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vons sans hésiter l’admettre. La nécessité de protéger leur intégrité économique est reconnue par la quasi-unanimité des nations. Sauf l'Angleterre, la Hollande, la Norvège et le Danemark, chacune a été amenée à s’entourer dans le dernier quart du siècle dernier de barrières douanières protectrices. Ce mouvement de défense économique qui avait pris naissance en 1866 aux États-Unis d'Amérique succédait en Europe à la période du libre échangisme enthousiaste créé par les efforts de Cobden et de sir Robert Peel en Angleterre et de Michel Chevalier en France. Ce fut l'Allemagne sous l’impulsion de Bismarck qui, en 1879, revint la première franchement à la protection. La France la suivait en 1881 avec un tarif légèrement protecteur pour aboutir en 1892 au régime douanier, nettement protecteur cette fois, auquel nous restons encore soumis. Toute l’Europe a suivi ce mouvement et nous avons pu voir l’Angleterre elle-mème tenter un mouvement en faveur de la protection (1).
La Protection est en effet une nécessité vitale pour la majorité des pays. Les conditions de lutte écono-
1. En France au moins, ce régime ne paraît pas devoir laisser place à une plus grande liberté. Les travaux parlementaires actuels nous font au contraire prévoir une aggravation des droits imposés, aggravation nécessitée, disent ses défenseurs, par la concurrence de plus en plus dure faite par nos voisins aux produits de notre industrie.
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mique sont rarement égales entre États. L’abondance de matières premières, de main-d'œuvre, de capitaux ou de l’un seulement de ces éléments donne à la nation qui en est favorisée une force économique redoutable pour ses voisins. Sous le régime de la libre concurrence ces derniers vont en effet être envahis sans lutte possible par la production du pays le plus riche et ce sera la ruine. Maître du marché le producteur favorisé deviendra un spéculateur ; le monopole de fait établi, ce sera pour les pays tributaires l'instabilité habituelle des cours, le renchérissement artificiel des produits et surtout la crainte permanente d’une crise ou d’une guerre les affamant par la disparition de l’unique producteur.
Il y a donc pour toute nation une nécessité vitale de ne jamais être soumis à la production étrangère. La protection seule lui permettra d’arriver à se suffire à elle-même en assurant le développement harmonique de toutes ses forces productives.
Si nous faisons abstraction des théories généreuses, mais peu vérifiées, qui font appel à la fraternité des peuples et à l'entente universelle nous restons en face d’une réalité brutale : la lutte des hommes et des nations pour la vie. Quel que soit notre idéal humanitaire nous ne pouvons nous retirer de cette lutte ; il faut la subir et pour cela être armés. Il nous faut défendre notre capital national tout comme nous défendons notre sol. Et s’il est reconnu de tous que
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nous devons consentir l'impôt du sang pour assurer notre indépendance politique, il est non moins certain que notre intégrité économique ne sera sauvée que par une protection de toutes nos forces productives.
Mais le fardeau est lourd. Le principe protecteur juste et nécessaire, comporte par lui-mème de graves conséquences. Et d'autre part ses applications sont trop sujettes à des abus que multiplient les nécessités gouvernementales ou la cupidité des producteurs nationaux.
Le plus grave danger que le protectionnisme fait courir au pays protégé est à notre sens l’état de guerre économique où il se trouve placé vis-à-vis de tous les autres pays concurrents. La guerre de tarifs devient une conséquence fatale de cet état d’esprit qui amène les nations comme les hommes à rendre au voisin le même traitement qu'il en subit. La réciprocité est sans doute légitime, mais aussi quelles sont les conséquences très lourdes d’une pareille lutte économique.
Nous aboutissons tout d’abord à une exagération sans borne des droits, qui très acceptables tout le temps qu’ils protègent une industrie naissante, deviennent un impôt vexatoire grevant la consommation nationale le jour où ils permettent par leur accroissement sans cesse réclamé, un bénéfice supplémentaire au producteur protégé. Car il est bien évi-
dent que ce dernier impose alors comme prix minimum de vente de son produit non plus le simple coût de production augmenté d’un bénéfice raisonnable mais bien le prix auquel l'étranger devra prétendre pour récupérer outre le prix de revient et les frais de transport l’acquittement du droit de douane. Nous aboutissons ainsi à un renchérissement de la vie nationale qui pèsera lourdement sur le pays.
D'autre part, cet industriel si fortement protégé sera-t-il placé dans les conditions d’émulation et de concurrence sans lesquelles le progrès reste un mot, une fiction difficilement réalisable ? Evidemment non. Comment pourrait venir à l’esprit d’un producteur que le mauvais outillage de son usine pourrait être heureusement modifié si, à l’abri de toute concurrence étrangère, il réalise sans modification ni dépense des bénéfices respectables? IL trouvera plus sage de conserver ses capitaux. Admettons même que cette concurrence étrangère devienne menaçante, il sera plus tenté de demander un relèvement de tarif que de chercher dans l’amélioration de ses machines ou de ses procédés un abaissement du prix de revient Mais quel retard pour le pays et dans quelle situation se trouvera-t-il Le jour où les concurrents mieux outillés, mieux entraînés, viendront malgré tous les droits l’inonder de leurs produits. On nous objectera, il est vrai,que nous faisons table rase de la concurrence nationale. Celle-ci stimulée par les bénéfices
gs ee importants réalisés dans l’industrie favorisée va y porter ses efforts et ce sera désormais entre les concurrents une lutte où le mieux armé, nous voulons dire le mieux outillé, emportera la palme. Ceci est certain. Mais n'est-il pas évident que cette concurrence sera un peu trop limitée dans son action. D'abord parce qu’elle n’existera qu’entre les producteurs d’une nation, théâtre en somme assez restreint et où les ententes sont si faciles ! Et ensuite parce que cette concurrence se fait à l'abri d’un droit que, dès le début, nous avons supposé élevé et sur le bénéfice duquel le producteur cherchera à perdre le moins possible. Si donc notre observation en ce qui concerne le retard dans le progrès industriel n’est fondée que pour partie, nous contrôlons que notre première objection reste entière. Il reste acquis que le droit protecteur aussitôt qu’il dépasse sa juste limite devient un impôt vexatoire qui pèse sur tout le marché national lésant gravement le consommateur au profit du producteur dont l'intérêt le plus évident est de laïsser se perpétuer un état de choses aussi favorable.
Mais il est encore d’autres conséquences plus graves du régime de guerre de tarifs suscité entre les pays protectionnistes par leur besoin d'élever sans cesse les barrières douanières.
Tout d’abord, que va devenir sous ce régime le
commerce international? Quelle va être vis-à-vis d’un
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pays protégé la situation de l’étranger commerçant ? Le premier entouré de barrières douanières présente à l’importateur toutes les difficultés des tracasseries fiscales et administratives. Évidemment c’est le but recherché. Mais la conséquence n’est pas loin : l’étranger abandonnera de plus en plus ce marché dont la pénétration est si difficile. Il ne voudra pas importer une marchandise qui sitôt débarquée est frappée de droits très lourds sans savoir même si elle sera consommée dans ce pays. Le consommateur national lui-même hésitera à faire venir le produit dont il a besoin, car admettons (hypothèse souvent contrôlée dans le commerce) que ce produit ne lui convienne pas, ne corresponde pas à l'utilité qu’il croyait en retirer sur le vu de l’échantillon ou même ne soit pas conforme à ce dernier. Dans quelle situation va-t-il se trouver ? Les droits de douane payés vontici encore peser lourdement sur cette marchandise inutile et en rendront la réexportation impossible. Mais nous répondra-t-on pourquoi ce consommateur ne s’adresset-il pas à la production nationale? L’étranger est exclu de notre marché. C'est bien ce que nous voulons. Et en fait il est bien certain que la production intérieure va largement bénéficier de cet état de choses. Mais dans l’ensemble des forces productives de la nation une partie de celles-ci doit-elle être sacrifiée à telle ou telle autre ?
Sans doute si les importations étrangères souffrent