‹ Les vrais principes du chant grégorienChapitre 75 sur 84 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Cantus planus et firmus , qui Gregorianas dicitur , si rite decenterque peragatur , à pus hominibus libentiiis audilur ^ et alteri^ qui harmonicus seu musicus dicitur, mérita prœferlur, Illum igitur , ubi in usu est^ omnino retineri ; ubi abolilus est , restitui , foveri et promoveri cupimuSf prœserlim tempore adventûs et quadragesimœ , in matuttnis tenebrarum hebdomadœ sanctœ , totoque officio Parasceves , in Missis defunclorum , maxime veidin sepulturis et exequUs.

Les hommes religieux entendent plus volontiers le chant plain et soutenu qu'on appelle Grégorien^ si on le chante avec décence et comme il convient; et ce n'est pas sans raison qu'ils le préfèrent à celui qui est nommé harmonique ou musical. Nous désirons donc qu'on le conserve absolument dans les endroits où il est en usage , et qu'on le rétablisse , qu'on le cultive et qu'on le propage là où il a été aboli» surtout pendant le temps de l'Avent et du Carême , dans l'office des ténèbres de la Semaine Sainte, et dans tout l'office du Vendredi Saint, dans les Messes des morts, et particulièrement dans les enterrements et les obsèques.

OBSERVATIONS

L'auteur d'un article sur la musique religieuse^ publié par la Revue de Bruxelles, a fait sur ce premier article du Décret des observations qui méritent d'être rapportées ici. ail n'est pas douteux , - dit-il, que le chant qu'on appelle Grégorien, est entendu volontiers par les hommes pieux et préféré à tout autre chant musical. Pour nous, nous ne craignons pas de renchérir encore sur les expressions du premier article , et de soutenir que non-seulement les hommes qui professent la vraie piété, mais tout homme éclairé et indépendant, et qui n'a aucun intérêt à dissimuler ses opinions, préférera à l'église le chant Grégorien bien exécuté à tonte autre musique; nous n'exceptons pas même le musicien, s'il nous est permis de nommer ainsi , non pas celui qui exerce 1t musique comme métier, mais celui qui a acquis la connaissance de cet art par étude et par principes. La raison en est, que la tonalité constitutive du plain-chant est éminemment propre à produire des émotions conformes aux sentiments pieux , que nous devons tâcher d'exciter en nous pendant le culte que nous rendons à Dieu. Les bornes restreintes d'un seul article ne nous permettent pas de développer tout au long cette Yérité. Nous nous contenterons pour le moment de nous appuyer sur quelques autorités non suspectes, que nous pourrions au besoin multiplier encore. Si V histoire f dit M. De Chateaubriand, ne prouvait pas que le chant Grégorien est le reste de cette musique antiqw , dont on raconte tant de miracles^ il suffirait d'examiner son échelle pour se convaincre de sa haute origine. Le Christianisme est sérieux comme l'homme, et son sourire même est grave Rien n'est beau comme les soupirs gue nos maux arrachent à la Religion L'office des morts est un chef-d'œuvre; on croit entendre les sourdf

retentissements du tombeau » Et plus loin , en comparant le chant ecclésiastique avec la

musique sublime de Pergolèse, le même auteur préfère ce chant aux inspirations du grand moai-

cien italien Ajoutez à ces illustres témoignages, ceux de tous les hommes spéciaux, qui se

sont sérieusement occupés de cette matière , et vous concevrez facilement la préférence que nous accordons au chant Grégorien. Cependant il ne suffit point que le plain-chant ait en lui-même des beautés reconnues ; il faut encore qu'il soit exécuté par des chantres qui en connaissent les principes, et savent en appliquer les règles. •

Pour se conformer à ce premier article du Décret, MM. les Curés doivent réunir dans claque paroisse un nombre de chantres proportionné à l'étendue de l'église : sans cette condition le chant Grégorien ne saurait être fait avec décence et comme il convient; et pour cette raison les Conseils de fabrique ne sauraient s'opposer aux dépenses qui peuvent en résulter. On obtiendra facilement de bonnes voix , si on met les places au concours et qu'on y attache un traitement convenable. Le? maîtres de chant ou les Curés doivent , surtont au commencement , réunir souvent tous les chantres pour faire des répétitions générales. Ils doivent s'attacher à fQrmer, à cultiver les voix, à apprendre à chanter avec goût (i)« et spécialement à observer avec beaucoup d'ensemble lé rhythme et la mesure propre au chant Grégorien; ils y donneront toutes les autres instructions nécessaires pour parvenir à une exécution convenable et décente (Voyez l'art. IV et les observations). Ils défendront sévèrement aux chantres d'harmoniser à leur manière l'œuvre si respectable de l'antiquité chrétienne, en improvisant une seconde , une troisième partie. L'organiste évitera également avec soin de blesser par son accompagnement la grave simplicité du chant Grégorien (Voyez l'art. VII et les observations).

Il est à désirer que les éléments du plain-chant soient enseignés dans les écoles primaires. Les enfants qui se distinguent par leurs progrès et par leur bonne conduite , trouveraient une douce récompense à être admis à chanter ài l'église. Le rétablissement des anciennes Maîtrises, où les enfants de chœur recevaient une instruction musicale complète, serait aussi d^une grande utilité pour le progrès du chant et de la musique sacrée. Mais c'est dans les Collèges, et surtout dans les Grands et Petits Séminaires , que Ton doit propager le goût du chant Grégorien par des exercices fréquents et bien dirigés, et par une exécution toujours soignée ; car c'est de ces établissements que. doivent sortir ceux qui plus tard devront sou» ce rapport diriger les autres, et prévenir les abus.

Page 1