LE TRAITÉ SECRET AVEC L'ITALIE DU 26 AVRIL
L'ambassadeur d'Italie à Londres, marquis Imperiali, sur les instructions de son gouvernement, a l'honneur de communiquer le mémorandum suivant au secrétaire d'État des affaires étrangères, Sir Edward Grey,à l'ambassadeur de France, M. Cambon, et à l'ambassadeur de Russie, comte Benckendorf.
L — Les grandes puissances, à savoir la France, la Grande-Bretagne, la Russie et l'Italie devront, sans retard, établir une convention militaire qui déterminera le minimum des forces militaires que la Russie sera tenue d'opposer à l'Autriche-Hongrie, dans le cas où cette dernière jetterait toutes ses forces contre l'Italie. Cette convention militaire réglera aussi les problèmes ayant trait à un armistice possible, en tant qu'ils ne rentrent pas, par
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leur nature même, dans les limites de la compétence du commandement suprême.
IL — De son côté, l'Italie se charge de mener la guerre avec tous les moyens dont elle dispose, d'accord avec la France, la Grande-Bretagne et la Russie et contre les États qui sont en guerre avec ces puissances.
III. — Les forces navales de la France et de la Grande- Bretagne prêteront à l'Italie leur coopération active jusqu'à ce que la flotte autrichienne soit détruite ou jusqu'à la conclusion de la paix. La France, la Grande-Bretagne et l'Italie devront, sous ce rapport, conclure sans retard une convention navale.
IV. — En vertu du futur traité de paix, l'Italie recevra : le Trentin, dont le Tyrol méridional jusqu'à sa frontière naturelle et géographique, le Brenner ; la ville de Trieste et ses environs, les provinces de Goritz et de Gradisca ; toute l'Istrie jusqu'au Quarnero, y compris Volosca et les îles Istriennes de Cherso et de Lussin, ainsi que les îles plus petites de Plavnik, d'Unia, de Canidoli, de Palazzuola, de San-Pietro Nerovio (?), d'Asinello et de Gruica,avec les îlots du voisinage.
Note I. — En exécutant ce qui est dit à l'article IV, la ligne frontière devra suivre les points suivants : du sommet de l'Umbrile dans la direction du Nord jusqu'au Stelvio, puis le long de la ligne de partage des eaux des Alpes Rhétiques, jusqu'aux sources de l'Adige et de l'Eisach, puis elle franchira les monts Reschon et le Brenner et les cîmes de l'Etz et du Tiller. La frontière tournera ensuite vers le Sud, en touchant le mont Toblach pour atteindre la frontière actuelle de la Carniole qui est
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près des Alpes. Le long de cette frontière.la ligne atteindra le mont Tarvis et suivra la ligne de partage des eaux des Alpes Juliennes au delà des crêtes de Predil, Mangart et Tricorne (Triglav) et des défilés de Podberdo, Podlansko et d'Idria. De là, Ja ligne tournera dans une direction Sud-Est vers le Schneeberg, de façon à ne pas comprendre le bassin de la Save et ses affluents en territoire italien. Du Schneeberg, la frontière descendra vers la côte maritime en comprenant Castua, Matuglia et Volosca comme districts italiens.
V. — De la même façon l'Italie devra recevoir la province de Dalmatie dans son étendue actuelle, en comprenant de plus vers le nord Lissarinka et Tribanj (c'est-àdire deux petits endroits de la Croatie du sud-ouest) et vers le sud toutes les localités jusqu'à une ligne partant de la mer près du cap Planka (entre Trau et Sebenico) et suivant la ligne du partage des eaux vers l'Est, de façon à mettre aux mains des Italiens toutes les vallées dont les rivières se jettent dans la mer près de Sebenico, à savoir la Cikola, la Krka et la Butisnjica, avec leurs affluents. A l'Italie aussi reviendront toutes les îles du nord et de l'ouest de la côte de Dalmatie, en commençant par Premuda, Selva, Ulbo, Skarda, Maon, Pago et Puntadura, et au delà vers le nord, en atteignant Meleda vers le sud avec les îles de S. Andréa, Busi, Lissa, Lésina, Tercola, Curzola, Cazza et Lagosta et tous les îlots et rochers environnants, ainsi que Pelagosa, mais sans les îles de Grande et Piccola Zirona, de Buje, de Solta et de Brazza.
Ce qui suit devra être neutralisé : 1° Toute la côte du cap Planka au nord jusqu'à la pointe méridionale de la péninsule de Sabbioncello au sud, cette péninsule étant
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comprise dans la zone neutre. 2° Une partie de la côte partant d'un point situé à 10 kilomètres au sud de Ragusavecchia jusqu'à la rivière Vojussa au sud, de façon à / comprendre dans la zone neutralisée tout le golfe de Cattaro avec ses ports, Antivari, Dulcigno, S. Giovanni de Medua et Durazzo ; avec la réserve que les droits de Monténégro ne seront pas lésés, en tant qu'ils soient basés sur les déclarations échangées entre les parties contractantes en avril et en mai 1909. Ces droits étant reconnus uniquement pour les possessions actuelles du Monténégro, ils ne sont pas étendus aux régions et aux postes qui peuvent être attribués dans l'avenir au Monténégro. C'est pourquoi aucune partie de la côte qui appartient aujourd'hui au Monténégro ne sera soumise dans l'avenir à la neutralisation. Mais toutes les restrictions légales concernant le port d'Antivari — auxquelles le Monténégro luimême a donné son adhésion en 1909 — resteront en vigueur. 3° Toutes les îles non attribuées à l'Italie.
Note 2. — Les districts suivants sur l'Adriatique seront, par l'action des puissances de l'Entente, compris dans le territoire de la Croatie, de la Serbie et du Monténégro : Au nord de l'Adriatique, toute la côte commençant au golfe de Volosca, près de la frontière d'Italie, jusqu'à la frontière septentrionale de la Dalmatie, en comprenant toute la côte appartenant aujourd'hui à la Hongrie ; toute la côte de la Croatie, le port de Fiume et les petits ports de Novi et de Carlobago et, de la même façon, les îles de Veglia, de Pervicio, de Gregorio, de Kali et d'Arbe ; au sud de l'Adriatique où la Serbie et le Monténégro ont des intérêts, toute la côte depuis le cap Planka jusqu'à la
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rivière Drin, avec les ports très importants de Spalato, de Ràguse, de Cattaro, d'Antivari, de Dulcigno et de S. Giovanni di Medua, ainsi que les îles de Grande et de Piccola Zirona, de Buja, de Solta, de Brazza, de Ci kl j an (?) et de Calamotta.
Le port de Durazzo peut être attribué à l'Etat musulman indépendant de l'Albanie.
VI. — L'Italie devra obtenir en toute propriété Valona, l'île de Saseno et un territoire assez étendu pour la mettre à l'abri des dangers d'ordre militaire — approximativement entre la rivière Vojussa au Nord et à l'Est, et le district de Shirmar au Sud.
VIL — Ayant obtenu le Trentin et l'Istrie en vertu de l'article IV, ainsi que le golfe de Valona, l'Italie s'engage, dans le cas où serait formé en Albanie un petit État autonome et neutralisé, à ne pas s'opposer au désir possible de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie de répartir les districts septentrionaux et méridionaux de l'Albanie entre le Monténégro, la Serbie et la Grèce. La côte méridionale de l'Albanie, depuis la frontière du territoire italien de Valona jusqu'au cap Stilos, devra être neutralisée. A l'Italie sera concédé le droit de diriger les relations de l'Albanie avec l'étranger : en tout cas, l'Italie sera tenue d'assurer à l'Albanie un territoire suffisamment étendu permettant à ses frontières de se joindre à celles de la Grèce et de la Serbie jusqu'à l'est du lac d'Ochrida.
VIII. — L'Italie devra obtenir la possession complète de toutes les îles du DGdécanèse, actuellement occupées par elle.