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LE CHOIX D’UNE CARRIÈRE

Cependant, s'il paraissait relativement facile de suivre les cours d’une école à caractère exclusiveînent scientifique, comme l'École polytechnique, et même un enseignement technique, comme celui des écoles d'application, il était en revanche bien plus délicat de choisir un métier, et l'exercice de la carrière d’i ingénieur pouvait être considéré au premier abord comme neltement incom patible avec ma situation.

Je n'avais certes jamais eu la prétention de me comporter en véritable ingénieur, de prendre la direction de chantiers, et de faire exécuter les travaux que je n'eusse pas été en mesure de contrôler par mes propres yeux. Malgré tout, mes entretiens avec de nombreux camarades m'avaient incliné à considérer que certains postes ne seraient pas hors de ma portée, en’raison de leur caractère administratif; ma culture scientifique, ma connaissance du droit et de la langue des ingénieurs, me permettaient d'envisager avec confiance mon accession à l’un de ces postes. Le métier ! N'était-ce pas le problème capital à résoudre, la fin suprême et le but ardemment poursuivi de tous mes efforts ? Je me souviens encore des paroles que m'adressa

L Séjourné, le spécialiste bien connu des ponts en maçonnerie, frsqu il m'eut interrogé sur son COUTS : | — Voilà qui est fort bien, mais le tout est de use un Ébouché à votre activité.

| Cependant, il n’eut pas de peine à découvrir un certain mbre de postes qui me conviendraient, par suite du genre ; occupations requises.

| Le stage que j'accomplis en province, comme mes autres hmarades, entre mes deux années des Ponts et Chaussées, bntribua à m'éclairer sur la nature des services que-je pourrais fre appelé à rendre dans l'avenir. Désirant L'ÉSCO s l'êté au brd de la mer, j'avais pu obtenir une mission auprès de l'in- Énieur en chef des Côtes-du-Nord et c’est aïnsi que je vins L'établir, pour deux mois, dans une petite plage aux environs k Saint-Brieuc. Le département comportait un assez grand ‘seau de chemins de fer d'intérêt local, dont le cahier des arges devait être revisé, par suite des conséquences finanères de la guerre. Je fus chargé d'effectuer cette mise au bint : c'était précisément là un travail de bureau, qui exigeait léânmoins une connaissance suffisante de-la technique des hemins de fer, et correspondait fort bien à mon cas partiéulier. ussi, je réussis à exécuter ce travail sans trop de difficulté. Mettant cette expérience à profit, je fournis toutes les précions désirables au sortir de l’École des Ponts et Chaussées, et s affecté au contrôle des voies ferrées d'intérés local, au hinistère des Travaux publics. Avec le temps, je me suis proressivement ECS aux nécessités de,ma profession, et la éthode à laquelle je suis parvenu me permet de traiter aiséent les affaires qui me sont confiées:

… Il est neuf heures, mon secrétaire est assis à mes côtés, bs piècés d’un dossier sont étalées sur le bureau : il s’agit d'un iccord conclu par un département ou une commune avec une bciété concessionnaire d’un réseau de tramways ou de chemins le fer. Lecture m'est donnée du contrat et des textes annexes ; hstallé devant ma petite machine à écrire en braille, je prends les notes et suis bientôt en possession de documents, sur les- LOCRTE pourrai exercer ma sagacité, et même procéder aux lalculs exigés pour la discussion des formules d'exploitation. Quelques jours après, les diverses questions étant assimilées et: fésolues dans mon esprit, je dicterai mon rapport à la sténo-

graph que me procure le ministère. Est-il besoin de connaître le tracé des voies ferrées ou le trajet des lignes d'autobus, pour arrêter ma décision en pleine connaissance de cause ? Je me fais décrire le plan sur lequel je dois raisonner, en complétant, lorsqu' il est nécessaire, par un croquis en relief qu'un collaboraleur exercé réalise en peu de temps. Quant aux conférences ou à la correspondance, fréquemment indispensables à l'examen de certaines conventions, c’est là un terrain sur lequel je puis lutter de pair avec l'adversaire.

Affirmant d'autre part ma spécialisation dans les upplices tions des sciences exactes à l'économie politique, j'obtins en 1929 une chaire de professeur suppléant à l’École des Ponts et Chaussées, où, quelques années auparavant, je m'étais assis comme élève. Ce n’est pas sans émotion que, nanti de quelques notes en braille, j'affrontai l'auditoire ; mais j’acquis assez vite plus d'assurance et me passai même complètement de documents écrits, en recourant à des tableaux muraux, et à des figures établies sur mes indications.

Semblable adaptation à l’enseignement n'est point pour étonner ; M. Villey, dès avant la guerre, nous en avait donné l’exemple, et ses beaux travaux d’érudition sur Montaigne sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d’y insister. Depuis lors, le capitaine Antoine, dont j'ai déjà eu l’occasion de parler, occupe brillamment une chaire de mathématiques à la Faculté de Rennes et poursuit ainsi la carrière à laquelle il-se destinait avant sa blessure. |

Toutefois, une difficulté particulière se présente dans son cas, où le simple exposé verbal demeure insuffisant ; aussi lui a-t-il été nécessaire de se familiariser avec l'écriture des équations au tableau noir; il utilise à cet effet de petites fiches, qui lui permettent de repérer sa position, et d'éviter le chevauchement des lignes successives. De mon côté, il m'arrive, pour mon propre cours, de tracer quelques caractères à la craie, sans éprouver de ce chef aucune gêne sérieuse.

L'exemple d'Antoine est loin de rester unique et quelques

Facultés, lycées ou collèges, comptent des aveugles de guerre,

parmi les membres du corps enseignant. Il existe aussi plusieurs instituteurs, qui ont repris la direction d'une classe, avec la collaboration de leur femme, exerçant cette même profession à leur côté. Je ne parle pas des avocats : le cas de

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Marcel Bloch, aveugle de naissance, et celui de M. Georges pini, député de Paris, sont devenus familiers à tous ceux intéresse le monde de la cécité. N'en est-il pas ainsi d'ailrs de M. Lemordant, qui, par sa magnifique énergie, sut fore trouver les consolations de l'artiste, après avoir perdu le contact avec le monde harmonieux des couleurs, AnAuoL

‘était voué naguère ?

| | CEUX QUI NOUS AIDENT dt

Si vous assez rue Daru, à ce bhare de France, à ce refuge igé par Miss Tyler qu entretiennent les libéralités de généhx donateurs américains et français, vous y verrez, au , . pment du déjeuner, sur le coup d’une heure, les pe | hts de commerce, surnommés familièrement « épiciers »

ec leur « boys » qui les accompagnent en tournée; vous Y. rez les téléphonistes, secrétaires, dactylographes, qui, sitôt {repas terminé, se hâtent vers leur bureau; vous y rencon- Itrez aussi des masseurs, brossiers et tricoteurs, tous affairés, fjeunant à la manière des employés de ministère, dans ces. Îtits restaurants qui peuplent les abords du boulevard, Saint- (frmain. Les propos se croisent ici comme partout ailleurs,

P des travailleurs de la ville et des humbles.

{ De la blessure, de la cécité, il n’est plus question c'est he affaire classée. On y songe bien, dans les instants d'isolelent: c'est une ancienne et déjà vieille compagne, que l'on

faudit parfois, dont on s'accommode comme un autre de ses

lumatismes ou de ses migraines, et que l’on s'empresse d'ou? : lier, dès que surgit le moindre motif d'action. ! N'oublions pas de signaler une autre œuvre, le Livre de veugle, installée, au n° 16 de la rue Laugier, dans une salle isaffectée de l’école communale. C'est un aveugle, M. Guibaud, hi se charge de la réparation des machines à écrire le braille, bnt l’œuvre fait naturellement une grande consommation; | vous vous émerveillez de l’aisance avec laquelle cet aveugle Hmonte les mécanismes, redresse les tiges, bande les ressorts, . redonne de la vie à cette chose inutile et morte qu'était la hachine avant de passer entre ses mains. Mais, si vous y regarpe de plus près, votre surprise se transformera en soudaine

ets des préoccupations communes à ceux qui mènent ln

ss,

ie admiration, lorsque vous aurez constaté que l’étonnant ouvrier ne dispose que de son pouce de la main droite : les autres doigts ont, hélas! partagé le sort de sa jambe et de ses yeux.

C'est dans l'hiver de 1917 que je fis connaissance avec cette œuvre, si digne de notre gratitude, qu'est le Livre de l'Aveugle. Les bureaux et les salles de travail étaient installés dans l'appartement de Mme Édouard Meyer, son aimable et

dévouée secrétaire générale. Avec le concours de copistes béné- voles, qui ne recouraient alors qu'au poinçon, M°° Meyer se trouvait déjà en mesure d'assurer la transcription de tous les ouvrages. susceptibles- de faciliter notre rééducation. Depuis lors, l'œuvre n’a fait que grandir, et vous resteriez confondus ©, s’il vous advenait de consulter la liste des volumes placés à | notre portée : grammaires grecques, latines et françaises, -voisinent avec les traités d'anatomie, d'histoire naturelle et «le dernier roman de M. Pierre Benoit, ou 1e plus récentes publications de M. Paul Morand.

Le Livre de l'Aveugle ne recule devant aucun ébsluele Au moment de mon entrée à l’École polytechnique, cette œuvre mit à ma disposition le cours d'astronomie du général Bourgeois, celui de géométrie et un traité dé chimie; il existe maintenant des copistes spécialisés dans la transcription des : IRUTE scientifiques, requérant l'emploi de symboles mathématiques, des jeunes filles qui ont préparé une licence, des ingénieurs, des professeurs, des instituteurs, entre lesquels ÊT répartit la tâche. A l'usage à peu près exclusif du poinçon s’est d’ailleurs peu à peu substitué celui des machines à écrire, dont le rendement est beaucoup plus élevé. |

Je compte demander prochainement à ces. inlassables al laborateurs de transerire mes leçons d'économie politique, pour mon cours des Ponts et Chaussées, et je pense également demander qu’on me reproduise en rehef les graphiques et les tableaux que j'y utilise. En quelques mois, je serai de la sorte en possession d'un excellent instrument de travail, susceptible

Be d’alléger considérablement ma tâche.

| Je m'en voudrais de quitter le domaine fécond de la bibliographie, sans mentionner les Propos du mois qui, sous la direction littéraire de M. Georges Duhamel, nous tiennent au courant du mouvement intellectuel, par leur revue mensuelle éditée en braille.

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