LA RATE
Jusqu'à présent, les lésions que nous avons décrites dans le foie, avaient été aperçues par quelques auteurs, et décrites dans quelques-uns de leurs détails, par deux d'entre eux . Pour la rate, rien de semblable.
Nulle part on ne trouve dans les observations d'éclampsie, et les relations d'autopsies, rien de particulier pour l'anatomie pathologique de cet organe. Gomme toujours, les uns parlent de rate diffluente, les autres de rate grosse et congestionnée ; la plupart des auteurs omettent même d'en parler, ou s'ils en parlent, c'est pour dire qu'ils n'y ont rien trouvé de particulier.
Il n'en est rien pourtant; et les lésions que l'on trouve dans presque toutes les rates d'éclamptiques que nous avons examinées, ont ceci de très particulièrement intéressant, c'est qu'elles se rapprochent infiniment des lésions du foie.
Comme nous l'avons dit plus haut, notre intention est d'être bref dans cette description ; ceci n'est qu'un résumé de ce qui est plus longuement exposé dans les observations et les examens histologiques.
Cependant, nous tenons à appuyer de nouveau sur la similitude presque complète des lésions que l'on trouve dans le foie, dans la rate, et aussi la plupart du temps dans les reins.
Pour la rate, mêmes hémorrhagies et ecchymoses sous-
capsulaires, et même disposition des foyers hémorrhagiques dans l'intérieur du parenchyme.
Comment les auteurs, même ceux qui ont étudié à fond la question, ont-ils laissé passer des faits de cette importance? A notre avis, cela tient à la couleur de la rate et à la rapidité avec laquelle sa substance devient molle et se putréfie.
En effet, la capsule qui enveloppe cet organe, est d'un bleu rougeâtre, et sur ce fond, les ecchymoses et les nappés hémorrhagiques se détachent très peu. Ensuite, à la coupe, quelle substance peut ressembler davantage, à un caillot sanguin, que ce tissu mou, friable et couleur lie de vin? en y regardant de très près, on observe néanmoins les faits que nous allons passer en revue.
En général, dans 1 eclampsie puerpérale, la rate est grosse et tuméfiée; sa couleur n'est pas sensiblement changée. Mais, sur le fond bleuâtre, on distingue comme pour le foie, soit des excoriations plus foncées, soit des taches noirâtres de forme irrégulière. En ces endroits, la capsule est décollée et recouvre un épanchement sanguin quelquefois très considérable.
Si l'on coupe l'organe au niveau de l'une de ces taches, on remarque que là, plus encore que dans le foie, le parenchyme peut être détruit ou refoulé dans de très grandes étendues, par rapport à son volume total. C'est ainsi qu'en coupant la rate dont la description est contenue dans l'observation V (page 99), la plus grande partie était transformée en un véritable caillot.
Ce caillot peut être plus ou moins ramolli, et dans certains foyers, il est transformé en un putrilage mou, qui s'écoule hors de la trame.
Au microscope, on voit que, comme pour le foie, ces
hémorrhagies siègent en deux points : les unes sont sous-capsulaires et forment des infiltrations en nappes plus ou moins étendues. Les autres sont mal circonscrites ; elle se font le long des trabécules de la rate, et occupent par conséquent la pulpe veineuse, dont la trame, en certains points, disparaît complètement, pour faire place à des amas quelquefois énormes de globules rouges tassés les uns contre les autres.
Nous répétons donc, comme conclusion de ce chapitre, ce que nous avons déjà dit : dans presque tous les cas où la rate a été examinée, il existe une analogie presque complète entre ses lésions et celles du foie.