‹ Les zigzags d'un curieuxChapitre 20 sur 36 · L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITE · texte numérisé non relu

L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITE

secousses successives de la veille, quelle accalmie apparente qui cache une reprise générale, une rénovation lente de la curiosité, une reconstitution physiologique de l'amateur, lequel revient aux beaux livres, aux tableaux, aux miniatures, à toutes les menues choses d'art que la passion populaire avait rejetées au début du siècle!

Le bel ouvrage à faire avec la psychologie changeante du collectionneur, le profit des Commissaires-priseurs successifs qui ont acquis un renom, les milieux divers depuis l'hôtel des Fermes, rue du Bouloi, jusqu'à l'hôtel de la place de la Bourse, démoli au coup d'Etat!

A côté du pittoresque, le document viendrait y apporter les longues doléances du commerce parisien et tous les foctums, les observations, les remontrances au parlement contre les abus et les fraudes commises sous la régie des marteaux d'ivoire ! Ces plaintes exposant que les ventes aux hôtels favorisent les faillites, enlèvent aux créanciers les gages de leurs créances et facilitent la disparition des objets provenant de source illicite; les rapports des commissions parlementaires sur ces pétitions couvertes de signatures seraient dignes d'être publiés^ et la conclusion offrirait à l'esprit cette réflexion attristante que tant d'efforts, de cris de détresse, de protestations, n'ont abouti à aucun résultat équitable, alors même qu'aucune disposition légale n'ait

jamais autorisé la création de l'Hôtel des ventes publiques et que le temps seul en a pu consacrer la toute-puissante autorité.

En dehors de ces curieux chapitres historiques, ce livre entrevu par mon imagination vagabonde aurait encore l'extrême mérite de prouver que les enchères ont toujours été dans la généralité la pierre de touche de la valeur réelle des artistes et des écrivains; là apparaîtrait le point philosophique de l'œuvre, car de tous les tableaux d'adjudications de différentes époques, mis en regard et analysés par l'historien, il ressortirait cette moralité consolante, que le mérite n'y a jamais été trop aisément confondu avec le succès et la réputation, que les surenchères les plus folles ne se sont pas élevées sur les œuvres des peintres gorgés d'honneurs, de décorations et de fauteuils académiques, mais qu'elles ont atteint le plus souvent les productions des modestes, des sincères et des vivants, mis hors la loi des Instituts.

Ah! cette histoire de la Curiosité, vos Annuaires si précieux ne la consacrent que depuis sept années. Mais auparavant! Quelle énorme lacune!

C'est la base de votre œuvre que je réclame, mon cher Eudel, et je voudrais m'être montré suffisamment éloquent dans ces quelques pages de causerie à bâtons rompus, pour avoir laissé germer deux idées fécondes, celle d'un nouvel Hôtel des ventes avec des réformes indispen-

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sables, et aussi celte pensée créatrice d'une vaste Monoi^raphie historique de la Curiosité^ tout au moins depuis l'édit d'Henri II, en 1 556, instituant des ofiices de priseurs-vendeurs dans tout le royaume, jusqu'à cette heure présente où la curiosité a fait de nous de véritables lils d'Eve, inquiétés par le beau et presque incapables de vivre en dehors de toute la bibeloterie du diable qui nous enveloppe et nous dévore.

La passion du bric-à-brac poussée dans les limites extrêmes de ce temps-ci, est bien un des plus furieuK symptômes de décadence que je connaisse, car elle indique à la fois l'anémie dans le style décoratif et la boulimie oculaire des formes et des perfections du passé. Enfin, décadents ou nom, laissons-nous vivre; ayons la philosophie de la petite Vaubernier : Après nous, le déluge,., des contrefaçons !

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