‹ Les vrais mystères de ParisChapitre 9 sur 21 · II. — CommeQl un cocki anglais se senil de son fouel · texte numérisé non relu

II. — CommeQl un cocki anglais se senil de son fouel

Silvia, on ne l'a point oublié, habitait toujours l'hôtel des princes; Salvador fournissait amplement à tous ses besoins; mais l'altière créature ayant rencontré,

lors de ses excursions journalières dans tous les lieux, où se réunit la fasbion parisienne, quelques-unes des personnes qu'elle avait précédemment vues dans le monde, et ces personnes lui ayant demandé si bientôt elle monterait sa maison, que tous les gens comme il faut regrettaient, à ce qu'elles assuraient; Silvia se dit qu'eUe ne voulait pas rester plus longtemps dans une maison garnie, lorsque sa rivale (elle avait Taudace d'appeler ainsi la malheureuse veuve du comte de Neuville ) habitait un hôtel magniGque et vivait entourée de toutes les rechercbes du luxe et du comfort.

Silvia ne savait ce que c'était que de retarder l'exécution d'une résolution prise; elle écrivit donc de suite à son amant une lettre qu'un exprès fut chargé de lui porter; elle lui disait que la vie qu'elle menait lui était devenue insupportable, à ce point, qu'elle ne voulait pas qu'elle durât plus longtemps; que les gens sensés se moqueraient d'elle, si, jeune et belle comme elle l'était, elle se contentait du sort plus que modeste qu'il voulait bien lui faire, que s'il ne voulait pas faire quelques sacriûces en sa faveur, c'est-à-dire remettre les choses sur leur ancien pied, elle serait forcée d'accepter les offres brillantes qui lui étaient faites en ce moment par un riche étranger; que, du reste, comme elle craignait qu'il ne l'oubliât s'il restait trop longtemps près de sa femme, elle était bien déterminée à aller le chercher elle-même à la campagne de sir Lambton s'il ne revenait pas avec le messager chargé de lui remettre sa lettre.

Salvador n'avait pu dire à sa maîtresse, puisqu*aa moment du départ de sa femme il l'ignorait lui-même, en quel lieu se trouvait la campagne de sir Lambton; mais Silvia s'était facilement procuré le renseignement

DE PARIS. $d

qui lui manquait, eo faisant adroitement interroger les domestiques de Tbôtel de Fourrières et ceux de sir Lambton.

Salvador, soit qu'il fût bien convaincu que sa mattresse était très-capable de faire ce dont elle le menaçait, soit qu'il fut bien aise d'avoir .à ses propres yeux un prétexte pour abandonner la position assez embarrassante qui était la sienne près de Lucie et de Laure, prit de suite son parti et annonça son départ à sir Lambton; mais comme il prévoyait bien qu'il allait être forcé d'obéir aux exigences de Silvia, et que» pour cela, ainsi que pour payer l'usurier Juste, il lui fallait de l'argent, il prit la résolution d'en demander à sa femme.

Il monta donc chez elle avant qu'on ne servît le déjeuner.

Lucie était un peu moins triste qu'elle ne l'était la veille; elle venait d'achever sa toilette et se préparait à descendre, lorsque Salvador, qui lui avait préalablement fa;t demander la permission de se présenter chez elle ( permission qui lui avait été accordée sans difficulté, puisqu'une quasi -réconciliation avait eu lieu quelques heures auparavant entre les^ deux.époiix), entra dans sa chambre.

De toutes les passions qui déshonorent la malheureuse espèce humaine, celle du jeu, dont nous avons entendu Salvador faire une si effroyable peinture, est, sans contredit la plus affreuse, la plus féconde en funestes résultats; car on a presque constamment la force de jouer, on n'a pas toujours celle de boire, de courtiser les belles^ etc. Le joueur est de la nature des polypes, il n'a point de cœur dans sa poitrine.. Il ne connaît ni famille ni patrie, il donnerait, s'il le pouvait»

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Tanivers entier et tont ce qu'il enserre, pour jouer an dernier coup. Dans les relations ordinaires de la vie. Il est ordinairement froid et monotone; il ne s'émeut que lorsqu'il est placé devant un tapis vert et lorsqu'il voit briller devant ses yeux l'or et les billets de banque qu'il convoite, lorsque la voix nazillarde du croupier lance dans son oreille ces mots sacramentels : Monsieur^ faites votre jeu, le jeu est fait, rien ne va plus.

Frappé alors d'une commotion électrique, ses joues s'allument, ses yeux s'animent, il suit, tout pantelant, les capricieuses évolutions de la boule d'ivoire qui doit décider de son sort; il attend, la bouche béante, la carte rouge ou noire qui doit lui apprendre s'il a ptf du ou gagné. Si la chance lui est favorable, de hideux sourires, semblables à ceux qui doivent éclairer le visage des démons, lorsqu'ils reçoivent une âme damnée dans leur ténébreux empire, contracteront ses lèvres; si, au contraire, il perd, il rougit ou pâlit, selon qu^il est sanguin ou lympathique; toutes les couleurs de l'arc-en-ciel passent successivement sur son visage.

Voilà en peu de mots ce que c'est qu'un joueur; le portrait n'est pas flatté, mais il est exact. Eh bien! par une de ces bizarreries du cœur humain qu'il est à peu près impossible d'expliquer, le joueur est celui de tous les hommes qui se laissent dominer par une passion mauvaise, celui auquel les femmes pardonnent le plus.

Lucie, dans son malheur, se trouvait encore heureuse de ce que le crime que son mari avait tenté de commettre n'était que la suite d'une gène occasionnée par une passion insurmontable; elle était heureuse de ce que le marquis de Fourrières n'était pas un voleur,

De paris. Ui

et si nous ajoutons qu'elle croyait aux protestations de repentir qu'il venait de lui faire, on ne sera plus étonné de sa conduite envers lui.

Salvador, après avoir salué sa femme avec toutes les marques du plus profond respect, lui dit qu'il était bien déterminé à suivre à la lettre tous les conseils qu'elle lui avait donnés; il venait donc la prier de vouloir bien l'autoriser à disposer d'une somme de trois cent mille francs, déposée chez son notaire et qui lui appartenait en propre. Cette somme, lui dit-il, était à peu près sufQsante pour dégrever ses propriétés, dégager une partie de ses revenus, et payer ses créanciers les plus nécessiteux qu'il voulait absolument satisfaire avant de se retirer dans ses terres; car il tenait à ne point laisser derrière lui la réputation d'un débiteur qui s'est soustrait, par la fuite, aux justes exigences de ceux auxquels il doit.

Celte susceptibilité plut à Lucie, dont le noble caractère comprenait toutes les délicatesses.

— Vous ne voulez pas me tromper, n'est-ce pas? ditelle en jetant sur son mari un regard que celui-ci soutint avec un visage impassible.

— Ah! madame, s'écria Salvador, pouvez-vous bien me croire capable d'une pareille infamie? Mais je n'ai pas le droit de me plaindre, ajouta-t-il après quelques instants de silence.

Il donna à sa voix, en prononçant ces mots, une intonation si profondément émue, que Lucie fut convaincue.

Elle ne répondit rien, mais elle s'approcha d'une petite table sur laquelle se trouvait déposé tout ce qu'il fallait pour écrire, et traça rapidement ce billet qu'elle remit à Salvador.

^â LES VRAIS MYSTÈRES

« Mattre Chardon,

nVeuillez, Je vous prie, remettre à mon mari, rnoo^ sieur le marquis de Fourrières, tous les fonds que vous tepez à ma disposition.

x>La présente vous servira de décharge, etc. »

— Monsieur Chardon qui vous connaît, lui dit-elle, vous remettra sans diflScuités tous mes fonds; vous en ferez un bon usage, j*en suis convaincue, si vous voulez bien vous rappeler que c*est de la fortune de votre enfant qu'il s'agit.

— Ah! madame, s'écria Salvador, si je ne me montrais pas digne de la confiance que vous voulez bi^i me témoigner je serais le plux misérable de tous les hommes.

Il prit la main de Lucie qu'il baisa à plusieurs reprises, et descendit avec elle pour le déjeuner.

Salvador, après le déjeuner, annonça à sir Lambton qu'il allait partir pour Paris à l'instant même. Sir Lambton essaya de le retenir, mais le marquis de Fourrières ayant allégué que des affaires fort importantes l'appelaient à Faris, il n'insista plus, lorsque surtout Salvador lui eut fait observer que sa femme s'était déterminée à passer près de lui et de sa famille le reste de la belle saison.

La voiture qui Tavait amené chez sir Lambton l'emmena à Paris.

Sa première visite fut pour Silvia. Il trouva la brillante marquise de Roseliy entourée d'un cercle nombreux d'adorateurs, parmi lesquels se faisait remarquer, par Tétrangeté de son costume et la profusion de bijoux dont il était couvert, un homme encore jeune ^ que son teint, aussi blanc que celui d^une

DE PARIS. h^

femnre, ses grands yeux bleus, fendus en amande, et ses longs cheveux d*uD blond quelque peu hasardé, faisaient de suite reconnaître pour un enfant des contrées hyperboréennes.

Salvador, qui devina de suite que cet étranger, qui se montrait le plus empressé de tous ceux qui en ce moment entouraient sa maîtresse, n'était autre que celui auquel elle avait fait allusion ne put réprimer quelques légers signes de mauvaise humeur, auxquels Silvia ne daigna pas d'abord accorder la moindre attention; cependant, après avoir savouré avec une volupté toute féminine la petite vengeance que le hasard s'était chargé de lui fournir, Silvia congédia successivement tous ses adorateurs et demeura seule avec son amant.

— EnGnl s'écria Salvador, ils ont bien fait de partir, J'aurais éclaté s'ils étaient restés plus longtemps.

Salvador, à tous ses défauts, joignait celui d'être Jaloux de Tartiûcieuse créature dont il subissait l'influence.

— Et pourquoi, s'il vous plaît, aoriez-vous éclaté? lui répondit Silvia. Vous ne voulez pas, je le suppose, me contester le droit de recevoir quelques visites pour m'aider à supporter votre absence?

— Mais j'ai deviné que ce ridicule Tatare n^est autre que l'étranger <Jont vous me parlez dans la lettre que je viens de recevoir, est-il donc étonnant que sa présence chez vous, au moment où j'arrive afin de vous dire qu'il m'est enfin possible de faire ce que vous désirez, me paraisse désagréable,

— Vous êtes fou, dit Silvia, après avoir adressé à Salvador le plus gracieux sourire qui se puisse imaginer, vous êtes foui II ne faut pas croire tout ce que les femmes disent ou écrivent. J'accepterai avec plaisir

A4 LES YBAIS MYSTÈaES

ce qae vous voulez bien faire pour moi, car la vie que que je mène ici n'est véritablement pas supportable; mais, croyez-Ie-bien, je n'eiigerais rien si votre for* tune ne vous permettait pas d'être généreux, si même vous étiez pauvre, je vous aérais aussi fidèle et auâsi dévouée que je Fai été jusqu'à présent

— Vous êtes une enchanteresse, une véritable fée.

Salvador et Silvia consacrèrent celte première journée à chercher un hôtel propre à servir d'habitation à la marquise de Roselly; celles qui suivirent furent consacrées à pourvoir la demeure choisie de tout ce qui pouvait la rendre agréable; cela coûta beaucoup d'argent, mais n'empêcha pas, cependant, Salvador de consacrer la presque totalité des trois cent mille francs qu^il avait pris chez le notaire de sa femme à payer ses dettes et les diverses sommes qu'il avait empruntées sur les biens de la maison de Fourrières. Nos lecteurs ont deviné que le fruit de nouvelles rapines commises de complicité avec le vicomte de Lussan, firent les frais de l'hôtel de Silvia, de ses ameublements, de ses chevaux et de ses équipages.

Voici, au moment où nous sommes arrivés^ quel était l'état de la fortune dont pouvait disposer Salvador.

Les biens de la maison de Fourrières, ainsi que nous avons eu déjà l'occasion de le dire, rapportaient bon an, mal an, un peu plus de trente mille francs; les fonds appartenant à Lucie, ayant servi à éteindre toutes les dettes, Salvador pouvait disposer de ce revenu; il lui restait seulement à payer quatre-vingt-dix mille francs, somme égale au montant des lettres de change souscrites au profit de l'usurier Juste; sa position financière malgré les pertes énormes faites au

jeu par Roman, et les dépenses consldérabhes qo^il avait faites, était donc encore assez belhe pour lai permettre de mener une vie agréable, sans demander des ressources au crime; il n'en était pas de même de celle de Lucie, les trois cent mille francs dont elle avait, avec tant d'abandon, confié remploi à son mari, for» maient la moitié au moins de sa fortune, les grands biens du comte de Neuville et de la marquise de Villerbanne qui étaient morts tous deux ab intestat, étant retournés à des collatéraux éloignés.

Salvador depuis son mariage et le dernier séjour qu'il avait fait à Fourrières, n'avait pas remis les pieds chez la mère Sans-Refus; débarrassé de Roman, il avait voulu cesser avec les scélérats de bas étage qui fréquentaient cet infâme bouge, des relations qui tôt ou tard l'auraient compromis, mais il n'avait pas pour cela (nous venons de le dire) abandonné une profession qu'il exerçait avec une si merveilleuse adresse, qu'il en était arrivé à se croire de bonne foi invulnérable, il s'était entendu avec le vicomte de Lussan, auquel il n'avait pas eu de peine à faire comprendre que deux hommes, adroits, résolus et reçus avec empressement dans la. meilleure compagnie, pouvaient faire autant, si ce n'est plus à eux seuls que toute une bande de malfaiteurs.

Le succès avait justifié les prévisions de Salvador. Les deux associés avaient successivement volés un pair <le France, qui venaitde prêter son soixante et dix-neuvième serment; un député qui venait de prononcer uo magnifique discours en faveur de la concession des l'gnes de chemin de fer aux compagnies; un riche banquier qui devait partir le lendemain pour rAnglelerrc; une danseuse de l'Opéra, qui avait reçu, la veille, la

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première visite d*uo prince Rosse; ces affaires* il n^est pas nécessaire de le dire, avaient produit des résultais aussi magnifiques qu'il était permis de les espérer; le pair était un très-habile diplomate, le député était éloquent, le baaquier était habile, et la danseiisc jolie.

Dès que Salvador eut entre les mains les divers titres qui établissaient quM) avait satisfait ses créanciers, il alla chez sir Lambton afin de montrer à sa femme, qui lui avait déjà écrit plusieurs fois, qu'il avait fait un bon usage des fonds qu'elle lui avait con^ fiés.

Sir Lambton le reçut avec son affabilité ordinaire, Lucie à laquelle il dit tout d'abord qu'elle serait contente de lui, et qu'il lui apportait les preuves qu'il était coiTigé, puisque ayant eu une somme considérable à sa disposition, iln^avait pas mis les pieds dans une maison de jeu, lui serra la main en signe de contentement; mais Servigny et Laure lui montrèrent un visage si glacial, qu'il devina^ de suite, que les deux époux avaient échangé des confidences dont le résultat ne lui avait pas été avantageux.

Salvador, après s'être entretenu assez longtemps avec sa femme, repartit aussitôt, il ne voulut pas même dîner chez sir Lambton, qui, ayant ren^rqué que sa présence n'était agréable ni à sa nièce ni à Servigny, ne fit pas de grandes instances pour le retenir.

Le soir, pendant que sir Lambton et Servigny jouaient ensemble au billard, (le bon gentilhomme aurait beaucoup mieux aimé avoir pour adversaire le marquis de Pourrières qui lui faisait acheter très-cher toute ses victoires, tandis qu'il était forcé de rendre des points à son neveu), Lucie et Laure, assises l'une

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près de l'antre dans rembrasnre d'uiie feDétre ooTerte sar le jardin, causaient ensemble à voix basse.

Laure venait de demander à son amie, quel usage son mari avait fait des fonds qn^elle lui avait confiés,

—Un excellent usage, répondit Lucie, grâce à Dieu, cette fois les tristes pressentiments auxquels tes con« seils, dont du reste je reconnais la sagesse, avaient donné naissance, ne se sont pas réalisés; il a étalé sous mes yeux des tiures irrécusables et qui prouvent jusqu'à Tévidence, que maintenant tous ses créanciers sont satisfaits; mais c'est égal, je le reconnais, j'ai été imprudente, je dois veiller moi-même sur la fortune de mon enfant.

-^ Oui mon amie, tu dois veiller tol-méme sur la fortune de ton enfant; ton mari, je veux bien le croire, s'est corrigé, mais tu as le droit d'exiger quant à présent toutes les garanties imaginables et ce droit il ne faut pasrabandnnner encore : ne peut-il pas se laisser entraîner de nouveau pir de perfides conseils?

— Ah! Laure, Laure, pourquoi sans cesse me laisser entrevoir la possibilité de malheurs encore plus grands que ceux (qui viennent de me fri^per.

— Parce que je veux que Ui sois forte, si, ce qu'à Dieu ne plaise, tu dois être éprouvée p^r de nouvelles souffrances; parce que je veux qu'au moment du dau« ger, s'il arrive, tu sois capable d'envisager sans frémir^ toute la profondeur du précipice alors ouvert sous tes pas; parce que je veux, quoiqu'il avienne, conserver mon amie. Notre vie, ma pauvre amie, est un vaste océan parsemé d'écueils, nous devons à chaque instant nous attendre à faire naufrage.

— Laure, tu sais quelque chose que tu ne veux pas «'apprendre.

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— Je ne sais rien.

— Ton mari ne fa rien dli?

— Paul ne connaît pas M. de Ponrrières, qall a tu ki pour la première fois.

— Oh! merci, mon Dieu! s^écria Lucie en levant ses mains vers le ciel, merci; Je serais morte si ce qne Je croyais avait été vrai.

Nous laisserons Lucie achever de passer paisiblement la belle saison à la campagne de sir Lambton, et nous suivrons Salvador à Paris, où de grands événe* ments doivent s'accomplir.

Ainsi que cela arrive presque toujours à la veille de toutes les grandes catastrophes, la fortune semblait se plaire à favoriser toutes les entreprises de Salvador et du vicomte de Lussan; aussi, ces deux personnages roulaient-ils sur Tor et les billets de banque.

Le vicomte de Lussan, ne sachant que faire de ses capitaux, avaient renouvelé Tameublement etleséqui^ pages de la danseuse Goralie, à laquelle il avait pardonné sa fugue avec le général rencontré par Silvia chez Tusurier Juste.

Salvador, malgré les dépenses énormes de sa maison et de celle de Silvia, avait acquitté les lettres de change, souscrites pour couvrir la dernière faute de Roman, et payé le restant de ce qu'il devait à divers créanciers.

Il avait le soin d'écrire souvent à Lucie, afin de la tenir au courant de ce que, soi-disant, il faisait pour mettre de Tordre dans ses affaires, et comme toutes les nouvelles qu'il lui transmettait étaient satisfaisantes, la pauvre Lucie, qui dans la profonde retraite où elle vivait, ignorait ce qui se passait à Paris, recouvrait peu h peu la paix de l'âme, le plus précieux de tous les

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Mem. Ses lettres, cependant, demandaient soaveni à Salvador si bientôt il se déterminerait à l'emmener à Fourrières, car elle ne pouvait s'empêcher de trembler lorsqu'elle se disait que dans une ville comme Paris, son mari devait à chaque pas qu'il faisait, trouver une occasion nouvelle de se livrer à la funeste passion qui l'avait conduit sur le bord d'un abîme; mais Salva* dor ne faisait que des réponses évasives , lorsqu'elle lui rappelait la promesse qu'il lui avait faite, il ne pouvalt, disait-it, quitter Paris en ce moment; il voulait, avant d'aller s'ensevelir dans la retraite, avoir regagné les trois cents mille francs qu'elle lui avait prêtés; mais cela serait beaucoup moins long qu'elle ne le supposait; il ne s'agissait que d'avoir un peu de patience.

Salvador consacrait à Silvia tout le temps qu'il ne passait pas avec le vicomte de Lussan; il ne voulait pas laisser au prince Russe, qui était devenu éperdument amoureux de l'ex-cantatrice, la faculté d'approcher d'elle*

Silvia^ du reste, savait exploiter adroitement la Jalousie de son amant, lorsqu'elle voulait qu'il lui accordât quelque chose; elle le menaçait, bien qu'intérieurement elle n'eût aucune envie de réaliser ses menaces, d'écouter le Kalmouk, (c'est ainsi qu'elle appelait le sujet de l'autocrate de toute les Russies), dont elle savait à propos mettre en rcUef les immenses richesses et les brillantes qualités; et Salvador se trouvait alors trop heureux d'obéir.

Salvador et Silvia, accompagnés souvent du Vicomte de Lussan, allaient presque chaque jour, traînés dans un magnifique équipage qui appartenait à la marquise de Rosselly, parcourir les allées du bois de Boulogne,

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qui sont habitaellement fréquentées par ki fashioa pft» risienne.

Salvador était glorieux de mener partout avec lui, Forgueilleose beauté qui excitait Tadmiration générale» et Silvia, de son c6té, n'était pas fâchée d*étaler à tous les yeux, le luxe dont elle était entourée.

Elle dît cependant un jonr à son amant, q«e \m poudreuses allées du bois de Boulogne commençaieitt à fui paraître monotones et qu'elle ne serait pas fâchée de Taiier quelque peu ses promenades quotidioines^

— Mais rien n'est plus facile, lui dit Salvador, notre bonne ville, grâce à Dieu, est entourée de promenade» beaucoup plus agréables que le bois de Boulogne,, que la mode, je ne sais pourquoi, a pris sous sa protection; si vous le voulez bien, nous nous ferons conduire, aujourd'hui, au bois de Vincennes.

— Va pour le bois de Yincennes, répondit Stivia, si cette promenade ne me convient pas, nous verrons les autres ensuite.

Silvia, Salvador et le vicomte de Lussan, momèreni en calèche et se firent conduire. Le del était raagni^ fique et de nombreux promeneurs siUoanaient en tous sens les sombres allées du bois.

'— Mais c'est charmant, disait à cbaque instant, Silvia, à ses deux compagnons, c'est charmant; en vérité, il y a ici au moins des arbres et de l'ombre; nous y re» viendrons.

Au détour d*une allée assez obscure, dans laquelle il s'était engagé pour obéir à sa maîtresse, le ooclier de Silvia fut obligé de s'arrêter afin de ne peint écra- . ser un homme qui marchait lentement devant la ¥oi»> ture et qui paraissait enseveli dans de profondes réflexions.

L€9 cris répétés du eocber, arrachèrent enfin cet liomme à ses réflexions; il se rangea précipitamineut sur un des côtés de Kallée, et ses yeux se portèrent par hasard sur les personnes qui étaient dans la calé* che, à laquelle il venait de lirrer passage.

— Silvial s^écria-t-il assez haut pour être entendu de la marquise de Roselly et de sesdeqx compagnons, Silvia!

— Qu*est-ce, dit Salvador^ et que vous veut cet homme; le connaissez-vous?

— Brûles le pavé, dit Silvia à son cocher avant de répondre à Salvador, brûlez le pavé.

La marquise de Boselly venait de reconnaître Boppo.

• Le cocher, Jaloux d'obéir à sa maîtresse, avait vigoureusement fouetté ses chevaux, et la calèche rou- .lait rapide comme Téclair le long d'une des grandes allées du bois.

Salvador et le vicomte de Lussan ne savaient à quoi attiibuer la teiTeur évidente et la singulière conduite de leur compagne; elle les instruisit en peu de mots.

Salvador tourna la tête et vit courir derrière la calèche lltomme que Silvia paraissait si fort redouter; il était éloigné de vingt pas environ, sa conduite indiquait suffisamment quelle était son intention; il voulait suivre la voiture, afin de connaître le nom et le domicile de ceux qu*il venait de rencontrer.

Le vicomte de Lussan avait imité le mouvement de Salvador,

— Mais Je connais cet homme là, dit-il à voix basse à son compagnon. ^

— Je le crois parbleu bien! répondit Salvador; cet homme est celui que nous avons fait entrer chez la

Sans-Refas, lorsqu'il venait d'assassiner la marqaise.

— Diable! diable! mais il ne faut pas que cet Individu, qui me paraît un gaillard résolu, sache qui nous sommes.

La calèche roulait toujours avec la même rapidité, mais rhomme qui courait derrière paraissait la suivre sans trop de difficulté; il en était toujours à la même distance.

— Le drôle a des Jarrets d'acier, dit le vicomte de Lussan;

— - Mais ne med ébarrasserez-vous pas de cet homme? s'écria Silvia en proie à la plus violente exaspération. Ah! si j'avais autant de force que je me sens de courage.

— Nous Terions très-volontiers ce que vous paraissez si vivement désirer, belle marquise, répondit le vicomte, mais le lieu n'est guère propice, et votre cocher est un témoin incommode.

— Il y a un moyen, s'écria Salvador. Tu es adroit, continua-i-il en ^'adressant au cocher de Silvia, robuste gaillard, que son teint coloré et sa chevelure du plus beau rouge carotte qu'il fût possible de voir, faisait de suite recon nature pour un naturel des îles Britanniques.

— Très-adroit, M. le marquis répondit le cocher.

— Tu sais le servir de ton fouet?

— Aussi bien que vous de voire épée.

— Eh bien! il y a vingt-cinq napoléons pour toi, si tu t'en sers de manière à ôter l'envie, à ce malotru, de suivre plus longtemps notre voiture; tu sais ce que tu as à faire?

— Parfaitement, M. le maixfuis; vous allez être content de moi.

DE PàBIS. 53

— Que diable va-t-il faire? dit ie vicomte de Lossan à Salvador.

— Oh! de la bonne besogne» j'en suis convainca, répondit ceiui-d; un foaet, entre les mains d'un cocher anglais, est iine arme formidable.

Le cocher ralentit insensiblement le pas de ses chevaox, de sorte que Beppo se trouva bientôt à sa portée. L'ex-pécheur ne dit rien à ceux qui étaient dans la calèche; mais il continua de courir près de la voi« ture, réglant sa course sur le pas des chevaux et lançant à Silvia, chaque fois que ses yeux rencontraient les siens, des regards empreints d'une sombre jalousie.

Le cocher saisit un moment favorable et lui lança un coup de fouet qui, tombant en pleine flgure, traça sur son visage, un sillon bleuâtre et sanguinolant.

Beppo, transporté de fureur, voulut se jeter à la JLéie des chevaux et les saisir par le mors, afin de les forcer de s'arrêter; mais le cocher ne lui laissa pas le temps d'accomplir son dessein; il redoubla ses coups, dont le dernier enleva un œil au malheureux pécheur.

Vaincu par la douleur, Beppo tomba en hurlant sur le gazon.

— Faut-il lui passer sur le corps? dit le cocher.

— Non, répondit Salvador, c'est inutile.

Les cris de Beppo avaient rassemblé autour de lui quelques promeneurs, et Salvador éuit impatient d'échapper à Faiiention qui, du blessé, devait infailliblement se porter sur la cause de la blessure.

Aiguillonnés par de nombreux coups de fouet, les chevaux emportèrent la calèche qui disparut derrière on Duage de poussière au moment où ceux qui d'abord s'étaient occupés de Beppo. se disposaient à la poursuivre.

hk LES VBA» MYSTÈRES

Beppo, qui sonin*att horriblement, fut d'abord porté dans un cabaret voisin du lieu où il avait été blessé; puis, lorsqu'un médecin de VIncennes eut posé sur les no!nbrenses blessures qui sillonnaient son visage, an premier appareil, il se trouva assez fort pour se faire conduire au logement de la rue Contrescarpe-Saint- Marcel, qull habitait toujours avec sa mère.

— Je me vengerai, dit-il lorsque^ la voiture qui Tavait pris au cabaret dans lequel il avait été pansé, passa près du lien où il avait été blessé, pour le reconduire à son domicile; Je me vengerai, et ma ven* geance sera terrible; j*en fais Ici un serment solennel!...

m. — Chez la

La pauvre mère de Beppo, (point n'est besoin de le dire), fat de suite en proie à la plus violente douleur, lorsque son fils fut apporté près d'elle, le visage couvert d'affreuses blessures, les vêtements en désordre, couverts de sang et de poussière.

— Que t'est-ll donc arrivé, mon cher enfant? lui dit-elle en patois provençal, car son instinct maternel hil faisait deviner que le piteux état dans lequel se trouvait Beppo, était le résultat d*one cause mystérieuse.

—Je vous le dirai plus tard, répondit l'ex-pécheur. Quand à présent, j'ai plus besoiade repos que de faire la conversation.

La pauvre mère récompensa généreosement ceox qui avaient aidé son fils à gravir les sept étages qui conduisaient à son logement; puis, après avoir aidé

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