‹ Les vrais mystères de ParisChapitre 3 sur 21 · LES VA\IS «TSTÈRES. T. VII · texte numérisé non relu

LES VA\IS «TSTÈRES. T. VII

turel que Lucie, mariée fort Jeane à an homme beaucoup plus âgé qa*elle, et auquel elle n'avait pu par conséquent accorder qu'une affection en quelque sorte filiale, épousât, puisque le sort avait voulu qu'elle redevînt libre, un homme qu'elle pburrait aimer d'amour, et qui, du reste, paraissait à tout le monde tout à fait digne de la posséder.

Laure était la iseule qui ne partageât pas l'avis de tout le monde; elle n'avait pu vaincre l'antipathie que lui inspirait le marquis de Fourrières; c'était en vain qu'elle se (lisait que cet homme, très-joli cavalier du reste, possédait, en réalité, toutes les qualités qui pouvaient assurer le bonheur de la femme qui le choisissait pour époux ; elle ne voyait pas, sans éprouver un vif sentiment de peine, son amie déterminée à lui accorder sa main; elle était gênée, contrainte, lorsqu'elle se trouvait près de lui, aussi n'allait-elle chez Lucie que beaucoup moins souvent qu'elle ne l'aurait fait si elle n'avait pas eu la crainte de l'y rencontrer.

Aucuns événements qui méritent la peine d'être rapportés ne précédèrent le mariage de Laure et de Servi-

gny, qui, ainsi que nous l'avons vu, fut célébré à ,

et consacré par le bon abbé Reuzet, qui avait voulu donner aux jeunes époux cette preuve de la vive amitié qu'il leur portait. Personne n'avait été invité à assister à la cérémonie religieuse, on s'était borné & envoyer la veille des lettres de faire part.

Trois mois plus tard, celui de Lucie de Neuville et du marquis de Fourrières fut, ainsi que nous le savons déjà, célébré avec pompe à l'église Notre-Dame de Lorctte. Toute l'élite de la société parisienne avait été conviée à cette cérémonie. Lucie, qui regrettait beaucoup que son amie, en ce moment à Florence, ne îùi

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lias près d'elle à cet instaot solenne), fat conduite à Vaatel par le vieux chevalier de Saint-Loais, que nous avons rencontré chez la marquise de Vilierbanne ; ce digne homme, qui pendant Témigration avait été Tami wiime du vieux marquis de Fourrières , voyait avec plaisir son &\^ épouser une femme à laquelle, parce qu'il savait apprécier les brillantes qualités de son cœur et de son esprit, il avait voué une affection vraiment paternelle.

m. — Un Goup d'œil eu aniàie.

— Où me conduisez-vous, dit Silvia lorsque le cheval eut fait quelques pas.

— Ohl parbleu, chez moi, répondit le vicomte de Lussan, où vous resterez jusqu'à ce que je vous aie trouvé un logement convenable»

Silvia ne répondit pas de suite, ce ne fut qu'après avoir réfléchi quelques instants, qu'elle dit au vicomte qu'elle préférait être menée dans un hôtel garni.

— Mais vous ne pouvez vous présenter nulle part faite comme vous l'êtes en ce moment, s'écria de Lussan.

— Je le sais bien, dit Si{via, mais il y a moyen de s'arranger; vous allez d'abord me conduire dans un hôtel garni modeste, où vous arrêterez et payerez pour moi une petite chambre, un cabinet même, cela sera plus conforme à l'état présent de ma toilette, vous irez ensuite m'acheter tout ce qui m'est nécessaire et lorsque je serai convenablement vêtue, vous me conduirez soit à l'hôtel de Londres, soit à celui des Princes, où je resterai jusqu'à ce que ma maison soit remontée.

A8 LES VBAI8 BITSTÈBES

Le Tkomte de Lossan se conforma aux ûéeks de Silvia; et comme à Paris il est facile de se procarer toat ce qu*on désire lorsque Ton ne ménage pas Targeiit, quelques jours après, la marquise de Rosell j, complètement équipée, était installée dans un des pins luxueux appartement de Phôtel des Princes et recevait les hommages des princes russes, des lonb anglais et des barons allemands, loottaires ordinures de cet hôtel.

Le lendemain matin, le vicomte de Lussaa vint rendre visite li la marquise de RoseHy, Silvia pria Tami de Salvador de déjeuner avec elle, mais elle eut Tair de ne pas comprendre les questions détournées du vicomte de Lussan qui, nous devons le dire, aurait été bien aise de savoir ce qui lui était arrivé depuis sa disparition et qui cependant fut forcé de se retirer aussi ignorant qu'il Tétait lorsquMl éuit venu.

Quelques lignes nous suffiront pour apprendre à nos lecteurs ce qui était arrivé à Silvia du moment où elle fut frappée par Beppo sur le pont au Change, jusqu'à celui où nous sommes arrivés.

La blessure qui lui avait été faile, était excessivement grave,et après ravoir examinée, les médecins entre les mains desquels elle fut d'abord remise, déclarèrent qu'elle était mortelle et que rien ne pouvait la sauver; mais le docteur Mathéo chef du service dans lequd elle avait été placée, et qui l'examina à son tour le lendemain matin, ne fut pas de cet avis, et ne craignit pas d'assurer qu'il était encore possible de la guérir; il prescrivit en conséquence tout ce que suivant lui il y avait à faire, et comme tous ceux qui étalent placés sous ses ordres respectaient auuint sa science que son caractère, ses prescriptions furent si ponctuellement

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exécatées, qu'an boat de quelques jours Tétat de la malade s'était seuublement amélioré et qu'enflu il fiit notoire pour tout le monde qu'elle ne perdrait pas la vie.

Mais si Sil? ia ne devait pas perdre la vie, elle était moiacée de conserver jusqu'à la fin de ses jours une infirmité qui devait la lui rendre bien cruelle. La irayeur qu'elle avait éprouvée au moment oà elle avait rencontré Beppo, les souffrances qu'elle venait de supporter, la cruelle incertitude daos laquelle elle se trouvait plongée, toutes ces causes réunies avaient si fortement agi sur son système nerveux, tellement ébranlé son organisme qu'elle avait perdu Tuss^e de la parole.

De semblables phénomènes, quelque extraordlnaîFes qu'ils puissent paraître, sont beaucoup moins rares qu'on ne le pense généralement dans des cas pareils* et malheureusement la science est encore forcée de se èorner à les constater, impuissante qu'elle est à y apporter Quelque remède; on a seulement remarqué que des causées ayant quelque anologie avec celles qui les avaient fait naître, pouvaient les faire disparaître.

Silvia avait donc perdu l'usage de ia parole, et les médedos qu'elle ne pouvait interroger que par signes» et que sa merveilleuse beauté intéressait vivement, ne pouvaient que l'engager à. se résigner.

Elle avait été pendant près de trois mois entre la vie et la mort, dans un état complet de prostration, en nn mot tout à fait hors d'état de répondre aux nombreuses questions qu'on lui avait adressées. Yoyant qu'il était impossible de lui arracher des renseignements de nature à mettre sur les. traces de son assassin, qui, jusqu'à ce moment avait su échapper à toutes

les recherches; la police, forcée d*obéir à la médecine, avait consenti d'abord à la laisser en repos; mais lorsqu'elle fut convalescente, elle revint s'installer à son chevet et recommença ses interrogations.

La médecine avait prévenu la police que celle qu'elle voulait interroger était muette; mais cela ne découragea pas la noble dame, qui demanda à Silvia si elle savait écrire.

Gelle-çi qui s'était tracé une règle de conduite dont elle ne voulait pas se départir, répondit par signe qu'elle ne comprenait pas.

— Vous ne comprenez pas le français? lui dit l'espèce de magistrat chargé de l'interroger, de quel pays êles-vous?

Silvia regarda celui qui parlait ainsi, puis elle lui tourna le dos.

Elle regretta beaucoup en ce moment de ne pou- ' voir dire à ce brave homme qu'elle le priait de faire venir un interprète, attendu qu'elle était muette et qu'elle ne comprenait que tltallen, ce que probablement il aurait fait sans y entendre malice.

L'irrévérence de Silvia le choqua, bien qu'il ne. sût à quoi l'attribuer. Cependant après s'être gratté le front pendant quelques minutes, il se dit que c'était peutêtre parce qu'elle ne comprenait point le français qu'elle ne lui répondait pas, et comme il était le plus fort polyglotte de la rue de Jérusalem, 11 lui adressa la parole en allemand.

Silvia ne fit pas le plus léger mouvement.

En anglais.

En espagnol.

En patois flamand.

Même silence.

DB PARIS, 5i

Le pauvre homme était an boat de son rooleaa, U se rappela bearensement quelques mots italiens, qu'il se hâta de prononcer.

Silvia se retourna et lui fit entendre par signes qu^elle comprenait parfaitement,

— Elle parie' italien! s'écria le brave homme enthousiasmé, elle parle italien! J'étais bien sûr que nous finirions par nous comprendre, continua-t-il ens'adressant à ceux qui entouraient le lit de la malade^

— Vous voulez dire, lui fit observer un de ses estafiers, qu'elle comprend l'italien? Vous n'avez sans doute pas oublié qu'elle est muette?

— C'est vrai, elle est muette, je l'avais oublié. Mais c'est égal, il y a encore moyen de s'entendre. Savez-vous écrire? dit-il à Silvia.

La malade fit un signe négatif.

— Elle ne sait pas écrire; c'est désagréable. Connaissez-vous l'homme qui voos a frappé?

Nouveau signe négatif.

— Ah!...

— Si signera Italiana?

Signe affirmatif.

— Di Roma?

Signe négatif.

— DiFirenze?

Signe négatif.

— Di Livorno?

Signe affirmatif.

— Savez-vous lire?

Signe négatif.

— Elle ne sait »! lire ni écrire, et elle est muette! •*écrie le magistrat d'un air a la fois désespéré et découragé, nous ne poiu*rons jamais savoir ni son nom.

^2 LES VBAIS MYSTÈRES

ni ce qu'elle était venue faire en France, ni pourquoi elle était vêtue d'un costume d'faomme... C'est à em perdre la tétel

Le magistrat aurait peut-être prolongé plus longtemps cet interrogatoire qui ne lui apprenait rien de ce qu'il voulait savoir; mais le médecin lui ayant fait observer que la malade paraissaittrès-fatiguée, il voulut bien se retirer.

Des scènes à peu près semblables à celle que nous venons de rapporter se renouvelèrent à divers intervalles. Silvia continua d'affirmer qu'elle était de Livourne, qu'elle ne connaissait pas l'homme qui l'avait frappée. Ce furent du reste les seules choses qu'il fut possible de lui arracher à toutes les demandes conjecturales qu'on lui adressait sur les causes de son voyage en France et de son déguisement en homme; elle se bornait à répondre par des signes négatifs, qui désespéraient ses interrogateurs.

Les motifs qui la faisaient agir ne sont pas difficiles à deviner.

Elle aurait bien voulu pouvoir se venger de Beppo; mais pouvait-elle sans se compromettre elle-même, dénoncer l'ex-pêcheur? Ne devait-elle pas craindre que cet homme, dont elle venait d'être mise à même d'apprécier la sauvage énergie, une fois arrêté , ne cherchât à l'entraîner avec lui dans l'abîme? ce qui lui serait facile, s'il se déterminait à raconter aux magisunui ce qu'il savait de sa vie, et puis une fois que dame justice, excessivement curieuse de sa nature, aurait mis le nez dans ses affaires, il était presque certain qu'elle découvrirait une foule de choses qu'elle voulait absolument laisser Ignorer ; ainsi, on pouvait savoir que la noble marquise de Hoselly, ex-première chan-

tense an grand th^tre de Marseille, n'était antre qne Désirée-Céleste Comtois, élevée sous an faux nom, ^ rinstltotion de la Légion dlionneor; alors il faudrait dire adieu (et c'était le moindre des malheurs qu'elle devait craindre) ,à la posidon qu'elle avait occupée dans le monde et qu'elle espérait bien reconquérir. On pouvait savoir qu'elle avait beaucoup connu à Marseille le juif Josaé, si misérablement assassiné à Paris» et de conjectures en conjectures, d'investigations en investigations, découvrir que c'était en sortant de ches elle qu'il avait été assassiné; et de cette découverte, )i celle de la vérité, il n'y avait pas loin; tandis qu'avec le système qu'elle avait adopté, elle n'avait absolument rien à craindre. Lorsque après l'avoir bien interrogée, on serait enfln convaincu qu'il était impossible de percer le voile dont le hasard et non sa volonté paraissait vouloir envelopper sa destinée, comme en définitive on n'avait rien à lui reprocher, comme on ne pouvait lui faire un crime du coup de poignard qu'elle avait reçu, il était probable qu'on la laisserait libre de porter ses pas où elle le désirerait. li ne s'agissait donc que de prendre patience, et Silvia était une de ces créatures qui, bien persuadées que le temps est un grand maître, savent se dire à propos : que tout vient à point à qui sait attendre et qui agissent en conséquence.

Ce que nous venons de dire, nous dispense d*expliquer à nos lecteurs les raisons à peu près semblables qui l'empêchèrent d'écrire à Salvador ce qui lui était arrivé.

Lorsque Silvia fut tout à fait rétablie , l'autorité , qui n'avait pas encore perdu l'espoir d'en obtenir quelques curieuses révélations, la fit enlever de l'hospice où

elle avait été consignée et transporter dans une prison. Gomme elle avait compris qae le meilleur moyen, d'intéresser à elle ceux de qui dépendait son sort, était de se soumettre sans murmurer à toutes leurs volontés; elle se borna, lorsqu'on lui annonça cette nouvelle, à croiser ses mains sur sa poitrine et à lever les yeux vers le ciel, en signe de résignation.

Pendant près de cinq mois, qu'elle passa en prison avant d*étre rendue à la liberté, elle ne se démentit pas un seul instant; elle travaillait avec ardeur et sa douceur était inaltérable. Enfin, elle manœuvras! bien, qu'elle intéressa Taumônier de la prison, qui fit d'activés démarches afin de lui faire rendre la liberté.

Ces démarches allaient être couronnées de succès et Silvia attendait chaque jour l'ordre de sa mise en liberté , lorsqu'il lui arriva un événement heureux pour elle, bien qu'il prolongeât sa captivité de quelques Jours et qu'il mît ses jours en danger.

Elle était à la fois si belle et si douce; il y avait tant de distinction dans ses manières, que le directeur de la prison n'avait pas voulu qu'elle fût confondue avec les autres prisonnières. Â cet effet, il lui avait assigné une cellule isolée qui faisait partie d'un petit bâtiment dans lequel on serrait le bois destiné au chauffage de la prison; elle était chaque soir enfermée dans cette cellule que l'on ouvrait le matin afin de lui laisser la faculté de se promener par toute la maison, tant que durait la journée.

Silvia avait reçu le matin la visite du bon ecclésiastique qui s'intéressait à elle, et elle s'était endormie heureuse de savoir que bientôt elle serait mise en liberté, lorsque vers le milieu de la nuit, elle fut réveillée par les cris de ses compagnes de captivité, et les

DE PARU. $b

exclamatfoDS des employés de la prison qol couraient à traTers les cours et les corridors de la prison; une famée épaisse remplissait sa cellale, et à travers lea barreaux de sa fenêtre, elle put voir les flammes dévo* rer la partie du bâtiment où était renfermé le bois*

Encore quelques minutes, et ces flammes allaient Tatteindre, et personne ne venait à son secours; les gardiens, occupés à contenir les prisonnières quMIs avaient été forcés de faire sortir de leurs dortoirs ei qui poussaient des cris effroyables, bien qu*elles fussent à Fabri de tout dangfer, paraissaient Tavoir tout à fait oubliée. Sa frayeur fut si vive , qu'une révolution subite s'opéra dans tout son être et qu'elle pût pousser des cris perçants, suivis bientôt de cette exclamation : Au secours! au secours!...

Elle avait recouvré la parole!

Les cris de Silvia ne furent pas, heureusement pour elle, entendus des employés de la prison, qui se trou* valent dans la cour; mais ils attirèrent l'attention d'un pompier, qui, debout, la hache à la main, sur une solive embrasée, travaillait avec ardeur à isoler l'incendie; ce brave militaire, sans penser aux nombreux dangers qu'il allait affronter, s'élance sur le toit du bâtiment dont faisait partie la cellule habitée par Silvia ; les flammes, la fumée, rien ne Parréte, il arrive près de la cellule; Silvia, presque étouffée par la fumée, était tombée évanouie sur sa modeste couchette. Le brave pompier, qui voit derrière lui l'incendie faire de rapides progrès, n'hésite pas : il frappe à coups redoublés sur les barreaux qui garnissent la fenêtre de la cellule; il en descelle un, puis deux ; enûn, il parvient à entrer dans la cellule de la malheureuse prisonnière , qa'il prend entre ses bras, et malgré Ie&

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flammes et la fomée, qoi ont redoublé d'intensité pen» dant les qaelqaes minâtes qui viennent de s'écouler, il reprend le chemin qu'il vient de parcourir, et à Taide d'une échelle que lui tendent ses camarades, il arrive enfin dans la cour, où il dépose la femme qull vient de sauver au moment où le toit du bâtiment incendié s'affaisse et tombe.

Tout cela avait demandé pour se passer, moins de temps qu'il ne nous en a fallu pour le raconter. Le pompier avait déposé Silvia dans un coin isolé de la conr, et pressé de retourner où son devoir l'appelait, 11 l'avait quittée sans plus s'occuper d'elle, de sorte qu'elle était seule lorsqu'elle reprit l'usage de ses sens.

Nous laissons à nos lecteurs le soin d'apprécier combien fut grande la joie qu'elle éprouva lorsqu'elle fut tout à fait revenue à elle! elle venait d'échapper à un effroyable danger, à la mort la plus cruelle, et elle avait recouvré l'usage de la parole!

Mais qu'allait-elle faire de cette précieuse faculté? devait -elle s'en servir ou la cacher avec soin? Après avoir réfléchi quelques instants, elle prit ce dernier parti, et c'était en effet le plus sage; on avait perde l'espoir d'en obtenir quelque chose, puisque l'on éuiit presque décidé à lui rendre la lilierté, et quelque confiance qu'elle eût dans la finesse de son esprit, elle n'était pas bien certaine de répondre d'une manière satisfaisante aux nouvelles questions qu'on ne manquerait pas de lui adresser, si l'on venait à apprendre qu'elle n'était plus muette.

Mais, tout à coup, elle se rappela qu'avant de tom« ber évanouie sur le lit, elle avait poussé des cris perçants et demandé du secours; ou ces cris avaient été entendus, puisque Ton était venu l'arracher à la mort

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on elle ne deYait sa déliTraoce qii*aa liaMrd, qn arait rappelé à rim des employés de la piisoD qu*Uy avait dans une cellule Isolée oie malbeoreuse prisonnière qa*il ne fallait pas laisser périr» Dans le premier cas, eUe défait parier avant même que Ton songeât à Tlnlerroger, afin de ne point laisser soupçonner qu'elle avait intérêt à cacher quelque chose; dans le second, son jotérét bien entendu, exigeait qu'elle continuât de garder le silence, sa perplexité était grande, et elle ne savait à quoi se résoudre; mais le hasard vint à son secours. Les pompiers, aidés des employés de la prison, étaient enfin parvenus à se rendre maîtres du feu, qn^ils avaient complètement isolé, et ils se disposaient à faire Jouer les pompes afin d'éteindre le foyer de Fincendie. Le pompier qui avait sauvé Silvia vint par hasard dans le coin isolé de la cour où il Tavait déposée, et dont elle n'avait pas songé à bouger, à la pâle lueur de Tlncendie, il remarqua Textréme beauté de la femme qui lui devait la vie.

H fut intérieurement flatté d'avoir sauvé une aussi belle créature, et il s'arrêta près d'elle.

—Vous devez, lui dit-il, une fameuse chandelle au bon Dieu, qui a bien voulu permettre à vos cris d'arriver jusqu'à moi; si je ne m'étais pas trouvé par hasard à quelques pas de la fenêtre de votre donjon, à l'heure qu'il est, vous ne seriez plus de ce monde; car, du diable si tous ceux qui se trouvaient dans la cour vous auraient entendus.

Silvia promena ses regards autour d'elle, et ne se détermina à répondre à son libérateur qu'après avoir acquis la certitude que personne ne pouvait l'entendre, et que tout le monde était trop occupé pour que l'on songeât à la remarquer.

^ — Goantitf; lui dît-elle, toqs avez été le seal à m'entendre! mer crô ne a— t aw into qu'à tous!

— Obt mon Diea ooi, répondit le poipief» elfea suis maintenant bien aise; je suis cbarmé, en vérffâ, de n*avolr eu besoin de personne pour sauver une femme aussi jolie que vous.

—Je regrette de ne pouvoir vous témoigner ma reconnaissance autrement que par des remerclmeats.

— Mais c*est tout ce qu*il faut, s'écria le brave pompier; sauver les gens qui se brûlent, mais c'est une des obligations de Pétat.

— • Noble état que celui qui oblige ceux qui l'exercent à sacriGer à chaque instant leur vie pour sauver celle de leur semblable.

Il y avait tant de dignité dans la voix et dans l'aspect de Silvia, lorsqu'elle prononça ces quelques paroles, que le brave pompier demeura tout interdit devant elle.

— Excusez, madame, dit-il enfin... excusez, je ne savais pas... Mais je reste là à causer avec vous et l'ouvrage n'est pas terminé.

—Allez, répondit Silvia, allez où le devoir vous appelle, je ne vous oublierai pas.

Le soldat alla se réunir aux travailleurs. Silvia, da coin où elle était blottie, le vit manœuvrer une pompe avec ardeur, et se retirer avec ses camarades lorsque l'incendie fut éteint.

Il n'avait parlé à aucun des employés de la prison, personne ne savait donc ce qui lui était arrivé.

Il lui fallait bien du courage pour jouer le rôle qu'elle venait de s'imposer; ce courage, elle l'eût : continuellement sur ses gardes, elle ne laissa pas soupçonner un seul instant qu'elle pouvait à l'heure

«Liill était répondre, ûëktïft MiMl» «B fHilow

Sa persévérance fat enfin récompensée, les démarches do bon ecclésiastique furent couronnées de sacrés, et un beau matin les portes de la prison furent ouvertes devant Silvia. Le bon prêtre lui avait remis une petite somme qu*il avait recueillie pour elle parmi plusieurs personnes charitables , et qui était destinée à subvenir aux frais du long voyage qu'elle allait soidisant entreprendre» car elle avait fait comprendre que son intention était de retourner à Livoorne, et le directeur de la prison, voulant contribuer à la bonne action de Taumônier, lui avait fait présent du pauvre costume qu'elle portait lorsque nous Tavons vu apparaître dans Téglise Notre-Dame de Lorette.

Elle aurait pu, si elle Pavait voulu, se procurer un costume un peu moins pauvre, car là somme que lui avait remise le digne aumônier de la prison, sans être considérable, était suffisante; mais elle avait préféré garder celui-ci, qui la rendait presque méconnaissable.

Elle alla directement de la prison à l'avenue Chateaubriand, où, comme nous le savons, était situé le petit hôtel qu'elle habitait lorsqu'elle avait été enlevée par Beppo; elle voulait savoir, en prenant des renseignements chez les voisins, ce qu'étaient devenus sa maison, ses gens. Hâtons-nous de dire qu'elle ne craignait pas d'être reconnue, attendu que pendant le temps de sa prospérité, elle ne sortait que rarement à pied, et que les soufTrarices physiques et les peines morales qu'e le venait d'éprouver avaient notablement changé sa physionomie.

Les personnes auxquelles elle s'adressa, sous le

prétexte d'obtenir Tadresse de la marquise de Roselly, loi apprirent ce que nos lecteurs savent déjà, qu'après ravoir attendu plusieurs jours, ses gens avaient été prévenir la police de cette bizarre disparition, qu'on l'avait activement cherchée, mais que toutes les recherches ayant été inutiles, les scellés avaient été mis sur tout ce qu'elle possédait, et qu'après un certain temps, ses meubles, chevaux, équips^es avaient été vendus par les soins de l'administration, et que le produit de la vente avait été déposé à la caisse des consignations pour lui être remis, dans le cas peu probable où elle viendrait le réclamer; du reste, on croyait généralement qu'elle avait été assassinée, et on ne savait ce qu'étaient devenus ses gens, qui s'étaient dispersés peu de temps après sa disparition.

— Je n'ai rien à craindre de ce côté, se dit Silvia après avoir quitté la bavarde épicière qui venait de lui donner ces renseignements qu'elle avait, du reste, accompagnés de commentaires assez peu bienveillants pour la marquise de Roselly, qu'elle détestait, par la raison toute simple que ce n'était pas chez elle que se fournissait cette dame; je n'ai absolument rien à craindre. Allons maintenant chez le marquis de Fourrières.

La demeure de Salvador n'était pas éloignée de l'hôtel naguère habité par Silvia; aussi, malgré sa faiblesse, il ne lui fallait que peu de temps pour s'y rendre, il était alors environ onze heure du matin.

La porte cochère de l'hôtel était ouverte à deux battants et la cour était remplie de brillants équipages. Silvia, tenant son mouchoir devant sa figure, dans la crainte d'être reconnue par quelques-uns des gens du marquis, s'approcha de la cour; elle remarqua alors

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deyant le péristyle une Toitare toate Dea?e, attelée de deux superbes cbevaux blancs. Les armes qui ornaient les panneaux de cette voiture lui apprirent qu'elle appartenait au marquis de Fourrières, le cocher, le chasseur et les laquais avalent revêtu deç livrées toutes neuves; il avaient des gants blancs et d'énormes bouquets à leurs boutonnières.

— Ce$t singulier, se dit Sllvia; est-ce que par hasard ii se marie?

Elle demeura quelques instants ensevelie dans de profondes et tristes réflexions, qui toutes se terminaient ainsi ; Gomment faire et quels moyens employer pour empêcher ce mariage?

Elle fut arrachée à ses réflexions, par des cris de garel vingt fois répétés, et elle fut obligée de se ranger précipitamment contre la muraille, pour éviter d'être renversée par la voiture du marquis de ï^ourrières qui passa rapide devant elle, suivfe de toutes celles qui, deux minutes auparavant, emplissaient la cour de Thôtel.

Silvia, après avoir essuyé son front sur lequel roulaient de grosses gouttes de sueur, s'approcha du suisse de Tbôtel, nouveau serviteur qu'elle ne connaissait pas, occupé en ce moment a fermer la porte cochère.

— Votre maître. va donc se marier? lui dit-elle de sa plus douce voix, car elle craignait que cet important personnage lier de sa livrée tonte neuve et resplendissante cl'or, ne voulut pas condescendre à causer quelques4nstants avec une femme jolie, à la vérité, mais plus que pauvrement vêtue.

Le nouveau suisse du marquis de Fourrières, soit parce qu'il était un peu moins brutal que ses confrè-

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res, soit parce quMl se laissa attendrir par Féclat des beaux yeux de la femme qui venait de lui adresser la parole, voulut bien lui répondre :

— Oh! le mariage est déjà fait, dit-il d*nne voix presque douce. M. le maire, pour faire honneur aux nouveaux époux, a bien voulu se déranger pour eux...

Une nuage passa devant les yeux de Silvia.

— Â quoi bon se désoler, se dit-elle après un instant de silence, c'est un fait accompli; mais je mie vengerai.

— Dites donc, dit avec un accent provençal trèsprononcé, le suisse, qui avait remarqué le trouble subit de Silvia; on dirait vraiment que vous êtes fâchée de ce que vous venez d*apprendre?

— Moi! répondit Silvia qui avait recouvré tout son sang-froid, je suis au contraire charmée de ce que M. le marquis de Fourrières, qui à ce que Ton dit est un très-charitable gentilhomme, épouse aujourd'hui une aussi aimable et aussi jolie femme que... Tiens j'ai oublié le nom de son épouse.

— Madame la comtesse de Neuville, la veuve da fameux général; rien que ça, dit le suisse en se frottant les mains d'un air de profonde satisfaction.

— Et savez- vous où doit se faire la cérémonie religieuse?

— A Notre-Dame de Loretie. Ohlce sera superbe; et si je n'étais pas forcé de garder l'hôtel où il n'y a personne, j'irais voir cela.

— Eh bien! je vais aller à Notre-Dame de Loretie, et si vous voulez me promettre de donner à M. Lebrun aussitôt qu'il sera rentré, une lettre que j'écrirai après la cérémonie, je viendrai vous raconter tout ce qui se sera passé à Téglise.

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— Je Y008 Terrais revenir avec infinimeDI de plaisir ma Jolie dame; mais je ne pourrais» malgré l^envie que J'ai de voos être agréable, vous rendre le petit service qae voos me demandez. M. Lebrun est parti depuis plus de huit jours pour la terre de M. le marquis, où les nouveaux mariés doivent aller passer la beHe saison; ils partiront aussitôt après la cérémonie , sans même rentrer à Thôtel; une mode anglaise,

Silvia ayant obtenu du suisse tout ce qu'elle désirait en obtenir, le quitta après lui avoir promis de re« venir. Le brave homme rentra dans son logement en se frottant les mains, croyant que Téclat de sa livrée neuve avait séduit la jolie femme avec laquelle il venait de s'entretenir.

A quelques pas de Thôtel de Fourrières, Silvia monta dans un cabriolet de place qui la mena à l'église Notre- Dame de Lorette.

— Je tâcherai, se dit-elle plus d'une fois durant le trajet, de faire une lune rousse de leur lune de miel; et s'il platt au diable, je réussirai.

Nos lecteurs savent le reste.

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