‹ Les zodiaques de Denderah: mémoire où l'on établit que ce sont des calendriers commémoratifs deChapitre 6 sur 26 · LES TROIS SAISONS DE L'ANNÉE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

LES TROIS SAISONS DE L'ANNÉE ÉGYPTIENNE

Champollion -le- Jeune ^) découvrit de bonne heure la dénotation hiéroglyphique des trois saisons: (PL IV, a, b). La première lui indiquait la végétation, la 25| la récolte et la 3"™M' inondât ion. Mais l'année égyptienne commençant par l'inondation, d'après tous les témoignages des anciens, il se vit contraint de supposer qu'un déplacement avait eu lieu. M. Biot trouva l'an 3285 avant notre ère comme l'époque où la dénotation concrète des trois tétraménies aurait dû être introduite, parce qu'alors le premier jour de la 3^ saison aurait réellement coïncidé avec l'inondation du Nil. M. Lepsius qui admettait, lui aussi, les vues de Champollion, place le changement sous le règne de Phiops en 2782, lequel aurait transféré sa résidence de Memphis k Eléphantine.

Ce déplacement d'une tétraménie, quelque ingénieuse que soit l'explication de ces savants, est choquant et contraire au caractère égyptien ennemi de changements. C'est ce que M. Brugsch^) a bien compris. D'après cet égyptologue distingué les

Comparez Bragsch : Z. d. DMG- XIV, p. 24. ^ Chronologie, Einleitung p. 102.

^) C'est aux astronomes de vérifier les positions des 4 autres planètes. La planète Mercure touchant le Cancer, il s'ensuit que j'ai raison de placer le Soleil dans le signe zodiacal du Cancer(Juin — Juillet). ^) Mémoire sur les signes etc. dans le tome des Mémoires de l'Académie de 1842. *) Nouvelles recherches sur la division de l'année des anciens Egyptiens.

trois groupes cités doivent se lire: sché, per't, schemou et être rapprochés des mots coptes: shkei fluctuatio, phrô hiems et se 6 m aestas, de sorte que le mois Thôt, le premier de la première tétraménie, commence et a toujours commencé . l'année égyptienne, partant de Tévénement naturel de l'inondation.

J'adopte les vues bien fondées de mon savant compatriote. Mais cette adhésion n'éta;it d'aucune valeur pour la science, sans preuves ultérieures, je vais entrer dans une discussion plus détaillée, en montrant que le zodiaque circulaire de Denderah nous a conservé les trols OlsCAIIX symlioll^ues des trois saisons égyptiennes. A Edfou, ce sont trois femmes aux bras élevés, qui semblent indiquer les 3 saisons à la suite des 12 mois égyptiens (PL IV, d).

L Le pllénlX^ symbole dé la 1^^ tétraménie, celle de rbiondatioll. M. Brugsch a cité, pour confirmer sa lecture shôm^ une inscription de Philae, conçue en ces termes: „Lian Ul, le troisième mois de la saison de Tété, le quinze/' Mais le texte portant (pi. II, 5) „vi ter pen^) III n schomf\ il me faut traduire: „Dans saison cette troisième, celle de TétéJ* Sur la fameuse stèle du prince de Mettemich, il a trouvé heureusement le passage suivant:, „Tu es le grand Bennou qui fait naître les sections du temps (kannu?) [dans la maison du grand-vieux à Héliopolis]" Mais le texte portant : „mes her - tep teru IIF (pi. II, 6) , il faudrait traduire : „né au commeTicement des trois ^) saisonsJ' Ces deux textes suffisent pour constater que la tétraménie schom est la troisième, et par conséquent sché la première.

Je puis fournir maintenant une preuve saillante en faveur de l'assertion ingénieuse de M. Brugsch, d'après laquelle le bennou est l'oiseau phénix. Si la traduction que je viens de donner est exacte, il faut chercher l'oiseau phénix au commencement de l'année tropique. En eflfet, le zodiaque circulaire présente, immédiatement avant la colonne (Thôt), im oiseau dont la huppe caractéristique ne laisse subsister aucun doute que nous n'ayons ici le phénix. Cet oiseau de passage^),

') Ce pronom étant du masculin, it faut lire ter et non renpe qui est féminin.

') Le mot ter (tour) = saison est doublenient déterminé. Quant à Tarbre qui suît^ ij

semble représenter une Variante du mot shomt trois.

^) D'après M. Brugsch (Z. d. DMGr. X, 652) le phénix apparaît régulièrement en Egypte

au temps de la crue du NU. ^

espèce de vanneau, reprësenfe aussi, comme, par ex., auBamessëum, la planète Venus dont le nom pourrait bien en être dérivé. Comme il marche à la tête, non seulement de la 1^ saison, mais de toutes les trois, on conçoit facilement comment il a pu devenir le symbole de la grande période de 3 x 500 = 1500 ans, pendant laquelle s'opère l'apocatastase tropique. Je ne puis entrer ici dans des détails ; seulement je me réserve pour le § suivant quelques remarques sur le phénix pris dans sa signification funéraire.

IL li^hirondelie 9 symbole de la 2^ tétraménie, celle de Thiver.

Malheureusement, sur le zodiaque circulaire, cet oiseau de passage, qui doit annoncer en Egypte F hiver, comme chez nous il annonce Tété*), est détruit. Mais le dessin de M. Lepsius, fait d'après un moulage* en papier, indique la lacune entre le décan double Oviare'BKari^ au-dessous du lion au bassin. Je prouverai plus bas que ce groupe est l'emblème du mois Tobi, c'est-k-dire, du 1~ mois de la 2^^ tétraménie. Sur le zodiaque rectangulaire, l'hirondelle se trouve placée à l'endroit correspondant, entre la Balance et le Capricorne. C'est le dessin de M. Denon qui nous a conservé cette précieuse indication.' L'hirondelle y est perchée sur le disque solaire, rappelant ainsi sa position habituelle sur l'oeuf. C'est ce que je démontrerai dans le § suivant, où j'expliquerai son expression phonétique.

m. Le eyg^ne^ symbole de la 3~ tétraménie, celle de Vété.

A côté du grand disque avec les huit hommes, on remarque im grand oiseau, qu'on pourrait prendre pour l'oie du groupe ^poi {sabjn anser minor?) qui appartient à la série des décans. Mais ce groupe a déjà son déterminatif, et, de plus, sur le zodiaque rectangulaire, le dit oiseau se trouve dans la rangée supérieure, où. il n'y a point de décans. Il faut donc nécessairemeut qu'il appartienne au nombre des signes purement calendriques. Aussi, sa figure est-elle ici si prononcée qu'il n'est pas permis de douter un seul instant que ce soit le cygne. Le § suivant nous le ipontrera dans une société très -convenable, c'est-à-dire, celle du phénix et de l'hirondelle, et nous en révélera la lecture phonétique.

') Comparez le passage de Chateaubriand: ^,Uhirondelle passe F été aux rtiines de Versailles et V hiver aux ruines de Thèbes/^

Jcî je me borne à faire ressortir sa position relative. Ce cygne se trouve, sur les deux zodiaques, entre le Verseau et le Capricorne. Il précède Temblême du mois Pachons, 1^ mois de la S'^ saison. Cet emblème consiste en un disque (lunaire?) au milieu duquel un homme tient un pourceau. Sur le zodiaque rectangulaire, le cygne est surmonte du dieu hiérâcocéphale, le Soleil, non pour indiquer Vëté égyptien , mais pour marquer le commencement de Tannëe romaine.

Observons attentivement aussi la distance des trois oiseaux symboliques: l'espace entre le cygne et le phénix est le plus grand des trois intervalles; celui entre le phénix et Thirondelle est le moindre; celui entre Thirondelle et le cygne tient le milieu. Il faut bien que la chose soit ainsi; car la troisième tétraménie renferme aussi les 5 Epagpmènes, et la deuxième saison contient le (quart du) jour intercalaire.

Enfin, sur l'original et sur la copie de M. Lepsius, le phénix et le cygne sont exprimés plus fortement que les autres animaux et les autres figures. Cela semble indiquer qu'on a voulu faire ressortir les trois sections principales de l'année égyptienne. On comprend que cette tripartition éclatante deviendra d'une importance extrême pour l'attribution des signes' emblématiques aux 3 x 4 zz. douze mois égyptiens.

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