‹ Les vrais mystères de ParisChapitre 5 sur 21 · V. — Correspondance · texte numérisé non relu

V. — Correspondance

Lucie de Fourrières à madame Féval.

Du château de Fourrières.

« J'ai épousé, ma chère Laurc, cet homme dont je m'étais fait d'abord une sorte de croquemltaine, et que

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toi-même beaacoupi plas raisonnable que moi, (Je me plais à le reconnaître), tu ne pouvais pas souffrir; je ne t'apprends pas quelque chose de nouveau, tu as reçu sans doute à Florence, où je crois que vous voulez vous ûxer, puisque vous n'annoncez pas Tintention de revenir en France, la lettre que je t'ai écrite pour le faire part de la résolution que je venais de prendre^ après avoir consulté tous mes amis, et notamment M. de Rerandec, ce bon chevalier de Saint-Louis, que ta as rencontré plusieurs fois chez madame de Villerbanne; tous m'ont fait Téloge du marquis de Pourrieres, tous m'ont dit que je ne pouvais faire un meilleur choix, et ma foi je me suis décidée.

» Eh bien! ma chère Laure, je suis aujourd'hui on ne peut plus satisfaite de n'avoir pas imposé silence au penchant qui m'entraînait vers celui qui est devenu mon époux; M. de Fourrières est doué du meilleur e<ear et du plus noble caractère qu'il soit possible d'imaginer; il m'aime autant que je l'aime, il ne s'occupe que de moi et il ne laisse échapper aucune occasion de me donner de nouvelles preuves de l'affection qu'ittn'a vouée.

»II m'a dernièrement sacrifié, sans hésiter un seul Instant, un vieux serviteur de sa famille, qui m'avait manqué de respect, j'ai voulu intercéder en faveur de ce malheureux, qui ne s'était rendu coupable que parce qu'il était ivre, mais mon mari ne me l'a pas permis : Si Lebrun m'avait manqué, m'a-t-il répondu, lorsque je lui demandai la grâce de cet homme, je pardonnerais peut-être en faveur de ses anciens et bons services, mais je ne puis tolérer une offeçse qui vous est faite;,il faut que nos gens sachent que je ne suis pas d'humeur à les laisser s'écarter une seule minute

du respect qnllsvoas doivent; tout ce que Je pub faire en faveur de Lebrun, c'est de le garder à mon service, mais il habitera Paris lorsque nous serons ici, et il viendra à Fourrières lorsque nous retournerons à Paris, c'est du reste un honnête serviteur, et qui sera aussi utile à l'avenir qu'il l'a été jusqu'à présent.

»J'ai dû ne plus m'occuper de cette sotte affaire, et le soir même, l'intendant de M. de Fourrières, bien morigéné, je le suppose, est parti pour Paris, où il restera jusqu'à ce que nous y retournions.

» Je ne te rapporte ce petit événement, ma chère Laure, que pour donner la mesure des égards que M, de Fourrières me témoigne et des soins dont il m^entoure, et pour te prouver en même temps qu'il est tout à fait digne de l'amitié que tu lui accorderas, ai tu n'es pas une ingrate, car bien qu'il te connaisse à peine. Il t'aime infiniment, et chaque fois que je lui parle de toi, il manifeste le désir de te voir bientôt revenir en France. 11 veut, dit-il, faire de ton mari sou plus intime ami, ce sera, à ce qu'il assure, le meilleur moyen de te posséder souvent chez nous; se trompel-il?...

»Réponds-moi, ma chère Laure, dis-moi beaucoup de choses; tout ce qui l'intéresse, m'intéresse, il ne faut pas que nos nouvelles positions nous fassent oublier ruffliiié que nous avons l'une pour l'autre. II y a dans mon coeur de la place pour l'amour et pour l'amitié. Es-tu comme moi? si je n'avais pas la crainte de t'affliger, je dirais que non, car tu n'as pas encore répondu à la première lettre que je t'ai écrite.

»J'ai reçu des nouvelles d'Eugénie de Mirbel ou plutôt de madame de Bourgerel, son mari et aussi un noble cœur, sa fille devient tous les jours plus jolie,

LES VBAIS MTSTÈftES. T. \'ll. 6

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madame de Saint-Preail se porte bien, elle est heureuse.

»Mon mari, à qni je ne veax pas laisser lire cette lettre, n*insiste pas, mais il veut absolument y joindre quelque chose, je ne crois pas devoir m'opposer à ce désir.

0 Adieu, ma bonne Laure, ou plutôt à bientôt, crois à Parnîtié constante de

»LtCIE DE POURBIÈRÈS.»

Au bas de la dernière page de cette lettre, Salvador a écrit ces quelques mots :

«Je n'ai eu que rarement, madame, le bonheur de vous voir, je n'ai cependant oublié ni vos grâces, ni votre esprit, je n'ose vous prier de vouloir bien m'accorder une petite part de Tamitié que vous avez vouée tout entière à ma femme, mais j'ai l'espérance que vous voudrez bien quelquefois me permettre de iW compagner, lorsqu'elle ira vous visiter. Je suis impatient de connaître M. Féval, persuadé que je suis que l'homme auquel vous avez bien voulu accorder votre main, est tout à fait digne de l'amitié de tous les honnêtes gens, veuillez, je vous prie, lui présenter mes hommages.

«Daignez agréer, madame, l'assurance du profond respect, avec lequel je suis,

» Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

»A. DE Fourrières. »

Silvia au marquis de Fourrières.

Paris.

('J'ai vu Lebrum » Nos lecteurs savent que Silvia

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appelait ainsi Roman; le yicomte de Lussan, i*ayant entenda nommer au festin donné chez Lemardelay par Alexis de Fourrières, était le seol des amis de Salvador qui connût son véritable nom.» Et je ^uls à pea près satisfaite de ce qu'il m*a dit, vous avez* m'at-il dit, été très-affligé de ma perte, et ce n'est qu'après m*avoir longtemps cherchée et fait chercher, que vous vous êtes déterminé à épouser la comtesse de Neuville.

» Je vous le répète, ce n'est point de votre mariage» qui, je le crois sans peine, pouvait seul réparer les brèches faites à votre fortune par l'inconduite de votre intendant, que je songerai à me plaindre, s'il ne me fait pas perdre votre affection.

» Est-ce que vous ne pouvez pas vous débarrasser du bon M. Lebrun, est-il absolument nécessaire que voos gardiez près de vous cet homme, qui, si je dois croire ce que m'en a dit le vicomte de Lussan, perd tous les jours au jeu des sommes considérables, qu'il ne peut prendre que dans votre caisse.

«Je sais bien qu'il connaît une foule de choses et que c'est probablement pour cela que vous lui laissez faire à peu près tout ce qu'il veut, mais il me semble qu'il existe des remèdes pour guérir tous les maux, et que dans la position oja vous vous trouvez, l'emploi même des plus énergiques ne doit pas vous épouvanter.

»Si par hasard vous aviez l'intention de vous guérir, vous pourriez compter sur moi, je serais heureuse de trouver l'occasion de vous donner une nouvelle preuve de dévouement.

»Le vicomte de Lussan m'a dit que vous étiez parti avec le dessein de passer toute la belle saison au château de Fourrières, comme sans doute vous avez an- ^^

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nonce ce dessein à votre femme, etqu*un changement subit de détermination pourrait lui paraître extraordinaire et lui faire croire que ses charmes ont perda le pouvoir de vous retenir près d'elle, ne changez rien à vos projets; j'attendrai pour vous servir que vous soyez de retour à Paris; vous voyez que je suis de composition facile. Aussi j'ai l'espérance que vous me tiendrez compte plus lard de mon extrême mansuétude,

» Je dois, maintenant que la paix est à peu près faite entre nous, vous raconter tout ce qui vient de m'arriver, vous allez lire une bien singulière histoire, et que peut-être vous ne voudriez pas -croire si elle n'était pour ainsi dire de notoriété publique (1). »

Silvia raconte ici à Salvador des événements que nos lecteurs connaissent déjà, c'est-à-dire tout ce qui lui est arrivé depuis sou enlèvement par Beppo, aa moment où elle sortait de chez elle pour aller chez la devineresse de la rue des Vignes à Chaillot, jusqu'au moment ou elle lui apparut dans l'église Notre-Dame de Lorrette.

« Si maintenant, continne-t-elle après avoir achevé ce récit, vous me demandez ce que c'est que ce Beppo, qui m'a si audacieusement enlevée en plein jour, à deux pas de mon domicile, je vous répondrai que cet homme est celui que j'avais chargé de punir Toutrecuidance de M. de Préval, ceci demande peut-être une explication que je vous donnerai lorsque nous serons réunis.

»Le récit que je viens de vous faire vous a prouvé,

(1) Nos lecteurs n^ODt pas oublié que les journaux du temps rendirent compte de Tatlental dont Silvia faillît être la victime, et des événements qui suivirent.

je Tespère, qae je n^avais absolament rien à me reprocher, et que J'avais le droit de vous parler comme je l'ai fait dans ma prenrière lettre.

»Adiea, mon ami, écrivez-moi souvent, vos lettres me consoleront de votre absence;

» Tout avons,

»SlLVIA. »

P. S. 9 Voos avez déjà deviné que ma bourse est dans le plus piteux état qu*il soit possible dlmaginer, ayez donc la bonté de m'envoyer de suite quelques billets de mille francs, je resterai à Thôtel des Princes jusqu'à ce que vous soyez à Paris, nous ne songerons! remonter ma maison que lorsque vous serez de retour. »

Lemarquis de Pourrières à la marquise de Roselly* Du château de Fourrières.

«Je viens de recevoir votre lettre, ma chère Silvia, et Tempressement que je mets à vous répondre vous donnera la mesure du plaisir qu'elle m'a fait éprouver.

»Je suis aussi satisfait qu'il est possible de l'être, des explications que vous avez bien voulu me donner, et je reconnais sans peine que vous n'avez absolument rien à vous reprocher et que vous aviez le droit de me parler comme vous l'avez fait.

» Je resterai, puisque vous voulez bien me le permettre, jusqu'à la fin de l'été au château de Pourrières.

«Nous parierons lorsque je serai de retour à Paris, du bon M. Lebrun; ce que vous me dites de cet excellent serviteur me prouve que nous nous entendons parfaitement sans avoir besoin de nous adresser de longs discours, et que les souffrances que vous venez

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d^éproaver ne vous ont pas fait perdre nne senle de vos brillantes qualités,

» Je ?ous envoie dix mille francs en an mandat sur M. Mathiea Durand, banquier à Paris, ne ménagez pas Targent, Je puis, Dieu merci, sans me gêner, subvenir largement à tous vos besoins, et si je puis me guérir de la maladie dont Je suis attaqué. Je pense qu'il en sera toujours de même,

» Votre maison sera remontée lors de mon retom* à Paris, et avec plus de luxe qu'elle ne Tétait, vous savez sans doute qu'une somme assez considérable, produite par la vente de tous les objets vous appartenant, qui garnissaient votre hôtel de l'avenue Chateaubriand, est déposée à la caisse des consignations, il est peut-être possible de recoiivrer cette somme, nous y aviserons,

«N'y aurait-il pas moyen de se débarrasser de ce Beppo, qui me parait un homme fort dangereux?

» Adieu, ma chère Silvia, comptez toujours sur l'affection et l'entier dévouement de votre fidèle amant.

vA. de Fourrières, i»

— Ainsi, se dit Salvador après avoir cacheté cette lettre, il faudra, lorsque je me serai débarrassé de Roman, que je satisfasse tous les capcices de cette femme dont maintenant je n'ai que faire. Il n'en sera pas ainsi, madame la marquise de Roselly; je me servirai de vous, puisque vous m'offrez votre concour»; et ma foi, après... Mais de combien de victimes se composera la sanglante hécatombe que je dois sacrifier à ma sûreté?

Salvador demeura quelques instants la tête cachée entre ses mains; puis il sonna, et ordonna au dômes-

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Uijpie qui se présenta, d'aller mettre à la poste la lettre qa*il venait d'écrire.

Laure Féval, à la marquise de Pourrières.

Florence.

« Te8 deux lettres, ma chère Lucie, viennent de m'étre remises à la fois; elles étaient arrivées avant nous à Florence, car nous nous sommes arrêtés dans plusieurs villes d'Italie': à Gênes, h Milan, à Venise, avant d'arriver à Florence; mais comme nous avions écrit dans cette dernière ville pour retenir nos loge* ments, on les a conservées pour me les remettre.

»Je t'ai un peu négligée, J'en conviens; je suis certaine, cependant, que tu n'as pas cru un seul instant que je t'avais oubliée.

vAinsi, te voilà mariée; tu as épousé cet homme qui te faisait tant peur; je n'avais donc pas tort, lorsque Je te disais que tu t'occupais trop de lui pour qu'il te fût indifférent.

»Je suis charmée de ce que tu es heureuse; cela, du reste, ne m'étonne pas; tu es si belle, si bonne, si fumable, que quand bien même M. le marquis de Poorrières ne posséderait pas-une seule des qualités que tout le monde lui accorde, il lui serait impossible de ne pas t'aimer; et je crois qu'il est impossible de rendre malheureux ceux que l'on aime. J'ai souvent entendu dire, il est vrai, qu'il existait des gens si malheureusement organisés, qu'ils ne pouvaient aimer personne; mais je ne crois pas cela, et quand bien même cela serait, M. le marquis de Fourrières n'est pas de ces gens- là.

»Je suis aussi heureuse que toi, ma chère Lucie; et

S4 LES VfiAIS MYSTÈRES

totts les jours je bénis le ciel de ce qu^il a bien vonhi associer ma destinée à celle de Thomme estimable qui est devenu mon époux. Mon mari a été bien malheureux, ma cbère Lucie; un jour, peut-être, il me sera permis de te raconter son histoire, et je suis d'avance persuadée, que tu me diras que ma constante étude doit être celle de chercher à lui faire oublier les peines de ses premières années.

»Tu as tort de me rappeler ce que je te disab autre* Ibis de M. le marquis de Fourrières; c'étaient des folies déjeune fille que rien ne justifiait et auxquelles tu as eu le bon esprit de ne pas attacher plus dlmportance qu'elles n'en méritaient, raccorderais bien volontiers, à Thomme qui fait le bonheur de ma plus chère amie, une bonne part dans mon estime et dans mon amitié; mais si par hasard il changeait de conduite» oh! alors, ce serait entre nous une guerre acharnée» et je serais brave, s'il s'agissait de te défendre.

» Je ne te parlerai pas des villes de l'Italie, que nous avons déjà visitées; les livres de nos touristes t*ont appris beaucoup plus de belles choses que je ne suis capable de t'en écrire; et puis, quoique je trouve très* beau tout ce que nous avons déjà vu, tout cela, vols» tu, ne vaut pas notre bonne vieille France que Ton regrette dès qu'on l'a perdue de vue, et que Ton revoit toujours avec plaisn*; si cependant il nous arrive quelques aventures, avant notre retour à Paris» je n'oublierai pas de te les raconter.

»Nous devons visiter Rome et sa campagne» la Savoie, la Suisse; nous arrêter quelques jours à Genève» et puis rentrer en France; toutes ces courses ne nous prendront pas plus de deux mois, de sorte que nous serons à Paris vers la fin de l'été; nous, resterons là

josqae vers le miliea de Tamomoe» j'espère bien que tn Tiendras nous y voir.

»Mon bon oncle me charge de déposer denx gros baisers snr chacune de tes deux joues, et je m'acquitte de la commission, sans en demander la permission à M. le marquis de Fourrières qui. Je l*espère bien» ne s'avisera pas d'être jaloux.

•Mon mari écrit, par le même courrier, à M. le marquis de Fourrières; sans doute pour le remercier des choses aimables qu'il a bien Toula lui adresser.

» J'ai écrit à madame de Bourgerel; je n'ai pas liesoin de te dire que je suis aussi contente que toi de la savoir heureuse.

hA bientôt, ma chère Lucie, je suis impatiente de te presser sur mon cœur.

» Ton amie,

»Laub£ Fétal. «

Af . Paul Féval à M. le marquis de Fourrières.

Florence.

« M. le marquis,

«Ma femme m'a fait lire les quelques mots que tous Ini avez adressés; je suis, tous devez le croU-e, excessisèment sensible à votre extrême politesse et je suis charmé de ce que le hasard me fournit l'occasion de TOUS prouTer ma reconnaissance. »

Senrigny raconte m la rencontre qu'il a faite dans llnde de Jazetta, et les circonstances qui ont accompagné la mort de cette malheureuse femme.

«Je TOUS envoie, M. le marquis, les objets qu'elle me conCa au moment de rendre son àme à Dieu, afin

que Je Vdiis les remisse, si par hasard Je vous rencontrais; vous recevrez, j'en suis convaincu, avec une douloureuse satisfaction, ces objets qui vous rappelleront une femme dont vous avez eu bien à vous plaindre; mais dont les longues souffrances ont racheté les fautes et qui est morte pleine de repentir et de résignation.

» Cette Infortunée, M. le marquis, est morte avec la crainte que ses fautes ne vous aient déterminé à abandonner son fils; elle se trompait, sans doute, et je suis persuadé que vous avez toujours été, pour le Jeune Fortuné, un père aussi tendre qu'indulgent

»Si vous voulez bien me le permettre M. le marquis, «t dans le cas où votre fils serait encore dans cette ville, je verrai, en passant à Genève, cet enfant qui doit être maintenant presque un homme; j'ai promis à sa mère mourante de lui porter ses dernières paroles, et je voudrais qu'il me fût permis d'accomplir ce dernier vœu d'une femme coupable, il est vrai, mais bien malheureuse.

»Les liens qui vous attachent à la meilleure amie de ma femme, me donnent l'espoir, M. le marquis, que vous voudrez bien m'accorder votre estime d'abord, et plus tard votre amitié; je tâcherai, du reste, de me montrer digne de l'une et de l'autre.

vDaignez agréer, M. le marquis, l'assurance de la parfaite considération avec laquelle j'ai Thonneur d'être,

«Votre très-humble et très-obéissant

«serviteur,

«Paul Fêval.»

VB «ABU. 87

La ntoation se complique, dit Sàl?«âor«prè8 aToir hi cette lettre. Da diable, si je croyais jamais enieMire parler de Jazetta et de son fils infortuné; il est da reste fort beiu*euz pour moi qoe la mère soit morte et qae le fils qui, peut-être, est encore de ce monde, ignore le nom qu'il a le droit de porter (1). Montrons-nous donc à la fois, puisque cela ne me coûtera rien et ne peut me compromettre, homme sensible et excellent père.

Je crois vraiment que ce H. PaulFéval qui me paraît on très-brave homme aurait ramené en France la pauvre Jazetta, si elle n'était pas morte si à propos.

Après ce petit monologue, Salvador écrivit la lettre suivante qu'il envoya de suite à Servigny.

Le marquis de Paurrières à M, Paul Fà>aL Du château de Fourrières.

0 Monsieur,

•rai reçu votre aimable.lettre et les précieuses re* liques qui l'accompagnaient. J'ai baigné de mes larmes le médaillon et la bonde de cheveux bruns qui m'ont rappelé une femme que j'ai tant aimée et que je regretterais peut-être encore malgré son ingratitude, si l'ange qlii a bien voulu m'accorder sa main ne me l'avait fait oublier.

9 Ce que je viens de vous dire, vous a surabondant ment prouvé, monsieur, qu'il ne reste de place dans

(1) On se rappelle que la femme Moulin, à laquelle avait été confié le jeune Fortuné, voulant s'approprier les sommes que lui envoyait Alexis de Fourrières, avait laissé ignorer à cet enfant, qu'elle avait fait passer pour le fils d*une sœur morte pauvre, le secret de sa naissance.

mon cœar qne pour la pitié que doivent inspirer à toutes les âmes sensibles des infortunes aussi grandes que celles qui ont accablées la malheureuse Jazetta, qu'elles soient ou non méritées.

» Vous me dites que Jazetta est morte avec la crainte que les torts que je pouvais lui reprocher ne m'eussent déterminé à abandonner notre enfant; cela m'étonne, monsieur, et il faut, puisque après tout cela est, que les malheurs qu'elle a éprouvés avant de mourir, aient donné à son esprit une bien fâcheuse opinion des hommes en général, pour que, me coq« naissant comme elle me connaissait, elle m'ait pu croire un seul instant capable d'une aussi mauvaise action.

»Si Dieu l'avait permis, monsieur, je n'aurais jamais cessé d'être pour le malheureux Fortuné le père le plus tendre et le plus dévoué, malheureusement il n'en a pas été ainsi.»

(Salvador racontait ici tout ce que nos lecteurs connaissent déjà des aventures du jeune Fortuné, et.il terminait ce récit en faisant observer que quand bien même il aurait voulu abandonner cet enfant, cela ne lui aurait pas été possible, attendu qu'il lui avait donné son nom que tôt ou tard, il l'espérait, un décret de la Providence viendrait lui rendre.)

Q Je vous aurais permis de grand cœur d'aller em* brasser mon fils (continue-t-il, après ce passage de sa lettre), cependant, puisque vous avez l'intention de passer par Genève avant de rentrer en France, je TOUS prierai de voir dans cette ville tontes les piersonnes qui pourraient tous donner quelques renseignements de nature à nous mettre sur les traces de mon infortuné fils; je suis d'avance convaincu que

tontes les démarches que tous pourrez faire seront hiotiles, car j*ai déjà fait, je crois, tout ce qu'il était possible de faire en semblable occurrence, mais Dieu est si bon et le hasard est si grand.

»Xespère, M. Féval que vous voudrez bien, lors de Totre retour en France, honorer de Totre présence le vieux manoir de Fourrières, nous tâcherions, ma femme et moi, de vous en rendre le séjour agréable, nous avons ici une société agréable, de beaux sites, de belles ruines, et si vous aimez la chasse, je puis vous promettre une ample moisson de gibier.

«Veuillez, je vous prie, me rappeler au souvenir de madame Féval, et prier sir Lambton de vouloir bien vous accompagner à Fourrières.

«Daignez agréer, monsieur, l'assurance des senti* ments afl'ectueux avec lesquels, je suis,

«Votre très-humble et très-obéissant «serviteur.

bA. de Fotjrbièbes.»

Roman à Salvador;

Paris.

«Mon cher ami,

»Le malheur ne se lasse pas de me poursuivre; j'ai perdu les trois billets de mille francs que tu m'as remis lorsque je suis parti de Fourrières, et quelques autres que j'ai empruntés à ce bon vicomte de Lussan qui vient de faire, j'en suis certain, une excellente affaire, car il a renouvelé son mobilier, changé ses chevaux et ses équipages.

» Je suis donc absolument sans le sou; tu comprends

90 LES VRAIS MYSTÈBE8

qne Je ne pais rester dans une pareille pénurte, et je sols convaincu que ta vas de suite m'envoyer une bonne petke somme.

»Ton ami,

» Roman. •

Salvador à Roman»

Du château de Fourrières.

« Ta t'es grossièrement trompé, mon cher ami. Je ne t'enverrai pas la bonne petite somme que tu me demandes , et cela par la raison toute simple que Je suis absolument dans la même position que toi, c'es^ à-dire sans argent, et que pour t'en envoyer il faudrait qne j'en empruntasse, ce que je ne puis faire dans ce moment.

» Il faut que la passion du jeu et l'Ivrognerie t'aient rendu stupide, puisque, m'écrivant pour me demander de l'argent, que tu iras porter sur le tapis vert de quelque tnpoi clandestin, aussitôt que tu l'auras reça, tu ne saisis pas cette occasion de me parler d'une foule de choses qui m'intéressent inûniment, tu le sais bien; tu as vu la marquise de Roselly, que fait-elle? que ditelle? as-tu vu les hommes de là-bas? as-tu quelque chose en vue? il faut absolument que tu trouves un moyen quelconque de remplir notre coffre-fort, puisque tu sais si bien le mettre à sec; je viens, je crois, de faire une assez belle affaire, signale-loi à ton tour; j'ai maintenant le droit de te retourner les reproches que lu me faisais lorsque le chagrin que me causait la disparlUon de Silvia m'avait rendu tout à fait incapable de travailler. Cependant sois prudent, très-prudent,

excessivement prudent, ne fais rien surtont avant de m'avoir consulté » ne vas pas oublier que, grâce aux deux funestes passions qui te dominent, tu n'as plus maintenant ce coup d'œil exerce et cette rare intrépidité, qui faisaient autrefois de toi un homme précieux.

«Maintenant, parlons raisonnablement, comme je ne veux pas te laisser absolument dépourvu d'argent, je t'envoie cinq cents francs, à la Gn de chaque mois je t'enverrai ou je te remettrai une pareille somme; six mille francs par an, c'est je crois un revenu fort honnête, surtout pour un homme qui a fait la sottise de perdre au jeu plus de quatre cent mille francs, en quelques années , et je pense que si tu veux bien te rappeler que tu as perdu au delà de ce qui te revenait dans la succession d'Alexis, et de ce que nous ont rapporté les diverses affaires que nous avons faites, tu se* ras assez raisonnable pour ne pas exiger davantage.

» Adieu, mon cher Roman, sois raisonnable,

c'est ce que je te souhaite.

»Ton ami,

• Salvador. »

Tout les mots qui composaient cette lettre, avaient été tracés entre les lignes d'une lettre insignifiante, avec de l'encre sympathique et ne devaient apparaître qu'après avoir été approchés du feu; Salvador et Roman, dans la crainte que leurs lettres ne s'égarassent à la poste, on qu'elles ne fussent perdues, ne négligeaient jamais celte précaution , assez commune du reste, chez les gens de leur trempe.

R&man à Salvador.

Paris.

« Monsieur le marquis,

» Je viens de perdre les cinq cents francs que vous aviez bien voulu mVnvoyer, et j'ai été si confus, si désespéré d'avoir commis cette nouvelle faute, que je suis de suite rentré chez moi afin de cacher à tous les yeux mon triste visage et que pour me consoler j'ai a\alé sans coup férir une bouteille entière de votre excellent rhum.

»La divine liqueur de la Jamaïque a opéré dans mon esprit une telle révolution, que je ne me trouve plus maintenant aussi coupable que je me le paraissais tout à l'heure, que dis -je, je me trouve même tellement innocent, que je suis presque étonné que tune m'aies pas envoyé, au lieu de morale, dont je ne me soucie guère, la robe blanche, symbole d'innocence que rêvétalent les jeunes lévites avant de procéder aux sacrlGces.

» Ah ça! mon cher ami, je crois vraiment que tu te moques de moi, j'ai, dis>tu, perdu tout ce qui me revenait dans l'héritage d'Alexis de Fourrières, et ma part dans les diverses affaires que nous avons faites, tu as peut-être raison, je n'ai point pris la peine de calculer, mais tu es, je le crois, possesseur d'une fortune assez considérable, et de cette fortune la moitié m'appartient, tu n'avais peut-être pas pensé à cela.

» Aie donc l'extrême bonté de m'envoyer de l'argent chaque fois que t'en demanderai, si tu venx que je ne cesse pas d'être,

» Ton meilleur ami,

» Roman. »

1)£ PABIfi. dâ

Salvador à Roman*

Du château de Fourrières.

« La fortune à laquelle ta fais allusion est celle de ma femme et non la mienne, je ne puis, ni ue veux ea lalre fe sacrifice, pour te mettre à même de saiisiis|ire ta folle passion.

» Je t'enverrai cinq cents francs, et pas pins.

I» Salvador. »

Roman à Salvador.

Paris.

« A ton aise, garde ton aident, puisque tu ne veux pas en sacrifier une petite paitie pour obliger ton ami, je n'en ai d'ailleurs pas besoin, j'ai trouvé le moyen de m'en procurer beaucoup sans me compromqttre , tant pis pour celui aux dépens de qui l'affaire sera faite.

» Tout à toi,

» Roman. »

ÎM marquise de Roselly au marquis de Pourrières.

Paris.

«Mon cher Âtexfs, savez-vous bien que le bon M. Lebrun joue en ce moment un Jeu d'enfer, et qu'ti perd chaque soir des sommes énormes, le vicomte d|» Lussan me disait il n'y a qu'un instant, qu'hier i! avait perdu au moins cinquante mille francs.

» Si le bon M. Lebrun avait fait seul une afi^iire qui loi eût procuré des sommes aussi considérables

que celles dont il dispose maintenaDt, noas le saurions, car les journaux qui sont depuis quelque temps d^uoe monotonie désespérante, nous en auraient parlé, Pargent qu'il Joue et perd ne peut donc être qu'à vous, peut-être le lui avez-vous conflé pour un emploi quelconque, peut-être vous Ta-t-il dérobé; du reste, maintenant que vous êtes averti, vous vous conduirez comme vous le jugerez convenable.

» Je désire bien vous revoir, mon cher Aleiis, hâtei donc votre retour à Paris.

• SlLVIA. »

Le marquis de Pourrières à la marquise de Roselly,

Du château d« Fourrières.

' « Je vous remercie bien, ma chère Silvia, de Tavis que vous avez bien voulu me donner, quoiqu'il me soit parfaitement inutile, Targetit que M. Lebrun joue et perd en ce moment ne m'appartient pas, il se l'est procuré, je ne sais comment, mais ce n'est pas dans ma caisse qu'il l'a pris.

» Amusez- vous bien, et croyez que si vous avez hâte de me revoir, je ne suis pas moins impatient de pouvoir vous serrer dans mes bras, mais les devoirs conjugaux...

» Je quiilerni Pourrières à la fin du mois prochain, peut-être avant.

M. Paul Féval à M. le marquis de Pourrières.

Genève.

« M. le marquis, «Aussitôt notre arrivée à Genève je me suis occupé

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