AVANTAGES RETIRÉS DE LA ZONE FRANCHE PAR LE PORT D'ALGER
Ici encore Alger se présente comme celui des ports algériens appelé à profiter le mieux des avantages d’une zone franche. Ceux des produits de notre sol qui sont plus que tous autres susceptibles de coupage ou mélange pour l’exportatation: les vins et tabacs viennent en effet affluer dès maintenant dans notre portavec plus d’abondance que partout ailleurs. Si nous consultons les statistiques douanières de 1908 nous constatons en effet qu’à l’exportation il est sorti du port d'Alger les quantités suivantes:
Vins: 4.588.875 quintaux. TaBACS 10.078 quintaux alors que Oran le second des ports Algériens n’a exporté que 2.349.118 quintaux de vins et une quantité infime de tabacs.
La zone franche d’Alger va donc dès le début trouver dans les produits qui alimentent abondamment son port des éléments avantageux pour son exporta-
tion.
a). — Vins. — Nous avons déjà, par suite des nécessités de notre argumentation, largement indiqué quelles raisons faisaient prévoir que les vins algériens profiteraient avantageusement des facilités de la zone franche. Leur mélange avec des produits de coupage venus en franchise de l’étranger leur assurerait un placement rémunérateur sur les marchés extérieurs qu’ils ne peuvent en grande majorité atteindre seuls. Nous insisterons pourtant sur le fait que c’est précisément par le port d'Alger que sort à l’exportation la plus grande partie de ces derniers produits. Le département d'Alger, de tous le plus gros producteur,récolte en effet une quantité importante de vins fruités, frais, excellents pour la consommation courante,mais d’un degré et d’une teneur en extrait sec qui ne peuvent satisfaire l’étranger. Ces vins seront pour la zone franche une excellente base de coupage. Ils trouveront ainsi un débouché autre que le marché métropolitain, encombré déjà lui-même d’une production similaire. Ici il s’agit d’une certitude, d’un fait constaté et nous sommes assurés qu’à l’usage nos viticulteurs reconnaîtraient le mal fondé des appréhensions qu’ils manifestent contre la zone franche.
b). — Tabacs. — Nous avons également effleuré cetle question en indiquant précédemment que M. le Gouverneur Général, frappé de l'utilité, pour l’exportation de nos tabacs indigènes, d’un mélange de
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ces derniers avec des tabacs étrangers, avait autorisé en faveur d’un manufacturier M. Mélia, la création d’un entrepôt spécial où ces mélanges pourraient être faits en franchise. La question cependant reste entière de savoir jusqu’à quel point cette autorisation était justifiée et en conséquence de quelle utilité serait pour l’exportation de nos tabacs l’institution de la zone franche.
Un fait domine le débat: c’est la déclaration faite par l'Administration française des tabacs qu’elle ne pouvait employer pour sa fabrication plus de 10 */, de nos produits indigènes. Elle leur reproche le manque de force et de combustibilité. Ceci est grave; à l’encontre de ce qui se passe pour les vins nous voyons le marché français monopolisé par l’État ne s'ouvrir à nos tabacs que pour une quantité strictement limitée, très inférieure certainement au chiffre de la production. Ce sera donc pour les producteurs la nécessité absolue de trouver à ce solde laisdé pour compte d’autres débouchés. Faudra-t-il que chaque année se renouvellent les incidents qui viennent de marquer la vente des produits de 1909? Encouragés officiellement les planteurs de tabacs ont augmenté la surface des cultures. Le marché après la récolte a été envahi par des produits tellement abondants que, les besoins de la métropole une fois couverts, les cours se sont effondrés ruinant quan-
tité de petits producteurs. Notre seul acheteur sérieux
sollicité d'augmenter ses achats a subordonné son consentement à l’avis d’une commission. « Lorsque « la décision sera prise, si elle est prise, écrit un pro- « ducteur, dans la Dépêche algérienne(17 sept. 1909) « d’augmenter les achats de tabac par l’État en « Algérie, il est probable que les planteurs auront < fini de vendre à vil prix leur récolte ».
Faudra-t-il donc à l’avenir restreindre cette production qui fait vivre nombre de cultivateurs ? Ce serait un progrès à rebours. Maintenons notre production, mais rendons-la rémunératrice en joignant au débouché français insuffisant, la demande des marchés étrangers. Mais ici nous nous heurtons à cette même difficulté qui restreint dans la métropole la faculté d'emploi de nos tabacs. Nos manufacturiers sont unanimes à déclarer que ceux-ci ne peuvent aller seuls à l’exportation. Pour étendre sa clientèle étrangère, l’industrie algérienne doit recourir à des mélanges avec des tabacs importés, soit des Kentucky et des Virginie, soit des Brésil, des Palatinat, des Hongrie, des Saint-Domingue et des Mexique. Elle est obligée de se conformer aux exigences de la clientèle dont les goûts en pareille matière sont excessivement variables. C’est une nécessité absolue pour notre exportation. Or ces tabacs venant de l'étranger paient environ 56 francs de droits de douane par quintal, à leur entrée en Algérie. Ces 56 francs se
répartissant en un droit fixe de 50 francs plus
6 francs de surtaxe d’entrepôt (qui joue le plus souvent). D'autre part, ces mêmes tabacs ne nous arrivent pas directement du lieu de production: ils ont transité dans les « ports d'importation » de Brème, Hambourg ou Anvers. Nous avons donc payé pour les obtenir en Algérie un double frêt très lourd mais inévitable. Dès lors comment supposer que cette marchandise grevée de frais aussi onéreux, pourra, après mélange avec nos tabacs indigènes, se réexporter avantageusement sur les marchés étrangers ? La concurrence est impossible pour des produits ainsi renchéris. Les manufacturiers algériens y renoncent d’ailleurs, découragés par l’inutilité des efforts tentés.
M. Rigollet rapporte dans son rapport déjà cité
les doléances qu’il en a recueillies : « Un des manu-
facturiers nous disait qu’à Malte et à Gibraltar, ces
fabriques franches existent et qu’actuellement il ne « peut lutter avec elles à cause des droits de douane « élevés qu’il lui faut acquitter pour les tabacs exoti- « ques. Il ajoutait qu'il songeait sérieusement soit à « fonder une usine succursale dans ces pays, soit < même à abandonner celle qu’il possède à Alger « pour aller s’y installer complètement.
€ Un autre nous a dit que la maison Bastos, bien < connue, vient d'installer à Tanger une succursale « où elle envoie des ouvriers pour y manipuler, avec
« des droits très peu élevés, les tabacs d'Algérie « mélangés à des tabacs étrangers. »
Ces dires justifiaient les questions que posait en concluant M. Rigollet :
N'avons-nous pas à craindre l’exode de cette industrie algérienne ?
N’allons-nous pas faire connaître aux étrangers nos procédés de fabrication?
La situation parut d’ailleurs si sérieuse que M. le Gouverneur général, comme nous l’avons vu, prit de son propre chef la décision de créer un entrepôt spécial. C'était déjà une amélioration sensible. Sans doute le bénéficiaire exonéré des droits très lourds put «introduire en Algérie une industrie jusqu’alors concentrée à Gibraltar où se préparait une qualité spéciale de tabac à cigarettes « la picadura >» consommée principalement en Espagne » (Rapport de la neuvième sous-commission des réformes administratives, 1902).
Mais ce résultat heureux qui prouve la nécessité des facilités réclamées avait pour contre-partie, nous l'avons indiqué, les formalités longues, gènantes et coûteuses, de la surveillance douanière. D’auire part cette autorisation isolée devait non seulement susciter les jalousies mais ne pouvait encore laisser à l’industrie privilégiée les avantages retirés de la zone franche. En effet, la marchandise importée était
exemptée de droits, mais devait payer néanmoins ce
supplément de fret imposé par le double transport que nous avons reconnu; et d'autre part, l’importateur n’évitait pas les renchérissements de prix imposés par les spéculations et les exigences des commissionnaires du Nord chez lesquelsils’approvisionne. Or cette double cause d’élévation du coût de la matière première pourrait être évitée aux négociants de la zone franche d'Alger. Car celle-ci, entrepôt privilégié susceptible d’achats importants, serait en droit de prétendre devenir un marché d’importation directe des tabacs exotiques supprimant ainsi des intermédiaires exigeants et des transports coûteux.
La zone franche serait donc pour les manufactures et le commerce du tabac un instrument de prospérité certain. Et nous savons que le sort des producteurs est intimément lié à celui des exportateurs.Le surplus de nos récoltes trouverait dans les facilités accordées à ces derniers, le moyen pratique qui le soustrairait à la mévente. Car nous ne pouvons croire avec les pessimistes que la libre importation favoriserait uniquement la manipulation des produits étrangers. Il est bien improbable que nos négociants s’imposent des frais de transport onéreux pour amener dans la zone franche des produits similaires de ceux qu'ils pourraient se procurer sur place, à pied d'œuvre. Ils ne songent pas d’ailleurs à cette éventualité puisqu'il résulte des déclarations de l’un deux rapportées plus haut, que la maison Bastos, dans le but
d'échapper aux droits, installait à Tanger une fabrique pour le mélange des tabacs algériens avec des tabacs étrangers. Il est à présumer que dans une zone placée au centre même de la production ces mêmes industriels emploieraient également ces tabacs algériens qu’ils n'hésitent pas à transporter actuellement malgré des frais obligatoires pour alimenter leurs usines du dehors.
Concluons donc avec M. Rigollet que le seul remède à la situation difficile où se trouve le commerce et la culture du tabac est « la faculté pour le manufacturier de créer, à côté de « l’usine où il fabrique « pour les colonies françaises, une autre usine celle- « ci installée dans le port franc où il fabriquera pour « l’étranger.
« C’est également le seul moyen de sauver nos plantations de tabac en ouvrant aux manufactu-
riers des débouchés qui leur manquent et qu'ils ne
peuvent obtenir qu’en ajoutant aux produits indi-
gènes, les produits exotiques qui les complètent. » Outre les vins et les tabacs il est encore d’autres produits de notre sol, qui, amenés dans la zone franche, pourraient après mélange avec d'autresproduits importés, donner à notre commerce d’exportation l’occasion de conquérir de nouveaux débouchés. Rentrent dans cet ordre d'idées : les fruits, les alcools de vins et l’alfa. Nous ne voudrions donner
à cette énumération aucune indication limitative.
Nous avons simplement voulu indiquer l’ordre dans lequel nous désirons donner quelques explications sur des matières dont nous prévoyons immédiatement l’utilisation en zone franche.
Fruits. — Les cultures fruitières diverses en dehors des espèces indigènes comme le figuier, les palmiers dattiers, les orangers ou mandariniers, ont pris dans la colonie une grande extension. Presque tous les fruits de l’Europe ont été transplantés ici et se sont fort bien acclimatés, tels les pruniers, pèchers, abricotiers et autres. IL est donc naturel d’estimer que ces produits réservés jusqu’à présent uniquement à la consommation locale pourraient dans la zone franche donner lieu à une industrie nouvelle: la fabrication des confitures dont les sucres, introduits en franchise, assureraient la mise en œuvre dans d’excellentesconditions. Cette industrie nepourrait prospérer en l’état de choses actuel. Les sucres sont en effet assujettis d'une part à un octroi de mer de 15 francs par 100 kilogrammes et d’autre part à des droits de douane qui frappent aussi bien les sucres bruts ou raffinés provenant de l’étranger ou des colonies françaises, que ceux d’origine étrangère. Ces droits onéreux grevant une marchandise qui entre pour moitié dans la fabrication des confitures ne peuvent permettre des tentatives qui au contraire se développeraient infailliblement sous un régime plus libéral. Car les industriels trou-
veraient aisément à leurs produits des débouchés rémunérateurs. Ils ont pour se convaincre du résultat heureux qui attend leurs efforts l'exemple de l'Angleterre. Celle-ci favorisée par son régime douanier de la franchise dont nous souhaitons une application partielle, exporte chaque année des quantités importantes d’une confiturespéciale,«la dundee marmelade », fabriquée avec des sucres importés de nos fabriques du Nord et des oranges des pays méditerranéens. Pourtant l’Angleterre ne produit ni fruits ni sucre, elle est obligée d'aller à l’extérieur et parfois loin, chercher les éléments de ce produit dont la réexportation lui est avantageuse. Comment ne pas supposer que nous aurions sur cette concurrente une supériorité certaine puisque nous avons sur place au moins un des facteurs : les fruitsabondants et variés que nous donnent notresol et notre climat.
Rectification des alcools de vins, sirops, liqueurs. — Le sucre introduit en franchise nous permettrait encore l’utilisation d’un sous-produit de valeur : l’alcool de vin. La fabrication de ces alcools est importante en Algérie, comme dans tout pays vignoble où elle assure une vente rémunératrice des produits secondaires de la récolte : vins avariés, piquettes provenant du lavage des marcs, vins de lie alimentent les chaudières des bouilleurs de profession. De même que les vins, les trois-six ainsi
produits pour la plus grande partie s’écoulent sur le
marché français dont ils subissent également les fluctuations de prix. Ils trouveraient dans la zone franche un emploi certainement plus rémunérateur. En effet ces alcools coupés avec les alcools de grains rectifiés distillés dans la zone même ou introduits en franchise se prêteraient à la fabrication de liqueurs, de sirops, dans lequels le sucre également détaxé assurerait un autre élément de production bon marché.
D'autre part les anisades si recherchées sur toutes les côtes de l'Ouest Africain, seraient encore l’objet d’un emploi lucratif de ces alcools.
Ce serait pour nos industriels et nos commerçants autant de nouvelles sources de trafic qui encore une fois ne peuvent prospérer ni même exister, avec le régime actuel.
Alfa. — En novembre dernier, le Journal Général de l'Algérie, organe du Syndicat commercial, publiait au sujet de ce produit et de son utilisation, un article paru dans le Bulletin de l’Union des associations des anciens élèves des Écoles supérieures de Commerce.
L'auteur rappelant la situation déplorable où se trouvent les industriels français concurrencés sur leur propre marché par la pâte à papier fabriquée en Angleterre avec nos alfas, en rapportait les causes au bon marché du fret, de la houille et des produits chi-
miques dont jouissent les Anglais.
Or, tous ces éléments ne peuvent-ils nous arriver également dans la zone franche dans de très bonnes conditions ? Inutile de considérer les frais de transport nécessaires pour nous amener la matière première: ils seraient fort peu élevés puisque nous sommes à proximité des chantiers de ramassage. Quant à la houille nous pouvons présumer à bon droit que nous l’obtiendrons à un prix de revient très bas dans cette zone où le trafic intense abaissera le taux du fret. Enfin les produits chimiques amenés à bon compte, admis en franchise, viendraient parfaire la concentration dans notre zone de ces éléments de production de la pâte à papier. Cette industrie est dans une ère de prospérité universelle. La fabrication sans cesse accrue ne peut satisfaire toutes les demandes. Les industriels se demandent où sera la source des matières premières suffisamment abondante pour alimenter leurs usines. Ceci indique l’extension considérable que prendrait dans notre zone cette fabrication favorisée par une matière première inépuisable et des produits d’un prix de revient peu élevé. L'industrie algérienne s’enrichirait d’un nouvel élément excessivement actif, dont les produits facilement placés sur tous les marchés étrangers contribueraient dans une grande mesure à faciliter l'essor (1).
1. Une seule usine pour la fabrication de la pâte à papier fonctionne actuellement en Algérie. Elle est placée entre
Denrées coloniales.—Ces marchandises qui paient des droits très élevés pourraient être entreposées dans la zone franche pour être ensuite mises à la consommation et réexportées en nature ou après transformation. Le port franc nous permettrait alors de faire aisément toutes les fournitures aux navires faisant escale à Alger et relevant pour l'étranger, tandis qu'avec le régime actuel il est très difficile d’obtenir l’exonération des droits élevés frappant ces denrées.
On pourrait faire subir à celles-ci quelques manipulations telles que par exemple : la confection du poivre rouge fort qui se compose d’un mélange de piments forts d'Algérie et de piments doux d’Espagne, opération impraticable maintenant, les piments espagnols supportant à l’entrée un droit énorme.
A ces industries dont la zone franche permettrait le développement, mais dont les matières premières M’ Sila et Bordj-bou-Arrérid], c’est-à-dire au milieu des champs d’alfa. Le prix excessif de la houille et des produits chimiques a amené la direction de cette usine à traiter les alfas verts, c’est-à-dire à un moment où la cellulose est beaucoup plus facile à séparer des résines, gommes, matières plectiques, etc... Ce procédé permet d'opérer à froid et avec une consommation très réduite de produits chimiques et de force motrice. Il est évident que ce procédé pourrait également être employé en zone franche. En tout état de cause d’ailleurs la production de cette zone ne pourrait nuire
à celle du territoire douanier qui resterait la seule privilégiée sur le marché métropolitain,
se trouvent sur place en Algérie il convient de joindre celles qui seraient amenées à manipuler des produits venus exclusivement de l’étranger. Empressonsnous de faire remarquer que si les partisans de la zone franche doivent, en ce qui concerne les premières, s'abstenir de toute affirmation catégorique, ils sont tenus à plus de prudence encore au sujet des secondes. On peut en effet prévoir avec assez de certitude en examinant les produits du pays, ceux qui seraient susceptibles d’être heureusement modifiés ou mélangés dans la zone franche. Alors qu’il est plus difficile de prédire que telle ou telle marchandise étrangère y sera importée. Les bases d’appréciation ne sont plus les mêmes et les hypothèses ne peuvent se fonder quesur des éléments assez vagues. Nous pourrons recueillir quelques indications en recherchant les pays qui par leur situation géographique, sont plus particulièrement reliés à notre port par les lignes de vapeur sillonnant les grandes routes maritimes. À ce point de vue Alger, nous l’avons reconnu, est le point d’escale tout indiqué des navires allant des ports du Nord de l’Europe aux différentes destinations échelonnées dans le bassin oriental de la Méditerranée sur les côtes du Pacifique. C’est donc parmi les produits exportés de ces pays que nous devons rechercher ceux qui pourraient donner lieu dans notre zone franche à des manipulations industrielles.
Il nous paraît que l’on peut ainsi proposer à l'activité de nos manufacturiers : les merrains en provenance de Russie, d’Autriche-Hongrie, d'Italie et d'Amérique, le jute que nous enverraient les Indes, le café venant des Indes et de l’Arabie, le riz que nous recevrions de l’Extrème-Orient.
MerRains.— Les bois merrains destinés à la fabrication de futailles pour le logement des vins sont à l’heure actuelle frappés de droits très forts. Les fabriques de fûts quiles mettent en œuvre en Algérie ne peuvent songer à l’exportation. Elles trouvent d’ailleurs sur le marché algérien un débouché très important qui s'explique par l’intensité des expéditions de vins sur France qui nécessitent la circulation d’une grande quantité de füts-transports en bois de chène.
Les fabriques installées dans la zone franche seraient favorisées non seulement par la facilité de vente à l'étranger résultant de l’exonération des droits de douane, mais aussi par l'emploi immédiat qu'elles trouveraient dans l’exportation à l’étranger soit de nos vins algériens, soit des vins coupés dans la zone franche.
Jute. — Le jute pourrait, importé en franchise, donner un aliment important d’abord aux usines de filatures et de tissage qui le transformeraient en toiles à sacs ou d'emballages d’une exportation avantageuse, puis aux ateliers mécaniques qui utiliseraient ces produits déjà ouvrés à la fabrication de saes. Ces
derniers qui trouvent déjà par eux-mêmes des débouchés importants au dehors seraient encore employés sur place pour l’emballage et la réexpédition des marchandises de la zone franche.
C’est d’ailleurs ce qui se passe actuellement dans les ports affranchis de Hambourg,Brème et Copenhague.
CAFÉs.— En ce qui concerne ce produit, le régime de la zone franche nous permettrait de détourner à notre profit un commerce d’exportation important que l’établissement des points francs à Gênes et à Trieste a presque complètement ravi au portde Marseille. Une brochure du Syndicat des négociants en café de Marseille nous indique les causes de cette situation :
« Les cafés de Vénézuéla, du Brésil, d'Haïti, etc..…, « arrivent en Europe mal triés. L’importateur pour
Fa
satisfaireune clientèle de jour en jour plus exigeante
est obligé de les nettoyer, laver, glacer.
« À Marseille la douane oblige le négociant à tra- « vailler au dock sous ses yeux, elle l’oblige égale- « ment à payer des droits sur les pierres, poussières, « corps étrangers et déchets provenant de la dessi- « cation pendant le nettoyage; elle défend d’exporter « les brisures et fèves noires extraites ; elle interdit la « coloration. »
Autant d'opérations qui peuvent se faire librement
en zones franches et qui sont d’une utilité absolue
puisque leur interdiction a amené pour Marseille la perte du marché des cafés au profit de Gênes et de Trieste, points francs. Alger, libéré des droits de douane qui s'élèvent à 31 fr. 20 par 100 kilogrammes et de l'octroi de mer (30 fr. les 100 k.) munie des mêmes facilités de triage, lavage, coloration serait pour le portitalien ou autrichien un concurrent redoutable. Géographiquement mieux placé pour la réception de ces produits, il aurait encore l’avantage d’une réexportation plus rapide sur les marchés importants de l'Espagne ou des pays musulmans grands consommateurs de café.
Rx. — Enfin le riz pourrait également recevoir comme le café ces manipulations qui permettent de livrer à la consommation des produits importés, bruts, mélangés de poussières et d’impuretés emballés sans soin dans des sacs qui arrivent déchirés ; ces produits ne sont pas présentables ainsi et les industriels de la zone franche trouveraient un avantage certain à les trier, blanchir, glacer, parer, réamballer soigneusement. |
D'autre part ce rizimporté pourrait également subir une transformation plus complète et aller à l’exportation sous forme de farines et semoules d’un placement avantageux.
Ce serait donc pour la zone franche d’Alger tout un faisceau d'industries d’un avenir que nous pré-
voyons heureux. Sans doute ne faudrait-il pas exa-
gérer notre optimisme ; chacun ne rencontrerait peutêtre pas dans le régime réclamé tous les éléments de prospérité que nous supposons. Mais il est impossible qu’il ne s’en trouve au moins une partie qui lui doive un essor que nous ne pouvons espérer dans la situation actuelle. Alger en recueillerait le fruit; les bénéfices réalisés viendraient accroître le capital du pays avec d'autant plus de certitude que notre développement industriel assurerait des salaires lucratifs à la masse des ouvriers employés dans la zone franche. Ce côté de la question est loin d’être négligeable surtout si l'on remarque que la consommation ou l’usage des produits affranchis étant interdits, l’ouvrier sera tenu de dépenser dans le territoire douanier latotalité de son gain. Ajoutons que la maind'œuvre algérienne a compris, de quelle importance était pour elle l’institution d’un régime favorisant un mouvement de progrès industriel dans notre port. Le conseil d'administration de la Bourse du Travail d’Algr s'inspirant de cette idée a émis en 1902 un vœu demandant aux pouvoirs publics de « réaliser au plus tôt cette réforme qui peut amener une amélioration sensible dans le sort des travailleurs ». Enfin, nous ne croyons pas devoir souligner à nouveau l’importance capitale des avantages que retirerait de la zone franche notre commerce de transit. Nous en avons exposé antérieurement toute l’étendue. D'autre part, nous avons démontré que le port d’Al-
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ger est placé, plus encore que tout autre port algérien, dans une situation exceptionnelle pour recevoir et réexpédier les marchandises étrangères. De ceci il nous est aisé de conclure qu'Alger zone franche deviendrait dans la Méditerranée le centre d’un commerce excessivement important, un port de répartition dela masse des produits qui viendraient y constituer des sotcks constamment disponibles. Et ce point de vue plus encore que le point de vue industriel nous paraît susceptible d’une réalisation certaine et rapide du jour où les pouvoirs publics nous
auront concédé le régime de faveur réclamé.