QUAET DU JOUR INTERCALAIRE
Un groupe étrange se présente, quand on regarde le zodiaque rectangulaire. Après le Sagittaire et une femme avec une étoile, représentant la troisième heure de la nuit (PI. VII), on voit une figure d'homme à tête d'épervier, tournant, au moyen d'une lance ou pique, un quart do bOCIlf attaché à une chaîne, laquelle est tenue par un grand hippopotame femelle. Sans entrer dans plus de détails, je dis formellement
que c'est la scène d^lntercalation^ placée au milieu de Tannée.
Il ne faut pas juger de l'importance du quart du jour intercalaire d'après sa valeur numérique. Car on sait que ce faible excédent constitue la dif-* férence entre l'année fixe et l'année vague, et que l'espérance de pouvoir mesurer l'intervalle des anciens temps, dépend de ce petit surplus. En intercalant chaque qua* trième année un jour consistant en quatre quarts, notre calendrier conserve les points cardinaux aux mêmes jours à peu près, tandis que l'année vague, sans ce petit excé^ dent, ne compte que 365 jours et marche incessamment k travers les saisons naturelles, de sorte qu'au bout de 1460 années fixes, il y a précisément 1461 années vagues. Or, le lever héliaquedu Sirius (Sothis) étant pour l'Egypte, pendant trois mille ans *), le commencement d'une année astrale de 3657^ jours nets, on admettra que l'intercalation par té traé té ri des, en même temps qu'elle est importante, est de rigueur dans le sens arithmétique et astronomique. Il y a plus. Oette scène d'intercalation se trou*^ vaut déjà sur le monument astronomique de Séthosis I^, père de Sésostris, je
C'est au père jésuite Pet au (Petavius) que la science est redevable de cette découverte importante: Var. dissertt. Uranolog. Y, 6. — Ideler^ dans son célèbre Manuel de la chronologie (Handbuch der Chronologie) I, 128 ^ ainsi que Biot dans ses excellentes Eecherches sur plusieurs points d'astronomie ancienne p. 172 et Sur Tannée vague p. 16^ ont confirmé ce résultat décisif.
peux déclarer avec assurance que la connaissance dc Tannée fixe re« monte à cette époiine de Thlstolre égryptienne.
Les deux zodiaques de Denderah se présentent ici dans toute leur importance; le rectangulaire, en nous certifiant la place de cette intercalation au milieu de l'année et en connexion avec le mois Phaménoth; le circulaire, en nous faisant connaître la genèse des signes respectifs. Ainsi l'un explique l'autre et ils deviennent en même temps une confirmation de plus de la justesse de mon hypothèse. Mais comme celle-ci est tout -à -fait nouvelle, il faut la prouver en détail. L'homme à t$te d'épervier, ^ifonçant sa pique dans un quart de boeuf, porte pour l'ordinaire, par ex., au Ramesséum, la légende: an y,le tourneur*' ^^ et un disque solaire sur la tête, ce qui indique que ce mouvement imprimé au quart de boeuf est exécuté au profit de Tannée^ solaire. Comme l'excédent d'un quart de jour au delà des 365 jours se trouve naturellement à la fin de l'année, après les cinq Epagomènes ^) , il faudi-ait chercher la scène d'intercalation immédiatement avant la colonne du mois Thôt. Mais le zodiaque circulaire nous présente le motif pour lequel on a abandonné cet ordre naturel : on voulait se servir d'un emblème existant déjà sur la sphère égyptienne. Voilà pourquoi on se décida pour le^milieu de l'année. Une grande cuisse de boeuf reconnue depuis longtemps par Lepsius (Chron. p. 143, 144) pour être la grande ourse, se trouve à côté du chacal (Méchir, la petite ourse) et du dragon (hippopotame femelle) représentant le mois Phaménoth. Ce quart de boeuf, dont les sept étoiles forment précisément les contours ^) , devint ainsi le représentant le plus expressif du quart du jour intercalaire. Ce fait me paraît nettement établi et inébranlable. Le ^ytourneur*' (an) est ici remplacé par un bélier à tête retournée.
S'il restait encore quelque doute, il serait détruit par le zodiaque rectangulaire. Car celui-ci présente les isept étoiles de la grande ourse autour du quart de boeuf. Le zodiaque circulaire, il est vrai, ne les a pas; mais il y supplée par la po-
*) Comparez ^fin^ annou*'^ déterminés par les pieds marchant en sens inverse ou par Thomme regardant en arrière. Chabas pap. mag. tabl. phon. Nr. H2. Prisse: Monuments XIII pénult. — ') Au Bamesséum le quart du boeuf porte cinq globules: voilà sa connexion avec les 5 Epagomènes! Comp. pL VI, a, b, c, f de mon ouvrage. ') Voir pi. II, 41.
sition astronomique „de la (grandte) cuisse du ciel du NordJ* (Todt. XVII, 35), Les 4 génies : Arnset, Hapi, Tiaouoioutef, Kebhsonouf sont dits être places derrière cette grande cuisse. Les éponymies des jours 3 — 1 s'y prêtent parfaitement en ce que le m es-r I rz: le premier quart (Brugsch: Matériaux pi. IV) présidé par Os iris, est suivi des mêmes quatre génies. (Quant au groupe m es-r m tebmisi pai:s quarta, comparez ce que je vais dire). Cet indice est bien précieux en ce qu'il nous fait connaître la manière dont les Egyptiens formèrent d'abord leur sphère céleste d'après les contours des constellations, et ensuite le calendrier en harmonie avec les signes du ciel. J'ai déjà avancé plus haut ^ qua le Méchir, l'intercalation et le Phaménoth sont empruntés du centre céleste, parce qu'ils représentent le milieu de l'année.
Et quoi de plus naturel que de nommer le quart du jour intercalaire d'après le quart de la sphère asti'onomique? Les Egyptiens, comme on le voit par les scènes fréquentes où figurent les offrandes, étaient accoutumés à voir souvent y figurer le quart de boeuf. Le quart devenait ainsi proverbial dans la plus grande extension du mot. La place du jour intercalaire, fixée au milieu de l'année de 365 jours et un quart, nous explique d'une manière satisfaisante pourquoi Oïl n^B p&S
troDvë Jusqn^lel de traee d^iiii sixième Jour èpagroinène.
Maintenant il faut aborder la question philologique : quel est le nom de ce quart? Plusieurs monuments') nous répondent unanimement par le groupe (pi. II, 32). Ce n'est ni Mes-cha'^), ni Mes-har-re*) (Mésori), mais bien simplement lUes. Il faut se garder aussi de le confondre avec mesqa (pi. H, 33) ou meska (pi. H, 34) qui désignent des localités oti s'accomplissait une nouvelle naissance de l'homme (proprement de son q a ou de son ka^). Le cercle pointu semble représenter quelquefois la prononciation re {re pars) dans la formule du papyrus médical que M. Brugsch^) traduit par „le soir*% tandis que M. Chabas y voit tantôt „quatre jours*' , tantôt „quatre matins".*^) C'est la quatrième partie du jour, le soir. Pareillement le 3™l et le 16=
^) Kamesséum; tombeau XVII de Biban-el-molouk; sarcophage de Londres. ') Brugsch: Z. de DMG. IX, 516, 517. ') Lepsius: Chronologie p. 142. M. Mariette: ,,/a mère âApis'' p. 27, lit p au t. *) Chabas: pap. mag. Nro. 366 — 370 les croit des Variantes. *) Brugsch: Recueilli, 107, *) Mélanges égyptologiques p. 58, 63, 65, 67 ; le groupe du vei-so : r ti au 4 est traduit par ,, quatre matins
jourdumois, après la néomënie et la pleîne--ltine, portent les noms de „me« r i" et „mesr U^^^ c'est-à-dire: le premier et le dernier quart de la lunaison. *) (Pl.II,36*)
Voilà une preuve assez concluante en faveur de Mes, nom du quart de boeufc Heureusement la langue copte nous a conserve ce même mot: misî dans le compose THER'Misi qnartUK.^). Reste à expliquer Toiseau, espèce de corbeau. Une foule d'exemples m'ont montré qu'il est adjoint comme déterminatif à tous les mots qui contiennent l'idée de calcul. C'est précisément ce qui a lieu pour notre mes, le quart. Quant au mot theb-misi^ on sait que ter (et par conséquent ther aussi) signifie „la partf^^ de sorte que le mot ther-misi exprime l'idée de pars ^aSPiSf c'est-à-dire: le quart*
Le déterminatif qu'on voit après le groupe mes pour indiquer les deux quarts de la lunaison, représente une brique. Or, ter- pose est évidemment un mot composé de TER et POSE] et comme pose signifie cuire, il faut traduire: brique cuite f^later cactus/' Le trer-misi semble y former une antithèse; je rapproche le utsi du mot ^o-s^ sedimentum, limus"*), de sorte que ther-misi %iffcù&^ originairement la brique crue, laquelle était façonnée dans le bassin rempli de limon. ^) Le quart du jour intercalaire paraît donc av^ir été identifié par les anciens Egyptiens à un embryon ou à une brique crue, c'est-à-dire, à un être inachevé. Je n'insisterai pas ici sur la légende meschet (pi. II, 36), inscrite au milieu du quart de boeuf à Edfou, mais seulement sur le groupe me s che n (pi. H, 37) qui se trouve en connexion avec la même cuisse à Biban-el-molouk. Pour la plupart des cas, ce mot est déterminé par la brique (crue).'^) A Edfou, le groupe mes est précédé et suivi d'un cercle; est-ce une allusion au jour intercalaire? Je fais seulement remarquer que les QliatFC ]MleB"f^ldl
se rattachent à Oslrls Abydène représentant des einq Epa-
^) Brugsch: Monuments pi. IX. L'auteur lit mesper; mais le.signe est trope large pour être un ^. *) Kircher: Scala magna. Je ne vois pas de raison suffisante de rejeter le témoignage exprès de cet auteur. ^) Le mot mts-tègos turbulentus se décompose en mts limus et tèqos (cf. tahth, TÈH, TEH, TOOKy THEKH, THOKH, tôh) turbarc, miscorc. *) On se rappelle le passage d'Hérodote (II; 136) et les scènes des monuments où le travail des briques est représenté; Brugsch: Histoire p. 106. *) Todtenbuch 31, 7; 69, 6/7; 142, 23, 27; 145, 84.
gOWKàhWkeM^ comme je le prouverai bientôt Le Todtenbuch (142, 23) noiu domie W ce sujet des indications très-positives. On j lit: „Le8 quatre Meschen*) qui sont à Jbydos: la grande, la petite, la bienfaisante, la belleJ'
On voit par lïi que meschen est du genre féminin. Une fois j'ai trouvé le groupe meschen avec l'enfant pour la seconde syllabe (pi. Il, 38). La valeur de chen pour l'enfant, se trouve confirmée par là. Donc les Mes-chen sont des quarts embryor niques. En effet, sur le tableau du chap. 125 du Todtenbuch, représentant la psyr chostasie, on voit meschen déterminé parla brique et par l'embryon (pl.II, 39). Mais le déterminatif des localités se trouvant aussi après le gr(»upe meschen (pLn,40), et dans des passages ^) où ce signe ne peut avoir été employé pour la brique: je pense qu'il faut alors traduire ce groupe par quartier ^)9 parce qu'il est joint à des expressions telles que: „s^ asseoir, entrer" etc. L'expression „le quatre' ^^ (rirpai) prouve qu'il s'agit réellement d'un nombre fixe, comme ce sont les quatre quarts qui constituent le jour intercalaire. En effet, la forme conventionelle qu'on a donnée à la cuisse du boeuf,
se trouve (pi. VI, a, b, c, d, e, f) 1. Simple : c'est la première année d^ane tétrade; 2. double ou 9 couteaux : c^èst la deuxième année d^une tétrade; 3. triple: c'est la troisième année d'une tétrade; enfin
le boeuf entier avec un disque solaire derrière les oreilles: C'est la quatrième
année d^une éttrade de 1461 Jours^ oik le Jour résultant était
intercalé. Ce cycle de 1461 jours est lié intimement à celui de 1461 années.
§. 16. MOIS PHAMÉNOTH.
Le quart de boeuf ou du jour intercalaire que je viens de discuter, est attaché pour la plupart à un grand hippopotame femelle, soit par une chaîne réelle,
soit par le groupement lui-même. CTest remblémc du mols Phaménoth^
comme j^espère l'établir jusqu'à l'évidence.
') BnigBch: G^gr. I, 207 Nro. 950 donne les noms propres de Nout, Tefnont, Nephthys, Isis. cf. Becueil pi. LX, 1 lin. 2. ') Bnigsch: Géogr. III; 65; Lepsius: Denkmfiler IV, 82, a. ') Todtenbuch, 19, 10; 110 Vignette: j,le quartier de V ensemble des dieuxf'. *) cf. j,la tétrade des singes'' Todt 126, 1.
D'abord il me sera permis de me fonder sur la série des emWteies défiais jusqu'ici. D'après ce résultat nous sommes forcés d'assigner au mois Phaménoth la figure emblématique qui fait suite à celle du mois Méchiit Or, le zodiaque rectangulaire oflfre, à la place correspondante, J)récisément le grand hippopotame: il faut donc nécessairement qu'il représente le mois Phaménoth et nous révèle l'origine de ce nom. Le zodiaque circulaire, moins positif quant à cette question, nous fournit la connaissance de la vraie provenance de ce signe. Il nous montre clairement que le grand hippopotame occupe k-peu-près la même place que le dragon dans notre sphère'), c'est-à-dire, vis-à-vis de la grande ourse. De plus, il nous le montre armé d'un couteau ou d'un glaive, sans nul doute, pour indiquer que c'est lui qui coupe le quart de boeuf (jour intercalaire) et s'en empare, pour ainsi dire, violemment A Philes (pi. VI, g; Lepsius: Musée de Berlin pi. 8, troisième compartiment) le
quart du boeuf tenu à la corde par rhlRpotame 9 lui semble être
disputé par DorUS avec le serpent devant la main, c'est-à-dire, par le mols WfLésOTÎ* Cela s'accorde parfaitement avec la légende (Brugsch: Matériaux p. 95) d'après laquelle les 5 Epagomènes forment une annexe du mois Mésori. A Edfou, on voit, auprès de la légende : „le troisième mois de rkwer^ lé groupe „le petit tison^. J'ai d'éjà fait remarquer (§ 14) que cela se rapporte à la lune et au chacal symétriquement opposé à celui du mois Méchir, sur le plafond du Ramesséum, Mais à Edfou, ainsi qu'à Esneh, il n'y a point de chacal pour le troisième mois de l'hiver, mais bien un hippopotame^) marchant sur un support. La déclaration expresse de M. Lepsius qui l'a dessiné sur les lieux, ne laisse pas de doute à cet égard.
Le même égyptologue a relevé le fait important que la constellation de la inenat devait occuper un grand espace, puisque le lever (?) successif de ses parties exige: plus de cinq heures. En effet, le texte du tombeau de Bamsès VI porte,
*) Il ne faut pas qu'il renferme les mêmes étoiles ou le même nombre. *) Lepsius: Ohronolog. pil39; Brugsch: Monuments pi. X, ainsi que Champollion et Btot; présente une truie à queue tortillée. Cela a porté M. Biot à y voir une allusion aux Hyades, erreur combattue déjà et réfutée par Cicéron : De nat. deor. II; 43: ;,noBtri imperiteSuculas (^Tàha(), quasi a subus essent {^i), non ab imbribus (vnv) nominatae.''
à la septième heure de la nuit: f,le serviteur antérieur de la Ménatf*\ à la neuvième heure: „le serviteur (postérieur)^) de la Menât'; „le centre de la Mena if' est reporté à la onzième heure; enfin „sa cuisse (sur le milieu)'* se trouve sous la douzième heure. M. Lepsius finit par déclarer que cette JHéuBt est un grand quadrupède femelle, un hippopotame* Le zodiaque circulaire de Denderah se présente ici dans toute sa valeur. C'est le dessin de M. Denon qui a conservé deux hommes, sans aucun attribut'), comme suivant la Mena* t, c'est-à-dire, le grand hippopotame. Les autres reproductions n'en offrent qu'un seul, et c'est une faute assez grave. Car on conçoit que, sans les deux serviteurs dont l'un marche après l'autre, l'identification de l'hippopotame avec la Ména*t pourrait paraître douteuse, du moins aux yeux des critiques minutieux.
Cette pai-ticularité manque au zodiaque rectangulaire. C'est parce qu'il s'en peut passer, à cause de la projection du calendrier sur une bande horizontale. Mais le zodiaque circulaire, par son caractère astronomique, était contraint en quelque sorte à produire ces deux personnages, soit pour rester fidèle à son principe de représenter le ciel, soit pour donner les chaînons intermédiaires qui rattachent le mois Phaménoth aux autres.
Maintenant il s'agit d'expliquer la forme du nom puamenôth, ^ajuepoi^y ^ajuevoS. On aura déjà pressenti que je l'explique par pha — „le (mois) de'' — menât (pi. H, 42). En eflfet, le groupe mena (pi. II, 43) désigne le Mvevtç^ le taureau sacré du SoleiL Les m e n - m e n sont les b est i aux en général, surtout le gros bétail (pi. H, 44). Par l'addition de <, signe du genre féminin, on en pourra déduire Mena't, le grand hippopotame femelle. S'il restait encore quelque doute, je rappelle le mot „jueve<pi6S^ désignant les animaux aquatiques que les Grecs appelaient crocodiles."^) Je pense que ce mot se décompose en mena et p-hot „T animal du canal (hoï)." Car c'est précisément l'hippopotame qui détermine ce groupe h ot (pi. H, 45) au Todtenbuch (ch. 110) dans le passage: „Ckapître du
*) L'addition de y,p08térieur" n'est pas nécessaire, puisque, en égyptien, sches signifie suivre; cf. le latin pedissequus (= serviteur, Sf pdjr<a>i/) ; Lepsius: Chronolog. p. 110. Un bâton (Description) entrerait bien dans le cadre et remplacerait le fouet, au moyen duquel les boeufs battant le blé étaient stimulés. ^) Chronicon Paschale I, 293 Dindorf.
canal; mille atoitr (pxoîvoif) est sa longueur; indtstble est sa largeur; ne s^y trouve point de poissons, ni aucuns vivres en lui; aucun serpent ri est en ludJ* Si les crocodiles ont pu ou dû être appelés ^mviq^é^'^ ^ ce nom de rneviB,- [ri) - ^e-h&i zi. ,,anirnaux aquatiques'^ convient aussi aux hippopotames, amphibies comme eux.
Un déterminatif étrange s'est présenté après le groupe phon. de la M é n a * t. Ce ne sont pas les jambes marchant, ni le déterminatif ordinaire des animaux, mais il ressemble beaucoup au fouet que les conducteurs de boeufs foulant le blé tiennent à la main. Est-ce par allusion au battage des grains ') que ce fouet est ajouté à la légende ména*t? Je suis tenté de Tadmettre. Voici mes raisons. Le groupe men-men^) répond au copte monmen circumire, conterere. Or le verbe triturare d'où le célèbre „Non alligahis os havi trituranti^' ^) a pris son origine, est justement un fréquentatif de (con) ter ère. La réduplication, exprimée dans mon m en (pi. Il, 46) par la répétition de la racine entière, est indiquée ailleurs par la syllabe ti. C'est ainsi qu'on a formé le mot m en-ti (pi. 11,47). Ce ne sont pas les pasteurs {moni) ; car le déterminatif de l'homme manoeuvrant un fléau ou un hoyau, le contredit. Comme ils sont désignés ^étrangers'' par le poteau, je pense que c'étaient trituratores, quoique les Egyptiens exécutassent, pour l'ordinaire, le battage du blé à l'aide de boeufs ou de vaches.
C'est encore le Todtenbuch (ch. 110) qui nous le garantit. Après la coupe du blé on voit le déftmt (Aufanch), conduisant l'attelage de deux ou trois vaches (boeufs) dans une grange. Est-ce par allusion aux deux serviteurs de la Ména*t, qu'on a mis deux fois, sur quelques exemplaires, la personne du défunt? C'est ce que je ne me charge pas de décider. Mais on conviendra que la scène du battage, parce qu'elle suit immédiatement celle de la coupe du blé, prouve mon hypothèse BUT le caractère agricole qui se révèle dans les noms de ces mois égyptiens. Cela résulte aussi non moins clairement du texte de ce même chapitre. Car on y lit: „pour
') Champollion : Lettres p. 196 a trouvé le premier une petite chanson qu'un conducteur du foulage est censé chanter; cf. Gliddon: Ancient Egypt. p. 28 où le texte de la chanson est plus complet. *) Todtenbuch c. 64, 32; Brugsch: Gëogr. III pi. V, col. 7. ') Paulus adTimoth. I, 5, 18; ad Corinth. I, 9, 9; Deuteronom. cap. 25, 4.
laixmrer, pour couper (le blé, pour battre) les boisseaux, pour cueUltr le hyphù^ *) La scène de la Mëna't tenant le quart de boeuf, et, par consëquent, l'intercalation doit remonter au moins jusqu'au temps de Sëthosis VZ , comme je l'ai déjà établi dans le § précédent S'il existe des emplaires plus anciens du Todtenbuch avec la Vignette du chapitre 110, représentant les mois de la récolte, on en pourra conclure que la nomenclature des mois remonte h une pareille antiquité.
Beste à expliquer la forme parmhot et parmhat que porte notre mois dans le dialecte sahidique, et de là, chez les Arabes: Bermahat. L'a de la finale confirme mon Pha-menat. Mais le h est intrus, comme dans beaucoup de cas. Quant au i?, il me paraît s'être glissé dans le mot par une sorte d'assimilation avec le nom du mois suivant: Pharmouti. Ce qui me le fait crcfire, c'est précisément l'influence réciproque que le nom Pharwouti a subie ici: le m est encore une sorte d'assimilation avec le m de Phamenat. Le paragraphe suivant le démontrera.
§.17. MOIS PHARMOUTI
Immédiatement après l'hippopotame, emblème du mois Phaménoth que l'on voit en correspondance avec le Capricorne, le zodiaque circulaire présente un groupe, consistant en un homme et en un oryx^) ou quelque autre animal de la même espèce.
Cela doit être rembléiue dii mois Pliarmoutiet nous donner ia sieniflcatlon de ce nom.
Ce groupe est en correspondance avec le Verseau, signe zodiacal bien connu. Seulement on l'a égyptisé ici un peu, en ce qu'il est représenté sous la forme du Nil personnifié, le H api, versant de l'eau de deux vases. Ces deux groupes: l'emblème du mois Pharmouti et le Verseau, sont séparés par un bouc décapité, placé dans un sens opposé aux autres signes. C'est le symbole du solstice d'hiver, comme je l'ai établi plus haut (§ 8, note), remplacé, sur le zod. rectang., par un homme acéphale.
') Il me semble qu'avant le groupe jyboisseaux^^ il faut suppléer le verbe „pour battre'^] caries boisseaux ne sont pas, proprement l'objet ou le régime direct qui convient au verbe couper. ^) C'était peut-être un animal de la sphère égyptienne, qu'on a voulu conserver en dressant notre zodiaque dans un sens calendrique.
Maintenant il s'agit de rendre compte du groupe emblématique, lequel représente un homme pansant l'animal qui se trouve devant lui. Ce n'est pas un sacrifice, à ce qu'il paraît; car il n'y a pas de couteau*) ni rien relatif k un acte de ce genre. Le groupe ainsi établi répond à la légende phonétique rennet (pi. H, 48) qui se lit à côté du traitement des bestiaux par leurs gardiens. Ailleurs on trouve renni, déterminé par un boeuf ^). Le verbe rennet (pi. EL, 49), déterminé par une nourrice allaitant ou traitant un petit nourrisson, est d'une occurrence très-fréquente. •^) Comme il est toujours mis en parallèle ou en antithèse avec mes „enfanter*'^ on pourra admettre que renent ou rennet est le terme général pour exprimer l'action de nourrir, al ère. Mais pour mieux expliquer le nom du mois Pharmouti, j'ai recours aux divinités tutélaires qui président aux mois égyptiens, afin d'en tirer une preuve directe et convaincante. Au Ramesséum, on voit, verticalement au-dessous du groupe: ,yle qua-trième mois de îhiver**, une déesse uraeocéphale , le signe de la vie dans la main droite, la couronne atef sur la tête, le sceptre à tête de coucoupha dans la main gauche, avec la légende Rennouti. Le déterminatif est détruit; mais les exemples tirés d'autres monuments autorisent à y rétablir le grand uraeus. En effet, à Edfou, au-dessus du groupe: „le quatrième mois de Thiver^* , on lit distinctement Rennouti, déterminé par un uraeus, k côte d'une déesse anthropocéphale avec le sceptre k fleur dans la main droite. Le genre féminin est exprimé par le t et l'oeuf, et c'est ainsi que le nom est écrit sur le frontispice du bel ouvrage de M. Prisse: Rennoute, ^
déterminé par un très -grand uraeus compliqué et orné de guirlandes et de fruits.
C'est la déesse de la récolte qu'on a voulu indiquer par Ik. Elle apparaît aussi léontocéphale k côté de la légende: „Rennouti gui embellit la peau*^ (des bestiaux par la bonne pâture) ^) (pi. H, 50). Quant au mot anem-ti, je le compare au copte anom cutis.
Nous pourrions nous contenter de ces renvois. Mais attendu que les formes du
Le seul dessin de la Description [du zodiaque rectangulaire] donne à Thomme un couteau, comme s'îl devait immoler Foryx (PI. VII). ') Prisse d'Avesnes: Monuments pour faire suite à l'ouvrage de ChampoUion^ pi. IX, 4. ^) Todtenbuch: 44, 1; 134^ 6. Ce sont Âpherou (Anoubis) et Nephthys, qui 7 fonctionnent comme nourrices. ^) Brugsch: Matériaux pi. XU. col. c. a Bemnouti comme nom de la déesse. Est-ce là un lapsus styli, ou bien une allusion au nom du mois?
nom puA-BMYTHi, PHA-RMOYTHi, PHA'RMOYTE, PA-RMOTTE^ Bcrmahat, ^apuov^iy ^ap^ juovTÎ, présentent constamment un m au lieu des deux nn de Pha-Rennouti ') „le (mois) de Rennouti*^ il faut prouver d'abord que la fête de cette dëesse se célébrait réellement dans ce mois. Nous verrons ensuite que cette fête fait tout naturellement suite aux travaux agricoles, désignés par les noms des mois précédents.
Une inscription assez détaillée dont le monde savant est redevable au docteur
Brugsch *^) , me fournit pour cela les matériaux nécessaires. „ Un défunt est en adoration
devant Rennou, déesse de la récolte, assise sur un trône et allaitant un Jeune prince/*
Elle est nommée: „Renout, dame du grenier y Le texte explique le tableau, en nous
apprenant que c'est une ofiPrande présentée à la c^te déesse le premier jour du mois
Pachons, jour de la naissance de Nepoura.^) Or, ce mot désigne les graines,
le blé, de sorte que cette fête a des rapports bien visibles k une saison agricole. Ce
qui est surprenant pour cette date, c'est que la fête de la déesse, laquelle est rapportée dans d'autres textes sacrés au premier jour du mois précédent Pharmouti, est dite être célébrée le premier jour du mois Pachons. Faut- il supposer que la première date appartienne à l'année fixe, tandis que le premier Pachons se rapporterait k l'année vague des anciens Egyptiens?"
Le défunt dit: „Cette offrande est faite à Rennouti, dame du grenier, par celui qui contente le coeur bienveillant du seigneur des deux régions, le préposé aux deux greniers des pays supérieur et inférieur, le basilicçgrammate Schaouemha, le renaissant Production de rameaux beaux et purs pour la personne de Rennouti, dame du grenier. Fais que le préposé aux greniers soit dans la faveur chaque Jour etc. !*'
A Edfou*), le roi Ptolémée- Alexandre, tenant de chacune de deux mains 3 épis, parle ainsi: „ife vient Rennoute; rri arrive le ciel avec un bon vent du Nord;
^) La forme Rennoute est la plus usitée dans les papyrus, par. ex. pap. Sallier II, 11, 1. Comp. pi. II, 51; Fur a eus en est le déterminatif ordinaire. ^) Recueil II, pi. LXVII, 1 et pag. 76. Le nom de la déesse y est écrit ^jRennouti^ dame du grenier'^. ^) En copte kaprIj grana. Le groupe du Todtenbuch c. 110, 9: naphri est choquant mais bien identique. *) Lepsius: Ueber eine hierogl. Inschrift am Tempel von Edfu pL II , cf. Denkmâler II, 56.
je porte les tributs (shôm*) vectigal, trihuturn) dans tes deux greniers.''^) Un texte trouve dans les décombres de la même ville se rapporte, à ce qu'il paraît, à la même déesse Rennoutî. Il porte: „Elle rassasie de ses gâteaux les deux plaines; tous les hommes ("proprement visages') vivent de ses pains J* (pi. II, 52).
Reste à démontrer comment ce nom a pu être changé en Phanwouti, c'est-àdire, les deux n en un m. En général, la langue égyptienne et le copte nous présentent une foule d'exemples du changement de n en 3/, mais toujours pour des raisons, d'euphonie ou d'assimilation avec une lettre labiale 5, j/, p, pe^ f. Or, la voyelle OY est précisément la voyelle labiale, et comme elle est constante et essentielle dans le nom de la déesse Rennouti, une pareille assimilation a pu s'introduire dans le mot Pharennouti zz Pharmouti. Le mois Pha-reunouti tirerait donc son nom de la fête célébrée en l'honneur de Rennouti, dame du grenier (pi. II, 53). Voilà, en peu de mots, l'explication de l'énigme.
J'ai avancé plus haut que le voisinage du mois Pharmouti a pu influer sur le nom du mois Pha-menat, de sorte que, dans le dialecte thébain, on put former PARME AT au lieu de PAUE^iAT. Les deux appellations arabes: Bermahat et Bermoudeh, ainsi que le changement survenu dans le nom du mois Pharennouti (=1 Pharmouti) lui-même, plaident hautement en faveur de l'idée d'assimilation que j'ai émise. Enfin, la justesse de mon hypothèse est prouvée par le Rituel.
§. 18. CONFIRMATION DES CINQ DERNIERS MOIS (pi. IV , c).
Le tableau du Todtenbuch (ch. 110) que j'ai cité à plusieurs reprises, donne la plus complète confirmation que je puisse désirer, à mon explication des noms des mois Choiahk, Tobi, Méchir, Phaménoth, Pharmouti. Un seul coup d'oeil suffit pour constater que les travaux agricoles s'y succèdent précisément dans le même ordre que celui que j'ai découvert dans la signification des cinq noms respectifs:
') Voir Brugsch: Nouvelles recherches sur la division de Tannée etc. p. 12 et Recueil pi. LXXIII, 3, lîn. 3. Ce nombre de deux greniers, exprimé aussi dans le groupe précité, semble avoir trait aux deux plaines des deux côtés du Nil, comme la désignation de TEgypte par ZII.
le laboaragre, rborticultiire, la moisson^ le battaye^ les greniers»
La Rcène entière, les îles') des bien -heureux, les quartiers des dieux et des défiints, tout montre que le tableau du chapitre 110 représente la vie et les travauxagricoles aux Champs-Elysées, appelés (Ah-) Aalou^). Je ne puis entrer ici dans les détails ; cependant, pour donner une idée du texte qui se rapporte k cette représentation, j'en traduirai deux colonnes. Après un préambule mythologique, le défunt est censé dire (col. 9, 10): „«7e suis sur le champ dès gâteaux, comme le dieu qui Thahite; f arrose de ses eaux; je mange de ses produits; je me repose sur sa plaine; je navigue sur une divine nacelle^); connus sont h moi les nomes qui (sont) en lui; afin que je labour e, que je moissonne, (que je batte) les grains, (que je relève) les boisseaux, que f en cusille chaque jour le hyphi^^ etc.
On voit par là que c'est bien le défunt qui est censé faire les travaux susdits *) sur les Champs-Elysées. En efifet, quoi de plus naturel pour les Egyptiens que de supposer la vie d'outre-tombe semblable à celle d'ici-bas? Cela admis, on conviendra que la suite des mois de l'année agricole devait être la même aux champs- Elysées qu'en Egypte. Le Nil étant la source abondante qui fécondait le sol divisé par de nombreux canaux, les champs A al ou sont complètement entourés d'eau formant des îles, et la scène principale du milieu se passe devant le „Nil(Hap%) , père des dieux*' , parce qu'il a „donné T inondation*'. Ainsi toutes les particularités s'expliquent naturellement, et ce tableau devient d'une valeur inappréciable.