‹ Les vrais principes du chant grégorienChapitre 8 sur 84 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Pourquoi le chant ecclésiastique esl-ii appelé Grégorien y Romain ^ Plain-'Chant. — Sa définition. — Des notes. — Des lignes.

— Des clefs. — Gamme. — Intervalles. — Signes accessoires.

— Pauses. — Barres. — Neume. — Bémol. — Bécarre.

Pourquoi le chant ecclésiastique est-il appelé Grégorien y Romain, Plain-Cliant. —

' Sa (léBnilion.

1. Le chant ecclésiastique est appelé Grégorien, parce qu'il a été régularisé par S. Grégoire I, (1) surnommé le Grand, qui en a modifié

(1) s. Grégoire I, tamoinmé le Grand, monta sur le trône Pontifical Tan 590 de J.-C. Nous disons qu'il a été le régulateur , et non pas Tinventeur du chant ecclésiastique. Sans parler des premiers chrétiens qui dès le temps des Apôtres chantaient déjà dans des lieux où se célébraient les divins mystères , comme Tatleste expressément Philon cité par Eusèbe (L. ll.hist. (G. 17), Tertullien dans son apologie (G. 3), S. Paul I. Gor. XIV. 15 , ad Eph. V. 19. — Golos. III, 16. — Il est certain que déjà Tan 371, S. Damase avait sinon introduit, du moins propagé Tusage de chanter les psaumes. On veut même que ce S. Pontife donna au chant une forme nouvelle et quMl composa, entre autres, des Cantiques en Thonneur de S. Paul : Jam dudum Saului proeerum prœcepta seeutm, etc.

Après S. Damase plusieurs autres Pontifes s'occupèrent du chant. L*on cite particulièrement S. Léon, Gelase, Symmaque, Jean, Boniface, etc. Mais comme les monuments d'une si haute antiquité nous manquent pour indiquer avec certitude la part que ces Papes ont prise à l'établissement ou au développement du chant sacré, nous passons à S. Ambroise , Archevêque de Milan, qui, lui certes, contribua d'une manière spéciale à donner au chant une forme régulière et des principes plus ou moins fixes. En effet , S. Ambroise régla la tonalité et la manière d'exécuter les hymnes, les psaumes et les antiennes. Il composa des chants pour tous les jours de l'année, et en ordonna Tusage dans toutes les églises de sa juridiction (De Afiinf ,mm.fnfff . G. III ). Etant en butte à la persécution

— iO —

et définitivement établi la tonalité. C'est d'après celle-ci qu'il fit un recueil de chant à l'usage de la métropole. Ce fut aussi lui qui, le premier, institua une écofe dé chant à Rome (i),et travailla efficacement à le répandre dans plusieurs églises de l'occident.

que lui nuscitt Justine, la mère de Valenlinien 1, à cause de rarianisme, le S. Evéque passa la nuit dans le temple arec les fidèles qui écoutaient la voix du pasteur. Cest alors qu^il institua le chant des hymnes et des psaumes à la manière des régions orientales, afin de trouTcr quelque allégement à la détresse commune. On attribue généralement à S. Ambroise les quatre modes du Plaio-Chaot connus sous la dénomination de tons jiulhentiquet t qui sont encore en vigueur. Cest en modifiant le système des tétrachordes grecs quUl conserva leurs quatre modes le plus généralement répandus, en assimilant son premier ton au mode Dorien, son deuxième, au mode Phrygien ^ son troisième, au mode Lydien j et son quatrième, au mode Mixolidien. — Il est difficile de préciser la différence qui existe entre le chant Ambroisien et celui de S. Grégoire. Toutefois , en admettant avec Franch. Gafori, que Tun et Pautre sont du même genre, diatonique, on peut affirmer que le chant de S. Ambroise a toujours conservé une plus grande simplicité , ce qui d^ailleurs s^explique naturellement, Iorsqu*on se rappelle qu^il ne fut jamais beaucoup répandu. En outre, S. Ambroise parait avoir fait grand cas du Rhythme dans son chant, surtout dans les hymnes, tandis que S. Grégoire le supprima presque totalement. Ajoutez que les hymnes n*étaient primitivement point admises dans Téglise de, Rome (Mabillon Mue. Jtal. T. II. p. 138.).

Il est hors de doute que S. Grégoire 1 fût le fondateur du système tonal auquel il a donné son nom , et le grand régulateur du chant ecclésiastique dans Téglise de Voccident. Tout en adoptant la tonalité des Grecs , il en modifia pourtant les bases, en réduisant leurs successions tonales par tétraeordes, à l'échelle de deux octaves. Il est probable que les théories de Boéce, qui venait d^approprier les principes de la musique grecque à Tusage des Latins, lui furent d^un grand secours. S. Grégoire, au reste, nous apprend lui-même qu*il confirma quelques chants en usage et qu'il en composa do nouveaux. 11 en fit un recueil pour tous les jours de Tannée et en forma

Vjénliphonairc'eenton (xurp^r) ou composé de fragments (Flacc. Illyr. inprœf. ad Henr.).

(1) s. Grégoire fut le premier qui établit une école de chant à Rome. Cette école fut divisée en deux habitations. Tune près de Pescalier de S. Pierre au Vatican, Pautre près du patriarcbat ou palais apostolique de S. Jean-Latran. Il dota ces établissements des révenus nécessaires à leur entretien. Ce fut dans la seconde que le Pontife vaqua lui-môme à Pinstruction des jeunes élèves. Encore du temps de son biographe Jean-le- Diacre, on montrait à Pécole du patriarcbat le lit dans lequel Grégoire, habituellement souffrant , présidait aux exercices do chant; la baguette dont il se servait pour tenir les élèves en respect, ainsi que son Antiphonairc authentique {^ita S. Greg. L. II. C. 1. m.» 6.). La postérité reconnaissante, a voulu immortaliser le zèle éclairé de Pillustre Pontife, en appelant Grégorien le chant, qui est encore en usage dans nos églises. Il fut jadis un usage assez généralement reçu de chanter quelques vers en Phonneur deS. Grégoire, avant PintroTt du premier Dimanche de PAvent. Nous les reproduisons tels qu^ils ont été tirés du Respontoire et de VJntiphonaire de S. Grégoire, et recueillis par le Cardinal Tomassin :

• Hoc quoque Gregorius, patres de more secutus,

» Inttauravit opus, auxit et in melius » His vigili clerus mentem conamine subdat,

9 Ordinibus pascens hoc sua corda favo.

m Quem pia sollicitis solertia nisibus, omni

» Scripturae campo legit et explicuit.

» Carmina diversas sunt bac celebranda per boras

» Sollicitam rectis mentem adbibete sonis.

» Discite verborum légales pergere celles,

» Dulciaque egregiis Jungite dicta modis.

» Verborum ne cura sonos, ne cura sonomm

n Verborum normes mollificare queat.

» Quidquid honore Dei studils celebratur honestis

» Hoc summis jungit mitia corda choris. »

% On l'appelle Romain k cause de son institution primitive à Rome , où il resta toujours en honneur, et d'où il fut propagé par les soins des Souverains Pontifes, Evéques de Rome.

3. Il est aussi appelé Plain-Chant^ parce que c'est un chant simple et uni, sans inégalités rhythmiques, rendant les notes d'un mouvement prèsqu'^al, d'aplomb, et sans ornements empruntés à la musique figurée (i).

4. Donc^ le chant Gr^orien, Romain ou Plain-Ghant est une mélodie du genre purement diatonique, c'est-à-dire celui qui procède par deux et trois tons entremêlés d'un demi-ton (2), ou celui qui procède par quartes et quintes justes. (Voir § III. p. 22.)

Notes. — Lignes. — Portée.

i. Pour représenter la mélodie du chant, on emploie certains signes ou caractères de convention qu'on appelle notes ou cordes (5). Elles servent à indiquer le degré d'élévation de la voix.

L^abbé Gerbert, dans son grand ouvrage {De mus. tae. 7. /. p. 250), rapporte aussi quelques vers tiré« d^in ancien Antipbonier du monastère de S. Gall, placés à la tête du livre. Les mêmes éloges, mais légèrement modifiés, se trouvent dans un très-ancien exemplaire du Vatican. Ils sont écrits en caractères majuscules :

« Gregorius pranul merilis et nominc dignus

» Undè genus ducit, summum conscendit honorem :

» Tradidit hic cantum populis, normamque canendi,

i» Quod Domino laudes référant noctuque dieque.

» Hic vitam scribens hominum moresque bonorum ,

» Isdem gestorum mala non tacuit manifesta

» Omnia , sed post haec senior plenusque dierum

» Transiit ad Dominum felix féliciter ipse.

» Et quid te per plura morer fastigia lector?

» Quod docuit fieri , fecit et ipse prier. »

« (1) Cantum planum vocant, quoniam simpliciter et de piano singulas notulas «quà hrevis temporis mensurà » pronunciant. » {Gaf. L, I. mut. arei. C. I.)

(2) « L*anUco canto ecclesiasticoo Gregoriano era un canto melodico di puro génère diatonico : in consequenza » procedeva inviolabil mente per due e per tre tooi, intermediati da un semitono. {Baïni mem. T. II. p. 90)

(3) La notation du chant a subi de fréquentes transformatioat. La plupart des auteurs ont cru que S. Grégoire Dotait ses chants par les caractères de PAlphabet. Mais comme on n'a pu produire aucun ms. noté de celle ■Bioière, d'autres prétendent qu'il s'est servi d'un signe particulier appelé nofa romana^ c'est-à-dire d'une friture avec des points, des crochets, etc. qu'on nommait aussi neumet. Du reste il est certain que dans des temps postérieurs on employait les caractères de l'Alphabet tant grec que latin, et les neumes tour-à-tour; car il d'j ayait ni règle , ni pratique stable à ce sujet. Dans la suite, les neumes ont été modifiés, et après bien des viriations il en est résulté la notation moderne, dont on trouve déjà des indices dans quelques ms. du VIII. et I^. liècles {Mimiefaueon , palœogr, grec. £. t. et III), Le lecteur désireui de plus amples détails peut consulter

2. n y a 9efl notes qa'oo répète aa besoin dans le hant et dans le bas, savoir : ut on do, nf, mi, fa, md, la, m en montant, et gi, la, 9ol^ fa, mi, re^ uf on db en descendant.

Ut ré mi Cai sol la si si la sol ia mi ré ut

Mais ces notes n'ont pas tonjoors la même forme ni la même valeor. Dans les livres de chant dont on se sert actadlement dans les ^lises, on fat>nve ordinairCTDOit fat>is sortes de notes, savoir : la longue ou

.mc.T.n. — Kiœwcttgr, G«cfcicfcte4crc«iflii. «bcaJI.— «&. Lcipâgid. — J. B.]fartiBi éM. wtms. ¥étis Dict. hm^t. T. I.

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EXEMPLES

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Oa dM»U les Mies liées es coMaesçat par edlc ^ est aa pvre, et LesMlcs oUifacs ae reprcaealeat qae de«x aoCes qae Tea ehaate c

IpP Tant dcax leasscs m la doable

i celle qoi est placée à Fai^.

La Mte ai

; la ToUm est celle q«i sous-eateMi aae «a plaâean aoCes

la note carrée avec une queue à droite ou à gauche ; la brève , ou la note carrée sans queue, et la semi-brève qui a la fot*me d'une losange.

EXEMPLES

Notes Longues. Brèves. Semi-brèves.

« 3. La valeur respective de ces trois sortes de notes ne peut être indiquée qu'approximativement. Ainsi la première a la plus longue durée ; la brève , la moyenne ; et , enfin , la losange ou semi-brève , la moindre. On peut du reste comparer leur durée aux notes suivantes prises à la notation de la musique mesurée moderne.

Quant à leur usage, il est bien différent dans les divers livres de chant qu'on rencontre. Cependant , en nous conformant aux meilleures éditions de Fltalie, nous disons que leur emploi se règle en partie, et principalement , sur la quantité syllabique du texte , en partie sur le mouvement plus ou moins vite quon veut donner à la mélodie.

que Pon chantait sans qu^llet fussent exprimées Lorsque, par exemple la rolta "^^ était la finale ré du I ton ,

il fallait la faire snivre de ut sous-entendu. D'autres fois elle indiquait une tierce , une qumrte ou une qumie au-dessous d'elle, également sous-entendues. Enfin Ton trouve des notes marquées avec un point d*orçue

au-dessus ou au-dessous. * ~ On les appelait notes couronnées, eoronata^ et elles avaient la valeur

d'une longue plus une brève. {Belli dût. eon le reg. del eanlo Greg. p. 68.) Remarquez encore que la forme des> notes carrées et avec une queue doit son origine à la notation de la musique figurée {Gerb. de mut. II. p, 63.). Disons un mot sur les syllabes «1, rtf, mi^ fa ^ toi, to, ti, dont on se sert actuellement au lieu de a , 6, c , (f,. <i Al ^, des anciens. On a beaucoup écrit sur l'invention de ces dénominations, dont le véritable inventeur est encore inconnu. Ceux qui ont cm que Gui l'Arétin les a employées le premier, ont été induits en erreur par l'Hymne Ut quea%i laxit etc. Il s'en servait seulement comme d'une formule qu'il faisait apprendre par cœur à ses élèves, afin que d'après elle ils réglassent d'autres intonations. Il est certain , et les écrits de Gui même en font foi, que l'idée d'une pareille invention ne lui est jamais venue. De son propre aveu il conste qu'il employait les lettres de Vkl^hthei {Gerb, mut. tar, T. II. p. 4S.). Quoiqu'il en soit, nous voyons dans un passage de Jean Cotton, qui écrivait à la fin du XI ou au commencement du XII siècle, qu'à cette époque ces syllabes étaient déjà assez généralement adoptées : « Sex sunt syllabe, dit-il, quas ad opus musicae assumimus, diverse quidem » apud diverses; verum Ângli, Francigenx, Alemanni ntuntur bis : ul, r^,mt,/a, toi, la; Itali autem » alias babent.... » A coup sûr, si vraiment Gui les avait inventées, les Italiens , au milieu desquels il vivait et enseignait, n'en auraient pas employé d'autres.

Ainsi , on emploie la longue à la fin d'un morceau; immédiulement devant la semi-brève, afin que celle-ci ressorte davantage; et sur les syllabes longues qui doivent être chantées plus lentement.

On emploie la brève sur les syllabes longues; et la semi-brève sur les syllabes brèves, et, quelquefois, sur celles qui coulent d'une manière accélérée.

EXEMPLE

seeculorum a - men. stel - la.

Remarquez qu'une longue qui a la queue tournée vers le haut et qui est liée à d'autres notes, sur une même syllabe, n'indique qu'une liaison et est semblable à une carrée simple (i).

4. Pour distinguer les notes et les placer à tel degré d élévation qu'on veut leur donner, on se sert de quatre lignes parallèles, qu'on est convenu d'appeler portée (2), parce que leur réunion renferme la portée d'une voix ordinaire.

(1) Dans de vieux MS. on trouve quelquefois deux lirèves au lieu d'une longue. Un resle praliquc de celle notation se trouve encore à Rome chez les Dominicains, qui prononcent une syllabe deux fois, quoiqu'elle ne soit marquée que d'une seule note; ainsi, à la messe ils chantent et eum tpiritu tuoo. Cette même méihodc fut conservée dans le Directorium chori de Guidetti , qui indiqua cette manière de prononcer par la semi-brève unie et liée par un demi-cercle, a Syllaba sulyaeent levi quodam tpirittu impulsu pronunciabilur , perindê ae êi duplieiteribenlurvocalif ut Doominus pro DominuSi ted eum deeore et gratta, quœ Ktc doeeri non potett. » (BaYni mero.)

(2) L'usage des lignes a beaucoup varié dans les anciens temps, surtout avant le célèbre réformateur du chant. Gui l'Arétin. Avant lui on avait bien aussi des signes d'élévation de la voix; mais ils étaient si arbitraires et si obscurs qu'ils suscitaient d'inextricables difficultés; et quoiqu'il ne soit pas certain que le savant moine ait inventé les lignes de la portée, il parait néanmoins qu'il y apporta de notables éclaircissements. Voyons comment il s'exprime lui-même à ce sujet dans son ouvrage Reg. rhytm. ou micrologue :

« Quasdam lineas signamus variis coloribus ,

» Ut que loco, qui sit sonus, mox discernât oculus.

» Ordine tertiae vocis splendens crocus radiât ,

» Sexta ejus affinis flavo rubet minio :

» Est affinitas colorum reliquis indicio.

» At si littera vel color neumis non intererit,

» Taie erit , quasi ftinem dum non habet puteus ,

» Cujus aquc, quamvis multx, nil prosunt videnlibus. »

— iS —

Les notes se placent sur ou entrer au-dessus ou au-dessous d'une des quatre lignes , de sorte qu'il en résulte neuf degrés.

EXEMPLE

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