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CHAPITRE V

ŒUVRES MELEES : « LE THEATRE DE LA FOIRE «, « LE BACHELIER DE SALAMANQUE », ETC.

Après avoir conquis son originalité et Tavoir fait éclater à tous les yeux dans deux chefs-d'œuvre, Lesage Tabdiqua souvent dans des œuvres secondaires qu'on lit peu et qu'on déprécie trop. Pourtant elles ont un titre général à l'indulgence de la postérité, celui d'avoir nourri leur auteur en lui permettant de polir son GilBlas, vingt ans durant. Elles en ont d'autres, d'ailleurs, et l'une, au moins, de ces œuvres alimentaires, le Théâtre de la Foire, mérite d'être lue pour elle-même.

« Allons à la F'oire voir de nouveaux visages », dit Asmodée à l'écolier, à la fin de la Critique de Turcaret. Lesage les yj0Êk\\i, Le montent' était propice.

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Kn 1697, Mezzetin et sa troupe ayant été chassés, sur le soupçon d'avoir voulu jouer Mme de Maintenon, dans leur comédie de la Fausse Prude^ dont le titre seul avait paru une insupportable satire, les forains s'étaient aussitôt jetés sur le domaine comique abandonné par les Italiens. Mais ils avaient eu à soutenir, quinze ans durant, une guerre comique contre les comédiens privilégiés de la Comédie- Française et de l'Opéra. Enfin la comédie foraine, la pauvre rldadondaine^ commençait à reprendre langue, quand Lesage vint à son aide.

C'est une bizarre destinée que celle de notre auteur. La postérité, qui lui conteste encore, en maint endroit, l'originalité du Gll Blas, lui fait volontiers honneur de tous les mérites vraiment originaux du Théâtre de la Foire, dont, en fait, presque aucun n'est de son invention. Il les faut reporter d'abord aux auteurs de ce Théâtre italien qu'on oublie trop, et dont il avait sous les yeux cette édition de 1700 où Boileau trouvait du sel partout, ce qui le consolait un peu de Molière défunt. Avant Lesage, les Regnard, les du Fresny, les Noland de Fatouville, les Palaprat et leurs émules, tous Français d'ailleurs, avaient porté sur la scène du Théâtre italien la parodie et la critique littéraires, et avaient farci leurs bouffonneries d'un ambigu de mythologie et de féerie, de souvenirs classiques et de contes populaires, de moralités, de paysanneries et de farces renouvelées du répertoire du moyen âge, depuis Robin et Marion jusqu'aux verves des Tabarin, des Blançhet et des

Gros-Guillaume. Avant lui, et avec une audace effrénée, ils avaient dardé leurs traits amers contre les ménages pourris par le jeu, le coulage et une galanterie déjà cynique, contre les beaux vices des plumets, des rabats et des traitants, contre les plats travers des boutiquiers, la vénalité insolente des procureurs et la rapacité brutale des gens de justice, contre les Académiciens insuffisants et leurs fournisseurs clandestins de harangues officielles, contre les odes pindariques, les journalistes et les maîtres à chanter, à danser ou à tout faire, contre les Comédiens français, le grand Opéra et la Comédie italienne elle-même. 11 y a plus. On veut que les forains, réduits au silence, aient inventé l'emploi scénique des couplets mis sur des airs de vaudevilles populaires, et destinés à être chantés en chœur par le public, et que Lesage, faisant de nécessité vertu, ait tiré de ce truc Topéra-comique : c'est une erreur. Les couplets chantés, avec des timbres populaires à la clef, que nous avons pu entendre fredonner encore par nos grand'mères, comme le dolent Réveillez-vous, belle endormie ! ou le joyeux Lanturelu de la Mère . folle de Dijon, se rencontrent déjà dans f Opéra de campagne, la Baguette de Vulcain^ les Souhaits, le Départ des comédiens, Attendez-moi sous l'orme, les Promenades de Paris, la Foire Saint- Germain, sept pièces du répertoire italien antérieures à 1697. Mais si Lesage n'a inventé aucun des ingrédients essentiels des cent et quelques pièces de son Théâtre de la Foire, ses mérites, pour être différents de ceux

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