DEUXIÈME TÉTRAMÉNIE, SYMBOLISÉE PAR L'HIRONDELLE
MOIS TOBL
Un grand lion couche, les deux pattes de devant sur un bassIn rempli d'eau, la tête tournée vers une figure fenielle à mamelles pendantes, omëe d'un casque ou d'une cruche, tenant deux vases dans les mains élevées: voilà l^embléme du mois VobL Gomme la figure femelle a les pieds et la queue d'une lionne, elle peut représenter, à elle seule, le groupe entier. C'est précisément le cas sur le zodiaque rectangulaire, où l'on ne voit point ce lion couché sur un bassin. Ainsi donc la figure doit répondre au signe zodiacal du Scorpion, et, en eflfet, sur les deux zodiaques, elle se trouve dans son voisinage immédiat.
On comprend que les deux vases remplis d'eau qu'elle tient sur ses mains, forment un symbole analogue au bassin rempli d'eau sur lequel le lion appuie ses pattes. Or , nous savons par HorapoUon ^) : ,yqae les anciens intendants des oeuvres hier a" tiques (relatives aux upd temples) donnaient la forme de lions aux gouttières'^, et ailleurs il dit: ,^le lion couché a les yeux ouverts, ce qui est un signe qvHl veille. G est parce que les Egyptiens ont adopté symboliquement les lions comme gardiens des
Champollion: Monuments pi. CCXIV. ') Pap. Sallier II, 2, 7. ») Pap. Sallier IV, 11, 6. Comparez Chabas: Le papyrus magique Nro. 492, 493 du glossaire. ^) Hiérpglyph. I, 21, 19;
templésf\ En effet, le temple de Denderah présente d^ pareilles gouttièrec^ sot^s la forme de têtes de lions**)
Le même auteur disant enstute expressément „que le pays de V Egypte seul^ parce qi^ elle est le milieu de la Terre, éprouve la crue et le débordement deVeau au temps de Tété (grecy^ , on en peut déduire qu'après la saison tétraménîque de l'inondation devait suivre la saison de l'hiver. Et c'est ce qui a lieu. D'après les recherche! approfondies de mon savant compatriote M. Brugsch*^), il est certain que le groupe de la deuxième saison est identique au mot copte phhô l'hiver. Après la rentrée du fleuve dans son lit il fallait songer, sans délai, aux travaux agricoles; la signification du nom Choiakh nous assure que cela se pratiquait dès la fin de la première saison. Le premier, mois de la 2™? saison devait être destiné à l'hortlcilltore. Voyons comment l'étymologie du mot Tobi s'y prête.
Le groupe hiéroglyphique tupeh't, déterminé par le signe des localités, se retrouve dans une fpule de mots coptes^). Je ne parlerai ici que du pluriel, .v/ rd^/ receptacula, uTtobox^ia.^) On conviendra que les Variantes du nom du mois ird^i, TÔBE, TÔPE, Tvf3i et Toubeh se concilient parfaitement avec ce pluriel. Avant tout, il faut tenir compte de la forme plurielle: est-ce la suite d'un pur apcident que les réservoirs du Nil^ tels que ceux qu'on faisait à Thèbes, soi^it constamment exprimée» au pluriel ? Sans doute on avait besoin de plusieurs réservoirs pour l'irrigation des jardins, c'est-à-dire, pour l'horticulture dont les monuments produisent plus d'un tableau explicatif. '
• Un pareil tableau se trouve au chapitre 110 du Todtenbuoh. Immédiatement après la scène du labourage et des semailles, on voit un grand arbre, quelquefois deux. Or, la divinité tutélaire qui préside au mois Tobi, près de la légende;
*) Description de l'Egypte tome III, 314 (Pançoucke) ') Nouvelles recherches sur la
division de Tannée des anciens Egyptîeùs p. 1 — 10. La vraie leèture du „jpfan de maison^ a produit beaucoup d'autres résultats importants. ^J^^^ locus absconditus; tepe asylum; tap cavea; TAIBE, TffÊBif TÉBEf TU^Bi eto. cavema,. arca sepulçhrali». *) âir<aeh I, 21 txwa 1, 17, comme Peyroa leiL..copt. p. ^84 donnt d'après Eossi: 2SÎ7. ^
^premier Tnois de Thuvér**^ porte, àEdfou, le notai de 8 chef- b et et, au Eamessëmn, la légende Min*) (khem) au-dessus du dieu ûthyphallique. C'est la force génératrice de la Nature qui est personnifiée par Bu Je n'insisterai pas ici sur la signification du mot s chef, déterminé pour l'ordinaire par la tête du bouc.') Je fais seulement remarquer que le mot bet, déterminé par le rameau de palmier, rappelle le copte BÊT, BAiBÈT, BATI n rami palmarum.
Or, le dieu ithyphallique a très-souvent^) à côté de lui l'emblème de deux grands chatons de pajmier mâle comme symbole de sa force génératrice. Les Egyptiens, adonnés à l'horticulture, cultivaient spécialement le palmier et avaient besoin pour cela de réservoirs, prototypes des sakyéhs que les fellahs emploient de nos jours. Comme l'eau et les réservoirs {ni tôbi) sont la conditio sine quâ non de toute horticulture, spécialement en Egypte, on avouera que mon explication du nom du mois Tobi est la plus naturelle qu'on puisse donnera EUe est confirmée en outre par la liaison dans laquelle elle se trouve avec les quatre noms précédents et avec tous ceux qui von$ suivre , ainsi que par le tableau du ch. 110 (Rituel).
§. 14. MOIS MÉCHIR.
Nous abordons un point très-difficile. Le zodiaque circulaire, en voulant imiter, autant que possible, la position des signes zodiacaux au ciel, dut rapprocher le Scorpion, le Sagittaire-, le Capricorne, et le Verseau de la bande équatoriale là où se trouvent les décans représentant les décades. Donc il n'y a pas de place entre ces deux séries pour d'aii^es signes, et il faut nécessairement chercher près du centre de la représentation les emblèmes du mois Méchir, du Quart du jour intercalaire, du mois Phaménoth et du mois Pharmouti. .Les Egyptiens voulaientils indiquer par là que les figures emblématiques de ces mois devaient être empruntées
Plut. Is. Osîr. c. 56 ; cf. Brugsch : Sammlung demot Urk. p. 20 d'après la stèle trilingue de Berlin (0d-juii/-if). ') Plut. Is. Osir. cap. 37 explique le nom de 'Apca(pi)s par tô dv8 pBÏov f, la force mâW^ ^ Salvolini: Des principales expressions etc. II, 47, vraisemblablement d'après les manuscrits de Cbampollion-le-Jeune.
du centre du ciel, le pôle du Nord? L'évidence plaide en faveur de cette hypothèse qui a pour elle des raisons puissantes; car ces mois constituent {précisément le milieu de Tannée. Quand bien même le zodiaque circulaire ne nous apprendrait pas autre chose que la manière dont Tintercalation a été faite au milieu de Tannée fixe, il deviendrait, sous ce rapport seul, un des plus /précieux monuments qui existent
Mais le zodiaque rectangulaire nous rend un autre service, tout aussi impoilant, en ce qu'il nous garantit la connexion des figures avec lex mois correspondants. Car la présence des signes bien connus du zodiaque grec, ainsi que la circonstance que la liste de toutes les autres figures y est épuisée*), nous montre clairement, par leur succession dans une bande longitudinale, quelle figure ou quel emblème il faut attribuer à chaque mois.
Après le Scorpion que nous avons vu appartenir au mois T o b i , vient un chacal mardiant SOr nn COIltean (ou une faucille). Il faut absolument qu'il réponde au Sagittaire'^) qui le suit, et qu'U nous donne le mot de l'énigme &ur le nom du mois Aléchlr* Le zodiaque circulaire le présente au centre du tableau, dans la même position, c'est-à-dire, marchant sur un instrument tranchant.
Au Ramesséum, au-dessous du groupe: „le deuxième mois de Thivei*^^ avec la légende rekh-our „le grand tison'^')^ on voit un chacal couché sur un support. La longue queue de cet animal pourrait expliquer pourquoi la petite ourse qui renferme aussi l'étoile polaire du Nord, a la queue si longue, tandis que, dans la nature, Tourse en est presque dépourvue. On sait que Thaïes le Milésîen Ta ^empruntée aux ^ Phéniciens et introduite dans la sphère grecque; ceux-ci l'avaient -ils reçue de la sphère égyptienne?*)
Mais les noms du chacal, confondu perpétuellement par les Grecs avec le
^) Il n'y a plus que deux figures qui appartiennent à deux femmes horaires: IV et V de la nuit. L'épervier en face du chacal, se rapporte probablement à Tannée vague, comme je le prouverai plus bas II §. 7 et 8. 1^'oie attachée par une chaîne au dos du Sagittaire, s'explique comme la femme derrière le Lion zodiacal, c'est-à-dire, elle rappelle le nom égyptien de cet astérisme. ^) La variante d'Edfou présente une indication précieuse dans le heb ,jfêteJ^ Voir plus bas, *) Ce chacal à longue queue se présentant déjà au Kamesséum, on pourra fixer, du moins négativement, Tépoque de cet emprunt — Cf Magasin pittoresque Janvier 1863 p. 22 — où se ti^ouve aussi le zodiaque mexicain.
chien, le loup et le renard*), ne suffisent pas pour expliquer le nom du mqis Mëchir. Seulement bashor vulpes s'y prêterait; mais, comme le prototype hiëroglyphique veser présente un $ distinct qui peut, bien devenir un sh^ mais jamais un Cir, la forme mechir reste inexpliquée, quoique raujxe: mseir en pût être déduite. De même rekh-our „le grand <ww'' nous fournirait la fin du mot, mais le commencement demeure obscur. Du reste, si j'ai dit plus haut que notre chacal se rap* porte au grand tison du soïeil, cela est confirmé pas les anciens^) et par, Içs monuments. Je ne citerai que le sarcophage de Londres'^), où le chacal, placé près du pied gauche de la déesse Nout, présente un collier blanc et un disque solaire avec deux uraeus, tandis qu'un autre chacal tout noir se trouve visrà-vis auprès de la jambe droite jie Nout et d'un disque lunaire. Voilà les deux chacals représentant le ijjutKvnXiop i^Xianop et le ifjuinvhAtop (SeXtfviatiôv. En effet, le Méchir, comme sixième mois , et le Phaménoth comme septième mois de l'année tropique , en constituent le milieu, de sorte que l'un semble jeter un y^gard en arrière sur la première moitié de l'année, et l'autre un regard en avant sur la seconde moitié. C'est précisément dans cette double position symétrique que les deux chacals, comme représentants des mois Méchir et Phaménoth, figurent au Eamesséum. '
Mais, après le labourage et l'horticulture, exprimés par les noms des mois Choiahk et T obi, l'année agricole doit indiquer la UloISSOIl^ qui en Egypte arrive plus tôt que chez nous. Un coup d'oeil jeté sur le tableau du chapitre 110 du Bituel suffit pour nou3 convaincre qu'en effet le IHéchir doit être le mOi|9 de la coupe du blé* Voilà le couteau ou la faucille expliquée! Il s'agit maintenant de trouver le mot correspondant de la langue pairlée. Au premier aspect, il semble que nos hiéroglyphes ne le présentent pas. Mais heureusement Kircher nous a conservé le mot copte jfXiT/AOâf stellA polarlS« Tous les savants qui se sont
') OTHOR canis; (Nahr-el-)kelb = Xvkos = otonsh = seb = nXT> Zab, Zàliaros; BA8H0R = fiatsaâpr) = àXisùTtifiiov ; KvvovJtif :=. âpKtoç Hésych. cf. Todt. 31, 8, où seb ou et de bon sembleDt équivaloir à nXT et ^^ lupus et ufbus. *) Ptolémée: Tétrabibl. 1,15; Porphyre: Deantro Nymph.; Macrobe: Saturnalia. ^) TrausactioDs of the royal Society of Literature of the united Icihgdom III, n, pi. C.
occupés du zodiaque circulaire, sont d'accord en ce qu'ils voient dans notre chacal ia petite ourse. A proprement parler, l'étoile polaire du Nord coïncide avec l'instrument tranchant sur lequel le chacal est placé. Il faut donc que le maki nos*) de Kircher, traduit par Stella polarid, désigne originairement ou l'instrument ItdlâQiême ou une action correspondante. En effet, le même Kircher rapporte le mot MAKffOYL „în3trumentum rostratum fahri vel ferrarii, vel lignariù' Le mot grec >uâ- ^atpa le couteau ou quelqu'autre instrument tranchant, s'y prête aussi, d'autant plus que les Egyptiens appelaient ainsi le tyran Ochus, pour avoir tranché (et mangé) le taureau sacré Apis').
L'inscription démotique de Rosette lin. 7 rapporte le mot meker (pi. II, 28) avec le déterminatif de l'argent, comme répondant au grec cpopoXoytiZv =r „tr^ut8 annuels." Le déterminatif montre qu'à l'époque ptolémaïque du moins, ces (popoXoyiai étaient payées en argent monnayé. Mais comme on n'a pas trouvé jusqu'ici de monnaies égyptiennes proprement dites, je présume que la dîme et les autres impôts étaient payés en nature, c'est-à-dire, en gerbes provenant de la coupe du blé. Une autre circonstance remarquable ne doit pas être passée sous silence. Le nom de la ville AvH(a)v TtoXi^ dans le nôme Bousirite y est écrit (à la fin de la 12. ligne): Meka . • (pi. U, 29). Sauf le r qui pourrait être retranché, la légende est la même que pour popoXoyiai et serait représenté hiéroglyphiquement par Meker'). Cette concordance entre le nom du mois, le chacal (Aukoç), et l'étoile polaire makiros mérite quelque attention, principalement à cause de la place (milieu) occupée par le chacal dans la sphère et par le mois Méchir dans l'année.
Je ferai remarquer aussi que les mots messis, moisson, Messer (allemand = couteau) dérivent tous de la racine metere avec la signification de couper. La moisson est donc rigoureusement la coupe (du blé), et on dit en Allemagne, au
*) n va sans dire que la désIneDce -oa est un hellénisme, assez fréquent chez le père Kircher. ') Plutarque Is. Osîr. c. 11 • . . ^flxov . . . ^Aniv àitod^dBavra , . . BKdXiaav fiax^^ipav, fiai naXovaiv jufXP'' "^^ ovxiafs iv rw xaraXoyio toûv (iaaiXiwv. ') PL 11^ 30. Palin: Sa]>plément aux fragmens de l'étude des hiéroglyphes Nro. 677 donne Tinscription hiérogl. d'un scarabée où se trouve un jeu de mots sur le groupe meker (pi. Il, 31.)
temps de la moisson: „la coupe (der Schnitt) a commencé!*' Une pareille idée se rat-r tache à l'antique mot égyptien meker d*oîi makibos et.MBOffiB, hshir, Mex^ip^ judxP^^P^^ Enfin une fête spéciale de la moisson nous est rapportée, pour l'Egypte, par un auteur classique (Diodore 1, 14). Elle se rapporte vraisemblablement, ou h, l'o&ande des prémices de la moisson, ou à l'action de grâces pour les richesses reçues.