CHAPITRE IV
« Il est étonnant le nombre de gens qui font des fonds comme ils peuvent et qui remuent toutes les protections de la Cour, à commencer par la reine jusqu'aux seigneurs et dames, pour entrer dans les sous-fermes, que l'on regarde comme une voie sûre pour faire fortune. » (Barbier, Journal.)
La Ferme, au xvni® siècle, c'est l'antre de la Richesse. Les fermiers parvenus ne redoutent plus personne, et tous les redoutent. Voltaire les raille, mais les ménage. « Vous êtes une belle âme », écrit-il àBouret. Les financiers sont les despotes, les bourreaux d'argent. On en « peur. Demandez à Saint-Simon, laissezlui dire comment Desmarets, un faux monnayeur mis à la tête des finances, pressura les contribuables pour l'impôt du dixième : a il tirait le sang des sujets du roi, il en exprimait jusqu'au pus, parmi les sanglots étouffés » . Comment expliquer Tassurance effrontée de ces Mandrins de la finance, qui conservent pour eux ce qu'ils volent au nom du roi ? C'est qu'on a besoin d'eux, et ils le savent. Ils sont les maîtres. Ils ont l'argent, et ils sont les seuls. « Voulezvous savoir. Monsieur, ce qui rend l'argent si rare ? en voici une démonstration. M. do Chalais, receveur général de Champagne, ayant un billet de 1,500 L. à payer, y ayant du temps qu'il était échu^ M. de Chalais chercha sur lui et dans des tiroirs et ne put
ramasser que 300 L. qu'il donna en soupirant, comme faisant une grâce singulière. Cependant le feu ayant pris à la nuit de xNoël à l'hôtel d'Alhret, il a fallu jeter les coffres par la fenêtre, qui se sont trouvés remplis d'argent jusqu'à 800^000 L. ». {Gazette delà Régence, 1716.)
On court à eux comme l'aiguille aimantée va au nord. Les nobles viennent à leur foyer redorer leur blason.
Alors le noble Altier, pressé de l'indigence, Humblement du faquin rechercha l'alliance,