‹ Les vrais mystères de ParisChapitre 17 sur 21 · PARIS. M · texte numérisé non relu

PARIS. M

c^estlemeiilear moyen de ne pas nous compromettre.

— * La phyâoiiomie de ces braves gens ne m'est pas toQt à fait inconoae, répondit-il à la demande da juge. Je crois bien que je ne les vois pas aujourd'hui pour la première fois, mais je ne me rappelle ni leur nom ni en quel tien je me suis déjà rencontré avec eux,

— Si vous êtes, en effet, le marquis Alexis de Poorrières, vous ne devez pas, vous ne pouvez pas avoir oublié CCS gens que vous auriez alors beaucoup connus, voyons, rappelez vos souvenirs.

— Mes souvenirs me font faute, monsieur, je ne puis donner un nom ni à ces deux bomaes ni à cette femme, cependant, je vous le répète, je crois les reconnaître.

De nouvelles Interpellations furent adressées aux trois personnes que Salvador prétendait reconnaître» bien qu'il ne sût quels noms il devait leur donner, elles affirmèrent de nouveau qu'elles ne le connaissaient pas.

— Ainsi, leur dit le juge d'instruction, vous affirmez qae l'homme qui est devant vous n'est pas le marquis Alexis de Fourrières.

— Oui, M. le juge, répondit le plus âgé des deux hommes qui ne fut pas démenti par ses deux compagnons.

— Signez votre déclaration.

L'homme âgé, son compagnon et la vieille femme basanée, signèrent, et, avertis par le juge qu'ils pouvaient se retirer, ils sortirent du ca binet.

—-Il est assez étrange, dit le juge à Salvador lorsqu'ils forent sortis, que votre mémoire ne vous rappelle pas les noms du père et de la tante de la mère du jeune Fortuné,

M LES VftAIS MY5»TËn£8

— Loafset, s'écria Salvador.

— Vous Tavei dit, ce sont Louiset et sa sœor qoi viennent de sortir é*ici, et le Joge montra à Salvador au bas des procès-v ert>aiix, la signature de ces deux indiWdos.

— AHons, se dit Salvador, Je me sais assex bearensèment tiré de ce manvals pas. Je pnis maintenanf, sans crainte, reconnaître le grand'père de non Us.

«-^ Vous m'avez mis sur la voie, continna-t4l» et maintenant,Je reconnais parfaitement Looiset le mrttre d'armes, q«i m'a donné mes premières leçons d'escrime, ainsi qve sa sœur.

— S1I en est ainsi, voiis devez vous rappelerde même l'bomme qui était avec eux.

Salvador ne put faire à cette question one réponse satisfaisante; il était, en effet, assez diftclle qu'il re« connAt un individu qu'il n'avait Jamais vu, dont Jamais il n'avait entendu parler. L'bomme dont lai parlait le magistrat instructeur, n'était autre que le prévftt de salle du maître d'armes Louiset, qui avait beaucoup connu Alexis de PourHères, à l'époque où ce maiben» reux jeune bomme, pour faire à son aise la coor à Jazetta, fréquentait assidûment la salle du père de cette Glle.

— Il est au moins singulier, continua le Juge, qne les parents de la mère d'un enfontque vous avez re« connu, avec lesquels vous avez vécu longtemp», ne poissent où ne veulent pas vous reconnaître! A qnel motif atiribuez-vous leur mauvaise volonté?

— Je ne sais, peut-être à la haine que leur a inspiré ma conduite envers leur fille, que J'ai abandonnée après l'avofr séduite.

— Mais, Je dois vous faire observer que vons Toua

DE PAiUS, kï

aUribueit envers Jazelta Louiset, des tiHls que voua ii'#vez pas eus, bous savons que ce n'est pas vous qui avez abandonné celte Olle, que c'est elle^ au contraire, q|ii vous a quitté à Genève, pour suivre aux ludes orientales un officier anglais; nous ferons prendre note de votre réponse et de notre observation. Femme A4élaîde Moulin, approchez ; vous persistez à soutenir que i'homme qui est devant vous, n'est pas celui qui se faisait appeler à Genève le comte de Gourtivon, et qui vous couûa pour l'élever, un enfant du sexe masculia qu'il reconnut, et auquel il donna le nom de Fortuné de Fourrières?

— 04ii» monsieur, il y a cependant entre les traits de monsieur, et ceux du marquis Alexis de Fourrières, une certaine analogie qui peut tromper au premier aspecu mais je le repète, les yeux du père de Fortané étaient noirs, ceux de monsieur sont bleus, le premier était moins fortement constitué que le aecoad, l'exprès* i^iQO de ses traits était plus douce, . .-^-VoQs entendez, dit le juge à Salvador, p^sbtezsqvA à soutenir que cette femme n'est point celle à laquelle vous conGâtes votre fils?

— lOtti, monsieur, cette, femme estguidée sans doute par un intérêt que j'ignore, mais il est certain qu'elle en impose.

— Ab! monsieur, s*écria la femme AdélaîKle Mouliii, ea s'adressant au Juge, et les yeux baignés de larmes, vous savez maiaienant quel est le motif qui me fait agir» et si mes vues sont intéressées.

. — Femme Adélaïde Moulin, répondit le magistrat inslLructeur, calmez-vous, nous savons que vous n'êtes guidée en ce moment que par l'envie de réparer une grande faute, et soyez-en convaincue, il vous sera tenu

i!i3 LES VRAIS MYSTÈRES

compte de votre conduite; des témoignagfes irrécosables, continaa4-il, en s^adressant à Salvador, ont proové qae cette femme est bien la femme Adélaïde Moulin, à laquelle un jeune enfant fat confié par on gentilhomme français; des personnes honorables qui habitaient Genève en même temps qu'elle, ont positivement déclaré qu'elles la reconnaissaient; ces personnes seront entendues. Qu'avez-vous à répondre?

— Rien, monsieur, je m'en référé h mes réponses prece8CMG8a

— Aimi, vous f&nki» à soutenir que vous êtes le marquis Alexis de Fourrières?

— Certainement, je ne puis renoncer à un nom et à un titre qui m'appartiennent.

— Ce sont précisément ce nom et ce titre que Ton vous conteste, et je vous avertis que vous êtes accusé d'avoir, pour vous en emparer, assassiné leur légitime possesseur, et que l'on croit être à même de vous prouver que vous êtes réellement l'auteur de ce crime.

Une pâleur livide couvrit le visage de Salvador, lorsqu'il entendit formuler contre lui cette nouvelle accusation d'une manière si positive; malgré 4e8 charges accalHantes qui, depuis l'instruction de son affaire, se réunissaient chaque jour, il avait conservé un faible espoir non pas, nous devons le dire, de voir l'impa- Dité couronner ses crimes, mais au moins d'échapper à la mort; mais s'il était prouvé qu'il était l'auteur de la mort d'Alexis de Fourrières, si les horribles droonstances qui avaient accompagné ce crime venaient à être connues, il faudrait qu'il renonçât à cet espoir, et c'était cette pensée qui avait amené sur son visage les pâles couleurs d'un liaceuL

^ Vous pâlissez? lui dit te juge.

DE "paris. &3

Cette ebservatioD lui rendit une bonne parUe ^ son sang-rroid, on pouvait bien lui prouver qu'il n'était pas le marquis Alexis de Fourrières, on pouvait même prouver qu'il n'était autre que le forçat Salvador; mais l'assassinat d'Alexis de Fourrières, cela était impossible, trop de précautions avaient été prises poor commettre ce crime.

— Oui, monsieur, répondlt-il à l'observation da juge, oui, monsieur, je pâlis, mais c'est d'indignation»

—Faites avancer le prisonnier Ronquetti surnommé le duc de Modène, dit le juge à un gendarme qai s'empressa d'obéir : connaissez-vous cet homme, continua-t-il en s'adressant à Salvador?

— Parfaitement; cet homme, je l'avoue à ma honte, a été mon compagnon de voyage pendant plusieurs années, mon ami le plus intime; nous avons parcouru ensemble, l'Angleterre, la Suisse, l'Italie, la Hollande et plusieurs autres contrées.

^ £h bien! dit le juge à Ronquetti, qu'avez-vous à répondre à ces allégations?

— Qu'elles sont vraies et qu'elles ne le sont sont pas, répondit le faux duc de Modène; celte réponse peut d'abord paraître extraordinaire et cependant elle est toute naturelle, les allégations de l'accusé seraient vraies, si elles sortaient de la bouche du marquis Alexis de Fourrières, dont, en effet, j>i été l'ami et le compagnon de voyage pendant fort longtemps; mais sorties de la sienne, elles sont fausses en tout point, et ne prouvent qu'une seule chose, que Salvador, Aymard, le vicomte de Létang, comme on voudra l'appeler, est très- bien instruit de tout ce qui regarde le pauvre Alexis.

Pour varier un peu la forme de notre récit, noua

kk LES YBAIS UYSTÈRES

niettronssovs les yeax de nos lecteurs une lettre écrite par RoDqaetti au juge d'instruction, le leodemain do jonr où il rencontra Sahador, dans un des couloirs obscurs qui du palais de justice conduisent à la Con« eiergerie; après avoir in cette letu^e, nos lecteurs devineroBt sans peine quelles furent les questions adressées à Salvador et les réponses faites à ces questions, questions et réponses que par conséquent nous serons dispensés de rapporter.

Ranquetti dit le duc de Modène à M*^ jtige d'instruclian^

« Monsieur.

» J*a! rencontré hier, dans un des couloirs de la préfecture, qui conduisent du palais de justice à la Conciergerie » (ici Ronquetti racontait les circonstances qui avaient accompagné la rencontre qu'il avait faUe)... « Plus, parce que j'ai Tenvie de rendre à la société un important service, que parce que le chef de fa police m'a doi>né Tas^urance que Ton me saurait un gré Infini de tout ce que je pourrai faire pour aider la justice à découvrir les crines nombreux de cet homme, qui se pare d'un nom qui n*est pas le sien et qu'il ne doit sons doute qu^ un aime épouvantable, je me suis déterminé à vous écrire cette lettre, afin de vous donner des renseignements que vous auriez vainement demandés à tout autre qu'à moi.

» J'ai été très4ié avec le marquis Alexis de Pourriëres dont' je fis la connaissance, il y a plumurs années, aux «aux de Baden-Baden; j'ai été son ami le plus intime, son compagnon de voyage, nous avons parcouru ensemble les principales contrées de TEurope,

de sorte, que quand bien même je ne connatirais pas celui qui s'est emparé de son nom et de sa fortune, je pourrais affirmer sans crainte que cet homme est un imposteur.

» Du reste, si ce que Ton me dit est vrai, Popinion de la justice est déjà fixée sur son compte. Quoi qu'il en soit, j'espère qu'après avoir lu cette lettre, il ne restera pas un seul doute dans votre esprit, si surtout vous voulez bien faire constater la vérité des faits que je vais avoir Tbonneur de vous signaler.

» J'ai commis beaucoup de fautes depuis que je cours le monde en aventurier, mais celle de toutes ces fautes que je me reproche avec le plus d'amertume, est justement celle dont la justice des hommes ne m'a jamais demandé compte.

» Le marquis de Fourrières venait de recevoir d'un juif de Marseille, nommé Josué, avec lequel il était en relation, une assez forte somme; comme j'avais eu la veille du jour où il la reçut, une altercation assez vive avec lui, je la lui volai, et je le quittai, le laissant à Bruxelles à peu près sans le sou. Je vins à Paris; mais comme j'avais déjà à cette époque des raisons pour éviter les regards de la police, je crus devoir me faire un visage qu'elle ne connaîtrait pas, en conséquence, je teignis mes cheveux, ma barbe et mes favoris, je me basanai le teint que j'ai naturellement blanc, je changeai toutes les habitudes de mon corps, en un mot, je me grimai si bien qu'il était impossible de me reconnaître. Las de la vie aventureuse que je menais depuis plusieurs années, (j'ai été tou là tour soldat, comédien, homme de lettres, escroc, etc.)* et voulant utiliser la somme assez ronde que je possédais, et que je devais au vol que j'avais commis au préjudice de

LF.S VU AH «YSTÈRES. T. \X,

mon ami Alexis de Fourrières, je fondai dans on des plus beaux quartiet^s de Paris , un café que Je fis décorer avec tout le luxe que i'on exige dans ces sortes d'établissements, et ayant pourvu mon comptoir d*une Jeune et jolie femme. J'attendis la fortune.

))La fortune ne vint pas, mais en revanche mon établissement (je dois croire que les fripons sont doués d'une puissance attractive assez semblable à celle de Taimant), devint, en peu de temps, le rendez-vous de tout ce que la capitale renferme de grecs de faiseurs et de chevaliers d'industrie, mais j'étais si bien déguisé que pas un de ceux que j'avais précédemment connus» et ils étaient en grand nombre, ne me reconnut. Je vis un jour entrer dans mon établissement celui que j'avais si indignement trompé, ce fut même à moi qu'il demanda ce qu'il voulait qu'on lui servit. Allons, allons, me dis-je, lorsque les palpitations de cœur auxquelles sa présence avaient donné naissance furent passées, allons je suis tout à fait méconnaissable, puisque celui-ci ne me reconnaît pas; cette conviction me donna une telle confiance, que je fus assez audacieux pour faire la conversation avec Alexis de Fourrières, il faut croire que ce malheureux jeune homme me trouva de son goût, puisqu'il revint plusieurs fois chez moi, et qu'il fit la connaissance de la plupart des personnes qui fréquentaient mon établissement.

» Un jour... (Ronquetti racontait ici comment Salvador et Roman, qu'il connaissait déjà pour s'éu-e rencontré avec eux aux époques oii Salvador faisait, sous le nom d'Aymard, ses premières annesà Valenciennes, oii il volait une jeune veuve devenue amoureuse de lui; à Turin où, sous celui du vicomte de Létang, il avait tenté de voler le banquier Garmagnola; à Dragulgnan

DE PARIS, hl

OÙ il volait îe receveur général du Var, avaient fait la connaissance du marquis Âlexiç de Fourrières, il rappelait les circonstances de la partie engagée entre ce dernier et lui Ronqueiti, et le banquet donné chez Lemardelay, auquel il avait assisté, ainsi que la plupart des habitués de son établissement, puis il conlinuait en ces termes.)

» Gomme Alexis de Fourrières ou pluiôt le comte de Courtivon (il avait pris ce nom pour échapper aux recherches que sa famille avait fait faire pour le re« trouver lorsqu'il était parti de Marseille, emmenant avec lui la femme du maître d'armes Louiset, et il Tavait conservé par habitude) , nous^avait annoncé son prochain départ et que le banquet qu'il nous avait offert n'était qu'un dîner d'adieu; nous crûmes ne le voyant plus reparaître, qu'il avait réalisé son projet et qu'il vivait tranquille dans ses propriétés, ainsi que plusieurs fois il en avait manifesté l'intention. Mais, maintenant que je retrouve un homme dont j'ai été à même plusieurs fois d'apprécier le caractère, en possession de son nom et de sa fortune, je suis persuadé qu'Alexis de Fourrières a été la victime de la confiance qu'il aura témoignée à cet homme et à son digne compagnon; je suis persuadé, en un mot, qu'il aura été assassiné par ces deux individus.

» Les résultats indiquent l'intérêt qu'ils avaient à commettre le crime dont je les accuse et qu'il sera peutêtre possible de prouver, si \ts investigations nécessaires sont faites avec soin; voici, du reste, les jalons que je suis en mesure d'indiquer à la police, pour la diriger dans ses premières recherches, et il est pro- , bable que ces jalons, ainsi que cela arrive presque toujours, lui en feront découvrir d'autres.

ilS LES VRAIS MYSTÈRES

» Alexis de Fourrières était an peu moins graod, un peu moins fort que Salvador; ses yeux étaient noirs, ceux de Salvador sont bleus; il est extraordinaire que celte diflTérence n'ait été encore remarquée par personne (1). Alexis était brun, ses cheveux étalent du plus beau noir qui se paisse imaginer; ceux de Salvador, également très-beaux, sont naturellement blonds; sMls sont noirs aujourd'hui, c'est qu'ils ont été teints; la chimie doit posséder les moyens de constater ce fait.

«Alexis de Fourrières, lorsqu'il fit la connaissance de Salvador et de Roman, logeait rue Joubert, 25; il occupait dans cette maison un logement meublé, qui lui était loué par une vieille dame dont le logement était situé au-dessus du sien; il doit être facile de retrouver cette dame, dont je regrette de ne pouvoir indiquer le nom.

)>Si Salvador soutenait qu'il n'est point l'homme que je vous signale, qu'il n'est point lui, s'il peut m'étre permis rie m'exprlmer ainsi, il serait facile de le coofondre en lui rappelant qu'il est né à Toulouse, où ses parents étaient établis marchands de nouveautés et de merceries; son séjour à Valenciennes, à Turin, à Draguignan, puis, enfin, au bagne de Toulon, où oo lui avait confié les fonctions de payot, et d'où il s'est évadé, en compagnie de Roman, qui avait été condamné sous le nom de Duchemin.

»Le chef de la police m'a appris que Salvador était accusé d'avoir commis un assassinat, suivi de vol, sur

(1) Ronquetti ne sait pas, au moment où il écrit, que la femme Adélaïde Ittoiilin a déjà signalé la diflFérence dont il parle.

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la personne da juif Josaé, et que (a nommée Catherine Fontaine, marquise de Rosel y, ei-première chanteuse du grand théâtre de Marseille, était considérée comme sa complice; je ne puis vous donner des renseignements re advement à ce crime; \e dois seulement vous dire que je ne serais pas étonné si les prévisions de la justice se trouvaient p.e.nement justifiées.

» J*ai beaucoup connu Catherine Fontaine ou plutôt, la marquise de Rose.ly, puisqu'il est vrai qu'un gentilhomme vénitien fut assez fou pour Tépouser, et je dois ajouter que celte femme malgré tous les charmes de sa personne et de son esprit, est capable de commettre tous les crimes.

»Je la rencontrai pour la première fois aux lies d'Hyères; elle venait d'abandonner son premier amant, un chevalier d'industrie, nommé Préval, quia ajouté à son nom roturier une particule nobiliaire. Son extrême beauté, la tournure originale de son esprit, me séduisirent, et je lui présentai des hommages qui ne furent pas repoussés. Je jouais à cette époque un rôle de grand seigneur et j'avais assez d'or dans ma bourse pour qu'il fût possible de prendre au sérieux mon surnom de duc de Modène.

» Catherine Fontaine était douée d'une voix admirable, d'une beauté sans égale, et d'une mémoire prodigieuse; elle avait reçu une excellente éducation; il n*en faut pas tant pour réussir dans la carrière dramatique. Je lui fis la proposition de la faire entrer au grand théâtre de Marseille, dont je connaissais trèsparticulièrement le directeur; elle accepta cette proposition avec le plus vif empressement.

oJe me voyais déjà l'heureux époux d'une cantatrice renommée, profession fort agréable et fort recherchée

de nos jeunes iionss sans doute parce qu^elle n'obNge le mari qui Taceepte et qui peut, grâce aux magnifiques revenus hypothéqués sur le larynx de madame, mener bonne et joyeuse vie, qu*à savoir fermer à propos les yeux; mais mes espérances furent déçues, Catherine Fontaine, lorsqu'elle sévit le pied dans rétrier, oublia les nombreux services queje venais de lui rendre (j'ai négligé de vous dire, que, lorsque je la rencontrai, elle était à peu près dans la misère), et me chasspavec aussi peu de façons que si j*avais été un mauvais domestique.

» Ne croyez cependant pas, monsieur, que c^est parce que j'ai le droit de lui reprocher sa conduite à mon égard, que je vous disais tout à llieure queje la croyais capable de tous les crimes. Je n'obéis pas en ce moment à des motifs personnels, je n'ai d'autre bat que celui d'éclairer la justice. Au reste, envoyez à Marseille, où elle a laissé les plus déplorables souvenirs, une commission rogatoire, et je suis persuadé que toutes les personnes qui seront interrogées sor son compte, s'exprimeront en des termes non moins . énergiques que ceux dont je viens de me servir.

«Je ne puis, monsieur, vous en dire davantage; Je désire bien sincèrement que les renseignements que je viens de vous fournir, puissent aider à la manifestation de la vérité, et qu'ils engagent ceux de qui dépend mon sort à venir, à me témoigner une indulgence dont je saurai, je vous en donne l'assurance, me rendre digne par ma conduite à venir.

•J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect,

«RoNQUETTi, dît le duc de Modène, »En ce moment détenu à Sainte-Pélagie, où il subit

«ne condamnation de. deux années de prison, pour banqueroute simple.»

Cette lettre, ainsi que nous l'avons déjà dit, abrégea singulièrement la tâche confiée au magistrat instrnctenr que nous avons mis en scène; une fois que Ton sut quel était l'homme qui avait pris le nom et la qualité de marquis de Fourrières, il devint facile de lui prouver qu'il n'était qu'un imposteur. Des commissions rogatoires furent envoyées à Toulouse, à Valenciennes, à Turin, à Dragnignan, au commissariat du bagne de Toulon, et tous les renseignements qui en furent la suite vinrent successivement justifier les allégations du duc de Modène.

Une fois qu'il fut bien établi que l'homme que l'on tenait en prison n'était autre que le forçat évadé Salvador, le séquestre fut mis sur les biens de la maison de Fourrières, qui devaient être rendus, après le jugement, au jeune Fortuné, seul héritier connu du marquis Alexis de Fourrières; et l'on s'occupa de rechercher les moyens dont s'étaient servis Salvador et son complice Roman, pour se débarrasser de l'infortuné, que le premier de ces deux scélérats voulait remplacer.

Ainsi que l'avait dit Ronquetli, les jalons qu'il indiquait en firent découvrir d'autres qui amenèrent enfin la découverte de la vérité.

On chercha d'abord la feqome qui avait loué au comte de Gourtivon l'appartement meublé de la rue Joubert; cette femme, que l'on découvrit sans peine, se rappela de suite un locataire qui avait disparu de chez elle, en lui laissant tous ses effets, bien qu'il ne lui dût rien; elle n'avait pas fait à la police la déclaration de la disparition de ce locataire, parce que

n'étant pas, à Tépoque où il habitait chez elle, autorisée à loger en garni, elle avait craint d'être mise à Tamende. Elle répondit aoi Justes reproches qui lui furent adressés, qu'elle était une honnête femme, qu'elle n'avait jamais en la pensée de s'approprier les effets laissés chez elle par le comte de Gourtivon, effets jfu'elle avait conservés avec le plus grand soin et qu'elle était en mesure de représenter; on lui donna l'ordre, qu'elle s'empressa d'exécuter, d'apporter ces effets, qui forent soumis à une visite rigoureuse. Dans la poche d'un gilet de piqué blanc, souillé de plusieurs taches de vin, ce qui flt présumer que ce gilet pouvait bien être celui qu'Alexis de Pourrières portait le jour où eut Heu, chez Lemardelay, le funeux banquet dont, grâce à Ronquetti, on connaissait tous les détails, on trouva une carte de visite au nom du comte de Gourtivon, sur le dos de laquelle il avait écrit ces mots : rue Notre -Dame -des -Victoires, hôtel des Pays-Bas, Gasimir de Feuillade, chambre numéro 20; cette carte et les divers effets qui avaient appartenu au comte de de Gourtivon, furent saisis pour servir, si cela devenait nécessaire, de pièces à conviction.

En sortant de la rue Joubert on se rendit rue Notre- Dame-des-Victoires à l'hôtel des Pays-Bas; de l'inspection du livre de police de cet hôtel, tenu par hasard avec beaucoup d'ordre , il résulta la preuve qu'à une époque qui coïncidait avec celle de la disparition du comte de Gourtivon, deux individus qui se disaient appeler messieurs de Feuillade, y avaient logé un peu plus de quinze jours et qu'ils occupaient ensemble la chambre n"" 20.

Le maître de l'hôtel des Pays-Bas, doué à ce qu'il

paraît d'une excellente mémoire, traça de ces deux individus qu'il avait remarqués parce qu'ils étaient ses compatriotes, un portrait qui ne pouvait s'appliquer qu'à Salvador et à Roman.

On montra à cet homme le masque en cire tle Roman, .11 le reconnut sans hésiter un seul instant.

— La physionomie sur laquelle on a moulé ce masque, dit-il, appartenait au plus âgé des deui messieurs de FeuiHade.

Voulant rendre l'épreuve plus décisive, on le manda au palais de justice un jour où Salvador était mené à l'instruction avec plusieurs autres détenus, il le reconnut parmi les individus dont il était entouré, il Ct seulement observer qu'il ne comprenait pas comment de blond qt^'il était, il était devenu aussi brun.

Ce maître d'hôtel garni était devenu pour l'accusation un témoin précieux; on le pria de rassembler ses souvenirs et de rendre compte à la justice de tous les faits concernant les deux individus qui avaient logé chez lui, qui pourraient lui revenir à la mémoire : d'abord il ne se rappela rien, la conduite de ses deux locataires avait été, pendant le peu de temps qu'ils étaient restés chez lui, à peu près semblable à celle de tout le monde, ils sortaient le matin et rentraient le soir , cependant après avoir longtemps cherché, il se souvint qu'un matin le plus âgé avait donné l'ordre à un des garçons de l'hôteU d'aller lui chercher un cabriolet de pîace et que ce cabriolet, après l'avoir pris à l'hôtel, l'avait conduit chez un marchand de couleurs voisin.

Ce marchand de couleurs interrogé à son tour, déclara qu'il se rappelait parfaitement qu'un individu, à peu près semblable d'aspect à celui qu'on lui dépei-

bk LES TRAIS MYSTÈRES

gimt, était vena chez lui vers Tépoqne indiquée, et qu'il lui avait acheté plusieurs litres d*essence de térébenthine, contenus dans une de ces grosses cruches de grès auxquelles on a donné le nom de dame-jeanne; il avait fait transporter cette cruche et ce qu'elle contenait dans son cabriolet, puis ii était parti : le marchand de couleurs n*en savait pas davantage.

Quel besoin un homme qui paraissait n^habîter Paris que momentanément, pouvait-il avoir d'une quantité aussi considérable d'essence de térébenthine que celle qui avait été achetée par Roman? cette acquisition cachait peut-être un mystère qu'il était de Pintérét de la justice de pénétrer? on voulut être fixé sur ce point et le chef de la police fut chargé de trouver le cocher du cabriolet qui avait pris Roman à Thôtei des Pays-Bas, pour le mener chez le marchand de couleurs; le cocher fut retrouvé, il répondit aux questions qui lui furent adressées, qu'il avait conduit l'homme qui avait acheté chez un marchand de couleurs de la rue Notre-Dame des Victoires, une grosse cruche pleine d'un liquide dont il ne pouvait dire le nom, jusqu'à la grille du parc du Raincy, qu'arrivé I», cet homme avait pris sa cruche et l'avait quitté après l'avoir généreusement payé.

Cette dernière déclaration fut pour le chef de la police de sûreté, auquel elle fut communiquée, un véritable trait de lumière; Use rappela qu'à une époque qui coïncidait avec celle de la disparition du comte de Courtivon, qui n^était autre, il n'était plus permis d'en douter, que le marquis Alexis de Pourrières, (les lettres adressées à Alexis sous ce nom que l'on avait saisies chez Salvador, qui les conservait précieusement, par la raison toute simple qq'eiles devaient

servir à constater son identité, si par hasard elle était contestée, ne laissaient du reste aucun doute à cet égard); on avait découvert dans la pariie la plus isolée du parc du Baincy, sott& un amas de branchages et de feuilles sèches, les restes informes d'un cadavre dont les ossements étaient entièrement calcinés.

Il se fit représenter les rapports auxquels avait donné lieu cette singulière découverte, les hommes de Part qui avaient éié chargés de constater Tétat dans lequel se trouvait le cadavre, après avoir déclaré qu'il était tout à fait méconnaissable, prétendaient que le feu avait été alimenté : soit par des essences, soit par d'autres matières inflammables, et en etfet l'état des lieux justifiait leurs allégations, les feuillage des arbres environnant à demi brûlé prouvait que le feu avait été très-considérable.

Cette découverte avait provoqué de la part de la police des recherches nombreuses qui demeurèrent sans résultats; on ne put Jamais savoir si un crime ^ avait été commis, ou si l'on ne devait déplorer qu'un suicide accompagné de circonstances extraordinaires; cependant dans la prévision que le hasard pourrait peut-être plus tard fournir de- nouveaux indices, on avait, après avoir fait donner la sépulture aux tristes restes du cadavre, recueilli avec soin tous les objets qui avaient résisté à l'action du feu; parmi ces objets que l'on avait conservé avec soin, se trouvait une petite clé destinée, selon toute apparence, à ouvrir un meuble de forme moderne; la forme de cette clé était assez remarquable, pour qu'elle fût facilement reconnue; elle était forée, à trèfle, l'entrée et la tige étaient en acier, l'anneau, ciselé avec assez de soin, était en cuivre.

On retoarna chez !a vieille dame de la roe Joubeit qui avait logé le comte de Goactivon pendant son séjour à Paris, on lui demanda si les meubles qui garnissaient l^appartement qu'il avait occupé, étaient toujours tes mêmes, elle répondit affirmativement. La clé trouvée parmi les débris humains du parc du Raiocy, fut essayée et il se trouva qu'elle ouvrait une commode pour laquelle la vieille dame se rappela qu'elle avait été forcée d'en faire fabriquer une peu de temps après la disparition de son locataire.

Il n'était plus douteux que Salvador et Roman, liés avec l'infortuné Alexis de Pourrières, l'avaient sous an prétexte quelconque, entraîné dans le parc du Raincy, où ils l'avaient assassiné, et qu'ensuite ils s'étaient, à l'aide de ses clés que sans doute ils avaient prises, puisqu'on ne les avait pas retrouvées, introduits dans son domicile pour s'emparer de ses papiers, ce quMls avaient pu faire sans être remarqués, grâce à la disposition des lieux; nos lecteurs n*ont pas oublié que la maison dans laquelle habitait Alexis de Pourrières, était composée de deux corps de logis, l'un sur la me, l'autre sur un jardin qui les séparait, que l'appartement du marquis était «itué au troisième étage du premier, et la loge du concierge à l'entre sol du second.

Avant d'être reconduit dans sa cellule, Salvador fat confronté avec le maître de l'hôtel des Pays-Bas, qui le reconnut parfaitement pour être le même individu qui avait logé chez lui à une époque indiquée par son livre de police, sous le nom de Casimir de Feuillade, il fit seulement remarquer de nouveau que ses cheveux, de blonds qu'ils étaient, étaient devenus noirs.

— En effet, fit observer le chef de la police, tous les témoins s'accordent à dire que le forçat Salvador avait

les éheveux blonds, et comme suivant nous, il est maintenant établi qae Thomme qui persiste à conserver le nom du marquis Alexis de Fourrières, n'est autre que cet individu, nous croyons que la couleur de ses cheveux pourrait bien n'être due qu'aux prodiges réccnfc de la chimie, ne serait-il pas possible de s'en assurer?

— Très-possible, répondit le juge, nous avons fait venir devant nous, pour que cela fût fait, un très-habile chimiste; approchez, M. Arnault, examinez les cheveux de l'accusé, et dites-nous si c'est à l'art ou à la nature qu'ils doivent leur couleur.

— Le chimiste s'approcha de Salvador : Je n'ai pas besoin, dit-il, d'examiner les cheveux de l'accusé pour m'apercevoir qu'ils ont été teints, vous pouvez voir comme moi qu'ils sont blonds à leur naissance, parce que sans doute l'accusé depuis qu'il est détenu n'a pu prsUiquer une opération qui demande à être renouvelée au fur et à mesure de la croissance des cheveux*

Le fait dénoncé par le chimiste fut constaté par un procès-verbal.

"Le juge fit ensuite avancer Paoto : Regardez bien l'accusé, lui dit-il, figurez-vous que ses cheveux sont blonds au lieu d'être noirs, et dites-nous si vous le reconnaissez?

— Parfaitement, monsieur, répondit le bon domestique, je regrette beaucoup d'être forcé d'accuser le mari de mon excellente maîtresse, mais je dois la vérité à la justice. Monsieur est bien la personne qui fut connue à Turin sous le nom du vicomte de Létang; c'est monsieur qui m'a frappé d'un coup de poignard dont la marque est encore visible sur ma poitrine, parce que je voulais l'arrêter au moment où il venait de commettre une tentative de vol chez M. Garmagnola,

58 LES VBAIS MYSTÈRES

que je servais à cette époque; je dois ajouter que iôodsieur était accompagné d'un homme plus âgé qoe loi, que Ton croyait son précepteur, qui se faisait appeler M. Ducbemin et qui ressemblait beaucoup an masque éti cire que vous venez de montrer au maître de l*bôtel des Pays-Bas, mais comme je n*ai pas vu ce dernier aussi souvent que M. le vicomte de Létang, je ne suis pas, à son égard, aussi sûr de ma mémoire.

— Vous le voyez, dit le juge à Salvador, lorsque Paolo eut achevé sa déposition ; Taccusation possède à l'heure qu'il est plus d'éléments qu'il ne lui en faut pour vous confondre, vous ne devez donc pas avoir conservé l'espoir d'échapper à la justice des hommes; mais ne croyez-vous pas qu'un aveu sincère de tous les crimes que vous avez commis, aveu qui rendrait plus facile l'accomplissement de la tâche imposée aux magistrats, serait le meilleur moyen de fléchir celle de Dieu.

— ' J'apprécie, monsieur, l'excellente intention qui vous engage à m'adresser un semblable discours, et je vous remercie beaucoup de ce que vous broutez bien m'engager à penser à mon salut, dont je vous l'avoue, je n'ai pas en ce moment l'envie de m'occuper, car je ne me crois pas en aussi grand danger que vous le pensez; je suis innocent, monsieur, et j'ai l'espérance que mes juges, malgré les nombreuses présomptions qui s'élèvent contre moi, me rendront la justice qui m'est due : du reste, je dois vous prévenir que ne trouvant pas près de vous l'impartialité qui doit, en toute occasion, caractériser un magistrat instructeur, j'ai pris la résolution de ne plus répondre aux questions qu'il vous plaira de m'adresser.

Le juge ne crut pas devoir prendre la peine de

répondre à la protestation de Salvador, dont cependant il fit prendre note. Cet homme soaiilé d'une multitude de crimes, commis tous dans le but d'assouvir une cupidité insatiable, et accompagnés de circonstances qui décelaient ia cruauté la plus froide, lui inspirait h la fois trop de dégoût et trop de mépris, pour qu'il attachât une importance quelconque à l'accusation qu'il venait de formuler contre lui.

Il donna Tordre de le reconduire dans sa cellule, charmé de ne plus avoir à s'en occuper que pour rédiger le rapport qui devait être soumis à la chambre des mises en accusation.

Peu de temps après Salvador elle vicomte de Lussan comparaissaient devant la cour d'assises de la Seine.

L'acte d'accusation rappelait tous les crimes commis par ces rosérables; d'abord ceux commis de complicité par Salvador et Roman.

La tentative de vol commise à Turin chez le banquier Carmagnola, à une époque où Salvador se faisait appeler le vicomte de Létang, suivie d'une tentative de meurtre sur la personne'de Paolo.

L'assassinat du brigadier de la gendarmerie da Beausset, à la suite de l'évasion du bagne de Toulon.

L'affiliation à la bande des frères Bisson de Trets, dont les déprédations avaient désolé les départements du Var et du Rhône à une époque correspondante à celle pendant laquelle ils en avaient fait partie.

L'assassinat du marquis Alexis de Fourrières pour s'emparer de son nom et de sa fortune, ce à quoi ils avaient réussi.

Celui du juif Josué, assassinat, suivi du vol d'une somme de deux cent mille francs. Catherine Fontaine, veuve du marquis de Rosselly, était accusée d'être

complice de ce crime, dont elle devait avoir favorisé rexécution en attirant et retenant chez elle la victime jusqu'au moment propice pour le commettre.

Celui des nommés Délicat, Rolei le mauvais Gueux et Desbraises dit Coco. Le vicomte de Lussan, Grand- Louis, Charles la belle Cravate et Vernier les Bas-Bleus étaient accusés d'avoir pris part à ce dernier crime.

De Lussan était accusé, ainsi que Salvador, d'avoir fait partie d'une association de malfaiteurs et d'avoir pris part, soit en aidant ses complices de sa personne, soit en leur donnant des conseils, soit en leur faisant acheter les objets volés par la fille Marie-Madeleiae- Gomtois dite Sans-Refus, à une infinité de vols.

Le noble vicomte avait encore à répondre du meurtre commis avec préméditation sur la personne du nommé Beppo.

La mort épargnait à ce dernier la honte d'être forcé de s^asseoir sur les bancs de la Cour d'assises, à côté de ceux qu'il avait fait prendre, car les révélations des bandits arrêtés chez 1§ Sans-Refus avaient appris qu'il s'était rendu coupable d'une tentative de meurtre sur Préval à Hyères, et sur la marquise de Roselly, et avaient donné à la police le mot d'une énigme qui l'avait intriguée longtemps.

Enfin, l'acte d'accusation reprocbaft à Salvador et à Silvia l'assassinat commis sur la personne de Roman, et au premier seulement, d'avoir fabriqué un faux passe -port et d'en avoir fait usage.

Salvador, le vicomte de Lussan, le Grand Louis, Charles la belle Cravate et les autres bandits arrêtés rue de la Tannerie, comparaissaient seuls devant leurs juges; on avait en vain cherché la marquise de Roselly, la Sans-Refus et Vernier les bas Bleus.

Les débats furent longs et animés, raliente des jolies dames qui vont demander des émotions aux sombres drames qui se jouent devant la cour d*assises ne fut pas trompée, elles trouvèrent seulement que celui dans lequel Salvador et le vicomte de Lussan jouaient les principaux rôles manquait d'imprévu; en effet, Tinstruetion avait été faite avec tant de soin, elle avait recueilli un si grand nombre d'éléments pro< près à ailler Taccnsation, que dès le premier jour, le résultat fut prévu. Aussi, lorsque les jurés apportèrent en sortant de la salle de leurs délibérations une réponse aiDrmative à toutes les questions qui leur avaient été posées, cela n'étonna personne.

Salvador, le vicomte de Lussan et la marquise de Roselly (cette dernière par contumace) furent condamnés à la peine de mort.

La Sans-Refus et Vernier les bas bleus absents, le grand Louis et Charles la belle Cravate furent con. damnés aux travaux forcés à perpétuité.

Les autres bandits furent punis plus ou moins sévèrement. Cornet Tape dur, Robert et Cadet-Vincent furent les moins maltraités.

Lorsque le président, après avoir lu les articles du code pénal applicables à Salvador et au vicomte de Lussan eut prononcé la peine de mort contre ces deux scélérats, le dernier arrangea son jabot et ses manchettes avec autant de grâce et d'aisance que s'il s'était trouvé dans la loge de sa danseuse, il passa sa main

droite entre les longues boucles de sa magnifique dbevelure, et après avoir salué le tribunal, les jurés et Tauditoire, il suivit le gendarme chargé de veiller sur lui. Salvador était peut-être un peu moins rassuré que son complice, il fit cependant bonne contenance.

— Eh bien! mon très-cher, dit le vicomte de Lnssan à Salvador en descendant les escaliers qui, de la coar d'assises conduisent à la Conciergerie, que dîtes-voa& de cela?

tt Belle coDelusioa et digne de l^exorde, a.

n'estai pas vrai?

— 0«e voulez-vous, vicomte, nous avons perda la partie; la Grève est le champ de bataille sur lequel doivent se terminer les exploits des gens qui nous ressemblent, nous subissons la loi commune, nous aurions par conséquent mauvaise grâce à nous plaindre.

— Il n'est pas moins vrai qu'il est fort désagréable de mourir lorsque comme nous on est encore jeune et doué d'une santé capable de déûer les meilleurs médecins, mais comme l'a fort bien dit un honorable,^ c'est un fait accompli.

— N'en parlons plus, alors.

Salvador et de Lussan ne restèrent que quelques minutes à la Conciergerie, une carriole ou plutôt un panier à salade, (pour conserver à ces ignobles véhicules le nom sous lequel ils sont généralement connus), les attendait pour les conduire à Bicétré.

Le directeur de celte prison les reçut avec cette politesse que Ton a l'habitude de témoigner à tons les condamnés à mort, et de suite il donna les ordres pour qu'ils fussent placés au corridor numéro 1, derrière, du bâtiment neuf.

-— De grâce, monsieur, dit de Lnssan lorsque le directeur eut donné cet ordre, soyez assez bon, si cela est possible, pour nous faire placer sur le devant, afin que nous puissions nous distraire, et surtout dans un vieux bâtiment, car dans un neuf nous serions fprcés d'essuyer les plâtres, ce qui est très-malsain à ce qu'on assure; je ne me soucie point, pour ma part, de contracter des douleurs rhumatismales et je crois que mon ami est de mon avis.

— Soyez sans inquiétude, M. le vicomte, répondit le directeur qui trouvait assez singulière la crainte manifestée par un homme qui avait déjà un pied dans la tombe, le bâtiment neuf n'est pas achevé d'hier, il existe depuis plus de soixante et dix ans; je puis donc vous donner l'assurance que vous n'y contracterez pas de douleurs rhumatismales.

— S'il en est ainsi, reprit le vicomte, donnez , je vous prie, l'ordre de nous conduire dans nos appartements, je suis un peu fatigué...

— Ils sont prêts vos appartements, dit un guiehetier qui venait d'arriver, mais avant qu'on vous y conduise, il faut que vous vous désênfrusquiniez (1) pour le rapiot (2), allons mon homme, dépêchezvous.

— Je ne vous comprends pas, parlez, si vous voulez que l'on vous réponde, un langage intelligible.

Le greffier mit fin à ce colioqne, qui serait probablement devenu très-orageux, en expliquant au noble Breton ce que l'on exigeait de lui.

— Tous ceux qui se trouvent dans votre position,

(1) Déshabilliez.

(2) La visite.

64 LES VBAI8 UYSTÈAES

lai dit-il, doivent, en entrant ici, être rigoareusement fouillés, il faut ensuite qu'ils quittent leurs habits pour prendre ceux de la maison et qu'ils endossent la camisole.

— Il ne s'agit que de s'entendre, répondit le vicomte, je veux bien me soumettre à une règle générale, mais comme Je n'ai pas été condamné à supporter les insolences et les familiarités d'un pareil manant, continua-t-il en désignant le guichetier, j'ai l'honneur de vous prévenir que je ne les tolérerais pas si elles se renouvellent.

Lorsque leur toilette de prisonnier fut achevée, on fit descendre au vicomte de Lussan et à Salvador, qui n'avait pu écouter sans rire les singulières boutades de son complice, environ trente marches en pierres de taille et après avoir parcouru plusieurs passages voûtés, éclairés seulement par la lueur pâle et trembiottante de quelques lampes fumeuses, ils se trouvèrent dans le corridor des cellules nommées cachots blcmcs, sa%s doute parce qu'elles sont un peu moins obscures et un peu plus commodes que les cachots dits de sûreté, qui ne servent plus depuis déjà longtemps.

Ils furent placés séparément, mais assez près l'un de l'autre pour pouvoir converser facilement; lis ne craignaient pas de mettre dans |a confidence de leurs discours, les vétérans de faction devant les petites fe-^ nétres qui laissaient arriver un peu de jour dans leurs ceUules, attendu qu'ils connaissaient tous deux la langue du Tasse et de l'Arioste et que c'était celle dont ito se servaient après s'être assuré par une question adroitement posée qu'elle était étrangère à leur gardien.

— Eb bien? M. le marquis, dit de Lussan après

avoir examiné le cachot qui devait, selon tonte apparence, être sa dernière demeure, comment trouvezvous le logement qui vient de nous être octroyé?

— Il n'est pas, je dois en convenir, meublé avec autant de luxe que ceux dans lesquels nous habitions précédemment, mais tel qu'il se trouve, je m'en contenterais si cette maudite camisole ne tenait pas mes mains captives.

— Je dois en convenir, ce vêtement est véritablement très-incommode, il doit à la longue devenir un supplice,

— - Oh I mon Dieu ! on s'y habitue comme à tout; vous ne l'aurez pas porté quinze jours que vous n'y penserez plus.

— Quinze jours! vous êtes fou, cher marquis.

— Eh pourquoi donc? s'il vous plaît.

— Parce que je crois que vous avez l'intention de vous pourvoir en cassation.

— Telle est en effet mon intention, n'est-ce point aussi la vôtre?

— Que Dieu me préserve de commettre une pareille lâcheté, le vin est tiré, il faut le boire, le plus tôt sera le mieux.

— Puisqu'il en est ainsi, nous boirons ce nectar aussitôt que nous le pourrons; mais quoi qull arrive, nous devons nous attendre à rester ici au moins quarante jours, ilavient très^souvent que dans l'espoir que i'ennui et la solitude amèneront les prisonniers à faire des révélations, le procureur général interjette appel.

— Mais en effet, cher ci-devant, vous devez connaître cette maison et ses usages; convenez-en cher marquis, vous m'avez trompé de la plus indigne

66 LES TRAIS UTSTÊRES

manière; fa! cra longtemps que vous étiez on gentil* homme de bonne maison, si j'avais sa qae vous étiei un forçat évadé, je n'aurais certes pas accepté les vingt-cinq mille francs que vous m'avez remis lors de notre première entrevue, ma liaison avec vous a taché mon écusson.

— En vérité, vicomte, vos singulières susceptibilités me font pouffer de rire, la justice vient de vous prouver que tous les hommes sont égaux devant elle; vos nombreux quartiers de noblesse n'ont pas empêché les juges de vous faire un sort semblable au mien, et il est probable qu'il n'empêcheront pas maître Samson de faire son devoir; du reste mon cher de Lussan, croyez-moi, je mourrai aussi noblement que vous, je me suis assez frotté à la noblesse pour avoir contracté quelques-unes de ses habitudes.

— Il est vrai; sur ce, cher marquis, je vais prier Dieu qu'il vous garde et prendre quelques instants de repos, je suis vraiment très-fatigué,

— Bonsoir alors, vicomte.

— Bonne nuit, marquis.

Le lendemain, le vicomte de Lussan fit demander l'aumônier, le respectable abbé Montés, qu^il avait vu plusieurs fois à la Conciergerie et dont il avait beaucoup goûté la conversation. On s'étonnera sans doute de ce qu'un homme semblable au vicomte de Lussan, se montrait si empressé de remplir ses devoirs de chrétien , mais à une époque où il est de bon ton de s'associer au mouvement de recrudescence religieuse qui se manifeste d'une manière si bruyante, il avait cru devoir s'inscrire avec ostentation parmi les néocatholiques les plus prononcés; peut-être, d'ailleurs, partageait-il sur ces matières l'opinion de

De paris. 67

Montesquiett qui a dit quelque part : « Que la dévotion trouve, pour faire de mauvaises actions, des raisons qu'un simple honnête homme ne saurait trouver^ »

Le digne aumônier s'empressa de se rendre à rinvitation du vicomte, qui, n'ayant pas l'intention de se pourvoir en cassation, croyait devoir se hâter de se mettre en état de grâce; l'aumônier lui apprit alors que ie procureur général avait interjeté appel, et qu'ainsi îl devait s'attendre à vivre encore au moins quarante jours; W ajouta que ce délai pouvait avoir un résultat satisfaisant,. que danià des cas semblables, le roi examinait les pièces de la procédure et que souyent il accordait une commutation de peine.

— Une commutation de peine I s'écria le vicomte de Lus&an, une commutation de peine! et en vertu de quel droit un roi peut-il changer la nature d'une peine? M'envoyer dans un bagne, moi, le vicomte de Lussan, me confondre avec de misérables voleurs qui appartiennent pour la plupart à la lie du peuple : si une pareille faveur m'était accordée^ je la refuserais, soyez-en convaincu; je suis condamné, respect à la chose jugée, qu'on m'exécute.

Salvador, qui avait obtenu la permission d'assister à l'entretien qui avait lieu entre le vicomte et l'aumônier, était de l'avis de son complice, et ces deux scélérats prièrent le prêtre, lorsqu'il les quitta, de vouloir bien faire quelques démarches afin que l'arrêt qui les concernait fût immédiatement exécuté.

On a deviné que les recommandations de Salvador et du vicomte de Lussan furent parfaitement inutiles; on ne pouvait pour plaire à ces deux misérables, déroger à des usages établis.

De Lussan et Salvador étaient depuis huit jours à

Bicêtre, lorsqu^in inatjn ce dernier éveilla son complice pour lui (lire qu'il venait de faire an rêve qui lai annonçait une liberté prochaine et assurée.

Le vicomte ne put s'empécber de rire aux dépens de la superstition de celui qu'il n'appelait plus (fue monsieur le ci-devant, depuis qu'on jugement solennel • l'avait dépouillé de son titre et de sa fortune.

— Il ne s'agit pas de rire, monsieur le vicomte de Lussan répondit Salvador, il faut croire; les rêves. Je n'en puis douter, sont des révélations de ce qui doit nous arriver; je vous assure que si seulement vous voulez prendre l'engagement de répondre par ces mots : Je ferai tout ce que vous voudrez, nous se« rons libres bientôt.

— Je ferai tout ce que vous voudrez, cher cidevant, ce sera un moyen comme un autre de passer le temps.

— Je puis alors compter sur vous?

— J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que je ferai tout ce que vous voudrez»

— Très-bien alors.

Le même jour, Salvador ayant fait prier le directeur de venir le voir, il lui demanda ce qu'il fallait pour écrire; dès qu'il eût en sa possession ce qu'il désirait, il écrivit une longue lettre adressée au procurear général, qu'il ne voulut pas laisser lire à son complice.

— Votre rôle est purement passif, lui dit-il, vous devez, suivant nos conventions, vous borner à exécu* ter mes ordres.

— C'est vrai, cher ci-devant, c'est vrai, je ferai tout ce que vous voudrez.

Plusieurs jours après l'envoi de la lettre adressée au procureur général, Salvador fut demandé au greffe;

)or8qu*il revint près de son complice, il iai apprit qu'il venait de procurer à la police l'arrestation d'une douzaine au moins d'indivlrlos couverts de crimes, et quil était probable que, le jour même, ils seraient transférés tous deux à la Force, attendu qu'il avait eu l'adresse de se faire impliquer avec lui dans de nouvelles affaires capitales.

— M. de Fourrières n'a pas pensé un seul instant, dit le vicomte de Lussan avec beaucoup de majesté, que je me ferais délateur pour obtenir ma liberté?

— Eh! je n'ai rien pensé du tout, s'écria Salvador, à la fin impatienté des susceptibilités de son complice, il s'tigissait de nous faire transférer à la Force, et j'ai employé le seul moyen qu'il y eût pour cela; mais laissez-moi agir et ne vous inquiétez de rien, vous n'aurez dans tout ceci qu'à dire : Amen,

— Très-bien alors, et, s'il en est besoin, comptez sur un bras solide et sur un courage qui ne faiblira pas au moment du danger.

L'attente de Salvador ne fut pas trompée; à la tombée de la nuit, la carriole vint chercher les deux complices; un officier de paix préposé aux transfèrements occupait le siège de devant de ce véhicule; derrière lequel, selon l'usage, galopaient deux gendarmes.

Les compagnons de voyage de Salvador et du vicomte de Lussan, gens de sac et de corde, prêts à tout risquer pour reconquérir leur liberté, adoptèrent avec enthousiasme le projet qui leur fut soumis en peu de mots, et ils s'empressèrent de débarrasser les deux complices des entraves qui les empêchaient d'agir.

Salvador avait donné au garçon de service qui faisait son lit et celui du vicomte de Lussan, (vieux forçat qui avait conservé les bonnes traditions), quelques

7d LES VBAIS MYSTÈRE^

pièces d*or que depuis qu'il savait sa condamnation certaine il tenait en réserve pour s'en servir en cas àe besoin. En échange de ces derniers débris de sa prospérité passée, ce garçon de service lui avait remis une pince de fer d'environ dix-huit pouces de long et une forte vrille, à l'aide desquelles il put enlever une des planches qui formaient le fond du panier à salade.

Salvador et de Luftan, en leur qualité d'inventeurs du plan d'évasion , avaient obtenu de leurs compagnons de voyage le privilège de passer les premiers par Touverlure qui serait faite (1); dès que la planche fut enlevée, ils se disposèrent à en user, mais l'ouverture était si étroite que, pour être certains de ne pas s'y trouver engagés, ils furent forcés de se mettre presque nus, c'est-à-dire de ne garder stir eux que leurs chemises et leurs pantalons; ils se laissèrent enfin choir sur la route, et se mirent à courir vers la Seine, qu'ils traversèrent à la nage, à la hauteur du château de Bercy, tandis que les gendarmes qui escortaient le panier à salade, et qui ne savaient où donner de la tête, couraient après ceux des autres prisonniers qui avaient suivi l'exemple qu'ils venaient de donner.

Us suivirent le cours de la Seine pour joindre la barrière de Bercy. Comme il faisait tout à fait nuit lorsqu'ils entrèrent dans Paris, la singularité de leur costume ne fut pas remarquée.

'- Eh bien, vicomte? dit Salvador à son compagnon lorsque la barrière fut franchie.

— Eh bien, marquis?

(1) Il est d'usage lorsquMl se fait une évasion par un trou, d*y laisser passer les premiers les condamnés aux plus fortes peines^ et ainsi de suite.

— Noos voilà libres, mais qa^allons-nous devenir?

— Eh! parbleu, allons chez le père Juste; il faudra bien que ce vieux scéiérat nous fournisse les moyens de sortir de Taffreose position dans laquelle nous nous Iro^uvons.

^ C'est dit, allons chei le père Juste, et s'il ne se montre pas accommodant...

— Nous le mettrons à la raison, cher marquis. Salvador et de Lnssan étaient exténués de fatigue;

ils ne mirent cependant que peu de temps à franchir Tespace assez long qui sépare la barrière de Bercy de la rue Saint-Dominique-d*£nfer.

Us frappèrent et sonnèrent plusieurs fois à la porte de la maison habitée par le vieil usurier, qui demeura sombre et silencieuse.

— Le père Juste, à ce qu'il paraît, s'est défait de son chien, dit Salvador.

— Je crois plutôt, répondit le vicomte, que Dieu a débarrassé la terre de ce vieil intrigant, car il ne sort Jamais le soir, et à moins qu'il ne soit mort, il doit entendre le bruit infernal que depuis pus d'cme heure nous faisons à sa porte.

Une vieille habitante de la maison voisine, lasse sans doute d'entendre le bruit que faisaient Salvador et de Lussan, mit la tête à sa fenêtre et interpella les deux amis.

— Que voulez-vous, leur dit-elle, pourquoi frappezvous si tard et si fort à la porte d'une maison inhabitée?

— Pardonnez-nous, madame, répondit de Lussan, nous désirons parler à M. Juste, banquier.

— M. Juste le banquier? vous avez choisi une singulière heure et un singulier costume pour vcn r chez un banquier.

— Noos sommes voisins, reprit Salvador, et nous sommes sortis en négligé.

— Votre néglîgfé n'est guère de mise par le temps qu'il fait; dix degrés de froid et en chemise, excusez; mais puisque vous êtes voisins, comment donc se faitil que vous ne sachiez pas que M. Juste est mort depuis longtemps.

— M. Juste est mort, s'écria de Lussan, il ne nous manquait plus que cela.

— Oui, il est mort; son chien qu'il avait habitué à se Jeter sur tous ceux qui entraient chez lui, s est à la fin jeré sur lui et l'a dévoré bel et bien; on dît qui! était devenu enragé parce que son maître était si avare qu'il ne lui donnait pas assez à manger.

— Oh! quel aflfreux malheur!

— Un malheur, c'est au contraire bien heureux pour ce vieux gueux de Juste; s'il n'était pas mort il serait à l'heure qu'il est dans les cabanons de Bicétre avec ses deux amis, deux nobles coquins, comte et marquis chefs de bande, que j'irai voir exécuter samedi; mais bien le bonsoir, messieurs les je ne sais quoi; si vous êtes de la clique du père Juste, vous pouvez aller pleurer sur sa tombe, il est enterré à Mont -Parnasse.

La vieille ferma sa fenêtre, laissant Salvador et de Lussan aussi surpris qu'effrayés de la mort épouvanUible de l'usurier Juste.

— Il ne nous reste qu'une ressource, dit de Lussan à Salvador, lorsqu'il»^ se furent éloignés de la maison naguère habitée par l'usurier; il nous faut faire une tentative près de Coralie.

— Nous aurions tort, je crois, de beaucoup compter sur cette femme qui ne vous a pas seulement donné

signe de vie peodaot toat le temps que nous sommes restés en prison.

— Que sait-on« peut-être qu'en nous voyant nus et sans pain, elle voudra bien nous donner quelques pièces d'or.

— Je crois plutôt qu'elle nous fera chasser par ses ^ gens si elle ne nous fait pas arrêter.

— Il n'y a pas de danger. Goraie, quoique jeune aimab:e, jolie et riche, est d'une avarice extrême, elle n a à son service qu'une seule femme de chambre dont nous viendrions facilement à bout si elle avait de mauvaises intentions.

— Allons donc tenter l'aventure, il faudra bien qu'elle s'exécute...

— J'ailais vous le dire.

Il y avait loin de la rue Saint Dominique-d'Eufci' à celle Tronchet, où demeurait la danseuse Goralie; cependant de Lussan et Salvador, aiguillonnés par la faim, le froid et le désespoir, se mirent courageusement en route.

Onze heures venaient de sonner, la nu.t était sombre : les deux aventuriers, qui cherchaient à éviter la rencontre des patrouilles, marchaient silencieusement dans l'ombre. Arrivés dans une petite rue voisine du pont Saint-Michel, des clameurs, proférées par une multitude de voix vinrent tout à coup frapper leurs oreilles.

— Arrêtez! arrêtez! au voleur! à l'assassin!...

£t la rue fut envahie par plusieurs hommes qui poursuivaient un individu qui, grâce à des jarrets d'acier, gagnait à chaque instant un espace de terrain considérable.

Pour éviter la rencontre des poursuivants , panui

lll LES TRAIS MYSTÈRES

lesquels pouvaient fort bien se trouver quelques suppôts de dame police, Salvador et de Lussan se jetèrent brusquement dans la rue Poupée. Ils n'avaient pas fait vingt pas dans cette rue, qu'un homme tomba pour ainsi dire entre leurs bras.

-7 Laissez-moi passer, leur dit-il, je suis un malheureux déserteur.

Salvador et de Lussan reconnurent de suite Vernier les bas bleus. Les divers crochets qu'il venait de faire avaient fait perdre ses traces à ceux qui le ponrsaivaient, et il croyait avoir fait naufrage an port lorsqu^à son tour il reconnut les deux aventuriers.

•—Rupin, le grand Richard, s'écria-t-il, il paratt alors que ce ne sera pas pour samedi?

— Nous Pespérons bien, dit de Lussan, si surtout tu veux noijs procurer de quoi souper et un asile pour cette nuit.

— Je puis vous conduire chez moi, répondit Vernier les bas bleus, le local n'est pas beau, mais tel qu^il est je vous l'offre et de bon cœur. Vous m'avez fait gagner de l'argent lorsque vous étiez rt4pins, il est bien Juste que je fasse aujourd'hui quelque chose pour vous. ,

Lorsque l'on a faim et froid, lorsqu'on n'a pa» an lieu pour se reposer, on saisit, sans hésiter, la première branche qui se présente. Aussi Salvador et de Lussan s'empressèrent-ils d'accepter l'offre de Vernier les bas bleus; ils n'avaient d'ailleurs rien à craindre de cet homme dont la position n'était guère meilleure que la leur, puisque, condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité, il ne pouvait faire une démarche pour les livrer sans compromettre sa propre liberté,

Vernier les bas biens occupait, dans mie maison dé* labrée et sans portier de la rue du Four-Saint-Hilaire, un galetas situé au septième étage, meublé d*un lit sur lequel se carraient les deux plus minces matelas et quelques yieilles couvertures; d'une table boiteuse, d'un bas de buffet, de deux chaises dépaillées, etéclairé seulement par un châssis à tabatière,

— * Voilà le gtte, dit-il à ses hôtes en les introduisant éans cet affeux grenier; il n^est pas beau, mais il est sûr.

— C'est tout ce qu'il nous faut pour aujourd'hui, répondit de Lussan; demain il fera jour, et, s'il plaît à Dieu, nous trouverons bien les moyens de nous en procurer un meilleur.

— Ah ça! vous qui n'avez probablement dans le bauge (1) que la mouise (2) de Tunebée (S), vous devez rann^ la pégrenne (h).

— Nous mangerions très-volontiers un morceau, répondit Salvador. N'est-il pas vrai vicomte?

De Lussan, qui s'était jeté sur le lit, fit un signe affirmatif.

— Je vais alors, dit Vernier les bas bleus, chercher deux doubles cholettes de picton (5), du lartonsa" vonné (6) et un jambonneau, ça vous va-t-ilP

— Allez, mon cher, achetez ce que vous voudrez, nous saurons, si Dieu nous prête vie, reconnaître plus tard ce que vous faites aujourd'hui pour nous; mais

Venlrc.

Soupe.

Bicétre.

Mourir de faim.

Deux litres de vin.

Pain blanc.

à VOUS voulez que votre hospitalité me soit agréab*e, ne me pariez plus argot. A quoi bon se servir d'un langage bas et ignoble que tout le monde comprend maintenant?

—On vous obéira; j'ai trop eavie d'être de mèche (1)...

— Encore!...

— De moitié; je me laisse emporter par la force de rhabitude. Je disais donc que j'ai trop envie d*étre de moitié dans les affaires que déjà sans doute vous avez en vue, pour faire quelque chose qui vous soit désagréable.

Le pain, le jambonneau et le vin, offerts par Vernier les bas bleus, furent expédiés en quelques minutes.

— Ceci ne vaut ni les salmis de filets de perdreaux aux truffes, ni le vin de Ghambertin, dit de Lussan; mais ça se laisse manger et parait fort bon lorsqu'on a faim.

— Vous avez raison, répondit Salvador; c'est le besoin qu'on en a qui donne du prix aux choses les plus ordinaires; aussi, comme nous sommes exténués de fatigue, et que nous avons un extrême besoin de som* meil, je suis persuadé que nous trouverons délicieuse la couche modeste de notre ami Vernier.

Les trois bandits se couchèrent l'un près de l'autre sur le lit, qui, fort heureusement pour eux, se trouva d'une largeur plus qu'ordinaire, et bientôt on n'entendit plus, dans le galetas de la rue du Four-Saiiu- Hilaire, que le.bruit calme et mesuré de leur respiration.

(1) De moitié.

Ils s'éveiilërent à la naissance du jour. Vernier les bas bleus, qui avait voulu ménager à ses hôles une surprise agréable, posa sur la table boiteuse une rhopine d'eau-de-vie achetée la veille, et les trois complices, ayant allumé chacun une pipe chargée de caporal, tinrent conseil.

Salvador, de Lussan et Vernier les bas bleus ne possédaient pas à eux trois la valeur de trois pièces de cinq francs, et, cependant, il fallait aux deux premiers des vêtements quels qu'ils fassent, et les moyens de se déguiser, s'ils ne voulaient pas se résoudre à rester confinés dans le galetas de leur hôte.

— Je vais écrire à Coralie, dit le vicomte, notre ami Vernier portera ma lettre.

—Faites, cher vicomte. Ah! si je savais où se trouve en ce moment ma femme, nous n'aurions pas besoin de nous adresser à cette danseuse.

— Mais, vous ne le savez pas, ainsi il est inutile d'en parler.

Le vicomte de Xussan écrivit à Coralie une lettre bien pathétique, bien touchante, que Vernier, ainsi que cela venait d'être convenu, se chargea de porter.

Il arriva chez Coralie avant û'it heures du matin, madame n'était pas encore levée, il fut donc forcé de remettre la missive dont il était porteur à la femme de chambre, qui voulut bien, prenant en considération ses instantes prières, la remettre à l'instant même à sa maîtresse.

^Ile revint près de Vernier qui l'attendait dans l'antichambre, au bout de quelques minutes, à son air pincé, à l'expression quelque peu hautaine de ses yeux, le bandit devina qu'elle ne lui apportait pas une bonne nouvelle.

LES VBAl.S «TSTÈRES. T. IX. G

Il ne se trompait pas.

— Madame, lui dit-elle, ne connaît pas la personne qui lui demande Taumône, elle vous prie de lui rendre cette lettre qu'elle ne veut pas conserver.

Vernier fut obligé de se retirer. Lorsqu'il sortit de chez Coralie, la rue Tronchct était pleine d'une fouie de colporteurs de canards, qui criaient à tue-téte, la 7'elatian exacte et détaillée de l'évasion miraculeuse, après leur condamnation à mort, de deux particuliers très-connus dans Paris, grande récompense à ceux qui les feront arrêter; Vernier les bas bleus acheta, moyennant cinq centimes, ce monstrueux canard, qu'il fit voir à ses hôtes lorsqu'il rentra chez lui.

— Il parait que l'on tient énormément à faire une tronche (1) de votre sor bonne (2), dit Vernier les bas bleus, lorsque Salvador et de Lussan eurent achevé la lecture du canard; puisqu'on offre une grande récompense à celui qui vous fera faucher le colas (3), c'est flatteur pour vous,

— Oui, mais c'est un peu inquiétant répondit de. Lussan, en regardant fixement Vernier les bas bleus, l'espoir d'obtenir cette grande récompense peut engager à nous trahir des gens auxquels nous aurions accordé toute notre confiance.

•— Il n'est que trop vrai, ajouta Salvador.

— Hél les Rupins... ce n'est pas pour moiqae vous dites ça, u'est-cc pas? J'suis un grinche (U), on

Tête coupée.

(2) Tête

(3) Couper le cou.

(4) Voleur.

DE PAMS. 10

escarpe (1), tout ce que vous voudrez; je buterais (2) le Père éternel pour affurer une tune (3); mais je suis un honnête bomme, trahir des amis, jamais?

Salvador et de Lussan, intérieurement charmés de voir Vernier rejeter si loin de lui et avec une indignation si énergiquement exprimée, la pensée d'une action semblable à celle qu'ils avaient paru le croire capable de commettre, s'empressèrent de le calmer.

— Ecoutez, mes amis, leur dit-il, maintenant, hélas! presque tous les pègres sont d'infâmes coquins, et pour vous il s'agit de la sorbonne (k) que l'on ne perd qu'une fois; vous ne sauriez donc prendre trop de précautions. Eh bien! si vous le voulez, pendant tout le temps que vous resterez ici, je ne sortirai pas, je n'écrirai pas; l'un de vous prendra mes habits pour alter au vague (5) et l'autre restera avec moi, ça fait que vous serez tranquilles.

— Tu sortiras, tu rentreras, tu écriras, répondit le vicomte de Lussan à Vernier les bas bleus, nous nous fions à toi, et nous sommes persuadés que notre confiance est bien placée, mais nous allons visiter ta garde-robe, dans laquelle nous trouverons peut-être de quoi nous vêtir.

Vernior les bas bleus était plus riche qu'il ne le croyait Ini-oiême; le vicomte de Lussan trouva dans un bas de buffet, deux pantalons en assez bon état, une blouse neuve et une redingote encore propre. Il

(1) Assassin.

(2) Tuerais.

(3) Gagner cinq francs.

(4) Tête.

(5) Voler.

donna à Salvador la redingote et le meilleur des deux pantalons.

— Cest parce que J'ai FintenUon de vous faire jouer ce soir un rôle important, dans une comédie nouvelle, que je vous permets de vous faire aussi beau que vous !e serez, lorsque vous aurez endossé ces habits, dit-il à son complice.

— Je devine quel est votre projet, vous voulez reprendre en gros à Corâlie ce que vous lui avez donné en détail.

— Vous l'avez dit.

— Ça se trouve bien, j'ai justement pris l'empreinte de la serrure, dit Vernier, et il montra aux deux amis une carte sur laquelle l'entrée de la serrure de Coralie était parfaitement imprimée (1).

— C'est très-bien vu, mais de quelle manière nous y prendrons-nous pour réussir.

— Laisse-moi faire, tout ira bien, et ce soir, je vous en réponds, nous aurons de l'or, beaucoup d'or, et notre ami Vernier qui nous donnera un coup de main en aura une bonne part.

— Sont-ils adroits ces rupins! s'écria Vernier les bas bleus, qui croyait déjà tenir les pièces d'or dont le vicomte de Lussan promettait une si ample moisson.

Ce dernier s'était placé devant la table et dessinait avec beaucoup de soin le fac-similé d'une clé.

— Vous êtes, dit-il à Salvador, expert en l'art du serrurier, pouvez-vous faire une clé absolument semblable à celle dont voici le portrait, je me suis déjà

(1) Les voleurs ne se servent plus de cire pour prendre Tempreinle d^unc serrure, mais d*une carte préalablement mouillée, qui remplit parfaitement leur but et qui peut plus facilement disparaître en cas de malheur.

D£ PABXS. 81

assuré qu'il y avait ici tout ce qu'il fallait pour cela.

— Parfaitement, répondit Salvador.

— En ce cas à TfBuvre, Je vous expliquerai mon plan pendant que vous travaillerez.

Salvador, doué d'une dextérité sans égale n'eut besoin que de quelques heures de travail pour fabriquer une clé, dont le vicomte de Lussan se montra trèssatisfait.

Les trois bandis passèrent à deviser joyeusement, à boire et à manger (Vernier les bas bleus avait un compte ouvert chez le marchand de vin et le charcutier), le reste de la journée.

Lorsque le soir fut venu, ils s'armèrent chacun d'un couteau-poignard ( ils étaient tous les trois bien déterminés à ne point, en cas de malheur, se laisser prendre vivants), et se mirent en route pour la rue Tronchet.

Salvador et Vernier les bas bleus entrèrent chez un marchand de vin, de Lussan alla^se mettre en observation vis-à-vis la porte cochère de la maison habitée par Coralie. ,

Il était à son poste depuis environ une demi-heure, lorsqu'il vit sortir la danseuse, il la suivit de loin et la vit entrer à l'Opéra. Bien certain alors qu'elle ne rentrerait pas chez elle de la soirée, il revint trouver ses camarades.

— Elle est sortie, leur dit-il; il ne s'agit plus maintenant que d'éloigner la servante. A vous, Vernier, songez que si vous ne réussissez pas, nous serons forcés d'employer les grands moyens, et J'en serais vraiment fâché, cette servante est une fort bonne et fort Jolie fille.

Vernier, suivant les instructions qu'il avait préala-

82 LES VRilS MYSTÈRES

bicment reçues, prît sa course, et donna l'ordre à un cocher de fiacre qu'il prit sur la place la plus voisine de rOpéra, de se rendre au domicile de Coralle, et de remettre au concierge de la maison un billet que celui-ci ferait tenir à la personne à laquelle il était destiné.

Il n'était pas à craindre que la femme de chambre s'aperçût que le billet n'avait pas été écrit par sa maîtresse. Goralie dont l'éducatiou avait été quelque peu négligée, se servait habituellement de secrétaires.

Le cocher, généreusement payé d'avance, s'acquitta de la mission qui venait de lui être confiée; il remit le billet au concierge et attendit.

Le concierge, suivant la louable habitude de ses confrères, n'avait pas manqué de lire le billet, qui, du reste n'était pas cacheté.

— Vite, vite, mademoiselle Hélène, dit il à la femme de chambre de Goralie, mademoiselle Desrivières vient de se fouler le pied en entrant en scène, elle vous demande avec son châle orange; il y a en bas un fiacre pour vous emmener et v'Ià un billet qu'elle a donné au cocher pour vous le remettre.

— Je vous remercie bien, M. Fouché, répondit la femme de chambre après avoir lu le billet, qui ne renfermait autre chose que ce que le portier venait de lui apprendre; je vais de suite aller trouver ma maîtresse. £t comme le concierge était monté par l'escalier de service, elle descendit un étage afin de l'éclairer.

Quelques minutes après, la servante portant sous sou bras le châle orange de sa maîtresse, montait dans le fiacre qui Tattendait à la porte.

—Aller d'ici à l'Opéra, expliquer sa venue à sa

maltresse, puis revenir, dit de Lossan, nous avons au moins trois quarts d^heure devant nous; c*est plus qu'il ne faut. A vous, marquis. Il y a de la lumière chez le docteur Delamarre, qui demeure au-dessous de Coralie, dites au concierge que vous allez chez lui? N'oubliez pas de jeter un coupd'œil sur les deux coupes d*agate placées sur la cheminée de la chambre à coucher. Coralie y laisse souvent des bijoux précieux. L'argent est dans une armoire à glace placée dans la chambre à coucher, quMI vous sera facile d'ouvrir : vous avez ce qu'il faut pour cela?

— J'ai remis mes halènes (1) à Rupin, dit Vernier les bas bleus.

Salvador entra dans la maison; il y resta plus longtemps que ses complices ne s*y attendaient.

— Il lui est peut-être arrivé quelque chose, disait Vernier les bas bleus à de Lussan.

— Cela n'est pas probable, répondit celui-ci, s'il en était ainsi, nous aurions entendu du bruit.

L'arrivée de Salvador vint à point pour mettre fin à l'anxiété de ses complices.

— Eh bien! lui dit de Lussan.

—^ L'affaire n'est pas mauvaise, répondit-il, mais hâtons-nous de fuir. Je crois que j'ai été remarqué par le concierge.

Les trois complices franchirent rapidement l'espace qui sépare la rue Tronchet de celle du Four-Saint- Hilaire. Lorsqu'ils furent arrivés dans le galetas de Vernier les bas bleus, Salvador déposa sur la table tout ce qu'il avait volé chez Coralie.

— Quatre mille balles (2) «n or, trois mille balles

Mes outils.

Francs.

84 LES VRAIS UYSTÈBES

de bijoux à vendre au fourgat i(t), s'écria Vernîer les bas bleus, nous allons joliment faire pa//a5 (2).

— As-tu un receleur à ta disposition? lui demanda de Lussan.

— Je crois bien, Louis TAventurier, qui demeure à la Sorbonne; il m*acbèlera tout ce que je voudrai.

—Garde alors les bijoux pour ta part, et laisse-nous l'argent, cela te va-t-il?

— Très-bien! Vous êtes plus généreux que Je ne le pensais.

— Soupons alors et couchons-nous; nous nous séparerons demain matin.

Les trois bandits firent honneur à un excdient poulet et à quelques autres comestibles qu'ils avaient achetés rue Daupbine, puis après ils s'endormirent.

Le lendemain matin, ainsi que cela avait été convenu la veille, ils se séparèrent

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