‹ Les zigzags d'un curieuxChapitre 16 sur 36 · L'IIOTKL DROUOT KT LA CURIOSITE · texte numérisé non relu

L'IIOTKL DROUOT KT LA CURIOSITE

On peut s'étonner que cette œuvre considérable, assurée de succès, n'ait pas encore été écrite, ni même ébauchée jusqu'ici. — Avec ses aspects multiples, ses rétrospectives et ses vues d'ensemble sur le public et les marchés d'antan, cette reconstitution du monde de la brocante eût été assurément la vaste pierre d'assise de votre Annuaire de l'hôtel Drouot qui vient de gagner allègrement son septième chevron d'existence.

Je me suis plu, je puis le dire, dans un de ces rêves d'ouvrages qu'on ronronne au coin du feu, à tisser en imagination la vaste toile arachnéenne où bercer ce projet, et j'ai été etfrayé par les formidables proportions de cette histoire des ventes mobilières. — Voyez -vous ce travail effréné qui consisterait à relire toutes les anciennes chroniques, à parcourir tous les inventaires publiés ou non, à disserter sur l'institution des anciens jurés-crieurs, à restituer les encans du xv'^ siècle, à déterminer les emplacements successifs de ces criées tour à tour sur le pont Notre- Dame, sur le quai de la Mégisserie, dit aussi de la Fe}'raille qui s'étendait jusqu'à l'ancienne vallée de Misère, près le Chatelet; à la salle des Grands-Augustins , aux Grands-Cordeliers, à la rue du Battoir, puis en l'hôtel d'Espagne, rue Dauphine? — Quelle persévérance pour arriver à apporter une faible lumière dans cette nuit d'inconnu ! les principales sources de renseignements

sur les collections d'autrefois et sur les catalogues imprimés, faisant défaut jusqu'aux premières années du xviii« siècle! — Ce ne serait point tout, il faudrait encore s'enquérir du rôle exact et des rétributions des huissiers-priseurs et des principaux experts d'autrefois, montrer l'amateur grand seigneur et abbé de cour et descendre jusqu'à peindre la multitude se pressant à la vente soit en plein air, soit dans le clair-obscur des salles poussiéreuses.

Au siècle dernier, la moisson de documents serait énorme, et nous pourrions frapper à toutes portes, à une des salles des RR. PP. Augustins du grand Couvent ou bien à la salle de vente de l'expert Pierre Rémy, rue Poupée, près la rue Hautefeuille. Nous aurions encore accès chez le fameux Paillet, marchand de tableaux expert, à l'hôtel d'Aligre et chez Lebrun, son concurrent, à l'hôtel Lubert, rue de Cléry, en attendant que nous localisions nos excursions vers 1780 dans le célèbre établissement de l'hôtel Bullion,,rue Plâtrière, qui engendra, en quelque manière, l'hôtel des ventes sis place de la Bourse, puis rue Drouot depuis i852.

Ce qu'il y aurait de principalement amusant à faire ressortir de cette étude du passé, ce serait les passions éternelles des acteurs en scène, aboutissant au mécontentement général ; on montrerait la rivalité des amateurs entre eux^ des

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marchands contre les amateurs et les guerres intestines des trafiquants, déjà lii^uc'S cependant pou^ faire obstacle au collectionneur. — Regardons, par exemple, au passai^e ce piquant tableau de Sébastien Mercier, accroché dans son Paris sous la désignation d'Huissicr-priseur. Rien n'y manque comme touche et observation.

« La charge d'huissier-priseur — car tout est charge : qu'est-ce que les rois n'ont pas vendu ? — devient de jour en jour plus lucrative. Plus il y a de luxe, plus il y a de nécessiteux; le combat sourd de l'aisance et de la pauvreté occasionne une multitude de ventes et d'achats. Les pertes, les banqueroutes, les décès, tout est favorable aux huissiers-priseurs, en ce que les revers, les variations de la fortune, les changements de lieu et d'état, se terminent par des ventes forcées ou volontaires. Il y a ensuite les petites ruses du métier. Tel huissier-priseur est souvent marchand tacite ou bien associé avec des marchands ; et dans les adjudications, il sait conséquemment couper la broche à tout propos, c'est-à-dire adjuger suivant qu'il lui plait, d'après ses vues secrètes ou celles de ses commettants cachés.

« L'adjudication est un prononcé irrévocable; mais que de clameurs avant le mot définitif 1

L'huissier-priseur est obligé d'avoir un crieur à ses gages, un Stentoi'. On n'entend que cette répétition éternelle des acheteurs: Un sol! un sol! tandis que l'huissier de son côté crie: Une fois, deux fois, trois fois ! — On dirait que l'objet crié va être adjugé sur-le-champ, car l'huissier dit toujours: Pour la dernière fois, en voulez-vous? n'en voulez-vous pas? — Un sol! un sol! répète l'assemblée, et voilà l'objet qui, de sol en sol, remonte subitement à mille livres au-dessus du premier prix. Un sol a fait pencher la balance, un sol l'a fixée invariablement.

« L'huissiqr en habit noir, avec sa voix flûtée et le crieur déguenillé, mais gorgé d'eau-de-vie, dont le timbre fait trembler les vitres, usent leurs poumons à parler au public, comme dit le poète Rousseau dans sa plaisante épigramme. L'oreille est fatiguée par cette répétition continuelle, assommante. Les Paix là ! du Stentor enroué surmontent à peine le bruit confus de la multitude qui se passe de main en main les objets, les regardant, les dédaignant selon l'envie ou le besoin.

« Quand vous avez assisté à l'une de ces ventes tumultueuses, vous en avez les cris monotones et le bourdonnement dans l'oreille pendant quinze jours; on adjuge de cette manière depuis un tableau de Rubens jusqu'à un vieux justaucorps percé par les coudes.

rt Dans les ventes après décès, les chaudron-

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