanée et vêtue du costume des paysanes du midi.
Ces U*ois personnes sortirent du groupe dans lequel elles étaient confondues, et sur Tordre du Juge elk» se placèrent devant Salvador.
•—Connaissez-vous monsieur? dit le Juge, en dési. gnant Salvador au plus âgé des deux hommes, qui fil à cette question une réponse négative : la même question fut adressée à Tautre homme et à la vieille femme basanée, et une réponse semblable fut faite.
— Il est évident, se dit Salvador, que si je suis le marquis Alexis de Fourrières, je dois connaître ces trois individus, mais qui sont-ils? Ne disons ni oui ni non,